‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 45 sur 74 · LES INDIVIDUS. 13T · texte numérisé non relu

LES INDIVIDUS. 13T

contraintes sociales. La crainte du ridicule ^ . celle de perdre ses relations ou d'encourir le mépris public font suivre la mode, observer les usages, respecter les prescriptions morales. Il existe enTurope une notion commune de bienséance et de bonnes mœurs, d'élégance, de politesse, et de belles manières. Toutes les personnes d'une égale éducation portent des vêtements de rfiéme coupe, éprouvent un identique besoin de considération et souffrent des mêmes grossièretés. La réaction du milieu dans lequel il vit est donc aujourd'hui pour chaque individu plus complexe que jadis.

Les rapports des hommes entre eux >ont devenus plus fréquents. Dans les ateliers, les magasins, les bureaux, le travail en commun réunit des centcdnes d'ouvriers et d'employés. De nombreux célibataires prennent leurs repas dans les mêmes locaux et passent ensemble une bonne partie de leurs instants de loisir. Les cafés en France, les innombrables clubs en Angleterre, les brasseries en Allemagne sont des lieux de rendez-vous journaliers et des centres de formation de l'opinion publique. Les théâtres, les concerts, les music-halls, les cirques et les cinéma ofîrent à des milliers de spectateurs successifs le même programme dont l'exécution suscite chez presque tous, d'identiques impressions et devient un sujet général de conversation. Les productions artistiques les plus intéressantes sont traduites et au même moment l'Europe peut chanter la même chanson, applaudir la même pièce, lire le même roman. Certains interprètes passent de scènes en scènes, ténors italiens, divettes françaises, tziganes plus ou moins hongrois, danseuses anglaises ou espagnoles, écuyères allemandes. Un double mouvement de pénétration se produit. Les barrières qui jadis isolaient les nobles, les marchands, les juifs disparaissent de plus en plus et aux

(1) 11 faut ajouter la force de la loi d'imitatioQ nettement mise en lumière par les récents sociologues, au premier rang desquels figure M. Tarde.

138 LES RELATIONS INTEREUROPÉENNES.

castes dp jadis font place des catégories sociales a\ix frontières plus aisément franchissables, gens riches, gens aisés, pauvres et indigents. Depuis un siècle, la petite bourgeoisie a été le pont par lequel des pauvres sont parvenus à l'aisance, puis à la fortune. Entre les membres d'une même classe, la mentalité, les goûts et les besoins, les craintes et les désirs semblent tendre à se ressembler audessus des frontières. Dans chaque pays, l'évolution sociale se poursuit dans un sens analogue, la démocratisation du luxe et des mœurs, la recherche intensive du mieux-être.

Les faits ont démontré la force de l'union des individus et des sociétés scientifiques, philanthropiques ou mutualistes fonctionnent pour le plus grand profit de leurs membres. Des associations se sont fondées pour atténuer les inconvénients de la spécialisation des tâches et de la localisation des efforts. Des commis de magasin s'unirent pour faire des sports, des sédentaires pour effectuer de temps en temps un grand voyage (Excursionnistes marseillais) des citadins pour aménager la montagne (club alpin) ou faciliter les déplacements (touring club), des jeunes gens pour pratiquer la gymnastique, le tir, la marche ou l'entraînement militaire. De tels groupements mettent en relations des personnes de conditions et d'éducations différentes. Ils présentent, comme une image en raccourci du milieu social général auquel ils contribuent à rattacher des hommes quêteurs occupations très particulières tend raient à isoler. L'effet des associations professionnelles est tout autre. Elles se sont formées en Europe à peu près partout entre ouvriers d'industrie ou employés de commerce. Elles concentrent les préoccupations des travailleursd'uoe même catégorie sur leurs intérêts propres, et leur persuadent qu'ils sont des victimes toujours sacrifiées. Elles masquent les liens qui solidarisent leurs affiliés avec les autres membres de la société et leur imposent, outre les contrainte:sociales et les impératifs étatiques qu'ils continuent à su-

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