‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 65 sur 74 · SO.N UTILITÉ · texte numérisé non relu

SO.N UTILITÉ

)assent, contre le gré de leurs habitants, d'un Etat à un Lutre, à ce qu'un grand pays use de son influence pour nsdlter un petit peuple ou le contraindre à suivre une )olitique qu'il estime contraire à ses intérêts. Beaucoup, ans doute, n'aperçoivent pas le fondement légitime et équiable des résultats matériels obtenus par le belligérant vicorieux. Une guerre est dans la vie des peuples un accident leureux ou malheureux dont l'issue est souvent due aune LUtre cause que la seule valeur du vainqueur, un fait isolé [ui ne signifie en lui-même pas grand chose. L'appropriaion par un peuple du territoire qu'il occupe au contraire, e défrichement des forêts et des marécages, l'exploitation )rogressive et intelligente de ses ressources, les découvertes le ses savants et les applications successives qu'en font ses ngénieurs, la lente formation de sa conscience nationale ït raffinement grandissant de sa culture générale ont été 'œuvre patiemment et péniblement poursuivie à travers les liècles par d'innombrables générations. Tout ce patrimoine natériel, intellectuel et moral est la propriété une et indidsible de tous les habitants du territoire que leurs aïeux mt contribué à amasser et dont leurs fils ont intérêt à ouir. Quel contraste entre cette fusion des âmes et des :œurs vibrant à l'unisson dans une harmonieuse Patrie, )roduit d'une évolution plusieurs fois séculaire, et l'anlexion brutale à un autre Etat d'un groupe de villages et l'individus, geste sanglant qui enracine le mépris chez le vainqueur et la haine chez le vaincu?

Tous les divers moyens d'action à l'extérieur des gouvernements européens, placements de capitaux, envoi ['instructeurs ou de conseillers techniques, de missionnai- ■es, de médecins, d'ingénieurs, d'instituteurs, d'agents de ;ouimerce, etc.. tous subsisteraient intacts, sauf un seul [ui serait supprimé, la faculté de fairela guerre en Europe. }uelle atteinte sa disparition porterait-elle aux intérêts issentiels et aux éléments d'expansion des peuples? Quelle lation pourrait se prétendre lésée? Depuis quarante an-

nées il n'y a eu, pour ainsi dire, aucune rencontre sanglante sur notre continent, les divers Etats n'ont-ils pas, loir d'être amoindris, développé prodigieusement leurs forces économiques, leurs institutions sociales et leur degré d( culture générale? Quel profit matériel ou moral ont retire les vainqueurs des dernières guerres européennes, la Rus sic en 1877 et la Turquie en 1897? Et cependant certain* crieront bien haut que notre conception de l'organisatior pratique de la paix européenne constituerait une atteinte intolérable à la liberté des Etats — à celle des forts d'écraser les faibles sans doute — à l'épanouissement intégral de toutes leurs facultés — y compris celle de profiter de diverses circonstances pour acquérir brutalement des lambeaux pantelants de nations voisines — à leur prétention d'assurer la subsistance de leurs nationaux en nombre grandissant, — en colonisant certaines régions de l'Europe comme de vulgaires possessions exotiques.

En fait et au fond, le jour où la possibilité de se ruer sur un Etat, de bombarder des villes, tuer des milliers d'hommes aurait disparu de l'Europe rien ne serait changé à la situation mutuelle et réciproque des divers peuples du continent. Les forts, les intelligents, les habiles, les travailleurs resteraient les uns vis-à-vis des autres ce qu'ils sont aujourd'hui. Mais tous, débarrassés du souci de défendre eux-mêmes et à chaque instant leur existence et leur indépendance, pourraient pleinement s'adonner au développement, dont bénéficieraient leurs voisins, de leurs facultés économiques et inventives, intellectuelles et créatrices.

Le droit public européen se composerait d'un petit nombre d'articles clairs et précis. Les seules sanctions qui pourraient être prononcées contre les gouvernements qui les violeraient, si grandes qu'aient été leurs infractions, seraient l'obligation soit de remettre les choses en l'état, soit de présenter des excuses, soit de payer des indemnités.

Parmi les agissements des gouvernements les uns ne

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