‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 46 sur 74 · INDIVIDUS ET SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

INDIVIDUS ET SOCIÉTÉ

bir, la discipline des groupes et l'obéissance à leurs chefs. Mais certaines circonstances ont rendu indispensable cette organisation des salariés et celle-ci leur a déjà procuré des avantages très appréciables. Strictement limitée au domaine économique l'influence de ces groupements irresponsables et menés par des minorités actives, qui constituent des forces sociales puissantes, peut avoir d'heureux effets sur l'amélioration du sort des masses.

Les rapports de l'individu avec la société ont été moditîés. Lhomme n'est plus le simple instrument par lequel celle-ci remplit sa vocation particulière, il est lui-même l'agent conscient de sa fin personnelle et tend à considérer le milieu ambiant comme un moyen de réaliser sa propre destinée. Certains estiment que tant qu'ils sont forts et pleins de santé les travailleurs participent plus à la production des avantages sociaux qu'à leur consommation. C'est en eflet le labeur des adultes valides qui subvient aux besoins des enfants, des malades, des vieillards, des oisifs. x\ussi quand làge ou un accident leur enlève leurs forces sont ils fondés à demander à la nation aide et assistance. De même le sentiment plus vif de la dignité et de la valeur de la personne humaine semble exiger que nul individu ne meure plus, quelle que soit la cause de sa misère, de faim ou de froid. D'un autre côté l'idée se répand que les riches doivent la fortune dont ils jouissent non pas exclusivement à leurs qualités propres d'intelligence ou d'activité, mais, dans une certaine mesure à l'heureux concours de circonstances qu'ils ont rencontrées dans le milieu social et dont l'existence a pu résulter d'un ensemble de sacrifices consentis par les membres de la collectivité. Cette triple conception constitue la base de la justice sociale.

Le paupérisme a été combattu par des mesures spéciales conformes au génie de chaque peuple. L'Angleterre avec ses fameuses lois des pauvres et la France avec ses bureaux do bienfaisance assistent les malheureux dans le

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dénuement, tandis que rxVllemagne s'attache plutôt à prévenir l'indigence par l'allocation desecours delogement(0 et de vivres, par le fonctionnement pratique de nombreux bureaux de placement. Une conférence internationale doit réunir à Paris en 1910 les délégués de tous les États européens et rechercher les moyens de lutter contre les effets du chômage qui entraîne si souvent la misère du travailleur. Elle a été décidée au cours de la récente session de rinstitut international de statistique qui s'occupe de (( grouper les faits sociaux, les causes de la richesse et de la souffrance des hommes et, de leur étude dans tous les pays, de tirer un enseignement mutuel ».

Les relations des citoyens avec l'État se sont transformées, les uns ont fait valoir des droits nouveaux, l'autre s'est reconnu des devoirs inconnus jadis. Les divers gouvernements sont intervenus activement dans la répression des fraudes et contrefaçons, dans l'hygiène domestique, la réglementation du travail, le développement des forces productives i-\ la protection des a faibles sociaux ». Les situations particulières ont fait l'objet de mesures distinctes et la « loi des législations spéciales i^) » si importante aujourd'hui a reçu d'innombrables applications. Dans chaque pays des agents aux attributions nettement diversifiées entretiennent un contact permanent entre le pouvoir central et les groupes de population si réduits et si éloignés qu'ils soient des centres administratifs. Sauf en quelques points très rares le brigandage a partout disparu en Europe et la sécurité est générale. Dans pres-

(1) Pour beaucoup, a-t-on pu dire, la misère a commencé le jour où ils n'ont pu payer leur loyer.

(2) Même en Angleterre, la terre classique des libres initiatives et de la puissance maritime, des subventions ont été accordées dans certaines conditions à quelques compagnies de navigation. C est en Ailemai'ne que naquit vers 1872 cette doctrine appelée socialisme d'État.

(3j Droit public général, cours de doctorat, 1909, M. Larnaude> Faculté de droit de Paris.

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que toutes les nations l'instruction publique et le service militaire, dans un petit nombre d'entre elles l'assurance et l'assistance, sont devenus obligatoires. Mais si large qu'ait été l'extension des attributions étatiques elle n'a pas empêché l'épanouissement des facultés des individus. Protégés dans leur santé et dans leurs intérêts les plus divers, stimulés par la perspective du profit étroitement réservé, au moins pendant un certain temps, à leurs inventions, les Européens ont pu s'adonner pleinement aux recherches scientifiques et aux spéculations de l'esprit, aux perfectionnements agricoles ou industriels, à l'activité maritime, commerciale, colonisatrice. Notre continent a été au xix° siècle le foyer ardent d'où ont jailli, pour illuminer le monde, les grandes découvertes et les théories fécondes, les idées généreuses et les expériences sociales. Les indiv^idus, qui par l'exercice du recours pour excès de pouvoir de plus en plus élargi peuvent en bien des cas obtenir justice contre l'État, ont été appelés à jouer dans leurs vies nationales respectives un rôle plus actif que jadis. Ils sont soldats, jurés, électeurs et là encore leur interdépendance mutuelle s'est accrue. Le salut de la patrie en cas de guerre dépend de l'esprit de sacrifice de ses défenseurs, ia vie ou Thonneur des prévenus innocents du bon sens du jury, le fonctionnement correct des institutions politiques du désintéressement de ceux qui exercent le droit de v^ote.

