‹ De quelques erreurs sur la papautéChapitre 7 sur 11 · TEMPOREL · texte numérisé non relu

TEMPOREL

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M Guéroult, rédacteur en chef de la Presse, d'accord avec plusieurs de ses amis, demande la suppression du gouvernement temporel du Pape. C’est bien naturel de sa part. Les raisons sur lesquelles il s’appuie pour cette petite réforme ne sont pas neuves , M. Mazzini, après beaucoup d’autres, les adonnées, lors du dernier triumvirat romain, ce fait brillant de l’histoire des « penseurs » modernes. Même dans la bouche et dans la main de M» Mazzini, ces raisons, qui n’étaient

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plus neuves, n’ont pas davantage paru fortes. M. Mazzini voulait « affranchir »

IVoine, et il était lui-même l'affranchisseur. Home n’a pas encore oublié ce qu elle y gagna. LesamisdeM. Guéroult éprouvent le besoin d'affranchir le monde en même temps que Home ; niais ce plan plus vaste n’a pas, jusqu’à présent, conforté les esprits, ou anéanti les inconvénients et les difficultés visibles de l’opération.

Assurément tous les révolutionnaires seraient enchantés de déposer le Pape, pour punir le Pape d’avoir , comme ils le disent, déposé les rois. Le malheur est que les rois ne paraissent pas plus disposés à se laisser venger parles révolutionnaires que les peuples euxmêmes ne semblent soucieux de confier à ces mêmes personnages le soin de les venger des rois. L’opinion publique des peuples, très-clairement manifestée

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en ce siècle, est qu'ils ont le droit d’être gouvernés. On les a vus généralement faire d’assez grands sacrifices de sang, d’argent, d’amour- propre, pour rester en possession de ce droitlà. Les révolutionnaires n’y contestent point. Oh! non! ils sont même tout prêts à fournir les peuples de gouvernements Mais les peuples veulent des rois, pour être sûrs de n’avoir pas tant de maîtres et de les avoir plus décents et moins affamés.

Le peuple romain, malgré tout ce que Ton a tenté pour lui faire honte d’obéir au plus grand des rois'et au plus doux des maîtres, — si l’on peut appeler de ces noms de roi et de maître celui qui, en réalité, n’est qu’un pasteur ; — le peuple romain, abusé par les mensonges des séditieux, et, enfin, tombé en leur puissance, n’a pas eu un autre sentiment que le sentiment

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général des peuples. A peine affranchi , il a redemandé le Pape. Ainsi faisaient toutes les nations avec une grande anxiété. Le Pape n’étant plus sur son trône, il semblait que le monde, privé de paratonnerre dans le fort de l’orage, restait abandonné aux caprices de la foudre.

Et de leur côté les rois, très-disposés à rester rois, ont compris que le gouvernement temporel du Pape est la garantie des couronnes ; ce qui leur fera tolérer que ce gouvernement temporel demeure en même temps la garantie des libertés.

Devant cet accord des peuples et des rois, il ne paraît pas que les écrivains révolutionnaires soient près de leur but, d’affranchir le monde en lui ôtant du front la tiare, qui est la couronne plus que rovale de l’humanité régénérée. On pourrait donc les laisser s’é-

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vertuer contre le gouvernement temporel du Pape : ils n’auront pas de si tôt rongé cette lime.

C’est sans doute un pitoyable etméme un dangereux spectacle! Iln’estpasbon que des sophistes lentement gonflés de tous les venins de l’incrédulité puissent ainsi quotidiennement endoctriner un peuple dont les révolutions ont affaibli le sens moral et le bon sens. Cela n’est pas bon surtout pour la puissance séculière, à qui il n’a pas été dit : Non orœvalebunt. Cependant, comme c’est une des lois et une des disgrâces de la vie humaine de voir de telles choses et de rencontrer partout au pied des arbres le ver qui les ronge, il en faudrait prendre philosophiquement son parti*

Mais il nous semble que, dans cette question si simple, un bon nombre d’esprits sans malice se mettent à la torture pour raisonner de travers, et

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qu'un rien les ramènerait au droit sens.

