‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 64 sur 74 · ARMÉE ET FLOTTE EUROPE EN.NES · texte numérisé non relu

ARMÉE ET FLOTTE EUROPE EN.NES

ment de l'étude des langues et un judicieux emploi d'interprètes permettraient d'éviter les inconvénients- des différences de langages. Toute l'armée européenne serait sous l'unique et exclusive direction de la Puissance publique européenne.

A combien s'élèveraient ses efîectifs? Les spécialistes et les techniciens diraient le nombre de bataillons, d'escadrons et de batteries, de cuirassés, croiseurs et torpilleurs indispensables pour assurer, tant en Europe que dans le monde entier, la réalisation des buts diflerents qu'aurait à poursuivre le nouveau sujet juridique européen. Le système des réserves permettrait de n'entretenir, en temps ordinaire, que les forces nécessaires pour parer aux besoins courants de la politique européenne et de ne recourir à des éléments plus nombreux qu'en cas d'év^entualités redoutables.

En second lieu le nombre permanent des soldats présents sous les armes pourrait encore être réduit du fait que chaque Etat européen ne disposerait plus de ses lignes ferrées. En cas de mauvaise volonté ou de tentative hostile d'une nation européenne, le brusque arrêt delà circulation de ses trains pourrait constituer un moyen de pression efficace. Des séditions ou des guerres n'éclateraient pas partout au même moment et une partie desforcescantonnées dans les pays qui demeureraient paisibles pourraient être transportées dans les régions troublées. Enfin, chaque pays d'Europe devrait avec sa police propre, qu'il conserverait et même augmenterait, assurer en temps normal, contre les déprédations possibles de ses nationaux, l'intégrité des voies ferrées et des lignes télégraphiques qui les longent. La garde matérielle des chemins de fer et de leurs dépendances n'incomberait aux troupes européennes, tout comme dans l'organisation actuelle, qu'en cas de troubles et d'insuffisance marquée des forces policières locales. Peut-être, et c'est là une simple hypothèse, qu'une armée de terre de 1.500.000 hommes très mobile et bien entraînée, supé-

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rieurement armée et judicieusement répartie suffirait à assurer, en temps normal, la paix européenne et à constituer des cadres toujours prêts à recevoir les millions d'hommes qui pourraient un jour être nécessaires. Peutêtre que 11 divisions de 6 grands cuirassés chacune, 8 de 6 croiseurs cuirassés et 150 contre-torpilleurs formeraient une force navale européenne suffisante. Les navires moins puissants et moins neufs, mais choisis encore parmi les meilleurs de tous ceux que les nations d'Europe remettraient à la Puissance publique européenne, seraient placés en réservée et armés, le cas échéant, avec des matelots réservistes.

A combien se monteraient les frais d'entretien de ces effectifs ? Les unités de combat de terre existant en Allemagne^ en France et en Autriche-Hongrie étaient en 1908 au nombre de 1.713 bataillons, 1.199 escadrons et 1.234 batteries soit en tout 1.424.815 hommes. Supposons, ce qui ne serait pas, que leur entretien par une Puissance unique reste aussi coûteux qu'il l'est aujourd'hui. Les budgets de la guerre, allemand, français et auslrohongrois réunis se montaient en 1907 au total de 2.763.582.270 francs. Les forces navales actuelles de la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France assemblées donnent une idée de ce que pourrait être la flotte européenne de demain : 122 vaisseaux de ligne, 75 grands croiseurs, 72 petits croiseurs, 280 contre -torpilleurs. Additionnés, les crédits de ces trois marines pour l'année 1910, qui sont sensiblement plus élevés que ceux de 1907, atteignent 1.761 millions de francs.

Les dépenses militaires de la Puissance publique européenne seraient donc chaque année de 4 milliards 500 millions de francs. Il en résulterait pour l'ensemble de l'Europe la possibilité de consacrer annuellement 2.500 millions de francs à des œuvres autres que celles relatives à la préparation de la guerre.

Ainsi, par un effort de commune bonne volonté et la

conscience plus nette des véritables intérêts des personnes les Etats européens pourraient dénationaliser leurs troupes et prouver la matérialité de leurs sentiments pacifiques. A la lueur soudaine de la confiance mutuelle, que ce ^este ferait naître, apparaîtraient en vive lumière les bienfaisants effets de la formation d'une Puissance publique européenne exclusivement destinée à conserver, sans ses charges et ses périls actuels, tous les avantages de la paix en Europe et à défendre au loin les nationaux et les intérêts de tous les peuples, si petits soient-ils, de notre continent.

Cour de justice européenne.

Pour que dans une société, qu'elle soit composée d'inlividus ou de nations, des rapports juridiques réguliers ît permanents soient substitués aux plus importantes des 'dations de fait ou de convention, qu'entretiennent ses nembres, il semble indispensable que trois conditions issentielles se trouvent remplies. D'abord qu'un certain lombre d'intérêts et de devoirs soient à l'avance et publijuement transformés en « droits » et en (* obligations ». în second lieu que, préalablement à la naissance des litiges, des hommes aussi intègres qu'éclairés soient désignés )our les trancher en appliquant les prescriptions édictées Dar la collectivité et que de môme les diverses exigences le la procédure soient nettement déterminées ; enfin ju'une force publique suffisante assure, envers et contre eus, l'exécution intégrale des sentences légalement renlues.

Quel serait le critérium de la juridicité ? Les peuples d'Europe qui se pénètrent de plus en )lus (1) possèdent un fonds commun d'idées et de senti-

(1) En Russie et en Turquie, depuis peu de temps il est vrai, certains

monts, d'intérêts et de besoins ainsi que les éléments d'une même morale, combinaison dans une proportion variable de préceptes chrétiens et des notions philosophiques du xvni° et du début du xix'' siècle. Leur culture générale repose sur les mômes bases et leur civilisation se manifeste par des traits semblables (i). Si des Anglais et des Chinois, des Russes et certains Sud-Américains, des Allemands et des Noirs n'ont pas une identique conception de la licite des actions des hommes ou des gouvernements, tous les habitants de notre continent ont le même sentiment de la justice et il y a un sens européen de la juridicité. Les ressemblances frappantes entre les divers Codes le montrent surabondamment. Or la justice est une et ce qui est considéré comme injuste entre particuliers commence à le paraître dans les rapports entre les individus etl'Etatdontils dépendent. Cette discrimination ne pourraitelle porter sur les relations mutuelles des nations européennes ? C'est déjà un progrès que chacune d'elles, quand elle est en litige avec une autre, cherche à prouver qu'elle a pour elle le (( bon droit » et que ses prétentions ou ses refus sont a légitimes », mais il faudrait définir et préciser ce « bon droit » et « cette légitimité ».

Au lieu de s'efforcer de déterminer un critérium abstrait il y aurait avantage à énumérer simplement ceux des intérêts et des devoirs des peuples européens qui deviendraient des droits et des obligations et ceux de leurs moyens d'action qui seraient tenus pour illicites.

Il se trouve vraisemblablement aujourd'hui une forte majorité d'Européens qui estiment que notre continent n'aurait rien à gagner matériellement et surtout moralement à ce que l'une quelconque des nations actuellement existantes soit anéantie, à ce qu'une ou plusieurs provinces

traits de la civilisation européenne ont été introduits dans les institutions et dans les mœurs.

(1) Sauf la Turquie.

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