‹ De quelques points des sciences dans l'antiquitéChapitre 19 sur 39 · LETTRE A M. QUICHERAT · texte numérisé non relu

LETTRE A M. QUICHERAT

a lieu : le repos, dans ce système, n'est plus pos^ble après la césure, et le vers lui-même n'est plus suffisamment harmonieux.

Voilà, en peu de mots , les raisons qui me font regarder le vers hexamètre latin comme l'origine première de notre décasyllabe

Quant à l'objecUon qu'on pourrait me foire , que la manière dont nous prononçons aujourd'hui l'hexamètre ne se rapporte pas du tout à celle dont nous prononçons notre vers commun, je l'ai mentionnée; mais elle ne mérite pas qu'on la discute. Vous savez mieux que personne que, nous autres Français, nous accentuons le latin en dépit des règles et du bon sens. Vous avez remarqué, avec beaucoup de justesse, que cette prononciation détestable avait entraîné les poètes du XVI® siècle à composer des strophes sur des mesures barbares qu'ils croyaient latines-, et quand vous avez voulu montrer l'analogie physique du vers saphique avec notre décasyllabe , vous avez eu bien soin de l'accenluer comme le faisaient les Latins. J'ai dû faire et j'ai fait de màne pour le vers hexamètre-, c'est, en effet, de la prononciation réelle des Romains, et non de la nôtre, qu'il faut partir pour apprécier l'harmonie primitive de ce vers, et celle à laquelle il a plus tard donné naissance, en se modifiant, à travers les siècles, dans le passage d'une langue à l'autre.

Marmontel , examinant les vers anciens, après avoir attribué leur harmonie à Tentrelacement régulier de leurs pieds , et avoir avoué pourtant que dans ce système les vers lyriques grecs ou latins, composés presque tous de mesures iné^es, sont une énigme pour notre oreiUe, a le courage d'écrire que, « quoi qu'il en soit, au moins dans les vers réguliers conune l'hexamètre, l'égalité, la précision du nombre est encore si sensible , même pour notre oreille , que nos vers rhythmiques n'ont rien de semblable ni d'approchant*. » Il entend par veri rhytkmiquei nos vers en général , qu'il croit probablement fondés sur le rhythme seul , sans aucune mesure-, il les oppose aux ver$ mitriqueê des anciens, c'est* à-dire à ceux où on ne se contentait pas de compter les syllabes ; on les estimait comme brèves ou longues , et on les admettait selon cette valeur dans chaque vers.

Ce passage est un de ceux qui montrent le mieux jusqu'où l'erreur ou le préjugé peuvent entraîner même les

* Cette dissertation a été écrite eo 1845.

* Encyclopédie milhoéîq^et mot Vbks.

gens d'esprit; quand ils parlenl de ce qu'ils ne comiaîsseût pas parfaitement

1*. n est complètement foux que l'égalité des temps ou des divisions du [Mcd dans l'hexamètre et les autres vers anciens , soit la cause de leur harmonie. Ri^i ne noos est plus facile que de prononcer ces vers en donnant aux syllabes leur valeur convenue. Essayez cette pronondation ridicule sur le premier vers venu de V Enéide^ vous serez surpris que Harmontel ait pu proposer ou seulement buer un système si absurde et si maussade.

S* n est tout aussi bux que nous donnions, en général, aux syllabes grecques ou latines la valeur que les anciens leur attribuaient. Tout le monde sait, au contraire, que, par suite de notre système de prononciation qui nous fait accentuer les dernières syllabes des mots, tandis que les Romains accentuaient toujours les pénultièmes ou antépénultièmes, nous allongeons les finales et abrégeons, au contrmre, les syllabes initiales ou médiales-, de sorte que, en dépit de la quantité latine, nous scandons ainsi , dans la prononciation, ce vers de Virgile :

/ff/Iffdam i^^â jabes Teaot»àr€ doiôrêm.

3^ Il est faux que nous trouvions les vers lyriques moins harmonieux que les autres ; tout ce que l'on peut dire, c'est que nous y sommes moins habitués qu'à l'hexam^re. Mais nous trouvons une harmonie très-sensible dans les strophes d'Horace, particulièrement dans l'alcafque et la saphique, qu'il a employées le plus souvent, et auxqueUes, par conséquent, nous nous sommes le plus accoutumés.