C’est pourquoi nous recueillerons à leur usage, et, Dieu le veuille î à leur profit, quelques observations sur la puissance temporelle du Souverain Pontife. Us verront combien ils sont déraisonnables d en vouloir la suppression. i° Us n’y réussiront pas, car cette institution est ancienne et solide, et d’un granit où se sont abîmés sans résultat beaucoup de pauvres petits ongles. 2 ° Elle est trop utile à l’Église pour que Dieu ne continue pas d’employer en sa faveur la puissance qui l’a fondée et conservée.

3° L’humanité en a si grand besoin que, si nos révolutionnaires parvenaient, chose invraisemblable, à l’ébranler tant soit peu, leurs neveux eux-mêmes s’emploieraient à réparer les dégâts.

Jésus- Christ possédera le monde, parce que Dieu Lui a donné le monde.

Il s’en emparera suivant son droit, à sa manière , par une lente conquête , comme II s’est emparé de tout ce qu’il possède déjà. Nous disons lente, non pour Lui, mais pour nous, qui attendons péniblement son jour. Lui, Il a le temps, et toute la durée du temps n’est qu’un éclair dans son éternité.

Mais ce n'est pas en Dieu, c’est en homme qu’il veut faire cette conquête, afin de prouver par sa lenteur combien peu de chose est riionnne, et par sa

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victoire , toujours jugée impossible , quelle est la grandeur de l’homme dans la main de Dieu.

Afin de témoigner tout de suite cette grandeur et cette puissance. Il a voulu d’abord s’emparer de Rome, qui était ce que la terre connaissait de plus puissant et de plus grand. Celui donc qu’il avait institué pour être son V icaire, en lui promettant d être avec lui jusqu’à la fin ; Pierre, l’un de ces artisans durs et grossiers qui se disaient eux-mêmes la balayure du monde, descendit du Calvaire à Rome, capitale de l’univers, et en prit possession, inaugurant cet ordre de miracles plus grands que ceux mêmes que Jésus avait faits. Il prit possession de Rome, gage de la possession du monde, et son entrée dans la ville éternelle fut la mainmise de Jésus*Christ sur l'héritage qui Lui avait été donné.

Voilà l’œuvre de Dieu; voici main-

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tenant l’œuvre de l’homme, mêlée de grandeur et de misère.

Le premier arbre que Pierre planta dans son domaine fut la Croix, sur laquelle il se fit attacher la tête en bas, comme pour être plus près des catacombes où allaient s’enfoncer les racines de sa réelle et impérissable souveraineté ! A côté du gibet de Pierre le sang de Paul coula ; et ainsi, durant trois siècles, plantèrent et arrosèrent ces nouveaux souverains, fécondant de leur propre sang cette Rome qui leur était donnée, l’arrosant de leur sang et de leurs sueurs avec plus d’abondance encore que ses anciens maîtres ne l’avaient arrosée du sang et des larmes des peuples vaincus.

Enfin les catacombes se trouvèrent pleines, assez, pleines pour enrichir d’ossements sacrés tous les autels qui seraient plus tard élevés dans le monde,

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et la mystérieuse royauté de l'Apôtre commença de paraître au jour. Les empereurs quittèrent Ilome; ils portèrent à Bv/.ance le siège de l’empire, avec ce vain titre de souverains pontifes, pontificat des dieux reniés, et ils laissèrent l’Evêque de Rome seul debout sur le Vatican, en présence du Capitole vide, à côté du sénat qui n’était plus qu’une ombre. Des siècles s'écoulèrent encore et la ville n’avait en réalité d’autre chef que ce prêtre; car, s’il s’y trouvait encore quelques lettrés et quelques sénateurs attachés au culte des idoles, il n’y existait pas d’autre peuple que le peuple chrétien et pas d'autres lieux d’asile que les églises.

