‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 73 sur 74 · DANOIS DU SCHLESWIG · texte numérisé non relu

DANOIS DU SCHLESWIG

En 18 i8 le parti libéral danois proposa de ne garder que le Schleswiget de le soumettre à la môme Constitution que le Danemark. La mort du prince régnant Frédéric VH eu 1863 posa une triple question. Le Sehleswig sera-t-il ou non détaché de l'ensemble des trois duchés et incorporé au Danemark, les duchés auront-ils ou uon la mên:e constitution que le Royaume, auront-ils pour souv^erain rhériti(U^ de Frédéric Yll en ligne féminine (Christian, Roi de Danemark) ou son héritier en ligne masculine (Frédéric d'Augustenbourg (l).

La Pi'usse et l'Autriche reconnurent Christian Roi de Danemark comme souverain des duchés mais s'opposèrent à ce que ceux-ci fussent soumis à la même Constitution que le Danemark. Sur le refus du Roi de l'abroger elles envahirent le Sehleswig (février 1864). Les Danois en appelèrent aux Etats européens qui, par la Conférence de Londres en 18o'2, avaient (( décidé de maintenir l'intégrité de la monarchie danoise comme nécessaire à l'équilibre européen ». L'Angleterre refusa d'intervenir, Napoléon III proposait de faire trancher le conflit par un vote des habitants. L'armée danoise fut vaincue (18 avril 186i). Le cabinet de Londres suggéra le partage du Sehleswig, celui de Paris conseilla de faire coïncider la ligne de démarcation ivec la frontière des langues, ceux de Vienne et de Rerlin exigèrent que les trois duchés fussent érigés en un Etat indépendant et le Danemark vaincu et abandonné, Jut les céder (août 1864) non pas à Frédéric d'Augustenbourg mais aux deux vainqueurs. L'Autriche fut lépouillée de ses droits en 1866 et la Prusse s'annexa ces ;erritoires.

Un article du traité de Prague stipulait que « les popuations des districts Nord du Sehleswig, si par un libre /ote elles donnaient à connaître le désir d'être unies au Danemark, seraient cédées au Danemark ». Mais jamais

(l) Seignobos, déjà cité, p. D't^.

3lo ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS.

les Danois du Schleswig no furent appelés à donner leur avis sur Tannexion et en 1878 TAutriche renonça à celte clause.

Le message royal qui annonçait en 1866 cette annexion en môme temps que celle du Hanovre, de Hesse-Cassel, de Nassau et de Francfort invoquait le jugement do Dieu. « Ces gouvernements ont attiré sur leur pays la décision de la guerre. Cette décision d'après le décret de Dieu s'est tournée contre eux. La nécessité politique nousforce à ne pas leur rendre le pouvoir dont ils ont été dépouillés par les victoires de nos armées ». La Commission de la Chambre prussienne désira un autre titre d'acquisition que la conquête. « La force toute nue ne suffit plus aujourd'hui pour fonder lesdroits et les Etats ». Bismarck répondit «■ Notre droit c'est le droit de la nation allemande d'exister, de respirer, de s'unir » et le message du Roi avoua « qu'une partie seulement des habitants partageait la conviction de la nécessité de l'annexion (i) ».

Les Danois du Schleswig n'ont cessé de s'élever contre leur incorporation violente à la Prusse. Le Gouvernement prussien a cherché à détruire la nationalité danoise en proscrivant dans ce coin de terre sa langue, ses chants patriotiques, ses couleurs et en tracassant les protestataires. La germanisation y est cependant si peu avancée qu'il y existe ua parti national allemand distinct.

Sur les bords de l'Oder apparurent de bonne heure des groupements slaves de religion catholique et de civilisation j latine 12). Peu à peu refoulés par les colons allemands, au j cours de leur poussée plusieurs fois séculaire vers l'Est, ils|

(1) Seignobos, p. 448.

(2) Voir La question polonaise, par Dmowski, traduction Gasztowst. Armand Colin, mai 1909.

s'établirent le long de la Vistule et entreprirent des expé- <litionsdans les régions qui bordent la mer Noire. Pendant longtemps ils furent considérés comme les défenseurs de l'Europe contre lesTartares vi),Ies Turcs et les Moscovites. Serré de près à l'Ouest par la Prusse protestante et de culture germanique, menacé à l'Est par la Russie orthodoxe et encore fortement asiatique, travaillé par de violentes dissensions intérieures ce peuple catholique slave et latinisé s'efïorça de se l'éformer et de se rénover on éliminant les influences orientales qui l'avaient diminué moralement et intellectuellement. Mais il était trop tard. Ses puissants voisins s'entendirent pour le mutiler en 1772, 1793 et 1795. Deux de ses tronçons conservèrent leur indépendance Tun de 1807 à 1815 sous le nom de Grand- Duché de Varsovie, l'autre sous rappcllation de République de Cracovie jusqu'en 1846.