4^ Il est &UX encore que l'harmonie des vers andens vienne des pieds qui y entrent. Ces pieds règlent la mesure des vers *, ils n'en produisent pas la cadence, qui virat essentiellement du rhythme ) et ce rhyttmie consistant toujours dans l'alternative des sons forts et des sons fadbles, ou

PRONONÇAS A LA FRANÇAISB. 533

des syllabes accentuées et des syllabes glissantes^ comme nous renversons complètement, dans notre prononciation du latin , les rapports de ces syllabes , nous donnons, en effet, aux vers de Virgile et d'Horace une harmonie contraire à ceUe qu'ils avaient

5*. Mais ce qu'il y a de plus plaisant dans l'erreur de llarmontel, c'est que cette harmonie qu'il admire dans les vers latins, et dont il croit que celle des ndtres ne peutap* prêcher, n'est pourtant, en réalité, qu'une partie, ou, pour mieux dire , une dégradation de celle de ces mêmes vers français. Nous ne faisons pas autre chose qu'y transporter autant que nous le pouvons la prononciation de nos propres mètres. En un mot, nous disons les poèmes de Virgile et d'Ovide conome nous réciterions des vers français mal mesurés; et nous n'y mettons pas d'auUre harmonie que celle que nous mettrions dans des membres de période à peu près égaux, tels que ceux, par exemple, dont Turgot a composé son poème de Didon.

C'est là ce qu'il s'agit de montrer.

Pour cela, rappelons encore que les vers, pris en général, sont des membres ou des incises de pénodes soumis à une forme particulière et constante, et que cette forme particulière est déterminée selon la nature de la langue et les dispositions ou le choix de chaque peuple \

Quelle a été, chez les anciens, l'origine des vers? ou , si on l'aime mieux, quel a été le principe fondamental de leur harmonie? Ils nous le disent bien clairement', et il est bcile de le montrer sur un exemple.

Prenons une phrase bien cadencée, telle que la suivante*,

' Ci-dessus , p. 303, et note 1 .

* Arist., PoéL, A;Cic., Orat., 55, no{83; Quint., Inst, orat., IX, 4, n«iU; S. Ang.,I>9or«lifM, 11, 14, n* 40.^ Voyes, au reste» le résumé qœ donne Batteux de tonte cette théorie, dans son Traité d$ la amitruetUm oratoire f section 11 , c. 2 et suit.

' Cîc., /n Vêrrem, De suppt,, dans la péroraison.

SS4 M» VEIU LATUfl

et pronongoBs-la à la tdiQon des Latins , en accenluani les syllabes niarquées de l'accent aiguv nous y reconnaitroos un rhythme parfiiitemeni sensible :

Téqae, Hércoles, quem fste Âgrigénti, nôcte iotempésta, serrôram instnicta et compuita mina, convéUere èx tdis sédibos, itque anférre oonéUis est. . ..

On remarque ici ces sons forts suivis de sons faibles : tique y Hercules 9 quem UUf etc. Ces ensembles de sons d'intensités différentes étaient appelés des pieds ; en effet , il n'est personne qui ne sente, à l'audition de cette phrase , qu'elle se partage pour l'oreille en un certain nombre de parties à l'aide desqueUes on peut mesurer le loirt. D y a, par exemple, ici, dans la prolation totale, seize prolatîons partielles ou incises qu'on peut regarder comme des unités relativement à la phrase entière.

Considéré quant à Thannonie du discours, ce tout s'appelait rhythme f on voit qu'il est indéfini, puisque l'orateur peut étendre sa période autant qu'il le voudra.

Les parties s'appelaient pieds, comme nous venons de le dire, et nous savons que les anciens avaient distingué un grand nombre de pieds. Imaginons qu'ils eussent seulement distingué ceux de deux, de trois , de quatre et de cinq syllabes, sans s'occuper de leur valeur prosodique , et suppo^ . sons que la phrase précédente se fût naturellement divisée en sections de quatre pieds, comme ci-dessous :

Téqae, | Hercules, | qaem fste | Âgrigéntt, Nécte I intempésta, | servôrum j instnicta Etcomparéta i màna, | coDvéllere | ex tiiis Sédibos, I étque | auférre | conàtus est...