Un jour, après Alaric adouci, après Attila épouvanté, parut Totila, roi des Goths, qui emmena le sénat captif et laissa la ville déserte. Bélisaire accou-

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rut, ramenant une dernière fois les aigles romaines, et la trompette sonna du Capitole, dans cette solitude qui effrayait le général victorieux. Ni les cohortes, ni le sénat, ni le peuple romain ne reparurent; les statues brisées ne remontèrent point sur leurs piédestaux, les arcs de triomphe ne furent point relevés : il ne restait rien dans Rome de ce qui avait été Rome.

Mais le principe de vie que Pierre y avait apporté survécut au passage de Totila, comme il avait survécu à la puissance de Claude et de Néron.

L’Evêque de Rome revint à Rome, où le sénat ne revint jamais; il v ramena le peuple chrétien, et, au siècle suivant, le Pape saint Grégoire I er pouvait déjà écrire : « Le Pasteur de Rome est ac- « câblé de tant d’affaires extérieures « qu’il ne sait plus s’il est évêque ou « roi. »

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Quand plus tard, à l’approche des jours de Pépin et de Charlemagne, cette royauté de fait et de droit prit son véritable nom ; quand les Papes, pour sauver l’Italie et maintenir la civilisation dans le monde, durent enfin retirer aux lâches empereurs de Byzance cette partie de l’empire qu’eux seuls leur conservaient depuis longtemps, il y avait des siècles que Rome n’était plus gouvernée, protégée, repeuplée, rebâtie, nourrie que par ses Évêques.

Ce fut, à vrai dire, Léon l’Isaurien, par son fanatisme pour l’hérésie des Iconoclastes, qui mit la couronne temporelle sur le front des Papes, en soulevant la tempête qui sépara définitivement de Byzance les dernières possessions de l’empire en Italie; Léon l’Jsaurien était sot et avare. Il v a toujours ou de l’ineptie ou quelque grand vice

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dans ces princes qui rompent avec l'Eglise, et souvent ces deux choses y sont à la fois. L’empereur avait fait briser à Constantinople les images du Sauveur; les peuples d’Italie brisèrent ses images, sans s’effrayer des lauriers qui les couronnaient. Averti par le Pape, il le menace de le faire venir à Constantinople, chargé de chaînes. Prenez garde aux peuples ! lui dit encore le Pape. Mais Léon ne savait pas ce que c’est qu’un Pontife.

Les empereurs byzantins étaient parvenus à se donner une de ces Eglises nationales, si chères aux docteurs qui veulent une religionpour le peuple. Gibbon, quoique l'un des plus grands entre eux, dompté par sa conscience d’historien, fait voir la différence du Pontife et du fonctionnaire. «Tandis, dit-il, que le patriarche de Constantinople, esclave, passait alternativement, suivantle ca-

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pricc (le son maître, d’un couvent au siège patriarcal, du siège patriarcal dans un couvent, le génie et l’indépendance des Papes étaient excités par le fait même de leur position éloignée et dangereuse au milieu des barbares de 1 Occident. »

Gibbon est un philosophe et un hérétique, et la philosophie et l’hérésie sont deux bandeaux. Nous avons dit, en répondant à M. de Sacy, ce que c’était que le génie des Papes et où se trouvait la force de leur indépendance.

