LES RECETTES DES CHEMINS DE FER EUROPÉENS
L'établissement et le fonctionnement des chemins de fer, ui ont contribué partout à transformer la situation écoomique, politique et sociale antérieure, mettent en préence des intérêts variés et complexes.
La construction des lignes, d'après un plan d'ensemble iidicieusement conçu, facilite grandement la mise en œure des forces productives de chaque Etat. Elle est en lême temps qu'une affirmation de solidarité et un puisant outil de cohésion nationale un redoutable instrument e défense ou d'attaque.
Les trains apportent les produits alimentaires qui y manquent, soit dans les contrées les plus reculées rendant insi impossibles des famines analogues à celles de jadis, oit dans les énormes agglomérations actuelles qui peu- 'Cnt s'approvisionner à longues distances et en grandes [uantités. La circulation rapide et régulière de wagons pécialement aménagés a rendu facile l'expédition au loin e poissons et de coquillages, de lait, beurre et œufs, de >rimeurs et de fruits. La possibilité des transports à bas ►rix et par masses a élargi le marché des denrées agricoles t stimulé la production. Elle a mis l'agriculture en aesure de se fournir plus aisément d'engrais chimiques, ie résidus de fabriques, de machines diverses (M.
Les voies ferrées ont puissamment aidé au développenent des industries extractives. L'abaissement de leurs arifs — le coût de la tonne kilométrique est tombé de
(1) La tonne kilométrique mjyenne coûtait par roulage 0 fr. 30, aujourd'hui, par chemin de fer, un peu plus de 4 centimes en France.
0 fr. 10 en 1850 à un peu plus de 4 centimes en France aujourd'hui — a facilité le rayonnement à des distances de plus en plus grandes des produits lourds et encombrants. Toutes les régions minières, Angleterre, Allemagne, Belgique, Nord de la France, ontunréseau de rails très dense.
Les industries manufacturières ont été plus encore favorisées par l'établissement de moyens do communication peu coûteux, rapides et réguliers. Ceux-ci ont permis à certaines contrées en leur apportant les matières premières qui leur manquaient, laine et coton, cuirs et paux, minerais et métaux demi-ouvrés, d'utiliser leurs combustibles minéraux et d'organiser puissamment des industries textiles, métallurgiques, alimentaires et de constructions mécaniques, à d'autres, en les approvisionnant de la houille qui leur faisait défaut, de manufacturer les produits bruts qu'elles possédaient.
Le rôle essentiel du commerce consiste à transporter des lieux de production [aux centres de consommation les denrées et articles de toute nature. Son essor prodigieux aux xix*" siècle a été dû en grande partie à l'établissement des voies ferrées sur terre et de lignes de navigation régulières sur les Océans.
L'ensemble des organes de transport constitue en luimême dans chaque pays, une industrie propre dont le développement intéresse son économie nationale. Elle assure en effet des profits aux individus qui lui ont confié des capitaux. Elle distribue annuellement à des centaines de mille employés (^) sous forme de salaires des dizaines d( millions, et elle commande autant que possible aux entreprises nationales les rails^ ponts et charpentes de fer, les locomotives et les wagons, le combustible et le matérielj dont elle a besoin. |
Les chemins de fer, outre qu'ils constituent en eux-même!| une industrie importante, ont donc contribué dans chacuil
(1) 650.000 en Allemagne, 142.000 en Italie, 65.000 en Belgique.
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5 pays de l'Europe à rendre plus intense l'activité agrile, minière, manufacturière et commerciale. Leur construction a été la manifestation de l'esprit de iidarité. Les bénéfices réalisés sur certaines grandes lies favorisées permettent l'exploitation à perte des troncs qui traversent des contrées deshéritées. Là où le rém est à peu près définitivement établi les industriels ssèdent la totalité du marché intérieur, vendent leurs oduits jusque dans les régions les plus reculées et cette oduction en grand abaisse le coût de revient. Les chemins de fer ont puissamment facilité la diffusion s idées à travers toutes les portions de chaque État eupéen. Des journaux, des revues, des livres ont été trans- >rtés rapidement et à bas prix. Au même moment dans 5 villes et dans les campagnes des millions d'hommes it pu lire les mêmes nouvelles, commenter les mêmes its, se faire la même opinion. Les prospectus et les calogues ont remplacé les colporteurs, des millions de ttres circulent tous les jours, des trains spéciaux les em- )rtent et partout en Europe les administrations postales it pris une énorme miportance i).
Les échanges d'idées ont encore été multipliés par les éplacements des hommes beaucoup plus fréquents aulurd'hui que jadis '.- . Les campagnards ont pu facilement mir louer leurs services dans les centres urbains, les ïunes gens y achever leurs études, les oisifs s'y distraire, )us y prendre des habitudes qu'ils rapportent dans leurs [liages ou petites villes. Les voyageurs de commerce toute année, les touristes et les citadins en nombre s'rossisant (3) Tété sillonnent les campagnes, y apportent les mo-
(1) Les recettes postales télégraphiques et téléphoniques se sont éieées en 1908 en France à 329 millions de francs et ont laissé un bénéfice et de 40 millions.
(2) Il passe en moyenne 375.000 voyageurs par an sur un kilomètre e chemin de fer en France.
(3) L'automobile ne semble pas avoir concurrencé sérieusement le train.
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des, les manières et les façons de penser des villes. L'hiver, tandis que dans le Nord sur la nature morte la pluie, le vent et la neige font rage, les gens riches s'en vont, de plus en plus nombreux, vers les claires cités du Midi respirer^ sous un ciel presque toujours bleu, un air léger et tiède et admirer, assis à l'ombre des palmiers, les lointains horizons neigeux. Des billets collectifs et des trains spéciaux amènent les foules vers des expositions plus ou moins universelles, les lieux de célébration de grandes fêtes jubilaire* sportives ou artistiques, les sanctuaires réputés, les plages ou les montagnes renommées et aussi hélas des groupes de malheureux ou de mécontents vers les ports d'émigration. Les chemins de fer ont facilité la centralisation administrative et politique, ont développé la notion des diverses parties d'un même pays formant un tout homogène et étroitement dépendantes les unes des autres et ont ainsi concouru à l'unité et à la cohésion nationales.
ils sont enfin destinés à jouer en cas de guerre un rôle considérable : Concentration rapide des troupes en des points éloignés, ravitaillements réguliers en vivres et en munitions, évacuation des blessés. Parmi les motifs que la Bulgarie a invoqués pour s'emparer, l'année dernière, des lignes qui sillonnent son territoire et qui ne lui appartenaient pas, figure celui que leur exploitation par la Compagnie de chemins de fer orientaux risquait de compromettre, le cas échéant, le succès de la mobilisation de son armée. Certaines voies ferrées dites stratégiques répondent à des besoins purement militaires.
La construction méthodique d'un ensemble cohérent de lignes ferrée sa donc eu et continue d'exercer, dans chacun des pays de l'Europe, une profonde influence sur son développement économique, politique et social. i
Chaque moyen de transport répond à des besoins différents selon), nature du pays, la distance à franchir, le nombre des voyageurs et leui degré de fortune : marche, bicyclette, voiture, auto, tramways, train.