SENTIMENT NATIONAL
'indépendance, la solidarité et la fierté collective de tous îs membres d'une même nationalité. Chaque Européen ent aujourd'hui plus que jadis à parler la langue de ses ïeux et à suivre leurs usages, à participer à la gestion de i chose publique, à faire apprendre à ses enfants son prore idiome, à leur transmettre sa foi, ses souvenirs et ses spérances. 11 désire ardemment n'obéir qu'aux lois votées •ar ses représentants et qu'aux ordres donnés dans son diaîcte par des fonctionnaires de sa race. La poussée des natioalités, qui a été le trait dominant de l'évolution politique e l'Europe au xix^ siècle, se poursuit encore de nos jours. Pour devenir de fortes unités morales, les États se sont ttachés à intensifier la culture du patriotisme. L'Ecole et e régiment, les manifestations périodiques de certaines .ssociations spéciales, les commémorations solennelles des .nniversaires de victoires ou de défaites sont pour les )euples l'occasion de glorifier la mémoire des citoyens qui ont morts pour la patrie, de s'enorgueillir des triomphes et i pleurer les hontes du passé, de se confirmer dans leurs levoirs. Ce culte de la patrie, agressif chez certains peuîles, est partout exclusif et constitue, dans sa forme actuelle, e principal obstacle à une transformation en solidarité ictive et organisée de la solidarité verbale et impuissante de .'Europe actuelle. C'est l'idée du sacrifice et l'esprit d'abaégation qu'il enracine dans les cœurs qui vivifient la force matérielle des armées en campagne et les rend difficiles à v^aincre. C'est la base indispensable de la puissance militaire de chaque État, le ferment qui, le moment venu, porterait au paroxysme les vertus guerrières d'une race et les énergies individuelles de toute une ^-énération.
Unités économiques politiques et morales les nations européennes estiment indispensable d'entretenir, pour défendre leur indépendance, des armements considérables. Cet effort, qui voudrait les différencier les unes des autres, contribue au contraire à leur imposer une commune et lourde charge, et à les exposer à des risques identiques.
162 LES RELATlOxNS INTEREUROPÉENNES.
Au cours des vingt dernières années les moyens de selfdéfense, dans toutes les nations européennes, ont augmenté en nombre comme en puissance et contribuent à donner à l'éventualité d'une guerre un aspect nouveau.
L'Angleterre s'efforce de créer une solide armée de terre, la Russie et l'Espagne de reconstituer leur marine. La Turquie fait appel à des instructeurs militaires allemands et s'ingénie à organiser une armée vraiment nationale. La Bulgarie a formé des troupes aussi bien armées que bien entraînées. La Suisse a construit des forts aux débouchés sur son territoire des principales routes qui viennent de l'étranger et la Belgique, qui a fait d'Anvers une grande place forte, a étudié avec passion une modification de son mode de recrutement destinée à accroître ses effectifs (0. Le Danemark vient de décider l'extension de ses forces militaires, l'augmentation des défenses de Copenhague du côte de la mer et le maintien, pendant treize ans encore, de seî défenses par terre. La Norvège discute des projets de réor ganisation de son armée.
Certains gouvernements fon t donner Finstruction guerrièn au plus grand nombre possible de citoyens, conserven prête l'armature des formations de combat destinées à le:! recevoir et les maintiennent en contact avec ces cadres par de \ périodes de manœuvres. Ce système, qui a été inventé pa la Prusse et adopté par plusieurs Etats, procure à la natio qui l'emploie le maximum de puissance agressive ou dé fensive, puisque en cas de guerre tous les hommes valide
{\) Le H décembre 1909 a été votée la nouvelle loi militaire belf (recrutement à raison d'un fils par famille, service personnel et servie de quinze mois).
