CHAPITRE III
DES EXPLORATIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME EN GÉNÉRAL, ET DU CATHÉTÉRISME UTÉRIN EN PARTICULIER.
Dans ce chapitre, nous avons à étudier les deux genres d’explorations qui font le sujet de notre travail. D’un côté, une exploration nue nous considérons comme inutile, et nous essaierons de montrer son peu de valeur comme moyen de diagnostic, c’est le cathétérisme utérin ; celui-ci, nous le proscrivons complètement, car à son inutilité, ce qui était déjà suffisant pour motiver l’ostracisme que nos prononçons contre lui, viennent s’ajouter des dangers considérables. De l’autre côté, nous parlerons d’explorations qui, dans certaines conditions, peuventêlre dangereuses, mais qui néanmoins doivent être faites. Ce sont les explorations habituelles qui se pratiquent dans cette région : le toucher, le palper, l’application du spéculum, etc, Nous montrerons les conditions qui conlre-indiquent ce genre d’explorations, ou tout au moins qui doivent imposer une réserve toute spéciale au chirurgien, et l’engager à user des plus grands ménagements. Ce sont ces dernières que nous étudierons en premier lieu.
I. — Nous allons immédiatement aborder la question en ce qu’elle a d’essentiel pour nous. Nous ne nous attarderons pas
à faire l’historique du toucher, du spéculum, etc.; nous n’indiquerons pas plus les règles qui doivent présider à l’application méthodique de ces moyens d’exploration. Ces notions se trou-
malades, dit-il, de garder le repos le plus absolu, et on s’abstiendra de presser sans précautions sur les veines oblitérées de crainte de détacher quelque caillot et de donner lieu à une embolie. » >1003 sommes plus exclusif; il faudrait pouvoir ne pas exercer la moindre pression.
vent tout au long dans les traités des maladies des femmes, et surtout parfaitement exposés dans les Eléments de chirurgie clinique de M. Guyon. Nous ne ferions que répéter ce qui est dit dans tous les livres, et nous sortirions complètement de notre sujet.
Mais il est un point de l’histoire de ces explorations qui, dans les livres classiques, est passé sous silence et qui pourtant a bien son importance. Ce point, c’est le danger que ces explorations, le plus souvent si inoffensives, peuvent entraîner avec elles, les causes de ce danger et les moyens de l’éviter, ou tout au moins de l’atténuer. C’est sur ce point que nous allons insister, brièvement toutefois, et nous montrerons qu’il n’est pas tou jours d’un homme prudent d’introduire son doigt dans un vagin, ou d’y appliquer un spéculum, sans s’informer des conditions de santé dans lesquelles se trouve actuellement la femme, et surtout sans avoir une notion exacte de ses antécédents au point de vue génital.
La question a été parfaitement traitée par M. Leteinturier dans sa thèse inaugurale (Paris 1872), peut être à un point de vue un peu différent de celui auquel nous nous plaçons. Il s’occupe du danger des opérations pratiquées sur le col de l’utérus, et incidemment, pour frapper plus fortement l’esprit du lecteur, il montre que non-seulement des opérations, mais encore des explorations légères, peuvent, dans certaines conditions déterminées, devenir le point de départ d’accidents graves, même mortels. Nous emprunterons à cet auteur deux ou trois de ses observations les plus intéressantes. Quelques communications, éparses dans les Bulletins de la Société anatomique, ont apporté un nouveau poids à la thèse de M. Leteinturier. Dans tous ces cas. les accidents sont survenus, que le toucher ait été pratiqué par le vagin ou par le rectum ; il en est quelques-uns consécutifs à une application de spéculum faite intempestivement. Avantces