Ainsi le sentiment de la personnalité humaine est devenu plus vif en Europe. Une conception nouvelle de la justice sociale s'élabore sur laquelle s'appuient des théories modificatrices du régime de la propriété, de la nature des obligations de la société envers ses membres. La solidarité des tiommes entre eux et avec le milieu qui les entoure est de plus en plus étroite et l'extension des pouvoirs de TEtat oin de diminuer l'individualisme l'a augmenté en favorisant l'épanouissement de toutes les facultés des ciloyens.

4 i2 LES RELATIONS INTERELROPÉENNES.

Situation politique, causes de rapprochement et sentiment national.

Mais si les habitants des difîérents pays de l'Europe peuvent plus largement que jadis déployer leur activité pacifique i! leur est de plus en plus difficile de se livrer avec succès à Tagitation révolutionnaire. « Une insurrection ne peut plus s'improviser avec des armes de rencontre ou en pillant des armuriers, un combat n'est plus possible entre des fusils de chasse et des fusils de guerre, aucune barricade ne résisterait aux nouveaux canons (1) )). La quasi-impossibilité de renverser par la force les pouvoirs établis et par contre le droit de contrôle donné partout sur notre continent à des assemblées électives — on 1905 en Russie et en 1908 en Turquie — rendent plus importante que jamais l'éducation politique des masses. Aussi la liberté de renseignement et de la presse, de se réunir et de s'associer est-elle partout énergiqUement réclamée.

La juxtaposition de populations, de langues et d'aspirations différentes, suscite dans certains Etats de sérieuses difficultés.

Nous n'examinerons ici que la position respective des nationalités dans les Balkans et en Autriche -Hongrie.

Entre le territotre de la grande monarchie dualiste, la Russie, la Mer Noire et la Méditerranée, vivent des Rou-i mains (Latins) des Serbes et des Bulgares (Slaves), des! Hellènes, des x\lbanaiset des Turcs. Ils parlent le roumain en Roumanie et en Transylvanie, le bulgare en Bulgarie, er Roumélie et dans une partie de la Macédonien le serbe er; Serbie, en Monténégro, en Herzégovine et dans la Bosnie orientale, le grec en Grèce, dans les îles et sur tout le littoral, l'albanais en Albanie et le turc dans les quelques

(1) Histoire deVEurope contemporaine ^ Ch. Seignobos, p. 642.

SlTUATIOxN POLITIQUE. 14^

Doints OÙ sont installés les fils des anciens conquérants de a péninsule. Leurs religions sont diverses, les uns sont )rthodoxes grecs, les autres orthodoxes bulgares, les uns nahométans, les autres catholiques. Ces difîérences d'origines, de langues et de confessions se sont traduites au QX® siècle par Taffirmation de nationalités distinctes et la îonstitution d'Etats indépendants, royaumes de Grèce en [829, de Roumanie et de Serbie en 1878, de Bulgarie en 1908. Ces formations politiques n'englobent pas tous les ^ens de même langue. Il y a 5 millions d'Hellènes hors le la Grèce, des Roumains en Transylvanie, des Serbes en Bosnie-Herzégovine, qui entretiennent avec leurs compairiotes émancipés de la domination étrangère de fréquentes relations et « conservent un vague sentiment de solidarité nationale ». Plus ou moins ouvertement ils ap- Dcllent la protection permanente de leurs a frères de race » ît flattent ainsi l'ambition de ces jeunes gouvernements qui îomptentun nombre relativement peu élevé de ressortissants (1) et seraient heureux de s'agrandir. Par dessus les 'routières des aspirations confuses travaillent les patriotes, ît le panhellénisme, le panserbisme expliquent l'agitation irétoise comme le mécontentement que suscita à Belgrade 'annexion par l'Autriche-Hongrie de la Bosnie-Herzégovine. Sur les frontières de ces petits Etats vivent emmêlés ]es représentants de ces diverses nationalités qui s'adres- ;ent. quand ils sont molestés, à leurs compatriotes respectifs, ^a pénurie des voies de communication et la faiblesse du jrouvernement turc ont fait d^e ces contrées l'une des pares régions de l'Europe où le brigandage n'ait pas complètement disparu. Les bandes armées s'y recrutent aisénent, circulent à leur aise et vivent d'autant plus faciement sur le pays qu'elles opèrent souvent avec la com> )licité plus ou moins avouée des pouvoirs publics voisins.

(1) La Roumanie possède 6.480.000 habitants; la Bulgarie 4 millions, i Serbie 2.689.000 et la Grèce 2.500.000.