Aujourd'hui l'ensemble des territoires de l'ancienne Pologne se trouvent répartis entre la Prusse, l'Autriche et la Russie.Certains d'entre eux, foncièrement polonais, sont peuplés en grande majorité par des représentants de cette race 1.216.000 sur un total de 1.985.000 habitants en Posnanie, 4 millions sur 7.725.000 en Galicie, 11.1^00.000 sur un total inconnu mais très peu supérieur dans le grand duché de A'arsovie, soit au total 16.700.000 individus. Les régions limitrophes sont habitées par des Polonais mélangés, dans une proportion variable avec des éléments étrangers, 2 millions sur 5.700.000 en Prusse occidentale et orientale et dans la Haute Silésie, 250.000 sur 727.000 dans la Silésie autrichienne, 3.000.000 environ sur 23 millions d habitants dans les provinces annexées par la Russie (lithuaniennes et ruthènes). Actuellement entre l'Allemagne, l'Autriche et la Russie, 20 millions d'hommes se réclament de la nationalité polonaise et parmi eux 16 millions habitent des territoires foncièrement polonais (Pos-

1) C'est près de Slegniclz sur l'OJer que les Mongoli furent détails en

iianie, Galicie et Royaume de Pologne). Le pays de Posen était indispensable à la Prusse, écrit M. Dniowski « pour réunir territorialement ses possessions, pour se créer une frontière orientale relativement normale et pour garantir sur ses derrières une province entièrement allemande s'étendant le long de la Baltique jusqu'à Fembouchure du Niémen ii). Le Royaume de Pologne (ancien grand-ducbé de Varsovie) et la Galicie ne constituent pas, l'un pour la Russie l'autre pour l'Autriche, une nécessité territoriale ».

Après l'échec des malheureuses insurrections de 183! et de 18G3, la question de la Pologne parut définitiv^ement tranchée.

L'ancien duché de Varsovie fut appelé Pays de la Vistule, les paysans émancipés dans l'espoir qu'ils prendraient parti pour les nouveaux maîtres du territoire contre les seigneurs et les prêtres qui passaient pour représenter « la tradition historique et l'idée nationale », les fonctionnaires polonais remplacés par dos agents russes, la langue polonaise exclue des écoles, des tribunaux,^ de l'administration, des chemins de fer appartenant à des compagnies privées et même des sociétés de crédit. Grâce à cette contrainte la langue russe se répandit chez les Polonais et ses progrès furent considérés comme une preuve de leur rapide russification. Dans l'ancien duché de Posen depuis longtemps déjà des colons allemands s'étaient installés. Leur nombre passa de 30 0/0 de la population totale en 1815 à 4o 0/0 en 1867. Cet accroissement régulier amena les hommes d'Etat prussiens à « regarder la germanisation définitive de ces territoires comme une simple question de temps ». La Galicie venait de recevoir du Gouvernement de Vienne des institutions autonomes et une administration dirigée par des Polonais.

{[) La question polonaise, \). 39. La nationalité polonaise s'enfonce en eîTet comme un coin vers la Baltique et sépare la Poméranie de la Prusse orientale. Voir la carie ethnique annexée à l'ouvrage précité.

Démoralisée et désorg-anisée la société polonaise n'opposait aucune résistance aux Russes, se déclarait parfois allemande en Prusse et soutenait loyalement la politique des dirigeants autrichiens.

Cependant le polonisme n'était pas mort. Les mesures prises contre le clerg-é lors du kulturkampf et l'instruction du peuple, la mise en valeur des richesses du sol (0 et la démocratisation des mœurs réveillèrent, là où il sommeillait, et créèrent là où il n'existait pas. le sentiment national polonais. « ^îaîgré les insurrections de 1830 et de 1863, malgré plusieurs épidémies, malgré l'oppression les Polonais se sont accrus, pendant le xix'' siècle, proportionnellement plus qu'aucune autre nationalité de l'Europe (2)». A l'heure actuelle dans la Pologne russe la densité de la population est supérieure à 80 habitants par kilomètre carré et la proportion des éléments urbains est notablement plus grande que dans le reste de la Russie. Le commerce a fait de notables progrès et le nombre des intermédiaires juifs a sensiblement diminué. Il se créa une « classe paysanne saine et nombreuse destinée à constituer le fondement de l'équilibre social ». Fortement attaché à la terre le paysan polonais s'eflTorce d'arrondir le domaine qu'il possède, ou d'en acheter un avec l'argent qu'il va gagner en Allemagne ou en Amérique. Jl adopte volontiers les améliorations çulturales qu'il voit productives. « Les sociétés coopératives, les associations de crédit et d'alimentation, les cercles agricoles... se sont rapidement multipliés ». l/instruction s'est propagée dans les masses populaires grâce au développement, des écoles publiques en Posnanie et en Galicie, des initiatives privées

(1) Les étendues marécaj^euses qui bordaient la Warta ont éié desséchées, colonisées et transformées en riches terrains de culture. Les salines de Wieliczka près de Cracovie, le cuivre, l'élain, le zinc, le fer et le charbon aux environs de Dombrova et de Sosnovice font l'objet d'une exploitation intensive.

