‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 9 sur 28 · LA CHANSON DES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES HIRONDELLES

Adieu, pays des lauriers roses,

Où dans les fleurs écloses.

Chantent les colibris.

Sous le chaume, au toit des tourelles

Nous revenons fidèles

Chercher nos vieux abris.

Nous les hirondelles frileuses Nous avons traversé les mers Et des cités tumultueuses Nous revenons peupler les airs.

Notre aile noire fuit le givre.

Notre duvet craint les autans; Avec l'homme nous aimons vivre Et nous ramenons le printemps.

Des palais aux vastes arcades,

Où les rois se tiennent blottis.

Sous l'acanthe des colonnades

Nous voyons naître nos petits.

Et pendant que la sentinelle

Veille au seuil de la royauté

Nous fendons l'air à grand bruit d'aile

Et nous chantons la liberté.

Nous aimons la vieille mansarde Où la marjolaine est en fleurs, Où l'ouvrière nous regarde Avec des yeux mouilles de pleurs.

Il suffit à notre famille D'une mouche ou d'un vermisseau.

Elle! bien tard pousse l'aiguille Pour nourrir son fils au berceau.

Quand nous rasons les cheminées Des prisonniers, pauvres martyrs, Hélas! nous sommes consternées De leurs sanglots, de leurs soupirs.

Ainsi que vous, les hirondelles, Hommes, construisent leurs maisons.

Mais elles s'aiment trop entre elles Pour se construire des prisons.

L'air sur lequel cette chanson s'est popularisée est une composition de Barrillot. Il a écrit ainsi une douzaine d'airs pour autant de ses chansons, qui regrettablement. n'ont Jamais été notés, de par l'insouciance de leur auteur. Ces musiques sont mélodieuses et charmantes de rêverie ; elles sont perdues.

Mais le poète n'empêchait pas l'ouvrier d'être attaché à sa presse. Il a successivement travaillé dans les premières maisons d'imprimerie Hthographique, notamment chez Sapenne et rue Racine. Ce n'est que vers 1855, à la suite d'un accident grave, qu'il lui fut impossible de continuer sa tâche de travailleur manuel.

Dès ce moment Barrillot dut vivre de sa plume : cela n'est pas commode à un poète. Mais bah! il lui fallait si peu de chose pour vivre.

Barrillot avait donné son premier volume de vers au public en 1855, il a pour titre la Folle du Logis. C'est grâce à des souscripti(^s amicales que ce livre a vu le jour. Les idées mystico-panthéistes de son auteur y sont très accusées; on n'y retrouve que de loin en loin le poète lutteur. Cependant quelques pièces : Jeanne Misère, Judaël Capital et le Forgeron fantastique portent bien leur marque démocratique; mais la fantaisie domine dans la plupart de ces poèmes, en voici un très remarquable.

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