144 LES RELATIOxNS INTEREUROPÉENNES.

(Test ainsi que la Macédoine est peuplée en majorité de SerJjes et de Bulgares, qui sont des Slaves mais ne parlent pas la même langue et n'obéissent pas au même chef religieux, de Grecs, de Roumains et d'Albanais. Comme dans tous leurs établissements des Balkans — il ne leur reste plus que la Roumélie, l'Albanie, TEpire et la Macédoine — les Turcs y sont en minorité. Ils n'en sont pas moins responsables de l'ordre. L'Europe avait commencé à les aider par l'institution d'une gendarmerie internationale et le projet d'un organe de contrôle financier. La Révolution de juillet 1908 l'a déterminée à laisser à la Porte elle-même le soin de réaliser les réformes nécessaires. Une meilleure administration et la construction de voies de communication, l'organisation d'une police digne de ce nom et de troupes bien instruites enlèveront aux Etats tout prétexte d'intervenir dans l'évolution intérieure de l'Empire ottoman régénéré. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles il se heurtera un sentiment patriotique élevé pourra peut-être absorber les différents particularismes locaux.

Dans l'attribution des droits politiques, la formation d'une armée nationale, l'étude d'un nouveau système de juridictions aucune distinction, ainsi que le conseillait déjà la France en 1867, n'a été faite entre les diverses nationalités. Si elle réussit pleinement dans son œuvre courageuse de rénovation générale la jeune Turquie constituera en Orient une force puissante que les cabinets d'Athènes, de Belgrade, de Sofia et de Bucarest auront intérêt à se concilier (0 et à laquelle un jour ils pourraient peut-être recourir.

Aussi grande est la diversité des peuples de la monar-

(1) La collaboration de la Turquie est indispensable pour réaliser le projet delà voie ferrée Danube-Adriatique. Il a été question tout récemment de la constitution d'une triple alliance entre la Bulgarie, la Serbie et le Monténégro.

hie austro-hongroise. Sur un total de 47 millions d'habiants les Allemands et les Magyars, qui la dirigent, sont espectivement au nombre de 11 et de 9 millions. A côté ['eux vivent des représentants de cinq races principales, l-ermanique et magyar, slave du Nord (Tchèques, Slova- [ues, Polonais et Ruthènes) slave du Sud (Croates, Sloènes, Serbes) latine (Roumains et Italiens) qui appartienlent à cinq religions, catholique, luthérienne, orthodoxe usse, orthodoxe grecque et mahométane. Mais ce qui les lifférencie le plus nettement c'est la variété de leurs lan- ;ages dont les plus répandus sont l'allemand, le hongrois, e tchèque, le polonais, le croate et le slovène.

Des divergences de mentalité et d'opinions partagent les labitants de chaque province en aristocrates et démorates, conservateurs et libéraux, centralistes et fédéraistes et contribuent à augmenter la confusion qui résulte le la superposition, dans le territoire de l'Empire, de plus le dix nationalités différentes. A côté de plusieurs surviances archaïques bouillonnent de violentes revendications galitaires. En 1883 le régime des corporations obligaoires a été rétabli pour certaines professions. Chacune les 17 régions, qui dépendent actuellement de la couonne autrichienne, envoie des délégués à 17 Landtags ►articuliers et au Reichsrath commun de Vienne. Ses (lembres s'y divisent en partis nationaux, allemand, chèque, polonais, slovène, croate et italien, et en partis (olitiques, libéraux, progressistes, chrétiens sociaux, lationaux démocrates, conservateurs dont aucun ne réunit amais à lui seul la majorité. Celle-ci est formée par la oalition de différents groupements dont plusieurs s'attirent aturellement, aristocrates, slaves, catholiques, représenants des nationalités numériquement inférieures. L'emploi es langues dans la vie publique et dans les écoles, i'adfiinistration intérieure des églises, le mode de votation, le iombre des elïectifs militaires sont le sujet de violentes liscussions et plusieurs fois de nombreux députés refusent L. J. 10

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de siéger OU font aux débats une obstruction systématique (1). L'aristocratie polonaise s'est longtemps efforcée de garder sa prépondérance sur les paysans ruthènes et bornée à demander une plus grande autonomie administrative. Le souci de ses intérêts particuliers Ta souvent éloignée de la coalition slave et rapprochée des partis allemands antidémocratiques qu'elle a plus d'une fois dirigés. Le parti national Slovène a poursuivi l'égalité de tous ses adhérents en Carniole où ils étaient en majorité comme en Gorinthie, Styrie et Istrie où ils étaient sous la dépendance des Allemands et des Italiens. Dès 1868 les Tchèques soutenaient que le Royaume de Bohême, Moravie et Silésie formait une individualité historique et n'était lié à l'Autriche que par une union dynastique. Tandis que les « vieux Tchèques » s'alliaient avec les aristocrates d'autre nationalité, les jeunes Tchèquesmenaientune ardente campagne en faveur du suffrage universel, de l'égalité complète entre Prague et Vienne, de l'école laïque, de l'égalité des classes ouvrières, de la décentralisation des chemins de fer, de la liberté de l'enseignement de leur langue dans tous les centres où se trouvent leurs compatriotes. A Vienne, où ils sont au nombre de 100.000, ils accaparent les situations secondaires, se contentent d'émoluments réduits et emportent chez eux le fruit de leurs patientes économies. « Ils sïsolent de plus en plus des Allemands, forment des associations de plus en plus nombreuses (195 actuellement) (^i^ publient 31 journaux, possèdent 13 caisses d'épargne etj de prévoyance propres », veulent ouvrir plusieurs écoles! et revendiquent pour elles tous les droits reconnus auxj, établissements scolaires autrichiens. Les Allemands s'effor-i cent de conserver intacte leur suprématie. En 1895 le mi-l; nistère de conciliation conservatrice Badeni proposait daasîi

