‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 17 sur 28 · EN DÉMOLITION · texte numérisé non relu

EN DÉMOLITION

Cil sont donc tes beaux jours : quand Tlialeine des brises Caressait ton drapeau, gonflait tes voiles grises,

Et t'éloignait du port, Quand tu portais, au sein des batailles sanglantes, Sur tes deux larges flancs, cent-vingt gueules brûlantes

Qui vomissaient la mort?

Quand tes bombes volaient, puis éclataient : les unes Sur les ponts mutilés, les autres dans les liunes

Des vaisseaux ennemis, Et que ces lourds trois-ponts, orgueil de TAngleterre, Baissaient, pour décider tes canons à se taire,

Leurs pavillons soumis?

Qu'as-tu fait de ces mâts, dont les flèches aigui's Cent fois, pendant la nuit, décliirèrent les nuts

Qui pèsent sur les mers?

Qu'as-tu fait des couleurs si noblement rangées, Qui dessinaient sur toi six terribles rangées

Aux rapides éclairs ?

Des cordages sans nomijre, et des vergues immenses Où tes fils, alignés, entonnaient les romances

De leurs pays lointains?

De ton drapeau cii'blé qui, sur la Ijriganline, Serpentait et laissait vers la voile latine

Flotter ses plis mutins ; Des voiles, des liaubans, des focs triangulaires, Du sillage argenté qui, sur les eaux amères,

Écumait après toi ; De tes combats, toujours suivis de la victoire, De toute ta splendeur et de toute ta gloire,

Qu'as-tu fait, réponds-moi?

Maintenant te voilà. . . penché sur le rivage! Echoué sur le sable ! et la vague sauvage,

Sur ton corps délabré.

Se venge de ces jours oîi, pendant la tempête. Ta proue aux dents de fer éperonnait sa crête ;

Te voilà démembré !

De tous côtés, le flot t'assiège sans relâche, Je vois se détacher, sous les coups de la hache.

Tes bordages de bois. . .

Ils bri'ileront, jieut-ètre, aux chaumières prochaines Qui les virent jadis, grands et robustes chênes.

Ombrager leurs vieux toits.

Colosse! à ton aspect j'ai vu pleurer mon père. Dans ton sein s'écoula sa jeunesse prospère,

Féconde en beaux élans.

11 aime à me conter (jue, souvent, pauvre mousse, Sur un fragile pont il a gratté la mousse

Attachée à tes flancs.

Bientôt de ce vaisseau, qui fouilla les entrailles Des plus lointaines mers, du géant des batailles,

11 ne restera rien, Rien qu'un nom admiré dans nos gloires navales. Un nom qu'à l'avenir légueront nos annales,

Et ce nom, c'est le tien ! Tombe, tombe sans honte, ô vieillard centenaire, Après avoir bravé flots, trombe, écueils, tonnerre,

Et furieux autans, Et navires anglais, léopards maritimes Qui, masqués par des caps, dévoraient leurs victimes

Tu vas braver le temps!

Ce dernier vers est très beau, mais la pensée est un peu forcée. L'imagination abonde et surabonde dans les œuvres de jeunesse de Poney et Tégare quelquefois vers des images exagérées ; petit défaut chez un jeune poète.

François Arago, Bérangeret George Sand furent des premiers à applaudir le débutant et à l'encourager.

Les Toulonnais s'étaient aussi montrés très entousiastes de leur poète : en huit jours cinq cents souscriptions avaient été recueillies et la bienvenue fut souhaitée dans des fêtes intimes par les notables de la ville à leur jeune compatriote.

Voici une autre pièce du même livre :

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