20 à 45 ans seraient appelés sous les armes. Le service litaire a été successivement depuis 1792 personnel et n obligatoire (volontaires, conscription et tirage au [•t), obligatoire mais non personnel (remplacements, disnses et exemptions). Il est maintenant obligatoire et peranel en Allemagne et en France (loi de 2 ans), en Rus- I (loi de 3 ans). L'Espagne est sur le point de supprimer mplètement la faculté du remplacement à prix d'arnt, disposition, qui existait en France avant 1872. La ande-Bretagne cberche à constituer une armée de ligne sceptible d'assurer la défense du sol britannique et de tacher, le cas échéant sur le continent, plusieurs divisions, vers projets tendent sous des formes différentes à impo- V à tous les jeunes Anglais une préparation militaire de iclques mois. La jeune Turquie s'eftorce de former avec s citoyens turcs, hellènes, albanais, bulgares, serbes, umains, arméniens, une armée homogène et vraiment tomane. Le patriarche grec a demandé à la Porte de endre les mesures nécessaires pour que dans les corps de )upes les convictions et les sentiments des chrétiens ne ssent pas froissés et il a vivement exhorté ses ouailles servii* en loyaux et fidèles soldats.
Chaque nation a développé dans la mesure de ses resurces et de ses besoins ses moyens de protection. Des pts détachés entourés de chausse-trapes et de grilles IX pointes barbelées, des tourelles cuirassées et des literies à longue portée enfermées dans d'épaisses semâtes, ont été dressés aux points de passage éventuels !S ennemis. Ce renforcement des ouvrages de défense a scité des progrès dans l'art de la destruction. Des plosifs puissants ont été découverts, mélinite, nitroycérine et cheddite, des obus, dont l'éclatement varie à lonté, approvisionnent des canons d'une justesse et d'une pidité de tir remarquables (*), des cordons de matières
[\) L'usine Krupp a imaginé un canon spécial monlé sur une automo-
16 i LKS RELATIONS INTKREUROPÉENNES.
fulminantes reliés à des piles électriques servent à faii sauter ponts et viaducs, tunnels et maisons, arbres ( murailles. Les fusils à répétition, pourtant très meui triers (^), ne tuant pas assez d'hommes en un temps donne les régiments d'infanterie ont reçu des mitrailleuses qi « arrosent » le terrain d'une pluie de balles. Les division de cavalerie indépendante sont appuyées par des batterie extrêmement mobiles. L'art des fortifications passagères été très développé. Des dirigeables, et déjà Ton escompl l'utilisation des aéroplanes, sont employés à repérer 1 situation exacte des adversaires, à reconnaître le terrai et, le cas échéant, àlancer des projectiles C^). Le télégraph avec ou sansfd, le téléphone, les services sanitaires, ali mentaires et administratifs ont été minutieusement orga nisés en vue d'accroître la force des combattants et leu indépendance vis-à-vis du milieu ambiant. De même le moyens de transport. Chevaux, mulets et automobile dans chaque pays sont soigneusement recensés. Toutes le voies ferrées, et certaines d'entre elles dites stratégique n'ont pas d'autre objet, serviraient en cas de guerre hâter la concentration des troupes et leur ravitaillemen régulier en vivres et en munitions. Enfin un plan généra de mobilisation complet et précis assigne à chaque unit sa place et son rôle dans les formations de combat et u trésor spécial est tenu en réserve pour couvrir, dès 1 début, les dépenses d'entrée en campagne.
La guerre navale a été elle aussi perfectionnée. Gertair ports ont été puissamment fortifiés, des lignes de torpi les barrent leurs passes d'entrée, des projecteurs éclairei
(1) Certaines personnalités militaires estiment nécessaire le rempiat ment du fusil Lebel.