son programme de « tenir compte à la fois des réclama-'^

( 1 ) Par une mesure spéciale du \ 9 décembre 1 9091a Chambre autrichienm I -: a rendu désormais impossible le succès des manœuvres d'obstruction. (2) Le Temps du 23 août 1909. Tchèques et Allemands.

SITUATIO-N POLITIQUE. 147

ions nationales et de la position traditionnelle comme de a culture plus avancée du peuple allemand » (U. L'on a onseillé cependant l'union de tous les Allemands d'Auriche, actuellement divisés en coteries, et leur tolérance iivers les autres nationalités^-). Un parti essaie de grou- )er tous les catholiques, sans distinction de langues ou l'origine, mais il a dû, précisément pour ne pas se laisser ;e poser devant lui la question des nationalités, ajourner Dendant l'été 1909 son congrès annuel.

En Hongrie la situation est moins complexe. Le Gouverlement a pris des mesures pour enrayer chez les Slova- [ues la propagande slavisle. En Transylvanie les Saxons ;e sont solidarisés avec les Magyars contre les Roumains. )ans le Sud les Serbes n'ont guère réclamé que le droit l'élire leur métropolite et de régler l'organisation de leurs îglises et de leurs écoles. Par contre le parti national croate a conçu le dessein de constituer un Royaume de jrande Croatie, indépendant de Budapest, et relié directement à Vienne. Il a demandé également le port deFiume, nais la Hongrie a refusé. Le parti de l'indépendance magyar réclame une banque nationale, la séparation iouanière, le sulïrage universel et une diminution des effectifs militaires. Des conflits éclatent fréquemment entre les ministères de Vienne et de Budapest.

Enfin les Italiens et les Roumains s'intéressent vivement au sort de leurs compatriotes établis dans Llstrie et le Trentin, en Transylvanie et en Bakovine. II existe une Romania et une Italia irredenta.

L'état politique des peuples qui vivent au Sud du Danube recèle donc de nombreux germes de conflits. A ces causes latentes de troubles peuvent être ajoutés ces grands courants d'opinion, le panslavisme et le pangermanisme, qui cristallisent dans plusieurs cas, par dessus les frontières certaines aspirations des ressortissants de nations difïé-

(1) Seignobos, p. 522.

(2) Discours du prince Louis d: Bavière, Le Temps du 6 octobre 1909.

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rentes (i). Il faudrait citer encore l'antagonisme qui sépare les Russes des Finlandais, les Allemands des Polonais et des Alsaciens-Lorrains, le peuple italien de l'Autriche et par contre, des tentatives de rapprochement qui s'ébauchent depuis peu de temps entre la Hollande et la Belgique. -

Plusieurs causes semblent atténuer les différences profondes qui jadis divisaient les foules européennes.

Celles-ci semblent se connaître et se pénétrer davantage. La diffusion de l'instruction publique (-) a familiarisé les habitants de chacun des Etats de notre continent, non seulement avec l'histoire et la géographie, la littérature et les institutions de sa Patrie mais avec celles des peuples voisins. Les livres de Corneille, de Shakespeare, de Dante et de Goethe sont expliqués dans toutes les écoles secondaires, Robinson Crusoé, Don Quichotte, Paul et Virginie sont lus partout et, dans les établissements d'enseignement supérieur, les œuvres des grands penseurs, les découvertes des savants réputés sont analysées et commentées par des maîtres impartiaux. L'étude des langues étrangères tient une place importante dans les programmes scolaires et la généralité des Européens cultivés parlent aujourd'hui, outre leur idiome maternel, l'anglais, le français ou l'allemand. Les voyages hors des frontières deviennent de plus en plus nombreux, les journaux et les

(l)Poarles pangermanistes l'Autriche est le pont par lequel l'influence allemande doit se propager en Turquie. L'alliance entre les deux empires est si forte que l'on a pu dire que c'était une étroite collaboration. Il est à noter les efforts déployés pour attirer la Roumanie dans ce système politique.