Nous aurions alors, au lieu de prose, quatre vers évidemment , puisque ce seraient là des membres de période soumis à une forme particulière et constante. Maintenant nous savons que les Grecs ni les Romains

n'estimaient leurs pieds d'après le nombre de leurs syllabes seulement \ ainsi , les petites prolations marquées ici peuvent n'être pas des pieds reconnus par eux. De plus , ils formaient leurs v^*8 avec un certain nombre de pieds déterminés d'avance ; de sorte que les sections formées ici sont bien des vers dans le sens général du mot, mais peuvent n'être aucun des vers latins admis par les prosodistes.

Toujours est-il que le principe harmonique dans la versification ancienne 9 ce sont, comme l'exposent très-bien les métriciens et les rhéteurs , des sections réglées et, sinon égales, du moins à peu près équivalentes dans le rhythme total, autrement dit, des systèmes de pieds revenant ou dans le même ordre ou dans un ordre convenu et accepté.

Saint Augustin en donne quelque part cette définition : « Le mètre se forme évidemment de la juxtaposition des pieds les uns à côté des autres*. » Lui-même , dans le quatrième livre du De Munca, s'amusant à créer des vers imaginaires d'après ce système, les compose tour à tour de pyrrhiques, de trochées, d'ïambes et de spondées, en les faisant crolU*e de six à trente-*deux syllabes*; et Servius, dans son CmUmeirum ', dispose de la même manière les vers réels des Romains, sous les genres lambique, trochafque, dactylique, anapestique, choriambique , antispastique, ionique à minoTi ou à majori , et divers. Dans cha* que genre, H part des mètres les plus courts, et montre comment, par l'addition successive des syllabes ou des pieds, on arrive aux vers les plus longs.

Voici ses premiers modèles dans le genre dactylique : 1^ le vers adonien (dactyle et spondée) : Fundt^^ fUiut; ^ Thirménachien (deux dactyles) : Tibia personet ; 3^ l'ar-

* Metrum manifestom est pedam collationc confici. De mu^tca, V, 2, n«2,p.l54.

* De musica, IV, 3 à 8, p. 112 à 120.

* Putsch, p. i 81 8 et SUIT.

S36 DES VBRS LATINS

chiloquieD (deux daclyks et une syllabe) : Convia wnil ami} 4^ l'alcmaBien (deux dactyles et un qwndée) : TmÊiHie pedoro palmUi 5* le simonidien (trois dactyles) : imém fMUte teriea, el ainsi de suite, jusqu'à rihydeo, (foi est le dix-huitième, el comprend sept dactyles et une syllabe : Venieuloê Ubi dacifUeûê cêmi, piÊêr mftmê, qiÊM faeiaê.

n sera bien fiicile d'appliquer cette définition ou ce systime à tous les vers d'Horace ou de Virgile. Je ne m*y arrête pas. Je fiiis seulement remarquer que nous n'avons chez nous rien d'analogue à cette formation de vers par collation de pieds. Nous ne concevons pas qu'après le veis de douze syllabes on en forme un de quatorze ou de seise, pas [dus qu*on ne forme l'alexandrin en ajoutant deux syllabes au vers commun , ou celui«d en ajoutant deux syllabes au vers de huit.

U est donc vrai que, si le système romsdn a passé di» plusieurs peuples de l'Europe, chez les Anglais', les Espagnols', les Italiens', les Allemands, qui admettent plus ou moins des pieds et composent leurs vers d'une suite d*lam« bes, de trochées, de spondées, eto.-,pour nous, notre système est tout difiérent : et c'est ce qui exjdique cette obsCTvation deBlarmontel, « qu'un vers italien, un vers all^nand, un vers anglais, n'a ni cadence ni mesure sensible pour une oreille française^ qu'un vers français n'en a guère plus pour l'oreille de nos voisins\ » D'oà cela pourrait-îl venir, sinon de ce que le principe harmonique n'est pas le même chez eux et chez nous, et qu'ainsi, cherchant dans leurs mètres la qualité qui fait les nôtres et ne l'y trouvant pas , nous n'acceptons plus leurs vers que comme des mraibres

' Gumberworth, Grammaire awglaUe , p. 39i et suit.