(2) La Conférence de La Haye en 1899 avait interdit pendant cinq a le jet des projectiles du haut des ballons, celle de 1907 n'a pas renouv cette prohibition. L'on a signalé la découverte d'un tube lance-torpil susceptible d'être placé sur des dirigeables et de projeter à 4 kil. 500 kilogr. et demi d'explosif.
iirs approches. Des sous-marins, des submersibles, des [•pilleurs ont été créés pour détruire les massifs cuirass dont le tonnage, l'artillerie, la rapidité et la zone d'ac- >n augmentent sans cesse. De 15.000 tonneaux il n'y a s dix ans le déplacement de ces navires est monté à plus 20.000 aujourd'hui, leurs canons portent à plus de kilomètres, leur vitesse dépasse 20 nœuds à l'heure. is escadres homogènes de cuirassés, de croiseurs procès, de croiseurs ont été constituées et la télégraphie ns fil permet les mouvements combinés de plusieurs dsions opérant à de grandes distances les unes des très. Des chantiers, des formes de radoub, des bassins mt spécialement aménagés pour construire et réparer ns des délais aussi courts que possible ces énormes isseaux. Les navires de commerce sont construits de jon à pouvoir, en cas d'hostilités, être rapidement transîmes en croiseurs auxiliaires.
La lutte pour la suprématie maritime provoque en ce mointune rivalité entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Ue-ci, qui pendant ces trois dernières années a mis en antier onze gros navires cuirassés tandis que sa rivale ;n lançait que huit, a dès à présent une avance de douze )is sur le délai fixé pour l'exécution de son nouveau ogramme naval ; elle a édifié en moins de deux ans et is attirer l'attention des étrangers quatorze cales pour vires du type le plus grand, les usines Krupp travailit plus vite que les établissements similaires anglais et lucuns ont assuré qu'en 1913 elle posséderait 25 dreadught. Actuellement sa flotte se compose de 28 cuirassés de 9 croiseurs protégés jaugeant ensemble 453.790 meaux. L'Angleterre dispose de oScuirassés, 38 croiseurs Dtégés d'un tonnage total de 1 .375.750 tonnes et vient de ;t^re en construction 4 dreadnought, 6 croiseurs protés, 20 contre-torpilleurs et deux docks flottants. Elle lan- 'a 4 nouveaux grands cuirassés en 1910 et en avril 1913, la nécessité l'exige, elle aura 26 dreadnought. L'Au-
166 LES RELATIONS INTEREUROPÉENNES.
triche-Hongrie et l'Espagne ont manifesté l'intention de renforcer leur flotte de grands cuirassés et la Russie modifie les bases de sa défense navale dans la Baltique. La France a mis à l'étude la réorganisation de ses escadres.
L'Italie va augmenter ses fortifications en Vénétie, notamment dans l'Engadine à Tagliato, San Martino, Sistolader, dans la vallée de Flmperina et dans la région de Mestre à Tessora. Û
La guerre est devenue l'objet d'une science spéciale qui a ses savants et ses écoles, ses principes et ses traditions, ses méthodes et quelques expérimentations. Chaque nation s'eô'orce bien de tenir secrètes les particularités essentielles de ses armements, mais l'espionnage, véritable institution nationale chez quelques peuples, rend vaines ses précautions et tous les progrès qu'elle introduit dans ses armements sont, dans un laps de temps plus ou moins long, connus et copiés par ses adversaires. 11 est à remarquer qu'il n'y a aucune différence de nature entre les moyens d'agression et les instruments de défense. L'une des règles élémentaires de la stratégie moderne consiste à déterminer la partie faible des forces de l'adversaire, de se précipiter sur elle et de détruire aussi complètemeni et rapidement que possible ses éléments de résistance. Torpilleurs et cuirassés, bataillons d'infanterie et régiments de cavalerie servent indifféremment à l'attaque et s la défense.
Ainsi en cas de guerre l'armée active et sa réserve l'armée territoriale, les cuirassés, croiseurs, torpilleurs e sous-marins, les navires de commerce disponibles, le chemins de fer, les animaux de trait et les automobiles les ballons, contribueraient à augmenter la puissance d destruction des belligérants.
La création, l'entretien elle perfectionnement des unité de combat coûtent à l'Europe des sommes de plus e plus élevées. Voici quelques chiffres en millions d francs :
LES ARMEMExNTS.
1910 Jl
PS
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