(2) La célébration du cinquième centenaire de l'Université de Saxe et celle du jubilé de l'Université de Bruxelles ont été en 1909 l'occasion de fêtes internationales auxquelles ont assisté des représentants de tous les grands pays européens. Des diplômes de docteurs honoris causa ont été décernés par ces centres intellectuels à certains maîtres étrangers.

revues dans chaque nation tiennent leurs lecteurs au couvant de tous les faits notables qui surviennent dans les Lutres parties du continent. Un mouvement s'esquisse [ui tend à propager entre parents français, allemands et mglais réchange momentané des enfants. Les étudiants dennent en nombre grandissant compléter leurs études lans les grands centres d'instruction d'Angleterre, de ^rance (i) et d'Allemagne, s'y imprégner de la culture propre de ces pays, y nouer des relations qu'ils conservent leur vie durant. Les autres Etats demandent à ces irdents foyers d'idées, de conquêtes industrielles etd'ex- )ériences sociales des instructeurs, des conseillers techliques et surtout des exemples (2).

Les programmes des différents partis politiques et la menalité de leurs membres présentent de nombreuses analogies. Le récent procès de Ferrer a montré que sur certains >oints les révolutionnaires, les libéraux ou les conservateurs le tous les pays d'Europe avaient une commune opinion.

L'Angleterre a fourni à l'Europe le prototype du régime )arlementaire, caractérisé par la soumission complète le la volonté du souverain à celle de la nation, devant aquelle exclusivement les gouvernants sont responsables; les libertés individuelles fondamentales, habeas corpus, ury, faculté pour le simple citoyen d'intenter l'action mblique, droit pour les particulierslésés d'obtenir des propriétaires de journaux d'énormes dommages et intérêts; le la législation ouvrière et notamment de l'organisation lu travail dans les mines, des associations ouvrières trade-unions). Elle essaie en ce moment d'atténuer les

(1) Plus de 1.000 étrangers suivent les cours de l'Université de Greno- Dle et le 15 janvier 1909 les étudiants non Français étaient en France au lombre de 4.732 dont 3.089 jeunes gens et 1.643 jeunes filles.

(2) La jeune Turquie a emprunté des conseillers financiers à la France, des instructeurs militaires à l'Allemagne, des agents supérieurs de douane ï l'Angleterre. Elle a traduit et promulgué les codes pénal et commercial italiens.

loO LES RELATIONS miERElROPEENNES.

effets néfastes du s\Yeating-system. Elle a propagé la vogue des exercices en plein, des réunions sportives etdecertaines modes, présenté une forme particulière d'impôt sur le revenu (income-tax), créé la théorie de l'utilitarisme et développé celle de l'évolution. Elle a accordé asile et protection aux exilés politiques de tous les pays et parfois pris l'initiative de protestations contre les massacres des chrétiens eu Turquie. La France a donné le modèle de l'Etat harmonieusement divisé en circonscriptions territoriales, fortement un et centralisé (*), des Constitutions écrites qui précisent à la fois les droits des gouvernés et les pouvoirs des gouvernants (^^ de la distinction entre les tribunaux administratifs et les organes purement judiciaires, des Codes et du système des peines (3), des grand Corps de contrôle (*), Cour de cassation, Conseil d'État, Cour des comptes et des Ecoles supérieures, Polytechnique, Saint- Cyr, Normale; de certaines dispositions du régime de la Presse, gérant et jadis cautionnement; de la nécessité de posséder un diplôme pour les personnes qui se destinent à des professions dans lesquelles leur ignorance pourrait nuire au public (médecins, pharmaciens, avocats, etc.) ; delà répartitiondes membres du Parlement engrandes commissions; de la réglementation de la construction et de l'exploitation des voies ferrées, etc.. L'Allemasrne a surtout vu imités ses institutions militaires, basées sur le service personnel et obligatoire, son socialisme d'Etat (s), rachat des chemins de fer et nombreuses régies, ses innovations sociales, assurances contre les accidents, le chômage et l'invalidité, retraites

(1) Di\^erses mesures indiquent que l'Angleterre est décidée à permettre au pouvoir central de surveiller plus étroitement que jadis le fonctionnement des organisations politiques inférieures.

(2j Les deux seules nations européennes qui ne possédaient pas encore de Constitution en ont reçu une, la Russie en 1905, la Turquie en 1908.

(3) La Douma russe vient d'adopter le principe de la loi de sursis (loi Béranger).

(4) 11 en a été créé de semblables dans les États balkaniques.

(5) Cette doctrine commence à faire de sensibles progrès en Angleterre.]

pour la vieillesse, mesures préventives contre Tindigence, ses particularités économiques, cartels entre fabricants, entente entre syndicats patronaux et associations ouvrières (1), appuis nombreux donnés par le Gouvernement lux industries nationales, développement de l'enseignement pratique, professionnel et technique, la spécialisation à outrance des articles des tarifs douaniers, son énergique campagne de protection de la santé publique, ses "acilités données dans certains cas aux habitants, chèques ît virements postaux par exemple (2), une forme spéciale l'impôt sur le revenu (einkommensteuer).