derniers travaux, Aran avait noté ces mêmes accidents à la suite du cathétérisme utérin ; nous n’en parlerons pas ici, puisque nous consacrons un paragraphe spécial à Y exploration utérine proprement dite. Dans ses leçons cliniques, publiées en 1873, M. Gallard consacre quelques lignes à cette contre-indication du spéculum et du toucher. Quelle est-elle donc ? Dans presque tous les cas où des accidents graves suivent des explorations légères, on trouve, à l’autopsie, des lésions anciennes, des brides fibreuses qui fixent l’utérus dans une position vicieuse, ainsi que la trompe et les ovaires. Lorsque ces organes ne sont pas déplacés, on trouve des traces d’une péritonite qui remonte à une époque plus ou moins éloignée. Dans un certain(nombre de cas, sans lésions utérines préexistantes, l’exploration a été faite dans un moment de congestion pelvienne, déterminée soit par l’ovulation, soit par toute autre cause (fatigue, excès de coït, etc.), ou même pendant l’existence d’une phiegmasie périutérine, ou d’une métrite aiguë. Dans tous ces cas, et c’est la conclusion qui a été tirée des faits par Leteinturier et par plusieurs membres de la Société anatomique au moment de la présentation des pièces, l’exploration a agi comme une épine, et a réveillé le processus inflammatoire. Chaque fois qu’une exploration a été suivie de mort, une péritonite aiguë éclatait en vingtquatre ou trente-six heures, et à l’autopsie, en même temps qu’on voyait les lésions de la péritonite aiguë, on trouvait une péritonite ancienne. Ce n’est pas trop s’avancer que de croire ici à une relation de cause cà effet. Dans les observations que nous citons, et nous ne prenons qu’un petit nombre de celles qui ont été publiées, la même relation existe constamment. 11 n’est pas difficile de voir la conclusion que nous espérons en tirer. Toutes les fois que l’on devra faire chez une femme une exploration, quelque légère qu’elle puisse être, il faudra, avec le plus grand soin, s'informer de ses antécédents, tenir le plus
tmmd compte de tout ce qui ressemblerait à une atteinte antérieure des organes pelviens, et alors, si on'a lieu de soupçonner une inflammation ancienne de ces organes, agir avec la plus grande prudence, éviter toutes les explorations qui ne seraient pas d’une utilité indispensable, et ne faire que celles dont la non-mise en pratique pourrait être nuisible à la malade, le diagnostic n’étant pas suffisamment établi pour instituer une thérapeutique efficace.
La même règle de conduite s’applique aux femmes qui sont à l’époque de la menstruation, ou qui ont été fatiguées par un coït exagéré, en un mot a toutes celles chez qui 1 on peut soupçonner un état congestif de l’utérus ou de ses annexes.
On a essayé d’expliquer ces péritonites suraiguës se greffant sur d’anciennes inflammations qui, grâce à leurs reliquats, restent, pour ainsi dire, en puissance. M. Houel a pensé à une transmission à travers les trompes. M. Verneuil a proposé une autre explication pour certains faits; une exploration, ou une opération faite sur le col utérin détermine une congestion ovarique , une ovarite même qui est le point de départ des accidents de péritonite. Dans un cas de cautérisation au fei rouge d’un pédicule de polype, il a -vu les accidents rayonner de l’ovaire et rester limités à une moitié du ventre. Pour d autres faits, M. Yerneuil les explique par Y auto-inoculation.
M. Le Courtois croit à l’éclosion de la péritonite sous l’influence d’une irritation plus ou moins éloignée, par exemple d’une opération qui n’intéresse en rien le péritoine. La congestion localisée dans quelque point du système génital serait détei minée par une action réflexe partie du col. Pour d’autres enfin, ce serait une lymphangite partie du col qui serait le point de départ des accidents inflammatoires. Quelle que soit l’explication du fait, celui-ci n’en existe pas moins, et c’est lui seul qui^ doit nous intéresser. Ces accidents se produisent à la suite
d’explorations légères, à pins forte raison les opérations portant sur le coi ou même sur le vagin doivent-elles les entraîner.
Notre objectif est l'exploration ; toutefois, laissant de côté les grandes opérations pratiquées sur le cof, nous sera-t-il permis de dire quelques mots d’une opération minime qui, presqu toujours innocente, plus bénigne même peut être qu’une application de spéculum, peut, dans les mêmes conditions, déterminer les mêmes accidents qu’un toucher intempestif.
Si l’on nous accuse de sortir de notre sujet, nous nous justifierons de la comparaison que nous avons faite, au commencement de notre travail, entre l’exploration et l’opération.