(2) UEurope par Camena cI'AImeiJa, p. 415.

dans la Pologne Russe et, clans celle-ci en 1937, parmi les habitants qui savaient lire, 60 0/0 ne connaissaient que le polonais bien que renseignement ofticiel fut donné en russe. Une littérature originale s'épanouit, l'université de Varsovie fut mise à l'index et les étudiants allèrent achever leurs études à Gracovie où les cours se font en polonais. Une classe d'ouvriers apparut, une autre de bourgeois instruits et les fils de grands propriétaires de jadis devinrent des producteurs intelligents, énergiques et laborieux.

Cependant, en même temps que la nationalité polonaise se ranimait peu à peu, la plupart de ses représentants las, et découragés semblaient renoncer à la lutte. En Pologne russe sous le coup de la grande secousse de 1863 certains proposèrent de se bornera développer les ressources économiques et à augmenter le degré de culture générale. Ce fut la période du « travail organique » et du « positivisme de Varsovie », des partisans du Réalisme. Aujourd'hui le parti socialiste attend de la révolution sociale l'amélioration de la situation actuelle et déclare que Faction nationale n'est qu'un moyen de tromper le peuple. Les éléments conservateurs continuèrent, après l'échec de la dernière insurrection dont ils n'avaient d'ailleurs pas été partisans, de chercher à a gagner la confiance des souverains, conquérir pour les Polonais une position dans l'Etat étranger, ou tout au moins à adoucir leur pénible sort ». Ce fut le groupe des « ententistes ». En Autriche les Polonais affirmèrent « solennellement leurs sentiments de loyalisme envers le monarque » et en échange le cabinet de Vienne soutint en Galicie leur politique conservatrice et aristocratique. En Allemagne ils se rapprochèrent du Gouvernement et votèrent en 1893 les crédits de la marine. A Varsovie ils reçurent avec enthousiasme en 1897 le tsar Nicolas II.

Mais le polonisme, après ces tentativ^es de conciliation ne tarda pas à reprendre une claire conscience de luir même et à se ressaisir. Un troisième parti était né, le parti

démocratique national qui montrait « que la nation a avant tout le devoir de songer à ses intérêts et à son avenir... que dans les relations internationales il n'y a pas de bon droit et il n'y a pas de tort, il n'y a que force et faiblesse. . . » et qui s'efforçait « de tirer de la société polonaise la plus grande somme possible d'énergie afin de l'employer dans la lutte pour l'existence nationale ». Il fondait en 1886 une ligue et publiait en Galicie la Revue panpolonaise destinée à tous les Polonais.

Aussi les progrès du polonisme amenèrent-ils une recrudescence dans la lutte que lui avaient déclarée ses ennemis acharnés. Ce fut en Autriche où ses adversaires se montrèrent les moins violents. Le cabinet de Vienne ne put ni défendre les nobles Polonais contre le flot montant de la démocratie ruthène ni éviter des conflits qui se multiplièrent. L'introduction du suffrage universel réduisit « le nombre des représentants de l'ancienne politique à une faible minorité ». Parmi les Ruthènes se manifeste un mouvement antipolonais que d'aucuns disent encouragé par Berlin. En Prusse des expulsions en masse, des interdictions de séjour prolongé, l'exclusion de la langue plonaise de l'école, de l'armée et de l'Eglise, le transfert des instituteurs polonais dans l'Allemagne occidentale, les centaines de millions de marks dépensés par la Commission de colonisation et les efforts de germanisation par l'école et par l'Eglise attestent les difficultés que rencontre le gouvernement prussien dans son entreprise d'extermination de la nationalité polonaise. Il se heurte à une résistance dis- <;iplinée et pacifique, à une petite bourgeoisie industrielle et commerçante, énergique et intellectuelle. Le nombre des Allemands se serait abaissé en Posnanie de 45 0/0 en 1867 à 38,54 0/0 enlOOo et celui des juifs, qui sont pour l'expansion allemande de précieux auxiliaires, de 3,9 0/0 en 1870 à 1,4 0/0 en 1905. Dans l'ancien royaume de Pologne les moyens divers employés pour russifier les habitants, n'ont pas réussi et le polonisme y

est très vivace. Malgré la violence des luttes de partis, et la malheureuse influence de Tanarchie révolutionnaire, aucun des adversaires du parti démocratique national ne fut élu lors de la convocation de la première Douma. Le nombre des électeurs fut considérable et atteignit dans certaines villes 97 0/0. 11 en fut de même pour le choix des députés de la seconde Douma, toutefois le parti démocratique national s'entendit avec les deux autres partis, le réaliste et le progressiste et fit passer quelques-uns de leurs candidats. A l'unanimité la députation polonaise déposa un projet de loi sur Tautonomie du pays. Le nombre des représentants de la Pologne à la troisième Douma fut réduit de 36 à 12, mais tous les candidats fureni présentés aux électeurs parle parti démocratique national sans aucune concurrence. « Toutes les classes de la société polonaise sont unies dans la revendication de l'autonomie du pays ».