Gibbon continue et parle vrai , sans parler plus juste : « Leur élec- « lion populaire* les rendait chers « aux Romains; la misère publique et « privée trouvait un soulagement dans « leurs amples revenus, et la faiblesse « ou la négligence des empereurs les « forçait de veiller constamment dans

« la paix et dans la guerre à la sûreté

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« matérielle de Rome. Au milieu des

« calamités de toute espèce, l’Evêque « revêtait insensiblement les 'vertus et « la magnanimité du prince, et tous, « Italiens, Grecs ou Syriens, prenaient « le même caractère, adoptaient la « même politique en montant sur la « chaire de saint Pierre. C’est ainsi « que Rome, après la perte de scs lé- « gions et de ses provinces, retrouva « sa suprématie dans le génie et la « fortune de ses Pontifes. »

Que de précautions pour constater les faits et les interpréter en dehors du miracle de la foi et de l’assistance divine!

Gibbon, décrivant les temps affreux au milieu desquels s’accomplit ce prodige qu’il explique sans le comprendre, s’exprime ainsi : « L’influence de la religion « pouvait seule suppléer au défaut de « lois; le tumulte et la violence des « assemblées où se débattaient égale-

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« ment les affaires particulières, et les « négociations du dehors ne pouvaient « être tempérées que par l’autorité du « Pontife. Ses aumônes, ses prédica- « tions, sa correspondance avec les rois « et les prélats de l’Occident, les ser- «< vices qu’il avait rendus si récemment, « la gratitude et le serment des Ro- « mains devaient les accoutumer à le « considérer comme le premier ma- « gistrat ou le prince de leur cité.

« Malgré leur humilité toute chré- « tienne, on donnait déjà aux Papes le « titre de Dominus ou seigneur , et « leur profil avec leur inscription se « voit sur les monnaies de cette épo- « que. Leur domination temporelle se « trouve ainsi fondée sur mille années « de respect , et leur plus beau titre à « la souveraineté est le libre choix d’un « peuple qu’ils délivrèrent de Vescla - « vage. »

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Après cet aveu d’un hérétique , écoutons la parole émue d’un évêque :

« Rome est l’œuvre de l’amour, de i’in-

* telligence, du dévouement des Souve- « rains Pontifes. Ils l’ont pétrie avec « leurs larmes et leur sang ; ils l’ont « parée des couleurs célestes; elle est à « eux. Pères, artistes sublimes, nobles

• défenseurs, ils ont tous les titres, « ils ont tous les droits (i). »

Ainsi s’est, formé le gouvernement temporel des Papes. Aucun gouvernement jamais n’est sorti si profondément, si légitimement et si lentement de la nature des choses. Sans aucun emploi de la force matérielle, et lorsqu’il la voyait au contraire de toutes parts brutalement conjurée contre

(1) Mgr Berteaud, évêque de Tulle : Lettre pastorale ordonnant des prières publiques pour IV. S. 1*. le Pape Pie IX> en exil. 18 décembre 1848.

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lui; sans aucun moyen, sans aucun projet d’agrandissement, il s’est établi ne sachant pas même qu’il s'établissait.

Et ces siècles de tempêtes, qui n’ont rien laissé debout ni en place dans le monde, qui ont emporté les institutions, les empires, les peuples et les dieux dans ces jeux et dans ces débordements de la force sauvage; ces siècles ont aussi fidèlement travaillé à la construction merveilleuse du trône de Home qu'ils ont fidèlement détruit les plus puissants ouvrages du monde ancien. Lent miracle, d’autant plus manifeste et plus éclatant ! OEuvre de Dieu par la main des hommes, non pas de ceux qui la voulaient faire, mais de ceux qui ne la voyaient pas, qui ne la devinaient pas, qui ne la voulaient pas! Car, pour ceux qui désiraient obéir à Dieu, et que la Providence employait aussi, en obéissant, leur but et leur

