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Vive la forp:e qui brille ?
Dans cet enfer de charbon, C'est vrai qu'en été je grille Mais l'hiver il y fait bon.
Que longtemps mon bras y moissonne Le pain du jour, c'est mon seul vœu, Que ta voix de fer, mon marteau, résonne^ Pour glorifier le travail et Dieu.
Comme on le voit et comme on a pu le voir dans toutes ses poésies, Poney était déïste. Il croyait en Dieu avec la bonne foi d'un honnête homme, du reste h la date où cette chanson fut composée (18-45) les meilleurs démocrates ne pensaient pas autrement. Plus tard encore, en 1848, après la révolution de Février, le peuple faisait des scènes violentes aux prêtres qui ne voulaient pas recevoir dans les églises les morts ayant appartenu à telle ou telle opinion.
Le cinquième volume de poésies est composé de toutes les pièces que l'auteur n'avait pas jugé à propos de placer dans les volumes précédents, bien qu'elles fussent faites; de là son titre : Regains. Cette partie de l'œuvre de Poney est très remarquable, je la signale aux amateurs de la poésie ouvrière; malheusement ce livre est très rare.
Nous ne nous occuperons pas des quatre volumes de prose : Contes et Nouvelles, sinon pour constater l'ardeur au travail intellectuel de notre poète.
Maintenant que nous connaissons l'œuvre et les succès de Poney, voyons en quelques mots la deuxième partie de sa vie.
Quand il sentit en lui Firrcssitible besoin d'écrire, force lui fut de quitter la truelle; mais non le travail. Il était tourmenté du besoin de savoir : en peu d'années il se perfectionna dans la langue française, puis apprit le latin, Tespagnol, l'italien, et acquit des connaisances scientifiques à désespérer un savant, tout lui était facile, 11 fut successivement, à Toulon, secrétaire de la mairie, suppléant déjuge de paix et secrétaire de la chambre de Commerce. En 1858, il était décoré de la Légion d'honneur, juste récompense de ses travaux.
Si la première partie de la vie de Poney fut heureuse, il n'en fut pas de même de la seconde. La mort impitoyable et aveugle vmt frapper autour de lui tous ceux qu'il aimait, en pleine jeunesse. Une maladie cruelle et longue emportait sa femme, à peine âgée de quarante ans, le 24 août 1863. b^lle lui laissait une fille : Solange, dont George Sand élaitla marraine. Elle se maria, le mariage fut malheureux, elle avait une petite fille que Poney adorait. Je ne veux pas que cette enfant-là connaisse le malheur, avait-il dit. A sept ans, l'enfant était emportée par la méningite, et la mère, la fille unique du poète, mourait de chagrin quinze jours plus lard, à l'âge de trente-deux aus. La douleur du père et grand-père fut immense. Il reporta tout son amour sur sa deuxième petite-fille... La maladie la guettait aussi, et pendant des années, il fallut lui infliger un traitement des plus douloureux. — Enfin, m'écrivait Poney
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en janvier dernier, elle est guérie depuis trois mois. Que de peines ! pauvre cœur aimant, que de tortures il a endurées!
Charles Poney a échangé avec George Sand quatre ou cinq cents lettres, que va devenir cette correspondance? Il y a là des documents littéraires qui doivent être publiés.
Le nom de George Sand me remet à la mémoire cette anecdote : Un jour M""^ Poney était en visite, visite de chaque jour, chez Al"® Sand, qui habitait momentanément aux Sablettes, près Toulon. Le grand écrivain travaillait, et M""" Poney cousait, silencieuse.
Tout à coup George Sand, sans lever la tête : — Pourquoi donc ne parles-tu pas. Désirée?
— Mais j'ai peur de vous troubler.
— Au contraire, parle donc, ça m'amuse, et ne me trouble [i^sduioul. J'écris comme ta couds.
Il ne fallait pas perdre cette réponse.
Et maintenant que va faire Toulon pour son poète? car cet enfant de la ville est une de ses illustrations et sa vie est un exemple. Poney n'a jamais recherché l'éclat, il a vécu dans le calme et le travail. Pas de statue! son buste dans un des jardins publics, bien en vue, ou donner son nom à Tune des voies qu'il parcourait, voilà comment il faut honorer la mémoire de Poney.
Son souvenir est dans le cœur de ses concitoyens qui l'ont connu; qu'ils le transmettent à leurs enfants, ce sera la modeste, mais juste récompense due à l'honnête homme, au travailleur^ au poète.
Mai 1891. Eugène Baillet.
VIELLEFONT, Eugène-Albert
OUVRIEll PASSEMENTIER
Au moment de la publication des Mémoires de Talleyrand, la chanson que nous offrons h nos lecteurs est une actualité.
Il est vrai que toutes les époques ont eu leurs Nicolas Durand; cependant, les événements que la France a traversés depuis cent ans s'étant succédé avec une rapidité désobligeante pour beaucoup d'hommes politiques, ce type a été plus fréquent de nos jours que dans le passé.
L'auteur de cette chanson, que j'ai beaucoup connu, était un ouvrier passementier; il se nommait Eugène-Albert Vieillefont.
Grand, blond, l'œil doux, c'était une tête à la Pierre Dupont de 1848.
Il se présenta dans les Sociétés chantantes en avouant timidement qu'il était a?^^ei<?'. La première chanson qu'il nous fit entendre avait pour refrain : Le cheval est né pour souffrir. Ce n'était pas un chef-d'œuvre, mais c'était un petit plaidoyer humain, et cela nous allait. Charles Gille l'aborda en lui disant : Toi l'es pas bète, faut v'nir aux animaux. C'était le titre d'une société chantante où se réunissaient les meilleurs auteurs.
C'est à une réunion chez Henri Piaud qu'il chanta pour la première fois N-ico/as
Durand. Le succès fut aussi grand qu'il était mérité. En effet, cette chanson a la qualité précieuse de suivre les faits historiques comme uue vraie chronique. C'est que son auteur était un ouvrier studieux, consciencieux et intelligent.
Sa mort est tout un poème de tristesse et de dévouement :
L'enfant d'un de nos amis était atteint de la petite vérole; le chansonnier offrit de lui appliquer un traitement qu'il savait ef(]c;ice. L'enfant fut sauvé ; maisle pauvre Vieille font avait contracté la maladie, et, quelques jours plus tard, il mourait à l'hôpital St-Antoine, le 14 octobre 1850. — Il avait trente ans!
Une cinquantaine de chansonniers et de camarades accompagnèrent son convoi au cimetière du Père-Lachaise où Gustave Leroy, le plus connu d'entre eux, prononça sur le bord de la fosse un adieu fraternel.
Une jeune fille suivait aussi le convoi en cachant ses pleurs : Vieillefont devait Tépouser à une époque très rapprochée.
C'est toute l'histoire de ce iDrave ami.
La chanson de Nicolas Durand avait été imprimée, sur une petite feuille volante, à cent exemplaires. C'est grâce à une de ces feuilles que j'ai pu la faire chanter aux soirées classiques de l'Eden-Concert par Louis Limât, qui la dit en véritable artiste. Vieillefont n'a pas écrit plus d'une dizaine de chansons, mais il est certain que le jour oii il est mort nous avons perdu un véritable chansonnier.