Toute exploration est une véritable opération qui entraîne toujours avec elle une certaine somme de 'dangers, variable avec l’état et la constitution du sujet. Or, quoi de plus innocent en général, que la cautérisation du col utérin ? Cette opération se pratique tous les jours et rarement elle est funeste, si l’on prend la précaution d’engager la malade à se reposer une heure ou deux après. Et pourtant cette opération légère, minime, peut amener des accidents graves, même mortels, s’il existe un état morbide, antérieur de l’utérus ou des annexes. Une inflammamation aiguë ou chronique des trompes, des ovaires, est une contre-indication à l’application d’un caustique sur le col de l’utérus.
M. Siredey (Thèse 1860) a donné l’observation intéressante des accidents causés par une cautérisation dans un cas où il existait bien évidemment une ancienne pelvi-péritonite. On voit dans Meadows qu’une femme, qui avait eu un avortement quelque temps avant, succomba à une péritonite qui s’était déclarée aussitôt après une injection vaginale au nitrate d’argent pratiquée par un médecin. M- Nepveu (bulletins de la Société anatomique, décembre 1868) cite deux faits qui montrent bien l’intluence de la cautérisation sur un utérus affecté autrefois.
Dans le premiercas, quelques cautérisations au nitrate d’argent, deux cautérisations au fer rouge suffirent pour amener la mort d’une malade qui avait eu, à diverses reprises, des accidents inflammatoires vers les annexes de l’utérus.
Dans le second fait, M. Nepveu a vu une malade avorter d’un fœtus de deux mois à la deuxième cautérisation au fer rouge pratiquée sur le col et succomber à une péritonite. Rien n’avait fait soupçonner cette grossesse ; la malade avait une ulcération du col, une leucorrhée abondante, et de temps à autre des pertes utérines.
Si l’on examine bien ces faits, si l’on se rend compte de la bénignité habituelle d’une cautérisation du col, il n’y a plus lieu de s’étonner qu’une exploration avec le doigt puisse amener les mêmes accidents, chez une femme qui a été autrefois affectée d’une maladie utérine tubaire ou ovarique. Si l’on en doutait, les faits que nous allons donner sont irrécusables.
Un chirurgien, donnant ses soins à une des clientes de
Trousseau, voulut un jour faire usage de la curette de Réca-
mier. Trousseau demanda qu’un autre chirurgien, professeur de la Faculté leur fût adjoint. Celui-ci, comprenant toute la responsabilité qu’il assumait, voulut, pour motiver son avis, examiner avec grand soin les organes affectés. Le toucher fut long , et, au dire de la malade, très-clouloureux. Peut-être existait-il déjà de la pelvi-péritonite chronique ta, tente) mais il est important de noter qu’à partir du jour de la consultation, la malade ressentit des douleurs presque continuelles dans le basventre, douleurs qui prenaient une grande acuité plusieurs fois par mois, et pendant trois ans la malade, condamnée à passer sa vie dans son lit ou sur une chaise longue, rendit souvent par l’anus du pus en grande quantité. A partir de ce jour, le toucher fut pratiqué avec la plus grande prudence. Chez cette même malade les veines du bassin devinrent le siège de coagula-
tions; un jour, en effet, où l’acuité des douleurs avait rendu nécessaire une nouvelle exploration, la malade fut prise subitement, au moment de l’examen, des symptômes d’une embolie pulmonaire. Peu à peu les accidents se calmèrent, puis quelques mois plus tard l’engorgement péri-utérin diminua d’étendue, il ne s’écoula plus de pus par le rectum, et la malade put être considérée comme guérie. » (Trousseau. — Clinique de l’Hôtel -Dieu , t. III, page 780). Cette observation est extrêmement intéressante. Le toucher, chez une malade se trouvant dans de mauvaises conditions, amène ici deux accidents ; le réveil d’une inflammation ancienne et une embolie pulmonaire. Ce fait renferme un autre enseignement, c'est la possibilité de guérison de l’embolie pulmonaire. A propos des embolies, suite defractures, nousen avonsvuquelquescas. Lorsque nous étudierons les explorations des veines, nous verrons que l’embolie avait été diagnostiquée, et que les accidents avaient cessé quelques jours après. On nous objectera que l’autopsie n’a pas été faite. Nous n’avons ni à approuver ni à contester le diagnostic porté. Nous constatons simplement le fait. Lorsque les observations ont été lues aux sociétés savantes, des hommes compétents les ‘ ont discutées, les uns pour approuver, les autres pour combattre. Delà lecture de la discussion, et des arguments apportés pour et contre, est née pour nous cette conviction que l’embolie peut se diagnostiquer sans autopsie, et qu’elle peut guérir.