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effort étaient de maintenir et (Têt en-

dre le domaine spirituel de l'Eglise, et non pas de lui assurer un domaine temporel. Tour à tour les barbares et les empereurs ont apporté leur pierre, et l'ont posée et cimentée à la place indiquée par l'Architecte invisible, qui seul connaissait le plan, qui seul marquait l’heure, qui seul avait choisi les matériaux. Autant que les barbares, les empereurs, par leurs trahisons, leurs lâchetés, leurs entreprises sacrilèges, sont devenus les fondateurs assidus de celte royauté sans précédents et dont le monde ne verra pas d’autre exemple. Ainsi, sur certains rivages, les flots, multipliant leurs fureurs, ont eux-mêmes formé la digue qui les borne à jamais. Ils l’assailliront sans relâche, et aux jours de grandes tourmente ils pourront la couvrir encore de leur écume ; mais, à moins que Dieu

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ne change les lois du monde, la mer n’aura plus que des colères impuissantes, et s’arrêtera devant les limites que Dieu, par ces mêmes lois, l’a contrainte à se donner.

Quand l’œuvre a été faite, alors les hommes ont vu qu'elle était bonne et l’ont régularisée. De ce recoin misérable, de cette bourgade qui se nommait Rome, où de vils empereurs la faisaient tourmenter par des subalternes quand les barbares n’y étaient point, la Papauté, loin de l'Italie et loin de Byzance, avait enfanté des nations catholiques, entre autres celle des Francs.

Tel avait été le résultat de ce que Gibbon appelle la « correspondance » des Papes avec les peuples de l'Occident.

L’Orient se perdait dans l’hérésie ; l’Occident avait pour roi des barbares hérétiques. « Alors, dit Baronius, Dieu « suscita du milieu des infidèles un

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« prince qui fût à lui, et se forma un « peuple privilégié qui protégerait son « Eglise contre les assauts de l’hérésie « et le Ilot des barbares; il voulait en- « core que son Eglise fût glorifiée par « eux . 11 paraît en effet certain que la na- <• tionalité française est instituée pour « ce double but. » La nation de Clovis, en correspondance avec les Papes, était devenue la nation de Charlemagne.

« Tout ce qui se produit sur la scène « terrestre est pour l’exécution d’un plan « éternel. Quand Dieu y veut employer « un homme comme un instrument « direct et aimé, il met dans son cœur « la piété fdiale envers l’Eglise. Si, pour « lui rendre aisée sa tâche illustre, les « obstacles doivent être écartés, ils le « seront. Des victoires rapides sur les « choses mauvaises lui seront données.

« Au besoin il sortira du nombre et « montera s’asseoir au rang suprême*

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« afin que son action se déploie nieil- « leure et plus libre (i). «Tel fut Charlemagne, « cet homme si grand que la grandeur a pénétré son nom et que la voix du genre humain l’a proclamé grandeur au lieu de grand (2). >> Pendant les jours de Charlemagne, à Byzance la dynastie iconoclaste des Isauriens était continuée par un Copronvme, qui mérita sur le trône l’ignoble surnom qui lui avait été donné enfant, et s’éteignait en la personne d’un Flavius Constantin, trahi par ses courtisans, battu par ses tributaires, détrôné par sa mère qui lui fit crever les yeux.

Charlemagne ordonna cinquante-trois expéditions militaires, dont il commanda le plus grand nombre. Partout ses armes victorieuses frayaient le chemina

(1) Mgr Berleautl. évêque de Tulle -.Lettre pastorale à l'occasion de l'érection de l’Empire.

(2) Joseph de Maistre.

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l’Evangile, et souvent ses campagnes 11 ’eurent pas d'autre but. Les mœurs devinrent plus douces, les sciences et les arts de la paix fleurirent, la véritable liberté civile commença ; la civili- % 9 '

sation, que les envoyés des Souverains Pontifes avaient introduite dans les Gaules comme en la tenant par la main, prit racine dans ce sol prospère qu elle n’a plus quitté. Mais Charlemagne n’aurait été qu’un météore, moins encore, un conquérant, ou plutôt un envahisseur barbare comme les chefs si vite disparus des Huns et des Goths, s’il n’avait pas aimé l’Eglise. 11 lui fut bon fils, elle lui fut bonne mère. Inspiré par son amour, attentif à ses lois, il en reçut les lumières qui l’ont fait si grand et devint le législateur de l’Europe. Jamais le sacerdoce et l’empire ne furent mieux d’accord qu’à cette heure unique , et jamais la politique

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humaine n’a rien créé d’aussi majestueux et d'aussi puissant. Charlemagne vint à Rome : il y vit l’œuvre des siècles et la constitua ; le Pape vit Charlemagne , reconnut l'homme de la Droite de Dieu et le fit empereur.

