‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 71 sur 74 · PRINCIPAL AVANTAGE · texte numérisé non relu

PRINCIPAL AVANTAGE

les foules européennes acquièrent de la Hanse, pacifique et désintéressée, qui leur assurerait, sans frais ni risques, la paix, une notion aussi exacte que précise et aussitôt dans l'atmosphère de l'Europe, à travers la poussière des désirs individuels en suspension, flottera un point de coagulation noyau autour duquel viendront se cristalliser puis prendre corps des aspirations éparses et confuses.

Théorie n'est pas nécessairement synonyme de chose irréelle et vaine. Parti de données concrètes et poursuivi sans perdre de vue les exigences de la vie un raisonnement tliéorique peut aboutir à des conclusions telles que, véritables germes animés d'une force vitale latente, elles peuvent se transformer, aussitôt transportées dans un milieu approprié, en tangibles et fécondes réalités.

Il n'est donc pas inutile, bien que leur création n'apparaisse pas comme immédiatement possible, d'exposer les assises et le fonctionnement d'un groupe homogène d'institutions protectrices de quelques intérêts essentiels de tous les peuples européens.

Nous n'avons pas l'intention ici d'analyser et de grouper d'une part tous les avantages, de l'autre tous les inconvénients qui résulteraient pour TEurope de l'organisation, sur la base du respect absolu des droits préalablement définis de chacune de ses unités composantes, de la paix et de la sécurité européennes, puis d'en faire la balance impartiale. Ce serait une tâche considérable dont Taccomplissement exigerait des connaissances nombreuses et approfondies que nous ne possédons pas. Mais il est une conséquence de cette transformation en rapports juridiques des principales relations intereuropéennes, actuellementde pur t'ait, qui semble évidente et que nous ne pouvons résister au désir de souligner.

De tout temps et dans les milieux les plus ditléreuts

Tune des causes les plus actives du progrès a été riiarmouieuse synthèse des résultats d'une série d'analyses poussées aussi loin que possible. Conception et « vulgarisation », degrés et conditions d'applicabilité, modalités et moyens de l'éalisation ont résulté du choc do diverses pensées créatrices, d'une succession de retouches et de tâtonnements, d'expériences et de perfectionnements. Cefutrœuvre commune d'institutions et d'observations, de sens pratique et d'expérimentations, d'autant plus féconds qu'ils étaient plus intenses parce que j)lus spécialisés. A la fin du xvni" siècle chaque nation européenne constituait déjà un tempérament particulier, une manière de sentir et de comprendre, une faculté créatrice et org-anisatrice différente et originale. Aussi le contactde ces forces diversifiées devait avoir une énorme répercussion sur l'Europe et l'onapu dire, môme au seul point de vue industriel, que (( la distance est beaucoup plus grande entre les procédés techniques du xvin° siècle et l'industrie contemporaine qu'entre cesmêmes procédés etlesarls de l'antiquité même égyptienne » (^). Dans les domaines les plus difl'érents la collaboration incessante des penseurs et des inventeurs de toutes nationalités a été si intensé.ment enchevêtrée qu'il est impossible de préciser la part exacte que chaque peuple a prise dans le progrès général de l'humanité. Ici encore, si actifs qu'aient été les échanges d'idées et de procédés, de découvertes et de perfectionnements pratiques entre les habitants de l'Europe et ceux des autres parties de la terre ils ont été, surtout à partir du xvf siècle, incomparablement plus intenses et plus complexes entre ces mêmes Européens.

Les Chinois et les Indiens, les Mèdes et les Perses, les Egyptiens et les Phéniciens eurent une civilisation et une culture propres dont certains éléments passèrent en Grèce et à Rome puis furent recueillis par les Arabes. De l'épo-

(I) Seignobos, Histoire de l'Europe contemporaine, p. 638.

Page 1