En 1872, M. Verneui! communique à la Société anatomique l’observation suivante: « Une femme âgée de 60 ans, grande, maigre, affaiblie, demande à être traitée d'un rétrécissement du rectum qui existe depuis longtemps. Il commence à trois centimètres environ de l’anus et se prolonge à quatre centimètres au-dessus de ce point. Sa forme est celle d’un canal assez étroit, inflexe, sinueux, traversé par plusieurs brides semi-valvulaires disposées irrégulièrement. Les troubles abdominaux,
qui en résultent, n’offrent rien qui ne soit habituel. A deux ou trois reprises, M. Verneuil pratique le toucher sans pouvoir franchir complètement l’obstacle. Un jour, cependant, en employant un peu de force, il parvient à introduire l'index de la main droite dans toute l’étendue du rétrécissement. Cette manœuvre provoque une douleur assez vive et l’écoulement de matières mélangées d’une petite quantité de sang. Il se proposait de revenir à ce procédé de dilatation qui, dans bien des cas, lui a réussi, lorsque le soir même survinrent des accidents, fièvre, douleurs générales, pâleur du visage, phénomènes thoraciques, oppression au point de faire croire à une pneumonie. Trèsprobablement il s’était produit de la congestion pulmonaire. Du côté du ventre, il existait seulement du ballonnement et de la constipation. Les symptômes adynamiques, la sécheresse de la langue, l’anorexie, la soif continuèrent ; une petite quantité de matières très-dures s’échappèrent par le rectum. Une injection au-dessus de l’obstacle, à l’aide d’une canule en gomme élastique, sembla produire une grande amélioration. Audessus de l’arcade crurale, il se développa de la rougeur.
Il survint delà douleur au niveau de l’arcade elle-même. Malgré l’application de cataplasmes, d’un vésicatoire volant, l’état général devint mauvais, sans qu’il se produisît ni constipation, ni vomissements. Après une exploration minutieuse, M. Verneuil fit faire une application de caustique, puis il pratiqua une incision parallèle à l’arcade crurale, et après avoir rencontré une collection purulente sous-cutanée, il pénétra par le canal inguinal dans un vaste abcès pelvien dont l’évacuation procura un soulagement momentané. Malgréle drainage et les injections, il se fit un affaiblissement progressif, qui se termina par la mort au bout d’un mois environ.
L’autopsie révéla l’existence d’une néritonite ancienne avec adhérences multiples, à laquelle était venue s’ajouter une péri-
tonile récente du grand et du petit bassin. Il existait un kyste tubo-ovarien ; un vaste abcès sous-péritonéal avait décollé la vessie.
On ne trouva ni perforation, ni altération, mais seulement à la partie antérieure du rectum une cavité ancienne pouvant loger une noix, et située entre l’anus et le rétrécissement.
En résumé, abcès du voisinage sans communication avec le rétrécissement ; vaste décollement, poche sous-cutanée, poche profonde, réveil d'une péritonite ancienne.. Ce fait vient appuyer ce qui a été dit, que dans de telles conditions la plus petite opération peut devenir, en réveillant une péritonite ancienne, rapidement mortelle.
A la même société, M. Thaon présente un rétrécissement du rectum recueilli à l’autopsie d’une femme morte de péritonite à l’âge de 28 ans. Elle avait été atteinte à l’âge de 12 ans d’une dysenterie qui semble étrangère au développement du rétrécissement. Celui-ci avait débuté depuis quatre ou cinq ans. La phalange de l’index traversait difficilement le rétrécissement fibreux placé à huit centimètres de l’anus. M. Richet avait eu recours à cette époque au traitement antisyphilitique, repris plus tard avec la dilatation sans succès par M. Demarquay. Plus tard la malade était accouchée, mais en conservant la fistule recto-vaginale.