Chacun était dans son rcMe : le prince affermissait et reconnaissait le travail du passé; le Pontife ouvrait l’avenir.

Ce fut l’an 800, à Rome, le jour de Noël, vigile d’un siècle nouveau, que le successeur de Pierre, Léon III, sacrant Charlemagne, institua l’empire d'Occident, le Saint-Empire romain.

Il le fit de sa pleine autorité, et lui seul le pouvait faire. Charles, disent les historiens modernes, « le comprit avec une intelligence parfaite des temps nouveaux. » Ils ajoutent, mais qu’en savent-ils? que le chef des Francs, par un raffinement de prudence, voulut paraître surpris lorsque

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le Pape versa sur sa tête l’huile sainte et posa sur son front la couronne d’or.

La philosophie de Charlemagne n’allait pas jusqu’à douter du droit du Souverain Pontife, ni sa prudence jusqu’à craindre les armées de l’impératrice Irène, veuve de Copronyme et mère de Flavius Constantin. S'il parut surpris, c’est qu’il l’était, et que le Pape n’avait parlé qu’à Dieu de ce qu’il voulait faire au nom de Celui que le genre humain régénéré reconnaissait pour Maître et Roi de tous les empires.

« C’est un usage des cérémonies romaines, dit le savant évêque de Tulle, que, dans la nuit illustre de la Nativité du Sauveur, le Souverain Pontife remette ou destine une épée et un casque surmonté d’une colombe à quelque grand prince chrétien. Cet usage est plein de symboles. Par l’Incarnation, le Fils unique de Dieu a vaincu l’in-

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venteur de la mort : une si grande victoire est bien représentée par l’épée.

Les Ariens infidèles, autrefois, eurent l’audace d’affirmer que le Fils de Dieu était une simple créature. L’Evangile de la nuit de Noël affirme que Dieu a tout fait par son Verbe. En conséquence, le Souverain Pontife remet une épée, exprimant l’infinie puissance dans le Christ vrai Dieu, égal au Père, et vrai homme, selon cette parole du Psaume : Les deux sont vôtres , et la terre est vôtre aussi. Vous avez fondé l'orbe du globe et sa plénitude ; l'aquilon et la mer sont vos créatures.

Le Siège de Dieu, c’est-à-dire le Siège apostolique, tire sa solidité du Christ et est un composé de droit jugement et de justice; avec ces armes, Notre Sauveur, Jésus le vrai Dieu, a battu les ennemis de ce Siège, à savoir les hérétiques et les tyrans, conformément

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au dire prophétique : La justice et le jugement sont les éléments de votre siège. Enfin l'épée figure la puissance suprême conférée par Jésus-Christ au Pontife, son vicaire ici-bas, selon les textes sacrés : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre ; et ailleurs : Il dominera d'une mer à une mer , et des bords du fleuve aux extrémités de la terre. Le casque avec la colombe est l’emblème de la protection du Saint-Esprit étendue sur l’homme valeureux honoré des dons du Souverain Pontife (i).

« Tels sont les beaux sens de cette cérémonie. La main armée de lepée, la tête couverte du casque mystérieux, le noble chrétien est tenu de se montrer jusqu’à la mort l’intrépide défenseur de la Foi et du Siège apostolique (2).

(1) Catalan., lib. I, Cœrem. Roman.

(2) Monseigneur Berteaud, Lettre pastorale.

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