‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 7 sur 28 · LE BATAILLON DE LA MOSELLE · texte numérisé non relu

LE BATAILLON DE LA MOSELLE

Avertissant les plus lointains échos,

Comme une immens' crécelle; Marchant d'aplomb sous les glorieux lambeaux

D'sa bannière immortelle .

V'ià l'bataillon d'ia Moselle

En sabots.

Y'ià rbataillon de la Moselle !

Pour arni's des fusils d'ia veille encor chauds,

Là-d'ssus l'soleil ruisselle ; Nos sabr's, la preuv' que nous n' somm's pas manchots

N'tien'nt que par un" ficelle :

V'ià l'bataillon d'ia Moselle

En sabots, V'ià l'bataillon d'ia Moselle !

Rois, galonnez vos hussards si farauds

Des talons à l'aisselle, Ils s'enfuiront devant nos bleus sarraux

Dont la tram' se décèle :

V'ià l'bataillon d'ia Moselle

En sabots, V'ià l'bataillon d'ia Moselle !

Eh quoi ! conscrit, tu song'rais aux coteaux

D'ia provinc' maiernelle ; Fixe plutôt tes r'gards sur nos drapeaux,

La France, où donc est-elle ?

Y'ià l'bataillon d'ia Moselle

En sabots, V'ià rbataillon d'ia Moselle !

Quoi! tu voudrais par toi, par tes suppôts,

Continuer ta tutelle ; Va, royauté, cach' tes vieux oripeaux.

Car tu crèv'ras demoiselle :

V'ià l'bataillon d"Ia Moselle

En sabots, V'ià rbataillon d'ia Moselle.

Mon général, conim' ces canons sont beaux,

Cju'la r'doute enn'mie est belle !

Vous devriez nous acli'ter l'tout en gros,

L'affair' vous convient-elle?

V'ià l'bataillon d'ia Moselle

En sabots, V'ià l'bataillon d'ia Moselle !

La Républiqu' n'est pas un d'ces vains mots

Qu'on trait' de bagatelle ; Nous jurâm's tous de n'metlre l'sac au rpos

Qu'eir n' soit universelle :

V'ià l'bataillon d"la Moselle

En sabots.

V'ià l'bataillon d'ia Moselle !

Cette chanson n'est qu'une esquisse, mais c'est l'esquisse d'un grand tableau. Gille en lui donnant la note populaii^e voulait la rendre plus accessible au public ouvrier des sociétés chantantes.

Chaque chanson a son but, sa portée ; c'est plein de hardiesse et de vigueur, d'un coloris superbe. Tout cela vit, marche et vous em-

•ûoigne. Ce n'est pas Béranger, ce n est pas Debraux, ce n'est pas Nadaud ce n est pas Pierre Dupont, c'est Charles Gille; ce n est pas un écho, c'est une voix. Il a parfois des refrains étranges — comme celui-ci :

Je n'ai le temps d'aimer personne, Vendez-moi de Tamour tout fait.

\u nombre des chansons les plus remarauab'les de Charles Gille, il faut citer encore ■ } Histoire de la Chanson, le Cabaret de Hamponneau :

C'est là, regardez ces bandes

De buveurs autour des pots;

On jurerait des guirlandes

De rouges coquelicots.

Pas de figures sournoises,

De cafards. . . surtout pas d'eau.

Vivent les chansons grivoises

Et le vin de Ramponneau !

Pas de prêtre qui dédaigne De visiter ledit lieu.

Car on voit sur son enseigne Le fantôme d'un vieux dieu.

^ 11 est là, bravant les noises

\ cheval sur un tonneau.

Vivent les chansons grivoises Et le vin de Ramponneau!

hi Bataillon d'Afrique, la Taverne des Hussards, la Prostituée, Ma Plume, Rabelais, l'Artiste :

Ahl qu'il soit révéré!

Qu'il soit gai, rêveur ou triste :

Laissez passer l'artiste :

Son caprice est sacré !

Trois Compagnons et un Savetier, la Payenne^ Napoléon, le Bataillon des Prisons :

Comm' la canaill' ne doit pas s'perpétuer Dans un Etat vraiment démocratique, Par un décret paternel, authentique, L'gouvernement nous permet d'nous faire tuer.

Otez-vous d'ià, voyons, pas tant d'raisons,

A l'avant-garde

Vieux, ça nous r'garde, Otez-vous d'ià, voyons, pas tant d'raisons. Place au bataillon des prisons!

Le sujet de cette chanson dénote un^ puissance d'imagination incontestable et grandiose : ceux que la société a rayés de ses rangs et qui demandent, au jour où la patrie est en danger, à se faire tuer pour elle et racheter ainsi leurs fautes. Ce cadre est admirable.

Dans la chanson satirique Gille est aussi un maître, sa Lettre au Commissaire, qui a fait fermer une goguette, est d'une grande virulance. En voici un couplet sur sept :

Des ventrus qui dorment aux Chambres

Xous irons troubler le repos,

Nous montrerons les antichambres

Oii l'on marche sur nos drapeaux.

D'après ces quatre vers calcule

Tout le liel que nous amassons.

On tue avec le ridicule.

Monseigneur, prends garde aux chansons.

Si j'avais la place qui me manque j'aurais encore vingt citations intéressantes à faire. Cependant il faut relater les Mineurs (ÏUtzel,

Quoi de plus caractéristique : Cliarles Gille a 22 ans, il travaille manuellement pour vivre, et déjà toutes les questions politiques et sociales sont familières à cet ouvrier.

Riche ou pauvre devrait-on naître?

Pourquoi ces démarcations?

Egaux en droits, on devrait n'être Que les fds de ses actions.

Nous ne voulons pas le partage, Mais c'est injuste l'héritage. . .

C'est le chant des mineurs d'Utzel, Chant fraternel.

Les compositions poétiques et charmantes dans leur grâce toute juvénile, où se reflète le côté sentimental de leur auteur, ne manquent pas dans le recueil de Charles Gille : la Cloche fêlée, Faustine la coquette, le Bengali, Pâques-Fleuries, Mon pays c'est ton cœur, et vingt autres. La Fée aux aiguilles est une charmante page de cet album, la voici :

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