La renaissance de la nationalité polonaise et les obstacles grandissants qu'elle rencontre ont imposé une nouvelle politique polonaise fortement démocratisée et commune aux trois parties de la Pologne « appuyée sur de larges aspirations nationales et une foi inébranlable en l'avenir de la nation elle s'adapte à l'état réel de!; choses et s'efforce, dans les conditions mêmes qui lui soni faites, d'améliorer autant que possible le sort de la nation ». Elle redoute vivement les progrès du germanisme i^'.

(1) L'Allemagne possède en Russie, pour son influence, une base extrêmement solide. « Son importation est aujourd'hui près de la moitié d( l'importation totale dans ce pays... des postes e'ievés de l'adminislration russe sont occupés par des Allemands russes... à côté de Tambassadt allemande se trouve à Pétersbourg un plénipotentiaire militaire attacha à la personne de S. M. l'Empereur de Russie... l'allemand est couramment parlé dans les provinces baltiques et les fonctionnaires russes l'emploient fréquemment... des colons allemands achètent depuis quelque temps beaucoup de terres dans le Nord de la Pologne russe. Les Polonais sont convaincus que « le principal danger qui menace l'exia-

et cherche la formule d'un modus vivendi normal avec le gouvernement qui permettrait aux Polonais de remplir loyalement leurs devoirs de citoyens et à l'Etat de reconnaître la nationalité polonaise (^). Un pareil compromis n'est encore intervenu que dans l'Empire d'Autriche qui a admis l'existence du patriotisme polonais. Par contre l'Allemagne et la Russie semblent avoir juré de l'exterminer. La première déclare qu'elle lutte non seulement contre les habitants de la Posnanie mais contre toute la nation polonaise. Des lois récentes viennent d'interdire l'emploi du polonais dans les réunions publiques et d'autoriser l'expropriation des terres polonaises. Des agents allemands sont introduits dans toutes les administrations importantes, des concessions de terre sont données le long des voies ferrées aux employés d'origine germanique et dans les derniers mois de l'année 1909 des fonctionnaires coupables d'avoir voté pour des candidats polonais auraient été punis ou déplacés d'office. La Russie maintient la Pologne dans un régime d'exception et n'oppose aucun plan de réformes aux revendications d'autonomie. La question polonaise demeure ouverte.

Les pays compris entre le Rhin d'une part, les Vosges et une ligne bizarre qui serpente en Lorraine d'autre part,

tence nationale de la Pologne réside dans l'accroissement disproportionné de la puissance allemande.

(l) En 1908 le congrès slaviste de Pétersbourg a proclame que le mouvement slave a pour but u non pas la fusion de tous les Slaves en une seule nation mais le développement de l'individualité de chacun des peuples slaves, le relèvement de ses forces natiooales et la coopération de toutes les nations slaves en vue d'accroître leur progrès général et de se défendre contre le germanisme militant... Il ne tend pas à modifier les frontières des États existants... La question la plus importante à l'heure actuelle pour le monde slave est le règlement du conflit polonorusse )). Cette tendance nouvelle est appelée le neo-slavisme.

sont aussi l'un des quelques points de l'Europe où le conflit de deux nationalités se poursuit âpre et douloureux (1).

La possession de l'Alsace-Lorraine peut procurer à i l'Empire allemand trois sortes d'avantag-es, militaires, moraux et économiques.

Situées à moins de 500 kilomètres de Paris, vers lequel coulent la Seine et la Marne, couvertes de casernes, de forts, de batteries et de gares stratégiques, ces deux provinces constituent par dessus tout, pour leurs détenteurs actuels, une formidable base d'opérations guerrières. Les trois anciens départements Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle, aujourd'hui Haute-Alsace, Basse-Alsace et Lorraine divisées en vingt-deux kreis (cercle) sont le siège de trois corps d'armée, les XIV% XV® etXVP. Toutefois le XI V^ a pour chef-lieu Karlsruhe et comprend quelques territoires autres que la Haute-Alsace. Les deux autres ont pour centre Metz et Strasbourg. Tout près de 81.000 hommes de troupe sont stationnés dans ces deux provinces « soit plus d'I/S*' de l'armée allemande entière massée dans une région de moins de 1/37 de la superficie globale de l'Empire » et peuplée de 1/34 de sa population totale. La densité militaire y est énorme, 11 soldats par deux kilomètres carrés et 1 soldat par 22 habitants. Ces forces se répartissent en 79 bataillons d'infanterie (2), 62 escadrons de cavalerie, 54 batteries d'artillerie de campagne, 43 batteries de forteresse, 4 bataillons de pionniers (génie), une compagnie d'aérostiers. Certaines garnisons viennent d'être renforcées, et dans plusieurs villages les

(1) Lire U Alsace -Lorraine de nos jours, par Flore nt-Matter, 1909. Les articles de M. Joseph Galtier, dans Le Temps, novembre 1909.

(2) Dont 59 bataillons prussiens, 7 bavarois, 6 badois,3 saxons,3 wurtembourgeois, 1 meklembourgeois. — Les principales puissances du Monde, Camena d'Almeida, p. 181. V. carte.

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ejQPectifs stationnés sont plus nombreux que les éléments civils de la population.