« M. Ledentu, ayant employé le dilatateur Mathieu, introduit très-lentement, a vu l’instrument, arrêté un instant, pénétrer ensuite. Une douleur très-vive s’était produite. La malade a succombé à une péritonite. »
Dans ce cas, il y a eu plus qu’une simple exploration. Néanmoins la dilatation est considérée en général comme une opération légère : elle a suffi pour amener la mort.
La même année (avril 1873), M. Verneuil présente un polype de l'utérus recueilli chez une femme morte de péritonite
à l’âge de 49 ans. Examinée avec le spéculum américain le lundi 22 avril, soumise au toucher avec le doigt par le chirurgien seul, elle était prise de péritonite dès le lendemain 23 et succombait le 24. A l’autopsie, il a été trouvé un litre de pus au moins dans le bassin.
M. Verneuil a vu, chez une femme atteinte d’un polype utérin de petit volume, examinée au loucher vaginal, survenir une péritonite qui a guéri.
Une seconde malade insistait pour qu’on la débarrassât d’un polype. L’opération fut remise. On pratiqua le toucher vaginal, et elle succomba à une péritonite généralisée. Ce n’est certainement pas le toucher que l’on peut rendre responsable de ces accidents; mais il faut en accuser le moment inopportun où le toucher fut pratiqué.
Dans la thèse deLeteinturier, nous relevons l’observation suivante:
« 11 s’agit d’une femme de 38 ans qui entra à la Pitié, dans le service de M. Maisonneuve, le 19 février 1861.
Le 20 février, on la toucha trois fois, et on ne causa aucune douleur en pénétrant dans les culs-de-sac.
u Cette femme avait été réglée à l’âge de 16 ans. Depuis lors ses règles avaient été douloureuses. Elle avait eu trois grossesses, la dernière à 23 ans. La menstruation, depuis cette époque, était irrégulière. Depuis neuf mois, elle avait des métrorrhagies. A son entrée à l’hôpital, elle se plaignait de douleurs dans le bas-ventre, et accusait les signes d’un cancer utérin.
Le 21, M. Maisonneuve et son interne pratiquèrent le toucher et trouvèrent les culs-de-sac libres. Le 25, on pratiqua deux touchers méthodiques et l’exploration ne fut pas sensiblement plus douloureuse que les autres fois. Trois heures après, la malade eut des frissons, des douleurs de ventre, et dans la jour-
née on vit s’accentuer les symptômes annonçant le développement d’une péritonite qui se termina par la mort le 21 février. A l’autopsie on trouva une péritonite généralisée. »
Aran, Nonat, Verjus (thèse de Paris 1844), Sabi (id. 1847), Batut (1850), Sims (Notes sur la chirurgie utérine 1866), Guyot (thèse de Paris, 1856), Bernutz et Goupil, Siredey (thèse 1860), St-Vel (Gazette hebdomadaire, 1861), citent des observations analogues.
Dans les leçons d’Aran (p. 606), on trouve l’histoire d’une femme qui avait une rnétri le parenchymateuse avec rétroflexion. On fit une tentative infructueuse d’introduction de pessaire dans le vagin. A partir de cette tentative, la malade fut plus souffrante. Quelques jours apres, elle eut des douleurs vives dans le ventre, de la diarrhée, des crampes, des envies de vomir. La face devint grippée, le pouls misérable. Tous ces signes ne permirent pas de mettre en doute l’existence d’une péritonite à laquelle bientôt la malade succomba. A P autopsie on trouva des traces évidentes de péritonite généralisée.
En 1874, M.le professeur Richet fit à l’Hôtel-Dieu une leçon sur une femme qui portait une fistule vésico-vaginale, et qui succomba à une péritonite généralisée trente-six heures après l’application du spéculum.