* Chalmnean de Verneuil , Grammaire de l'académk espagnole , p. 91 3.

* Biagioli, Grammaire itaUenne, p. 395 et suit.

* Encyclopédie méthodique , mot Vbis.

de période dont la symétrie ne nous frappe pas assez pour nous paraître poétique.

En quoi consiste donc, chez nous, l'harmonie versifique? comment se rapproche-t-elle, comment s'éloigne-t-elie de celle des anciens?

Elle consiste d'abord , comme toujours et essentielle* ment, dans une prolation rhythmée et mesurée. C'est là ce qu'elle a de commun avec les vers latins , comme avec ceux des autres peuples de l'Europe moderne. Elle en difl%re par là manière dont la mesure s'y applique et par le caractère de cette mesure.

Les vers anciens se sont produits par la détermination et la juxtaposition d'un certain nombre de pieds : le vers adonique en a deux, le glyconique trois, l'iambique dimètre quatre , et ainsi de suite jusqu'à l'îambique tétramètre, qui en a huit * \ tandis que chez nous , qui n'avons pas de pied proprement dit * , nous avons moulé nos vers non par parties successives, mais dans leur ensemble, sur nos mesures musicales à un, deux , trois ou quatre temps.

Il faut bien entendre que ces temps , quoique susceptibles d'une égalité parfoite , comme ceux de notre musique , n'ont pourtant pas besoin d'être et ne sont pas , en général , pro-

* Voyez pour tous ces vers S. Augustin, De musica, IV, 3 et suiv., et M. Qoicherat, Traité de versification latine,

*■ Le mot piedt chez nous, oe signifie que la réunion de deux syllabes; il représente une idée analogue à celle que nous nous faisons des pieds latins , en les considérant comme des combinaisons de brèves et de longues. Mais, comme nous Tavons dit, ce n^est là qu'une règle prosodique ou de calcul. Ce qui caractérisait les pieds dans la prononciation des vers , et ce qui les rendait susceptibles de contribuer à Tharmonie poétique, c'est

Î|u*ils avaient une arsis et une thésis , c'est-À-dire un son fort et un son àible formant une partie du rhythroe ;• c'est là ce que nous n'avons pas du tout ; et c*est ce qui fait que nos pieds ne sont qu'un moyen de compter les syllabes, ou de régler la longueur des vers. Notre alexandrin, par exemple, a six pieds, c'est-à-^ire douze syllabes. Mais il n'a pas six arsis, il n'en a que quatre , comme nous le dirons ; et voilà pourquoi , quand nous voulons étudier Tharmonie de nos vers , nous laissons de côté ces pieds pour ne parler que des syllabes accentuées ou glissantes.

538 DES VERS LATIICS

nonces avec cette précision scrupuleuse. La parole allonge ou abrège les temps selon le besoin , conune nous avons vu qu'eUe altérait autrefois les longues et les brèves. II nom suffit que l'oreille soit avertie , par la place des syllabes accentuées , du nombre des temps, et que le sentimoit de h mesure soit ainsi maintenu.

Quelques exemples rendront sensible cette vérité.

Les vers fondés sur la mesure à un temps, c'est-à-dire qui ne se divisent pas en sections , ou dont la prolatîon entière vient aboutir à la rime sans temps d'arrêt à l'inténeor. sont particulièrement ceux de cinq syllabes, ^ à plus forte raison les vers plus petits'. Les vers suivants de Pezai en donnent la preuve :

La fleur printanière Qai naît la première An premier beau joar.

Tant qu'elle est nouvelle Voit Zéphir près d'elle Soupirer d'amour.

Il est visible que si Ton proncmce chacun de ces vers d'une haleine, en aceoiùpagnant du mouvement de la main, sur une table , la syllabe finale ou la rime , comme il n'y a pas de division sensible, on n'aura, enefiet, qu'un firappé. c'est-A-dire une mesure à un temps.