Des travaux importants ont été entrepris, pour fortifierles places (le guerre, en faire de formidables barrières contre des agresseurs éventuels et de très solides bases d'opérations pour des campagnes en France. Des ouvrages de défense entourent Strasbourg, Thionville,Bitche,Mo]sheim et Metz est devenue la forteresse la plus considérable de tout TEmpire.Sa garnison totale atteint près de 25. 000 hommes (13.035 dans Metz-ville et 11.819 dans Metz-campagne), tandis que celles de Berlin ne dépasse pas 22.400, de Kiel 22.250 et de Strasbourg 17.000 unités. Une double ceinture de forts l'enserre. Les ouvrages Manteufïel, Gœben, Zastrow et Steinmetz, anciens forts français débaptisés, complétés et renforcés par des nouveaux forts à Sainte-Barbe, Mey, Mercy-le-Haut, Orny, Avigy et sur la rive gauche de la Moselle, l'énorme forteresse Frédéric-Charles, les forts Maustein, Alvensleben, Hameke et Hindersin. La seconde ligne comprend des ouvrages situés à 4 ou 5 kilomètres de la frontière et à 8 ou 10 de Metz, Lothringen, Saulny, Point du Jour, entre Ars et Ancy (fort Konprinz), fort Comte Haeseler dont les canons pourraient détruire la gare française de Pagny-sur-Moselle. De nouveaux forts sont en construction à Sorbey pour protéger le château impérial d'Urville, destiné à servir de quartier général en cas de guerre, et les voies ferrées qui rayonnent autour de Courcelles, à Vaulx près d'Ars et de Chàtel-Saint-Germain. Des batteries se dressent au Nord de Gravelotte, d'importants approvisionnements sont constitués à Metz et à Ferrette- Bouxwilhir. Une grille de fer de 25 kilomètres de longueur entoure xMetz du côté de la France et un réseau savant de pointes barbelées défend les approches immédiates de certains forts. L'un des dirigeables les plus puissants de l'armée allemande est stationné à Metz où un hangar, susceptible d'abriter six gros ballons, vient d'être érigé.

Des lignes ferrées nombreuses traversent le Rhin, neuf

débouchent entre Metz et Strasbourg établissant des relations rapides entre les provinces conquises et l'Allemagne. D'énormes gares sont venues remplacer les gares françaises à Metz et à Strasbourg. Partout des dépôts de locomotives, des quais propices à l'embarquement rapide des troupes et du matériel. « Par Goblentz passe le chemin de fer de la Moselle qui aboutit à Metz, ligne stratégique de premier ordre, connue sous le nom populaire de Kanonnenbahn (chemin de fer des canons) section de la grande ligne militaire de Berlin à Metz ». L'administration allemande prépare en ce moment la construction d'une voie ferrée stratégique qui ira de Saint-Louis, à la frontière alsacienne-suisse, à Seppois-le- Haut sur la nouvelle ligne Danemarie-Bonfol. « Elle permettra d'amener une partie du contingent bavarois dans le Sundgau alsacien et de le faire opérer dans la direction de Montbéliard ». Les lignes ferrées de Strasbourg à Saverne, de Thionville à Metz, de Château-Salins à Sarrebourg sont en voie d'élargissement. Les Allemands d'ailleurs déclaraient déjà en 1871 quel'occupation de l'Alsace- Lorraine avait pour eux surtout un but militaire. « Le moins que nous pouvons exiger est qu'on nous livre les portes d'où la France peut faire irruption sur l'Allemagne c'est-à-dire Strasbourg et Metz (l). C'était « le rempart solide contre l'ennemi héréditaire » que le parti militaire ne cessait de réclamer.

Une grande partie de l'opinion publique d'outre-Rhin affecte de voir, dans le maintien de l'annexion, une condition essentielle de l'existence de FEmpire allemand. C'est la matérialisation vivante du triomphe qui couronna l'œuvre de Bismark, le témoin permanent de la solidarité qui réunit alors les diverses parties de la Patrie allemande et le ciment qui les scelle entre elles. Il se peut, qu'au lendemain même de l'unification, la célébration en commun

(f) Bismarck et sa suite, cité par Florent-Matter, p. 288.

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•de certains anniversaires, l'entretien jaloux de la haine contre le vaincu de la veille et l'exploitation adroite du danger commun de la revanche aient contribué, dans une large mesure, à faire accepter, par les nouvelles unités composantes du jeune empire, bien des innovations uniformatrices et des sacrifices divers lourds à des habitudes séculaires de particularisme et d'indépendance. Mais aujourd'hui, au moins les classes dirigeantes en Allemagne ne croient plus, quand elles n'ont pas intérêt à laisser supposer le contraire, à la fable d'une France républicaine avide de conquêtes. Elles peuvent constater que le centenaire n'a pas été fêté officiellement des glorieuses victoires de Valmy et de Rivoli, d'Austerlitz et d'iéna, d'Eylau, de Friedland et de Wagram, que le pacifisme fait des progrès sensibles et que la réorganisation de la marine est poussée sans la moindre hâte fébrile. Elles sentent bien que ce n'est pas la silhouette de la France, pas plus peutêtre que celle d'aucune nation étrangère qui projette son ombre sur les destinées de l'Empire. Les progrès du socialisme (M et la résistance obstinée des Polonais, les agitations nationales au sein de l'Autriche-Hongrieet les projets douaniers du monde britannique menacent bien autrement leurs intérêts et les unissent plus étroitement dans le sentiment d'un péril commun.

