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Voilciain, après avoir passé Loul le jour le pied sur sa pédale d'imprimeur, passait une partie de la nuit la plume à la main. Quelie tâche I . . . cnr alors il ne s'abaissait plus d'une bluette pour amuser ses amis, mais de satires militantes transforméps en couplets ayant h détendre un principe. C'est-à-dire qu'il fallait joindre à la netteté de la pensée la pureté de la forme, et Voitelain, nous l'avons dit. ne savait que ce qu'il s'était appris lui-mêmiv ou ce qu'on n'enseigne pas. C'est durant cette période de 1830 à 1840 que sont nées h;s chansons : le Sauvage, avec ce puissant refrain :
« Je ne sais pns ramper devant un maître; « Gardez vos dieux, vos plaisirs et vos fers. »
Von âme, la Bohémienne, le Proscrit aux États- Unis, les A dieux- au village, Souvenirs fV enfatue . Le poète se souvient de ses anciens refrains, et dit à ses amis nouveaux :
Vous qui cueillez les palmes du martyre, Républicains, comptez-moi d;ms vos rangs. 8i j'ai chanté les fastes de l'Empire, Je no suis pas l'esclave des tyrans.
Des grands je hais la bonté flérisoire; Accileillez-moi malgré ma pauvreté; Si mon printemps applaudit à la gloire. Pour mes vieux ans j'attends la liberté!
Nous pouvons citer encore parmi ees poèmes chanté^ : Va, pauvre Paul, va défenhy ton roi! à David d'Angers :
« Ah! donne-nous, donne-nous leurs portraits!
N'oublions pas non plus le Déménagt'mi'ut, une eh.mson charmante, le Modéré, le Garde fh?rs(îe7\ et surtout la Giand'mère; un pur chef-d'œuvre ; ce chant de revendication, celle plainte rési^^née, n'a de similaire dans la poésie francnise que le, sombre chant do l^éranger, Jacques. La voici toute entière :
LA ORAND'MÈHE
In jour, quand J'étais tout petit, Oue je pleurais à perdre haleine.
Ma grand'uière à b;ts de son lit Saut.i, niulgré sa soixantaine:
Puis me prenant entre ses bras Pour nri'apaiser me dit tout bas :
Dodu, mon petiot.
Tu n'es pas au bout de ta peine.
Dodo, mon ^letiot, Garde des larmes pour tantôt.
Ton père, mon pauvre chéri.
Oui maintenanl l'aime, ft-mbrasse,
Ouand tu poussas ton premier cri
Fit une piteuse ^rimu-e;
Il avait raison, sur ma foi!
();i se setail passé de toi.
Dodo, mon |>etiot.
Dieu n'a rien nus dans Im besace,
Dodo, mon petiot, < larde tes birines puur tantôt.
Hier, (l'un fli-au deslructoiir "'H l.a violence lut extrènio; Tout est grêlé. . . le percepteur Assure qu'on paîra quand mèuic.
De par le ciel, de par l'impôt, Uien dans la huche et rien au pot!
Dodo, mon peliot, Nous allons luire un long 'carême.
Dodo, mon petiot, (larde tes larmes pour tantôt.
Tu jeûneras plus d'une fois. . .
Lorsque lu reçus l'existence Tes cinq aînés, qui sont au bois, Avaient déjà maigre pitunce.
Un eût sulli, mais six. . .hélas î Guillot, le riche, n'en a pas.
Dodo, mon peliot.
Ta mère en a lait pénitence.
Dodo, mon petiot, Gcirde tes larmes pour tantôt.
Hàte-toi de grandir pourtant.
Ton appétit fait du ravage!
Une bêche est là <[ui t'attend, Pour apprivoiser ton courage.
L'école!. . .il n'y faut pas songer.
Avant de lire il faut mancrer.
Dodo, mon petiot, Pas de hochets pour ton jeune âge,
Dodo, mon petiot, (larde tes larmes pour tantôl.
Le bon Dieu tju'il laut adorer, Bien que parfois sa foudre gronde, ('réa le soleil pour dorer • •
Les grains que la terre féconde :
De grands m;ingenrs, pour leurs sillons,
Ont accaparé ses rayons.
Dodo^ mon petiot.
Il ne luit pas pour tout le monde.
Dodo, mon petiot, (larde tes larmes pour tantôt.
Plus maltraité que la fourmi nui, l'hiver, se repaît au gîte, Le pauvre, par Làge blêmi, N'est plus qu'une plante ujaudile.
L'arbre sans fruit qu'on met à bas Meurt, mais du moins ne languit pas.
Dodo. mo!i petiot, Les malheureux vieillissent vite,
Dodo, mon petiot, ( Tarde tes larmes pour tantôt.
Ouand tu seras père à Ion tour, Au lieu d'fcouter ta colère:
Lorsque du fruit de ton anjour La plainte sera trop amère; A sa clameur pour metire un frein.
Itappelle-loi de mon refrain :
Dodo, mon petiot, .le le tiens de feu mon grand-père;
Dodo, Hton petiot, «larde tes l.trnies [jour tanlôL
Vtirs 184.^), l.-i fatigue avait vaincu l'ciKjrgio (lu poète, il ne pouvait plus travailler. Mais ses enfants avaient grandi et, dignes d'un tel père, ils entouraient de soins la vieillcisse (lu poète (|ui ne leur avait donné que de bons
oxcniplcs durant sa laborieuse carrière de li-av«iill«3Ui'.
La raison du poêle s'aU(^rn : Voilelfnn avait un intime employé à la maison de Bicètn; ; on le confia à ses soins. HélasI ils furent inutiles; il mourut le 41 décembre 1852, et le numbreux et sympathique corlège (|ui raccompag[ia au cimelière de iNeuilly, oii il repos»', est la ,p.veuve des regrets qui l'y ont suivi.
Nous étions en pleine terreur bonapartiste et l'on dut se donner rendez-vous par peliis groupes échelonnés et ne se réunir pour suivre le convoi qu'à la barrière de l'Etoilcs afin de ne pas encourir les rigueurs de la ]»olice.
Voici une chanson qui donnera la mesure du talent de N'oilel.nn plus que nous n<' saurions le dire, c'est le complément de l«i 6Vawd''wm', elle retrace en termes énergiques la situation du pnuvre dans sa vieillesse. Son refrain est terrifiant.
Cette poésie est datée 183G — depuis, il est vrai, on a multiplié les maisons de retraite, c'est un bien pelit résultat pour une espace de près de soixante années. La grand*» tâche de la République est de détruire la misère, '0^^ A et non de créer des maisons pour les misérables ; c'est cependant un adoucissement. Kspérons. Voici la chanson :