Ces traits généraux, constitutifs de l'armature politique, économique et sociale de l'Angleterre, de la France et le l'Empire allemand se retrouvent dans toutes les autres lations européennes. Certes chacune d'elles les a adaptés L ses besoins propres et en a marqué les détails au coin le son génie particulier, mais au fond ils se retrouvent à la )ase de ces diverses organisations. Partout les commisions chargées de préparer des réformes se livrent préaablement,soità des voyages d'études dans les capitales de lotre continent, soit à l'examen fécond des législations omparées. Chaque pays profite ainsi des initiatives et les expériences de ses voisins, réunit les avantages de plusieurs systèmes, en élimine les inconvénients (3) et les opies obtenues valent souvent mieux que les modèles mités. Le respect des droits et des intérêts de la peronne humaine, l'égalité de tous les citoyens devant les ois et la proportionnalité des charges de chacun à ses essources, Tordre public et la paix sociale, la limitaion des pouvoirs des gouvernants, sont à des degrés di-

(1) L'une d'elles a servi de base dernièrement à l'accord qui est interenu à Paris entre la Chambre syndicale des entrepreneurs et le Syndiat des ouvriers en bâtiment.

(2) L'introduction de cette mesure en France est à l'étude.

(3) L'impôt sur le revenu italien, par exemple.

152 LES RELATIONS INTEREUROPÉENNES.

vers les assises des sociétés européennes contemporaines.

Les mêmes maux et des charges analogues pèsent sur les individus. Tuberculose, typhoïde et syphilis, alcoolisme, prostitution, mortalité infantile, menacent toutes les agglomérations urbaines.

Les prestations dénature différente que les citoyens sont tenus de fournir à leurs gouvernements respectifs se présentent, excepté Fobligation du service militaire, à peu près semblables dans les diflérentes nations d'I*]urope. Lesdépenses publiques ont partout sensiblement augmenté. Elles ont passé en Hollande de 29i millions de francs en 1897 à 417 millions en 1909 ; en Norvège de 149 millions en 1900-1901 à 188 millions en 1908-1909, en Roumanie pendant le même laps de temps de 236 à 408 millions, en Angleterre^ dont le sens pratique et la prudence financière se sont si souvent affirmées, de 2.480 millions de francs en 1893 à 3.835 millions en 1907-1908. Les dépenses annuelles totales des différents gouvernements de l'Europe, — budget d'État seulement — qui étaient de 5 milliards de francs en 1830 et de 15 milliards en 1881 ont dépassé en 1907 le chiure de 27 milliards. Elles se rangent aujourd'hui sous cinq chefs principaux : intérêts de la dette publique, fonctionnement des grands services publics, dépenses dites productives, entretien des moyens de défense et frais de la solidarité sociale.

Au même moment, dans les principales nations d'Europe, les recettes normales se sont trouvées insuffisantes. L'exercice 1908-1909 s'est soldé par un déficit de 280 millions de francs en Allemagne, 200 en France, 17.850.000 francs en Grande-Bretagne. Des ressources nouvelles ont dû être demandées, 625 millions de francs en Allemagne, 420 en Angleterre, 286 en Autriche-Hongrie, 200 en France. Ces charges tendront encore à augmenter par suite du développement des services publics, du relève-^ ment des soldes et traitements, de l'abaissement du taux de la mortalité qui accroîtra la durée pendant laquelle les

ensionnés toucheront leur retraite i^^, des frais de la soidarité sociale, des progrès des armements. Aussi chaque tat s'efforce-t-il actuellement de remettre au point son istrument financier.

Les sources de recettes sont, à quelques détails près, les lêmes dans toute l'Europe. Impôts sur les consommations t surtout taxe sur les hoissons spiritueuses, avec monooie de l'alcool en Suisse et en Russie; régies diverses, ibacet allumettes en France, sel et pétrole dans certains ays balkaniques, pêcheries domaniales en Russie, mines n Prusse, voies ferrées en Allemagne, Suisse, Relgique, ations Scandinaves, Italie, Russie; droit de timbre et 'enregistrement ; impôt sur le revenu en Angleterre, Allelagne, Suisse, Italie, sur les manifestations du revenu en rance; impôt foncier, droits de succession, patentes, ouanes, etc. La notion nouvelle delà justice sociale vient e s'affirmer avec force en Grande-Rretagne, où le projet e budget pour l'exercice 1909-1910, comporte une série 'innovations qui agitent vivement l'opinion britannique. *armi elles figurent un impôt sur les plus-values immoilières qui sont dues à d'autres causes c[ue le travail ou i dépense du propriétaire, une taxe sur les bénéfices que 3 propriétaire retire du renouvellement des baux de lonue durée (plus de 21 ans), un impôt sur les terrains inuilisés, une série d'exemptions en faveur des petits propriéaires, des petits paysans, des sociétés de secours mutuels, les petits débitants, des syndicats ouvriers ; en plusieurs lays l'impôt, dans certains cas, a été rendu progressif; les léritiers ont pu, au lieu de payer les droits, abandonner à Etat une partie de la succession et les taxes ne portent •lus que sur le montant net de l'actif successoral.