M. Théophile Anger a vu trois cas analogues. D’où, avec M. Gosselin, nous pouvons établir deux catégories pour l’exploration utérine; une première, dans laquelle il n’y a aucune maladie antécédente, une autre dans laquelle au contraire une affection des organes a préexisté.
Une maladie préexistante de l’utérus ou de ses annexes n’est pas la seule circonstance qui doive prémunir le chirurgien contre une exploration faite sans méthode et sans mesure. Le réveil d’une hémorrhagie est tout aussi à craindre que le réveil d’une inflammation ancienne.
Laissant de côté les femmes qui sont en état de grossesse, et chez lesquelles on pourrait soupçonner une insertion vicieuse du placenta, toutes les fois que le médecin devra examiner une femme qui a perdu beaucoup de sang, et chez laquelle une manœuvre un peu violente pourrait ramener l’écoulement sanguin, il devra se méfier, user de la plus grande douceur, lâcher de porter immédiatement son diagnostic, et s’efforcer surtout d’explorer le moins souvent possible.
Ici, nous laissons la parole à M. Gosselin :
« Quand cette femme est entrée dans notre service, elle nous a dit ceci : « "V oilà dix mois que je perds du sang, presque constamment; je n’ai jamais eu de douleur, mais malgré la conservation de l’appétit, mes forces s’en vont de jour en jour. » En l’examinant, j’ai vu que la malade, âgée de 40 ans, était pourvue encore d’un certain embonpoint, mais qu elle présentait une pâleur générale, une décoloration des lèvres, des gencives et des conjonctives, qu’elle accusait des palpitations très fréquentes, que son pouls était fréquent et dépressible. En un mot, nous avions sous les yeux tous les symptômes d’une anémie prononcée, et dont la cause, facile à trouver, était l’abondance et la continuité des pertes sanguines depuis huit mois. Faisant alors une investigation avec le doigt et par le toucher vaginal, je constatai à la partie supérieure du vagin la présence d’une tumeur du volume d’une poire d’Angleterre, non adhérente à la paroi vaginale et facile à circonscrire avec le doigt. Je pouvais la suivre jusqu’à 'J’ utérus, et son prolongement rétréci me parut aller jusqu’au fond du col. Je me contentai des renseignements que m’avait fournis cet examen assez rapide, et je vous fis remarquer que je ne voulais pas prolonger /’ exploration dans la crainte que les mouvements imprimés à la matrice ne fissent augmenter ï hémorrhagie ou n’amenassent une métrile. L’utérus est un organe éminemment délicat dans toutes
les circonstances, et principalement lorsqu'il est déjà le siège dune lésion qui en fait une source d’hémorrhagie. On a vu, en pareil cas, et sous l’influence d’une irritation, même modérée, se produire une phlébite ou une métro-péritonite des plus graves. C’est pourquoi nous devons abréger les explorations qui pourraient amener une irritation de ce genre. Mon exploration, si rapide qn’elle eût été, m’avait suffisamment renseigné (1). »
Ces quelques lignes du professeur Gosselin disent plus et mieux que tous les développements que nous pourrions donner à cette question.
Nous ajouterons seulement que M. Gallard (2) cite une malade, chez laquelle un simple examen par le toucher suffisait pour produire une exacerbation de tous les phénomènes morbides, et en particulier de la mêtrorrhagie.
§ 2. — Le cathéter utérin a eu deux indications bien différentes. Valleix, s occupant des déviations de matrice, chercha dans une sonde, intra-utérine un redresseur de l’utérus fléchi. Huguier, découvrant les allongements hypertrophiques du col, imagina le même instrument comme un procédé de mensuration et lui donna le nom d’hystéromètre. L’emploi de l’hystéromètre ne resta pas borné au diagnostic de l’allongement hypertrophique; on voulut avec son aide constater les déviations du canal cervico-utérin, la largeur et la capacité de la cavité utérine, enfin plusieurs des excroissances ou tumeurs, de nature diverse, qui peuvent s’y développer. De l’usage qu’en fit Valleix nous n’avons pas à nous occuper.
D abord il s’en servit comme moyen de traitement, et puis, si nous reconnaissons des dangers à l’introduction momentanée de cet instrument dans l’utérus, il est bien évident que ces
(1) Gosselin. Clinique, t. Il, p. 527.