* Je ne parle pas ici de ces vers au-dessous de cinq syQabes, d^abord parce <{n'ils sont peu usités , et n'ont pas même de caractère poétique; puis parce que je tcux senlement donner ici une idée sommaire du principe narmonique de nos rers , et non rétndier avec détails sur chacia d*enx. Cette remarque me permet de m'arrêter à ce qui est Trai en général, et de négliger les exceptions ; elle explique aussi la sorte de contrariété qu'on peut trouver entre M. Quicherat et moi, dans Tanalpe qw nous Misons de Tharmonie de nos vers. M. Quidierat appelle accents ces sjllabes accentuées qui me semblent analogues aux temps de nos mesures. Il accorde {Traité de venif. franç,^ p. 198) deux accents an vtfs de cinq sjllabes, et croit que c'est le vers de quatre qui n'en a qu'un fp. 499). Cette différence déoend évidemment de la manière de prononcer ^s leite ou plus rapide ; elle n'infirme pas plus le principe général que les alexandrins dans lesquels on trouvera trois ou cinq accents an lien de quatre.

Laissons de côté le vers de six syllabes , qui ne s'emploie

presque pas seul, et passons aux vers de sept et de huit

On y reconnaît immédiatement un levé sur une syllabe de

l'intérieur du vers et un firappé sur la rime. Je marque le

premier par un petit trait vertical après la syllabe qui le

porte.

Le dieu | dont Taile est légère Alla voir | les noires sœurs.

A Tisipbone , | et Mégère , Il préféra, • ce dit-on.

L'impitoyable | Aiecton ^

Les vers de huit syllabes se décomposent de même :

Chacun tourne , | en réalité , Autant qu*il pent « | ses propres songes. L^homme est de glace | aux vérités , Il est de feu | pour les mensonges *.

Le vers de neuf syllabes est peu usité. Celui de dix s'accommode particulièrement à la mesure à trois temps, le second temps tombant sur la césure, le troisième temps ou le plus faible sur une syllabe intérieure du dernier hémiaticbe, et le premier ou le plus fort sur la rime. Je conserve la même notation, en marquant seulement la césure par un trait horizontal, pour indiquer que cette division est plus forte que la suivante.

A Nevers donc — cbes | les visitandines , Vivait naguère ~- un perroquet | fameux , A qui son art — et son cœur | généreux , Ses vertus même ~ et ses grft- | ces badines Auraient dû faire — un sort | moins rigoureux , Si les bons cœurs — - étaient | toujours beureux *.

* La Fontaine, FabUs, Vlll, 20.

' La Fontaine, Fabks^ IX , 6.

' Grestet, VèrU-Vertt ch. 1. — On peut aussi, an moins quelquefois, scander le vers de dix syllabes en quatre temps : Vivait I naguère — un perroquet | fameux, A qui I son art — et son cœur | génèreni. Mais cette manière est si lourde , si traînante , qu'elle ne semblera sans ^oute pouvoir 6tre employée que par une exception bien rare .

310 DES VEBS LATINS

Le vers alexandrin répond éTidemment à notre oMsure à quatre temps. Le premier temps, ou le plus fort, est ih rime^ le troisième, ou second temps fort, est à la césure; les second et quatrième temps, ou les plus fiûbles, tombent sur une des syllabes intérieures de chaque hmiisliche.

Ni Tor t ni la grandeur — ne nous ren- | dent hearenx.

Ces deux | divinités — n^accor- | dent à nos vœux

Qae des biens | pea certains, -* des plaisirs | peu trmqnilies.

Des soucis | dévorants— c'est | l'étemel asile,

Vérita- I ble vautour — que le fils | de Japet

Représente | enchaîné — sur son tris- 1 te sommet *.

n doit être maintenant bien clair que, si les vers anciens se ^rment ou se conçoivent conmie formés par l'addition successive des pieds, notre système est tout difiérent; que nos vers, conçus d'abord dans leur totalité, ne se divisent pas, ou se coupent en deux , trois ou quatre parties, qui ne sont pas des pieds, mais des sections analogues aux temps de nos mesures musicales.