La base de l'Empire s'est d'ailleurs considérablement élargie. Par deux fois en 1881 et en 1907 le refus duReichstag de voter les crédits coloniaux et les nouvelles élections qui ont suivi sa dissolution ont permis au peuple allemand d'affirmer l'intérêt qu'il porte à la consolidation de son influence dans ses possessions d'outre-mer.

Dans l'économie nationale allemande, puissante et complexe, se fondent et se solidarisent les intérêts essentiels

1) En octobre 1909 les élections générales ont envoyé à la diète de Saxe 25 députés socialistes alors qu'auparavant il n'y en avait qu'un seul.

Après avoir quelque temps soutenu les Polonais le parti du centre catholique a défendu contre eux les efforts acharnés de germanisation.

de tous les Etats allemands. La Saxe et la Bavière, le Wurtemberg et le Bade sont séparés des rivages de la mer du Nord, c'est-à-dire des Amériques, de l'Afrique et de l'Asie, par le territoire de la Prusse. Les améliorations des fleuves et des ports de l'Allemagne septentrionale profitent directement aux producteurs et aux consommateurs de l'Allemagne du Sud. Toutes les institutions sociales, assurances diverses, caisses de retraites, lutte contre le paupérisme, les moyens de développement du commerce et des banques à l'étranger, la marine marchande sont des organes de l'Empire et non de tel ou tel État particulier. C'est plus l'orgueil, qu'inspirent aux Allemands leurs progrès dans les diverses parties du monde, que la crainte de la France qui émousse les survivances du particularisme d'autrefois et détermine le vote des crédits militaires et navals.

L'Alsace et la Lorraine semblent tenir une bien petite place dans l'économie nationale allemande (i). D'une superficie de 14.513 kilomètres carrés et peuplées de 1.809.000 habitants elles se trouvent à la périphérie de l'Empire, en dehors de ses grands courants commerciaux Berlin-Munich- Rome, Berlin -Cologne- Paris, Hambourg- Francfort-Bâle- Milan, et de ses foyers de production Saar et Ruhr, Saxe et Silésie. Aussi les quelques sommes consacrées à la mise en valeur de ce territoire sont-elles insignifiantes en comparaison de celles employées à le transformer en un vaste camp retranché.

Par l'usage qu'ils en ont fait jusqu'à présent les Allemands ont clairement montré que leur occupation de ces deux provinces a pour but essentiel sinon exclusif d'empêcher une invasion de l'Allemagne du Sud et de servir de base commode à une guerre en deçà des Vosges.

(i) Leur budget, qui pour 1910 s'élève à plus de 91 millions de francs^ n'a pu être équilibré depuis deux ans que par des emprunts.

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Point de vue alsacien-lorrain.

Violemment arrachés à la France en 1871 les habitants de l'Alsace et de la Lorraine ont formulé à ce moment même (i), et par la suite en 1874 et en 1887, des protestations solennelles, fait acquis et enregistré par riiistoire, qui réduisent à néant Tirapudent mensonge d'une terre soi-disant allemande se résignant sans peine à faire retour à l'Allemagne enfin unifiée.

11 semble que le Gouvernement de Berlin ait cru au début se concilier aisément les cœurs des annexés et tour à tour il employa, indécis sur la politique à suivre, la compression policière et le système des avances. De 1871 à 1874 ce fut le régime de la dictature, l'obligation du service militaire imposé au lendemain même de la conquête. Sur 112.000 conscrits convoqués de 1872 à 1875 devant les autorités allemandes, 28.000 se présentèrent et 10.000 seulement furent déclarés aptes à servir. En 1874 les quinze députés élus en Alsace-Lorraine apportent solennellement au Reichstag la protestation de tous les habitants des deux provinces. Cinq ans après la délégation d'Alsace-Lorraine (Landessauchuss) est créée et comprend 30 députés (10 par département), les bureaux sont transférés de Berlin à Strasbourg et le premier statthalter le maréchal Manteuffel se déclare envoyé pour « guérir des blessures et non en faire, ménager des sentiments bien naturels ». Ces avances n'ayant pas eu de succès une guerre acharnée est ouverte contre la nationalité française. L'administration s'applique à extirper notre langue, la

(1) Rien qu'en Alsace le chiffre des optants s'éleva à 658.532. Les députés des départements d'Alsace-Lorraine s'écriaient à TAssemblée nationale le 18 février 1871 : « Nous sommes Français et voulons rester Français » et le l^"" mars « Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement ».

