‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 44 sur 74 · PRESSE · texte numérisé non relu

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des faits ils mettent ceux de leurs lecteurs, qui en ont le désir, en état de se former une opinion personnelle et dans les commentaires qui les accompagnent ils en proposent une toute faite à ceux qui sont incapables d'apprécier euxmêmes les événements. Les observations ainsi présentées font l'objet d'une discussion générale et le jugement définitif qui parait dans les feuilles, les plus importantes en nombre ou en influence, passe pour exprimer sur ce sujet le sentiment public. Certaines informations sont lancées en coups de sonde ou en ballons d'essai dans plusieurs périodiques pour amorcer des polémiques et connaître rétat sur ce point de ce qui est tenu pour l'opinion publique. Aussi dit-on que la presse fait et suit l'opinion. De grandes agences Reuter, Havas, Wolf, Stéphanie, centralisent des renseignements du monde entier, reçoivent des coQimuniqués des divers gouvernements et les transmettent aux différentes feuilles. Les mêmes questions sont souvent discutées par dessus les frontières et, sur certains sujets, la majorité de la presse européenne se trouve parfois d'accord (0. Les grands journaux entretiennent dans toutes les capitales du monde, et surtout en Europe, des correspondants à demeure qui les tiennent journellement au courant des manifestations diverses de la vie politique, économique et sociale des pays dans lesquels ils résident. Des envoyés spéciaux et temporaires sont chargés, quand des faits considérables se sont produits, d'aller procéder à une enquête sur place ou de suivre les péripéties quotidiennes d'une campagne. Ceux qui ont assisté aux guerres anglo-boer et russo-japonaise ont rendu aux foules euro-

(i) « C'est parle journal qu'on peut le mieux servir les intérêts communs des peuples; c'est par lui qu'on peut le mieux connaître et le mieux apprécier ce qu'il y a de factice et de superficiel dans la diversité des points de vue qui trop souvent font surgir entre les nations des ditïérends faciles à concilier ». Discours prononcé par M. Ficiion, Ministre des Affaires étrangères, à l'inauguration du monument Deluns-Montaud, Le Temps, 11 octobre J909.

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péennes le précieux service de leur faire connaître au fur et à mesure qu'ils se produisaient les détails de ces graves événements. Aujourd'hui tous les habitants de notre continent, même ceux d'une culture rudimentaire, éprouvent l'impérieux besoin de lire chaque jour un journal. Mais beaucoup les parcourent hâtivement et n'y voient pas l'occasion de graves réflexions ou d'utiles enseignements.

Le progrès des idées égalitaires et la pratique du régime constitutionnel, le sentiment de la force que donne le nombre et de la dignité que fait naître l'instruction ont développé les tendances individualistes et accru la valeur de la personne humaine. Les intérêts privés sont devenus plus complexes. La prospérité publique a favorisé l'épargne, le souci du lendemain a augmenté la prévoyance. Le calcul des probabilités appliqué, aux aléas répartis sur de nombreuses têtes, a permis l'assurance et élargi la mutualité. L'homme a étendu le champ de son action, il perçoit sous le nom de dividendes ou d'arrérages une part des fruits du labeur d'autrui, il trouve de grands avantages à partager certains risques avec plusieurs de ses semblables, il escompte, comme si l'avenir lui appartenait, le moment où il touchera une pension de retraite» Mais c'est l'extrême division du travail qui a le plus renforcé la mutuelle dépendance des individus vivant sur un territoire déterminé. Pour se procurer facilement les aliments, les vêtements et le logement, les innombrables articles manufacturés et les divertissements qu'il désire chacun a un impérieux besoin de l'activité de ceux de ses compatriotes qui se sont tacitement engagés à les fournir à la masse des acheteurs anonymes. Cette spécialisation des tâches, qui concentre les efiprts d'un homme sur une seule opération dans laquelle il peut exceller, permet une production abondante, rapide et à bas prix. Elle risque malheureusement d'ankyloser le cerveau du travailleur. Le sentiment plus vif de la personnalité a accru le poids des

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