Gomme les relations entre les individus, les rapports ntre les nations sont devenus bien plus fréquents que adis. Des ententes ont réglé les relations mutuelles des

(1) Dans les plus grands pays Européens les législateurs cherchent à ssurer des retraites à tous les vieux travailleurs.

154 LES RELATIONS INTERECROPÉENNES.

organismes postaux, télégraphiques, sanitaires des divers pays, les modalités de l'extradition des malfaiteurs et du transport des marchandises sur les voies ferrées. La convention de Genève assure en cas de guerre aux blessés inviolabilité et assistance.

Des congrès, des expositions, des réunions artistiques, sportives, religieuses, votives, des fêtes jubilaires rassemblent périodiquement des européens de toutes nationalités. Des groupements spéciaux entretiennent entre penseurs, savants, techniciens, publicistes, un contact permanent, instituts de droits international, de droit colonial, d'agriculture (de Rome), association pour la protection des travailleurs, etc., etc.

Une égale sociabilité se manifeste entre les divers Gouvernements. Des félicitations ou des condoléances soni échangées à propos des événements heureux ou des catastrophes qui surviennent dans les Etats européens. Des missions spéciales suivent lesgrandesmanœuvres des troupes ou vont, en des circonstances solennelles, représentei dans les capitales leur pays respectif. Les souverains ei chefs d'État se rencontrent. Des accords particuliers ont été conclus pour éliminer des relations réciproques de certaines nations des germes de conflit, arrangements anglo-français et anglo-russe, franco -allemand. Des alliances ont été signées pour augmenter le cas échéant leî forces militaires des contractants, Triplice et Duplice Des amitiés et des ententes ont rapproché certains peuples La France et l'Angleterre, l'Angleterre et la Russie.

La pénétration réciproque des nations est donc aujour d'hui plus profonde que jadis. Elle a commencé à réagi sur la mentalité de nombreux Européens. Plus que le œuvres des auteurs qui vivent sur les autres parties de 1; terre la littérature européenne intéresse les habitants di vieux monde, romanciers et philosophes français, histo riens et juristes allemands, penseurs russes, dramaturge? norvégiens, économistes anglais. Des « idées du xvm® siècle

©AUSES DE RAPPROCHEMENT. 155

ont sorties les théories politiques qui sont aujourd'hui doptées et appliquées dans toutes les nations de notre ontinent. Auguste Comte et Kant ont fourni aux esprits, ue le rituel éloignait de la pratique du christianisme, î fondement d'une règle de conduite et la base d'une lorale. Lamark et Darwin ont créé la théorie du trans- )rmisme. Pasteur celle des germes et des ferments. Sur e nombreux points les Européens ont des opinions identiues et ceux d'une même catégorie sociale sont arrivés en énéral à un égal degré de culture intellectuelle. Sous des pparences diftérentes existent des états de fait ou des istitutions fort peu dissemblables au fond. Aaclien, quisgranet Aix-la-Chapelle, Antwerp Amberes et Anvers enova, Genoa et Gênes sont les noms divers de trois mêmes illes; policeman, schtitzmann, gardien de la paix, les trois ppellations d'une même catégorie d'agents publics; Laour party, social démocratie, parti socialiste les trois spects du socialisme organisé pour la lutte politique. Les lotifs de détermination des Européens, quelle que soit îur nationalité, sont influencés par quatre forces princiales qui agissent, tantôt parallèlement, tantôt en sens Qntraire : Ihérédité ou atavisme, sentiments ou passion, lison ou intérêt, milieu ambiant.

La puissance du sentiment est considérable et pousse arfois les hommes à commettre des actes contraires à îurs intérêts biencompris. Cette sentimentalité européenne 5t faite d'humanitarisme, d'égalitarisme, de sympathie our la personne humaine, d'horreur du sang et de répunance pour la violence, d'incapacité quasi-physique de oir souffrir. C'est elle qui provoque ces élans unanimes e pitié lorsque des cataclysmes imprévus (Courrières et lessine) ou des atrocités barbares (massacres de Turquie t mutilations marocaines) abolissent de nombreuses vies, .a défense de certains intérêts communs unit des gens de lationalités différentes. Banquiers, industriels et comnerçants contractent des ententes, se partagent des aflaires

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rémunératrices, tandis que les diverses associations ouvrières cherchent à s'unir au-dessus des frontières.

De grands courants tendent à modifier dans le même sens les divers milieux nationaux. Chaque pays d'Europe évolue manifestement vers la démocratisation de ses institutions politiques, Taffranchissement de l'individu de certaines contraintes étatiques et peut-être vers sa soumission aux impératifs des groupes corporatifs dans lesquelles les nécessités matérielles l'obligeront à entrer. Pendant ce temps l'influence atavique et le souvenir d'une Europe morcelée en éléments jaloux et hostiles, avides et batailleurs va progressivement en s'atténuant.

Il existe donc entre les peuples de notre continent des affinités diverses, des besoins et des désirs communs, des germes d'un rapprochement futur. Et déjà en 1885 Nietzsche écrivait « grâce à bien des choses. . .^on méconnaît ou on déforme mensongèrement les signes qui prouvent de la manière la plus manifeste que l'Europe veut devenir une » (^).