Cette considération , aussi importante que je la crois nouvelle, nous explique immédiatement plusieurs difficultés dont on ne s'est pas toujours rendu exactement compte soit dans notre versification, soit dans celle des anciens, eu égard, du moins, à la manière dont nous prononçons leurs vers

Parlons d'abord de ce qui nous regarde :

1*. D'où vient que les vers de dix et de douze syllabes ont une césure, tandis que les autres vers n'en ont pas? — C'est que, dans les vers à deux temps, le second temps est complètement faible relativement au premier ou au t^mps marqué par la rime. Il n'y a donc aucune confusion possible , et ce second temps peut alors tomber sur toutes les syllabes intérieures sans que l'harmonie soit détruite. Au coo-

* La Fontaine, PhiUmon et Bavcis, ▼. i.

traire, dans la mesure à trois et à quatre temps y l'accent qui tombe à la césure , plus faible que celui de la rime , doit être plus fort que les autres. Il a donc fallu l'arrêter en un lieu invariable et Tassujettir aux règles communes : c'est ce qu'on a foit en déterminant sa place.

2**. Suffirait-il, pour marquer cette césure, d'une syllabe accentuée ? Pourrait-on prolonger le son du mot, comme l'a pensé M. Quicherat', par une syllabe muette finale qui compterait dans l'hémistiche suivant? — Non : car l'idée de césure entraine pour nous la possibilité d'un repos trèsmarqué \ or, cela ne se peut plus si la syllabe muette ne disparait pas tout à Cedt par l'élision , puisqu'elle ne pourra compter dans le second hémistiche qu'en se séparant du mot auquel elle appartient.

S"". D'où vient encore qu'on admet et même qu'on trouve agréables, dans le vers décasyllabe, les rejets ou enjambements qui sont insupportables dans l'alexandrin ? — C'est que ce rejet, qui occupe toute la première section du vers, forme & lui seul un temps complet, bien détaché, et qui ne saurait aucunement se confondre avec les deux temps qui le suivent.

Certain ivrogne, — après | maint long repas, Ton^a malade ; — un docteur | galénique Fut appelé. — Je trouve ici | deux cas, Fièore adurante — et soif i plus que cynique '.

Dans l'alexandrin, au contraire, si on rejette six syllabes pleines, l'égalité des deux hémistiches, qui ne diffèrent que par l'accent final , produit dans le vers une indécision désagréable. Si on rejette plus ou moins que les six syllabes , le repos qu'on est obligé de faire sentir pour la terminaison du sens parait augmenter l'intensité du son, et porter sur un

* Traité de vertif, franc,, note 2 , p. 322. ' J.*B. Rousseau, Epigrammes, 111, 13.

SIS DBS TEIS LATIRS

des temps laibles racoentuatkm qui ne devrait être qu a b césure. Dans tous les cas , rbarmonie est altérée, tandis qu'elle ne l'était pas dans le vers de dix syllabes.

4^. On pourrait enfin se demander d'où vient qu'entre tous les peuples, les Français sont les seuls dont les vers soient , dans leur ensemble, fondes sur la mesure musicale? On en trouverait sans doute la cause, d'une part, dans la mobilité de nos accents, que notre prononciation supprime de tous les petits mots pour les porter sur la dernière syllabe des sections de pbrase, et qui nous empêche ainsi d'avoir des pieds proprement dits, avec leur mnii et leur IWiti; de l'autre, dans les circonstances qui ont préâdé k h formation de nos r^les prosodiques, lorsque trouvàres ei troubadours allaient chanter, non pas par métaphore, mais en réalité, leurs poésies dans les châteaux, en s'accompagnant du luth, de la rote ou de la mandore, et soam^'talent naturellement leurs vers aux convenances de h musique.

Quoiqu'il en soit , et c'est le point principal de cette dissertation, nous appliquons le même système à la prononciation des vers latins, par la raison bien simple que nous n'ai concevons pas d'autre-, et ainsi le vers hexamètre, prononcé par un Français, représente pour nous, presque sans exception, ane mesure à cinq temps, avec le second temps fort, c'est-à-dire avec la césure après lui :

Tityre | tu patule — recubans j sub tegmine | fieigi, SiWestrem | tenoi — mnsam | meditaris | av^na.