330 LFS OBSTACLES.

seule que connaissaient la plupart des habitants (^), des écoles, dos actes publics où les prénoms et parfois même les noms de famille sont germanisés, des services publics (y compris les postes et les chemins de fer), des enseignes, du théâtre. Elle réprime rigoureusement toutes les manifestations de sympathie pour la France (couleurs tricolores, chansons, déclarations, propos). Elle traque les journaux à tendances françaises et arrête à la frontière ceux venant de France. Elle envoie les jeunes gens, que les circonstances obligent à accomplir leur service militaire, au fond de l'Allemagne et persécute les familles de ceux qui s'expatrient. Elle réduit considérablement la durée de séjour des Français et des Alsaciens- Lorrains naturalisés, refuse Taccès des deux provinces aux officiers, notamment au général Farny appelé il y a cinq ans auprès de son père malade à Strasbourg, et expulse nos compatriotes pour des motifs futiles. Les associations suspectes de sympathies françaises sont dissoutes, l'usage des passeports rétabli en 1888 est suppiimé en 189L mais un pouvoir discrétionnaire est laissé au statthalter. Les autorités essaient de conquérir le clergé en élevant dans des fortes proportions ses émoluments (2) et en faisant grossir, par sa presse officieuse, les moindres incidents de la politique religieuse française. Les partis du Reichstag cherchent, en profitant des divisions des annexés, à s'insinuer parmi eux et à absorber leurs partis propres.

Quels ont été les résultats de cette politique active quia oscillé entre la menace et la conciliation, le despotisme et un certain libéralisme? En 1877 un parti autonomiste se formait avec le but de poursuivre, dans les conditions spéciales faites au pays annexé, l'amélioration de sa situa-

(1) Au moins en Lorraine.

(2) De 500 à 700 marks selon leur âge. Les curés et les desservants reçurent ainsi des traitements variant de 1.875 à 2.500 francs, de 1.425 à 2.000, les chanoines 2.937 en 1884 au lieu de 1.450 francs en 1871, cité par Florent-Matter, p. 120.

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don morale et matérielle. Il s'effondra lamentablement lorsqu'en 1881 le statthalter lui demanda de « reconnaître loyalement et ouvertement l'union de l'Alsace-Lorraine avec l'Allemas-ne ». C'est qu'il s'était incliné devant le fait et non devant la légitimité de l'annexion. « En 1887 les électeurs eurent l'impression d'une sorte de plébiscite entre la France et l'Allemagne et votèrent en masse pour les protestataires (i) ». Comme après les élections de 188t, la compression policière redoubla en 1888, et en 1890 le chancelier Caprivi reconnaissait que «- la tentative faite pour donner des sentiments allemands au pays a échoué 'K

Et depuis? C'est à Strasbourg que les catholiques allemands tiennent en 1907 leur congrès annuel auquel assistent des délégués des catholiques d'Alsace et de Lorraine. Plusieurs d'entre ceux-ci, au spectacle de la politique religieuse du Gouvernement français, dont l'expulsion de l'abbé Delsor fut pour eux un douloureux contre- coup, déclarent a regretter moins qu'autrefois les événements accomplis ». Un projet est déposé à Berlin qui offre à l'Empereur Guillaume la souveraineté des pays annexés afin de leur permettre d'être érigés en un État confédéré allemand. Ln député, M. Ricklin annonce a qu'il votera désormais les crédits militaires pour que, sans se rapprocher de l'Allemagne, l'Alsace- Lorraine s'éloigne d'elle-même de la France ». Les grands partis allemands essaient avec plus d'insistance d'attirer dans leurs rangs les députés des provinces conquises, le centre tend, la main aux partis lorrain et alsacien, les nationaux libéraux ^analogues à nos radicaux socialistes) aux démocrates. En 1907 neuf députés du centre catholique et un conservateur appuyé par lui. deux socialistes, trois du parti lorrain indépendant sont élus.

Ces divers faits peuvent-ils être considérés comme des

(1) Seignobos, dpjà cité, p. 488.

progrès de la germanisation? Il est à noter qu'en 1907 le centre apparaissait comme l'adversaire du gouvernement, puisque c'était son refus de voter les crédits coloniaux qui avait motivé la dissolution du Reichstag. Les adversaires du centre l'accusaient de tendances germanophiles. « A Técole on nous parle de la bonté allemande, de la générosité allemande, mais jusqu'à présent nous n'avons appris à connaître que l'orgueil prussien, l'arbitraire prussien, la morgue prussienne ». « Vous dont les pères ont vaincu à Valmy toutes les réactions coalisées conduites par la Prusse » « la France est la seule nation marchant à la tête du monde civilisé ». « Il faut lutter contre le centre parce qu'il infligerait à notre chère Lorraine l'annexion morale après Fannexion territoriale ». Les candidats du centre se défendent de sympathie allemande, « nous savons distinguer le gouvernement actuel de la France elle-même ». « Je ne laisserai pas mettre en doute mes sentiments patriotiques lorrains ». « Alsacien-Lorrain avant tout ». Malgré son alliance momentanée avec le centre catholique allemand le parti catholique alsacien se déclare identique à ce qu'il était hier et l'abbé Vetterlé répond qu'il est du centre alsacien-lorraio non du centre du Reichstag (1). En 1907 l'on a semblé voter pour le candidat indigène ou immigré, catholique ou démocrate le plus alsacien-lorrain et les Allemands eux-mêmes n'y ont vu qu'une tactique inspirée par les nécessités de la situation.