Dans un sens opposé à celui de ces forces associantes agissent, sur les rapports mutuels des États européens, des causes d'inégalité et des motifs de division.

Un sentiment plus vif de la personnalité et un besoin d'indépendance plus grand que jadis augmentent encore la diversité des intérêts et les contrastes des tempéraments nationaux. Si les principales institutions politiques e1 sociales reposent aujourd'hui sur des bases identiques el constituent autant de cadres semblables les détails de leui fonctionnement n'en comportent pas moins des différences appréciables et peuvent parfois soulever l'indignation dei étrangers (2), Les peuples de notre continent, s'ils appar

(1) Par delà le bien et le mal. Traduction Henri Albert, p. 285.

(2) Comme par exemple les progroms russes, les massacres d'Adana la procédure suivie dans le procès contre Ferrer, etc.

SENTIME.NT NATIONAL. ll'il

înnent tous, sauf les Turcs, à la même civilisation dite irétienne, ne sont pas arrivés au même degré de dévelopîment moral. Les intérêts matériels des nations d'Eu- »pe sont souvent différents et parfois opposés. Les pays à dustries naissantes, la Russie et l'Autriche-Hongrie, ou îu favorisées par la nature, comme l'Italie et la Suisse, it besoin de se défendre par des tarifs nettement procteurs; ceux à économie exclusivement agricole ou dustrielle, le Danemark etla Grande-Bretagne, peuvent re plus facilement libre-échangistes et ceux à la fois ^ricoles et manufacturiers, la France et l'Allemagne, nt partagés entre les deux nécessités de protéger leurs dtivateurs et de ménager au dehors des débouchés à leurs dniers. Chaque nation s'efforce aujourd'hui de devenir le puissante unité économique. La fixation des régimes )uaniers semble devoir exercer une répercussion de plus i plus grande sur les relations politiques des Etats euroîens. Chacun d'eux'manifeste, à des degrés et sous des rmes variables, sa force d'expansion. Les uns ont conquis îs colonies ou des protectorats, les autres ont créé des ablissements commerciaux dans des pays indépenmts (1), d'autres essaiment chaque année de nombreux nigrants.

Les difficultés que peut soulever l'administration des )maines coloniaux, les ressources en hommes, en argent en produits que leurs métropoles sont susceptibles d'en *er sont une cause de plus d'inégalité entre les Etats iropéens. Les avantages et les dangers qui, pour cerins d'entre eux résultent de la présence de leurs natiolux dans des régions lointaines, Anglais, Français, Almands et Belges établis en Chine, par exemple, ne sont is partagés par les autres. De même quatre Puissances

(1) Il existe à l'étranger 13 grandes banques anglaises, des banques emandes dont celles en voie de création en Perse et en Haïti. Dans ce rnier pays et en Asie Mineure les Allemands ont acquis la concession mportantes voies ferrées.

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seulement, l'Angleterre, la France, la Russie et l'Italie ont assumé la charge de protéger la Crète. Les peuples, dont de nombreux fils vont chaque année se fixer dans les pays étrangers, l'Italie et l'Allemagne, sont grandement intéressés au sort que chacun d'eux réserve aux aubains notamment en matière de naturalisation, d'assistance, d'accès des juridictions. La Grande-Bretagne, qui a un pressant besoin de s'approvisionner à bon compte de matières premières et d'écouler les produits de ses industries, a émis deux théories particulières que ne sauraient accepter les autres gouvernements. L'une que tous les territoires vacants des continents autres que l'Europe devaient être occupés et leurs ressources mises en valeur — ce qui lui permit d'enlever au Portugal ses plus belles possessions africaines — la seconde que la possession pendant cinquante ans d'une région déterminée pouvait, par une sorte de prescription acquisitive, se transformer en pleine et entière propriété. L'opposition des intérêts résulte parfois de difiérences de situations géographiques et de puissance militaire. Un État insulaire se ravitaille par mer, il sentira, beaucoup plus qu'une nation continentale, le poids de l'exception de contrebande de guerre (^). Un Etat qui possède une grande étendue de côtes exigera que le blocus soit effectif. Celui qui s'est ménagé, le long des routes maritimes, de nombreux relais tendra à restreindre les facilités, qu'en cas de lutte, les belligérants peuvent trouver, auprès des neutres, pour seréapprovisionner en vivres et en charbon. Celui qui s'est créé une flotte imposante s'efforcera de conserver la faculté d'arrêter et de saisir la propriété privée ennemie et pour cela étendra la notion de la contrebande de guerre, celui qui ne dispose que de peu de vais-f

(l) La déclaration de Paris en 1853 a prohibé l'armement de navires' corsaires et a déclaré inviolable la propriété privée ennemie. Mais ex-, ception a été faite pour les objets qui rentrent dans la définition de laj contrebande de guerre. Cette définition a varié selon les époques et les pavs.

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