(2) Clinique des maladies des femmes, p. 199
dangers no pourront être que décuplés, si l’instrument reste dans la matrice un, deux, trois jours, et meme plus longtemps. L’application qn’en fit Valleix fut l’objet d’une discussion trèsintéressante à l’Académie de médecine en 1854. Elle fut amenée par une note que lut M. Broca sur un cas de moit sui venu a la suite du cathétérisme utérin. Velpeau et Moreau montrèrent que le redresseur utérin est un instrument inutile et dangereux, et J. Cruveilhier affirma qu’il est beaucoup de femmes chez lesquelles F introduction seule de la sonde utérine détermine
immédiatement des phénomènes locaux et généraux, qui peuvent
avoir la plus funeste conséquence. Huguier s inscrivit en faux contre cette affirmation ; pour lui ce n’est pas le cathétérisme utérin explorateur qui peut être cause de la mort, mais oien le redresseur utérin. Nous verrons par la suite qu il est bien des cas où F exploration seule , faite méthodiquement et par une main expérimentée, a amené des accidents. Le fut M. Depaul qui fit le rapport sur le mémoire de Valleix. Il conclut au rejet du cathéter, comme moyen de traitement, car il ne guérit absolument rien, et il fit des réserves sur 1 emploi du cathéter, comme moyen d’exploration. Pour lui, 1 hystéromètre n est d’aucune nécessité dans la plupart des cas qui s offrent au praticien, et il peut dans certaines circonstances faire commettre des erreurs; ce qui serait déjà suffisant pour le faire îejeter, s’il n’était pas dangereux. Sans lui, un homme, convenablement familiarisé avec les divers modes d’exploration que nous pos • sédons, peut toujours donner au diagnostic le degré de précision nécessaire. Sans lui, on peut reconnaître parfaitement les flexions et versions de l’utérus en avant ou en arrière, les augmentations de volume de cet organe, partielles ou générales. Quant au degré de mobilité de l’utérus, un doigt suffisamment exercé donne, en général, sous ce rapport, toutes les notions désirables. 11 ne resterait plus que le diagnostic des polypes
intra-utérins; les caractères généraux, par lesquels ils s’annoncent, mettent facilement le chirurgien sur la voie, et lui permettent de les reconnaître. « 11 faut réserver, ajoute M. Depaul, ce mode d’exploration pour les cas où il est indispensable, car l’introduction d'une sonde n’est pas chose aussi simple qu’on l’a prétendu. » Par ce court résumé, on peut voir quelle petite part M. Depaui lait a futilité de l’hysléromètre ; la part des accidents et des dangers, il la fait plus grande et à juste titre. Douleurs, hémorrhagies, fièvre, frissons, métrites et péritonites, mort, rien n’y manque. Mais il est un accident sur lequel M. Depaui insiste; c’est ï avortement. Comme le dit M. Tardieu, l’hystéromètre introduit dans l’utérus a pu, dans les mains les plus loyales, déterminer par une fatale erreur un avortement. Cet accident est arrivé à ceux-là mêmes qui étaient les promoteurs de la méthode, à ceux qui maniaient l’instrument avec le plus de prudence et de dextérité,
Huguier, le grand défenseur de l’hystéromètre, est obligé de l’avouer : « Un reproche réel que l’on peut faire au cathétérisme utérin, c’est de pouvoir être une cause d’avortement. Cet accident est arrivé à Yalleix, àM. Nonat, et à moi-même en 1853. Chacun de nous avait été trompé à dessein par les renseignements que les malades nous avaient fournis afin d’arriver au but qu’elles ont atteint (1). «Mais rendons la parole à M. Depaui : « A tous les accidents déjà connus, et qui résultent de l’introduction d’un corps étranger dans l’utérus, il faut ajouter la possibilité de la provocation de /’ avortement. Ce nouveau danger doit être pris en très sérieuse considération, car l’homme le plus expérimenté n’est pas toujours sûr de l’éviter. 11 n’est pas constamment facile de constater l’existence d’une grossesse qui ne remonte qu’à quelques semaines, et je vous