Pour obtenir des améliorations matérielles et intellectuelles les Alsaciens-Lorrains ont besoin d'institutions autonomes dont l'octroi est subordonné à certaines concessions de leur part. Les uns avertis par l'expérience et les mécomptes éprouvés par les Polonais ne voudraient les consentir qu'une fois l'autonomie accordée, les autres croient habile de les ofïrir dès maintenant. Ce n'est là qu'une manœuvre politique qui n'afïecte en rien les sentiments véri-

(i) Florent-Matter, p. 177 et s.

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tables des annexés. A l'occasion du Congrès de Strasbourg, Le Lorrain déclarait « nous y sommes allés comme catholiques... sans vouloir rien oublier du passé comme sans vouloir rien méconnaître de nos devoirs et de nos besoins d'aujourd'hui ». Cinq députés d'Alsace se sont affiliés au centre allemand mais leur leader avait précisé à l'avance les réserves qu'ils feraient. « Cela ne les empêchera pas de porter sur le fait de l'annexion, sans consultation préalable des habitants, un jugement dans lequel ils n'ont pas varié... Alsaciens-Lorrains nous sommes, Alsaciens-Lorrains nous resterons au centre comme ailleurs... ».

Si la fusion ne s'est pas faite définitivement ni complètement entre les catholiques et les démocrates d'Alsace-Lorraine d'une part, les catholiques et les libéraux allemands de l'autre, elle tend à se réaliser entre tous les éléments politiques d'Alsace-Lorraine. Un parti national est en formation qui grouperait, pour atteindre l'autonomie des deux provinces, les représentants de toutes les opinions. La seule annonce de ce projet a indigné certains journaux et la Melzer Zeitung déclare que la constitution de ce groupement « signifierait un pas en arrière dans l'évolution du pays » « ce qui cimente l'alliance Wetterlé-Blumenthal (chefs respectifs des partis catholique et démocrate alsaciens), c'est uniquement l'antipathie contre les immigrés (^) et contre tout ce qui est allemand (2). C'est pourquoi Wetterlé n'est pas un ami convaincu du centre ». Ainsi même sur le terrain politique où les pressantes nécessités de la vie journalière, le désir légitime de participer à la gestion de la chose publique, le besoin d'indépendance et de culture générale exigent des institutions appropriées au génie particulier des populations (3) et

1) Sur 1.800.000 habitants les provinces annexées comptent 300.000 Allemands dont 200.000 en grande majorité des Prussiens, en Lorraine.

(2) Le Temps, 6 novembre 1909.

(3) Voici quel était en 1906 le programme du parti du centre alsacienlorrain à la fois clérical, démocrate et particulariste : 1° élection de la

excusent certaines concessions destinées à hâter leur octroi, le rapprochement des Allemands et des Français entre Vosges et Rhin n'est qu'apparent et illusoire, douloureux et infécond.

C'est que le fossé demeure béant entre les âmes et les cœurs, que la nationalité française reste aussi vivace qu'au lendemain de la conquête.

En Alsace s'épanouit depuis quelques années une renaissance littéraire et artistique, ha, Revue alsacienne illustrée fouille dans le passé de la province et met en relief ses qualités distinctives, suit partout où ils déploient leur activité ceux de ses fils qui lui font honneur et enrichit, en le préservant de toute altération, le patrimoine intellectuel de l'Alsace. Un théâtre alsacien s'est révélé plein de vie et d'action et un musée alsacien a réuni tous les objets les plus propres à caractériser l'originalité de ce coin de terre.

La langue française, traquée dans les pièces officielles et les services publics, les écoles et les enseignes, est déclarée langue maternelle par un nombre grandissant de personnes, 160.000 en 1895 et 200.000 en 1900 dont (*), 50.000 enfants. Des journaux qui se publiaient dans les deux idiomes la Strashurger Zeitung et V Express de Mulhouse ne paraissent plus qu'en français aujourd'hui. La

Délégation au suffrage universel et direct, élargissement de son rôle en matière financière, large place aux indigènes dans tous les emplois administratifs, extension de l'enseignement de la langue française, ouverture de la frontière aux officiers français, aux réfractaires et aux déserteurs alsaciens-lorrains de la première heure; 2° caisses de crédit rural, coopératives de laitiers et de vignerons, bureaux de placement gratuit, créalion d'inspectrices de fabriques, réforme libérale de l'assurance agricole, de l'assistance publique, des tribunaux de prud'hommes, des lois sur les associations et sur les réunions publiques; 3° abolition des lois d'exception contre les congrégations, maintien des écoles confessionnelles. (1) Dans les campagnes d'Alsace est usité un dialecte très voisin de l'allemand. Jamais la France n'ava.t imposé aux habitants la renonciation à ce parler local.

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