‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 11 sur 28 · L" ARTISAN ET LES OISEAUX · texte numérisé non relu

L" ARTISAN ET LES OISEAUX

Doux chîinlros de li iialuri',

Pelits oiseaux, tout ré(t'>.

Je vous donnais la ])àliire.

Vous iii"a|)|)oi liez la gaîie.

l.cs beaux jours vont disparaître '

Mais mou co'ur vous est connu :

N'oubliez pas ma ienêtre

<juand riiivLT sera venu.

Nous avions de douci s ehoses

J*our déjeuner sans iaeons, '

^'ous du pain Trais sous mes roses.

Moi dos l'ruits et vos chansons.

De notre conuuun bien-clro

]*our toucher le revenu,

N'oubliez pas ma ienôlre,

•juand l'hiver sera venu.

One de fois,, jianvre malade, .l'ai quitté mon oreiller Pour vous payer dune aubade «jui m'aidait à travailler!

Vous (pïi jeûneriez peut-èti-e Sons les yeux d'un parvenu, N'oubliez pas ma ienètie Ouanri l'hiver sera venu.

\'otre paîlé vive et IVanche Peut combattre les autans.

Mais moi dont le front sc[)en(he A'ei-rai-jc encor le printem[)S?

.rattends l'ai-rèl du gran<i maître.

S'il ne m'est pas |)arven«i, N'oubliez pas ma fenètie •Juund riiiver sera venu!

Causons mainlcnanf. de M'"'' Elio Delescliaux, dont le souvenir est encore si jeune dans !a t'amillc des poètes de l'alelier.

M""* Klic Delcsch.jux est née au cenlrc de i^aris, dans une maison de la cour Balave, dans le quartier joyeux, turljulent et ira\aiiiinu* des Halles, le i2o septembre 1824.

La cour Batave était un i)assa,^e où l'on arrivait d'un coté par un escalier étroit et liirtueux (jui formait Textrémiti'^ de la vue de A'enise, un nom bien joli pour une rue bien laide, et où l'on entrait de plain-pied par la rue Saint-Denis.

(iette cour était toujours pleine d'enfants (pii jouaient, ci'iaient et couraient au milieu (l(^s caisses de marchandises (pie déballaient ou emballaient les nombreux négociants dont é'tait peuj)lé ce coin pittoresque et lypiqui; du vieux Paris.

La petite Oclcschaux n'était pas la moins gamine de ces groupes. Clrimper sur les voitures à bi-ns, y déchirer ses jupes était sa principale occupation, puis vint l'heure de rt'cole pi'imaire et celle de l'apprentissage, qui. alors, sonnait toujours, pour les cnlants de la classe ouvrière, entre la onzième et la douzième année. L'enlant devint une ouvrière liabile, et, un jour, (';tant jeune lille, un hasard lui mit sous les yeux h.'s /^oésias d' Xlfrcd (!'• Miissel. Ce fut pour elle une révélation. Traduire sa j)enséc en vers, communiquer ses impressions, comment arriver à cela? et ji«. (•timmen(;ai à nuircir du papier, dit-elle.

Mais ses essais étaient informes, elle le

sonlail bien, Pauvros eofanls du pouplc. qiio (lo peines ils se rjonneiil pour vaitici'c clnns ce combal anx prises nvec l'idéal qui les tourincnLe et l'impuissance des inuyens que l'ins- Iruclion ne leur a pas donnés.

Ce ne f'ul (jue vers sa Irentième année que A'j"* Uelesehaux, devenue M'"« Elie llirlz, se irouva d.ms un milieu où tout lui lut ensei- .uné : liis règles de la versification <.'t l'art de tourner le couplet, feu sncré qui ne demandait depuis lonf^tenips que rétinoelle dr; la circonstance pour se pî-oduire. Ce milieu, c'était la g-op,'Uette.

La goj^iuelte. ou plulot les goguettes étaient des cabarets où l'on ne ven.-iil pas pourboire, mais pour chanter ou entendre chnnter. Il y îivait là toute une plé'ïndedej poèles-chnnsonniers qui on! laissé des œuvres populaires et littéraires. Ils se nommaient Charles (iille, (lustave Leroy. Victor Rabineau, Alexandi-e Pister, Joseph Evrai-d, Kippolyte Hyon, liem'; Ponsard. Bonnefond, etc. (Chacun de ces .•iut)3urs travailLiit nvec conscience et, dans la mesure de ses mo>ens, mettait toujours smpied dos chansons d'une c»^rtaine valeur. Cette 1*;<çon de produire est Topposé de celle des fliamminiers des couceris d'aujourd'hui; ces derniers ne s'occupent que de savoir si leurs couplets rapportei'ont des droits d'auteur', le coté liitérains leiu^ importe peu.

M™^ Elie, dès qu'elli3 parut à la goguette, Y l'ut bien accueillie et ses succès y l'urent rapides, elle avait loul pour cela : un aspect agréable, une voix bien timbrée, un entrain

on liu])lc dans la conversation, un sonrir-o ([ui îaisail naître la gaîté partout on il s"at'rr'lait. et, complément plein de charmes, les chansons qu'elle chantait étaient ,joIi(is, ci- Ions :

MAMAN BONNE-AVKNTnilE

Sons mi vieux marronnier rosperlé pnr \c I<>iti|is, ,l;i(lis se rasseniblaicnl les enfants d'un village. La doyenne y lenait la vcilléi; au piinlemps Kt (lu bel âge d'oi' renouvelait l'iinaiie. Près (le son banc d'Iionnciir se i,n(ui|tait une cour (Jui n'avait pour tajiis (]u"iin tt-rlte de veiduie. AtMOur, joie, amitié r(''t;iiaient eu ce sf'jouc, L'c>t (|ut' la prc'sidail niaïuan Bonne-Avtiiture.

Maman nonn(>-.\vcntui'e avait quatie-vin^'ls ans. Par un eon>lanl labeur sa taille était pjoyée Un bâton servait d\ii le à ses [tas cbaniMiJans Point de fils poiu' marcher à son bias af^puyi'e. On l'aimait, la |ilaii;nait. rlle plai>;ait à tous. Elle avait douce voix et plus douce figiue. On vantail son e-pril sans en èt(e jaloux Car fauKjur seui guidait mauian Bonne-Avendire.

Maman Bonne aventure, on la nommait ainsi,

Page 1