‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 63 sur 74 · ARMEE ET FLOTTE EUROPÉENNES · texte numérisé non relu

ARMEE ET FLOTTE EUROPÉENNES

livrer leurs voisins, entraînement de sociétés soi-disant sportives, cadres de francs tireurs, de guerrillas, de palikares, construction de vaisseaux de commerce susceptibles de se transformer rapidement en navires de guerre, etc.. Elle procurerait à chacun le respect de son territoire, de son pavillon, de ses représentants à l'étranger. En troisième lieu, elle imposerait à tout gouvernement d'Europe^ en litige avec un autre gouvernement européen, le recours à l'arbitrage dans tous les cas et l'exécution intégrale de la sentence rendue. Enfin elle mettrait ses troupes à la disposition des Etats pour les aider à maintenir Tordre public et la tranquillité générale, dans la mesure où les armées Qationales coopèrent actuellement à l'œuvre de police et à la condition expresse que ce recours à laforce militaire soit dans chaque cas rigoureusement légal, c'est-à-dire préalablement autorisé par la législation de la nation qui le solliciterait. Hors d'Europe elle entreprendrait, sur^la demande expresse des pouvoirs publics intéressés, favorablement accueillie si leur objet était pacifique, toutes les croisières, démonstrations navales, blocus, saisies, expéditions dans rintérieur.des colonies européennes, que nécessiterait la défense des nationaux et des intérêts importants de ces gouvernements. En cas de conflit entre un Etat européen et un Etat hors d'Europe, si l'arbitrage ne pouvait le résoudre par suite de l'opposition tacite ou expresse du litigant exotique, elle se substituerait à TEtat victime de ce déni de justice et entreprendrait la guerre en son lieu et place.

Ce n'est donc pas la suppression générale des rencontres armées qui serait poursuivie, mais leur disparition d'Europe, le règlement des litiges internationaux où des Européens seraient intéressés, par l'arbitrage sur notre continent et par tous les moyens, y compris la force, dans les autres parties du monde.

Comment le sujet juridique européen formerait-il cette armée et cette flotte européennes? Il se procurerait le

matériel, les armes, réquipement, les approvisionnements, les cuirassés, croiseurs, torpilleurs sous-marins en triant soigneusement et en conservant les meilleurs parmi les engins de guerre que lui aurait cédés chaque nation. Ses points d'appui dans l'Univers entier et l'emplacement des dépendances immobilières, indispensables à toute puissance militaire, lui seraient assurés par une sorte d'expropriation, génératrice d'une large indemnité, des parcelles de terrain nécessaires appartenant à des Européens. Le personnel serait fourni par chaque nation au prorata de sa population. L'enrôlement purement volontaire aurait l'inconvénient, certains peuples ayant plus que d'autres des aptitudes guerrières ou, sous l'empire de besoins particuliers, une tendance plus grande à louer leurs services à des étrangers, d'augmenter dans les rangs des troupes européennes la proportion des représentants de quelques nationalités et de réduire celle de plusieurs autres. Chaque État recruterait, parles moyens de son choix, un contingent annuel et l'ensemble de ces contingents nationaux constituerait l'armée européenne. C'est en ce sens que les forces actuelles seraient non pas supprimées mais dénationalisées.

Par quels moyens seraient-elles transformées en une armée homogène, unie et véritablement européenne? Les officiers et les soldats ne tiendraient pas garnison dans leurs patries respectives, dans les mêmes armes les unités de combat et les états- majors particuliers seraient composés d'éléments de nationalités différentes, les degrés successifs de la hiérarchie, dans un corps de troupe donné, seraient occupés par des Européens d'origine diverse. Pendant la durée de leur passage dans l'armée les individus perdraient provisoirement leur titre de citoyen de tel ou tel pays et n'exerceraient aucune des fonctions ni aucun] des droits afférents à cette qualité. Les élèves des écoles' militaires acquerraient leur instruction successivement dans les principaux pays d'Europe. Le développe- f

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