(1) Huguier. — Traité de l’hystérométrie et du cathétérisme utérin, etc. — Paris 1865-
laisse à penser ce qui arriverait dans la pratique, si l’on prenait l’habitude de sonder la matrice à tout propos. Quand des hommes, comme MM. Huguier, Nonat, Valleix et plusieurs autres n’ont pu éviter un pareil écueil, quand on songe combien les renseignements fournis par les femmes sont incomplets, sans compter les cas où elles ont intérêt à nous induire en erreur, on est forcément conduit à observer la plus grande réserve et à n’employer une chose bonne, mais dangereuse, que quand elle est indispensable. Ne perdons pas de vue, d’ailleurs, qu’une semblable méthode, si elle se généralisait, servirait à multiplier encore les tentatives criminelles en leur servant d’excuse, ou tout au moins de prétexte. » Il nous semble que ces paroles de M. Depaul jugent la méthode, et nous nous arrêterions là certainement, si nous n’avions pas sous la main les opinions d’hommes très-compétents, qui viennent ajouter à la défiance que doit inspirer un instrument si dangereux, même dans les meilleures mains. Avant d’invoquer de nouveaux témoignages, nous allons donner quelques observations. Elles prouvent toute l’honnêteté de Yalleix et de Nonat qui, partisans convaincus du catéthérisme utérin, n’ont pas hésité à en montrer les dangers.
Observations de Valleix :
1° Dans le courant de l’année 1852, une femme entra dans les salles de l’hôpital de la Pitié , et par le toucher on reconnut qu’elle était atteinte de déviation utérine.
M. Valleix procéda alors à l’examen avec l’hystéromètre, et lut étonné de voir l’instrument pénétrer à plus de 8 centimètres.
La malade alors avoua qu’elle avait un retard dans ses règles. Quelques jours après, elle fut prise de douleurs et avorta; c’était au reste tout ce qu’elle désirait, car elle ne me cacha pas son contentement de l’événement qui était arrivé.
2° Un simple cathétérisme prolongé quelques minutes suffit pour produire de la courbature, de légers frissons et des règles abondantes et Dehenne. ^
très-douloureuses en avance de trois jours. Deux, nouveaux cathétérismes produisirent encore un écoulement de sang, mais peu abondant.
OuS. DE NONAT.
•1° Avortement provoqué par lo cathétérisme utérin.
Femme qui souffrait depuis deux ans dans Je bas-ventre.
Elle prétendait avoir des pertes rouges depuis trois ou quatre mois. Utérus plus développé que dans l’état normal; col augmenté de volume.
En raison des pertes qui duraient depuis longtemps, Nonat crut à un engorgement de l’utérus et éloigna l’idée d’une grossesse.
Dans le but d’éclairer le diagnostic, il pratiqua le cathétérisme utérin. Au bout de quelques jours, la malade l'ut prise d’une perte de sang et de douleurs utérines à la suite desquelles elle lit une fausse couche de six semaines ou deux mois.
;2° Avortement provoqué par le cathétérisme utérin.
Femme qui avait depuis six ans une inflammation du ligament large droit.
Suppression de règles datant de huit mois.
Après un traitement antiphlogistique, comme les douleurs persistaient, je crus devoir explorer la cavité de l’utérus.
L’hystéromètre introduit pénètre à 7 centimètres et demi. Au bout de quelques jours, la malade vit un peu en rouge, et vers le douzième, elle fit une fausse couche de deux mois environ.
Ces faits nous montrent, ajoute M. Nonat, combien on doit apporter de prudence dans l’emploi du cathétérisme utérin. Il ne faut pas le considérer comme exempt de danger.
Obs. de Nélaton.
(Gaz. des hôpitaux. 16 mars 1854).
Dame de 28 ans environ, affectée de rétroversion de l’utérus. De nombreux moyens avaient été inutilement tentés. M. Nélaton se décida à recourir au redresseur utérin. L’introduction de l’instrument fut des plus faciles. La tige, ainsi que M. Valleix le conseille, était plus courte de 2 centimètres que la longueur de la cavité utérine. Cette application eut