Cette mesure à cinq temps, boiteuse et désagréable, à tel point que notre musique ne l'admet pas du tout, est pourtant ce que Marmontel, et on peut dire presque tous ceux qui ont fait leurs études latines, ont le cœur de préféra à rbarmonie de nos vers alexandrins, si pure, si musicale, si constamment satisfaisante pour l'oreille. C'est bien là le cas

(le rappeler ces excellentes paroles de Balteux au commencement de SCS Eiflexions êur la langue françaUe * : « Avant que d'entrer dans cette matière, il est nécessaire de suspendre^ pour quelques moments, les préjugés que nous avons tous en faveur des Grecs et des Romains.. . »

C'est, en efiet, pour honorer l'art antique, dont ils croyaient bonnement reproduire en quelque point Tharmonie, que Marmontel ou ses imitateurs , et avant lui, RoUin et tant d'autres, ont admiré la forme matérielle des vers latins prononcés par eux-mêmes.

C'était cependant si bien un préjugé que quand Turgot, convaincu sans doute par leurs raisonnements, voulut passer à la pratique, et composa son poème de Didon ' de vers français coupés exactement comme il coupait ceux de Virgile , tout le monde trouva l'invention détestable : « Il n'y a, lui dit-on, aucune harmonie dans des lignes comme celles-ci :

Enfin I lorsque rAurore — a de ses feux | blanchi | rhorizon. Lorsque du jour | naissant — les clartés j ont chassé | les ombres ;

rendez-nous nos vers de douze syllabes, plutôt que de gâter Tharmonie latine par une imitation maladroite. »

On pouvait avoir raison au fond, c'est-à-dire trouver qu'il n'y a là qu'une cadence extrêmement médiocre. Turgot, aussi, pouvait être fort loin de l'harmonie réelle des vers latins prononcés par les Latins, ou même par nous, suivant le système latin. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il mettait dans ses prétendus vers la même cadence qu'il faisait entendre dans les vers latins correspondants :

Postera | Pbœl)ea — lustrabat | laropade | terras , Humentemque | Âurora — polo | dimoverat | umbras.

' A la suite de sa traductioD du Traité de l'arrangement d0s moiSt par Denys d^Halicarnasse.

* In-4<»dc 108 pages, imprime en t778.

344 DES VEBS LATIHS

C*esl le même sens» c'est la même coupe , ce sont les mêmes repos et les mêmes accents. Âssorément, ceux qui admirent la mélodie du texte , dans renonciation que nous en basons, devaient approuver celle de la traduction, si le préjugé laissait Jamais place à la justice. Mais continuons cet examen de notre prononciation du latin.

Le vers pentamètre et l'asclépiade sont pour nous des alexandrins plus ou moins réguliers.

Tempora | si fuerint ^ nubila | solos eris *,

nous représente une mesure à quatre temps, conune notre grand vers. Seulement , les hémistiches ne sont pas exactement de six syllabes.

Maecenas | alavis — édite | regibus *,

nous donne, au contraire , la coupe exacte de notre vers de six pieds , et parmi ceux qui le suivent dans la même ode, quelques-uns encore la rapportent exactement

Le vers alcaique, le vers saphique sont encore pour nous des vers mesurés à quatre temps , c'est-i-dire des alexandrins quelquefois avec une syllabe de moins :

Velox I amœnum — sspe | Lucretilem Mutai I Lycœo — Faunus j et igneam^.

Et de même :

Vidimus | flavum — Tiberim | retortis Littore | Etrusco — violenter | undis *.

On comprend tout le système. Quels que soient les vers à prononcer, nous y appliquons la prononciation des nôtres,

' Ofid.,rmt.,l,9, V.6.

* Hor., Carm.^ 1, 1, v. 1.

» Ibid., 17,v. 1.

* /6irf.,2, V. 13.

PEONONGÉS A LA FRANÇAISE. 545

c'estrà-dire que nous voyons dans le vers entier une prolation qui doit remplir une mesure à deux , trois , quatre ou cinq temps, le temps fort arrivant toujours à la dernière syllabe, les autres se répartissant sur les finales des mots assez longs pour que nous leur fessions porter Taccent.

Le nombre des temps de la mesure totale est, d'ailleurs, évidemment réglé par celui des mots ainsi accentués-, le glyconique est à trois temps :

Regem | non faciunt | opes.

Non vestis | Tyriae | color ' ;

l'adouique est à deux temps :

Gaudia | pelle , Pelle I timorem , Spemque | fugato":

et ainsi pour tous les vers latins ou grecs.

Cette prononciation, on le pense bien, a de graves inconvénients. Non-seulement elle renverse Taccentuation et la quantité, et, par conséquent, détruit l'harmonie latine*, mais par elle nous jetons dans les vers des repos contraires au sens ou à la liaison naturelle du discours.

En effet, de cela seul que les syllabes accentuées de nos vers représentent les divisions d'une mesure musicale, il s'ensuit que ces accents ne sont pas égaux, qu'ils exigent des repos après chacun d'eux, et que la fin du vers, pour coïncider avec l'accent le plus fort, doit toujours s'arrêter & un sens nettement suspendu. Chez les anciens, rien de semblable : dans tous les pieds, l'arsis était également forte, la thésis également faible ; de sorte que ces pieds se succédaient immédiatement, les séparations ou silences n'étant jamais réglés que par le sens, et non pas du tout par la ca-

' Senec. , ThjfesUs , acte II, v. 344.

* Boelh., De consol. philosopha, H v. I, à la fin.

546 DBS YBRS LATINS

deocc versifiée. Appliqué aux vers latins, uolre syslène nous entraïue donc à vicrfer toutes ks règles de la boane prononciation, soit quant aux dislances des mois eotre eux, soit qua^il aux césures, soit quant aux fins de vers, soit qqjAnt aux formes exceptionnelles ou licences.

1^. Di$iance$ du fnaU. — Examinons, par exen^iie, ce vers connu :

In Yiiîam diScit culps fdga« si caret âne,

que ^us^ ' -énonçons à la française, ainsi qu'il suit :

in ' ducit — culpe foga , | û caret | arte * ;

nous rappr ' 'demment ducit de tTtfitofi^ et nous lè-

loignons de ^ ^, uuat il devrait d'autant plus se rapprocher que son sujet fuga vient après lui. Nous séparons aussi caret de arle, pour faire sentir les deux pieds de la fin du vers. Chez les Latins, les cinq premiers mots étaient liés ensemble , et l'on mettait un léger repos après fkga , parce que le sens y est suspendu, comme l'indique la virgule; rien ne séparait ensuite les mots si caret arte, la thésis de Tun conduisant immédiatement à l'arsis de l'autre.

V. Césures. — La séparation que nous faisons des césures est souvent aussi à contre-sens.

V Enéide commence par ces vers :

Arma virumque cano , Troj» qui primus ab cris Italiam , falo profuti^s , Lavinaque petit Littora.

Selon notre prononciation , nous nous arrêtons dans le premier vers, après cano , et ce point d'arrêt y est bien placé. parce qu'il coïncide avec la virgule. Quant au second, nous le coupons ainsi :

Italiam j falo— profugus ; Lavinaque | petit; * Hor ,Arfpoet.,y, 31.

PRONONCÉS A LA PHANÇAISB. 347

c'esi-àHlire que, pour marquer la césure, nous séparons mal à propos faio et profugus, qui doivent marcher ensemble cemme se régissant l'un l'autre, et nous rapprochons le premier A'Italiam, le second de Lavina, auxquels ils Uc se rapportent pas du tout, et dont ils sont séparés par des virgules.

3^ Fins deven. — C'est encore pis à la fin des vers, où nous mettons des repos très-forts , d'autant plus marqués que, comme il a été dit, le vers, chez nous, est i oui complet, clos de toutes parts, et d'une harmonie si ' "'- '-«î qu'elle domine le discours même et en déterminci u . vmce les points d'arrêt Dans le système ancien ..le. ; ^ était pas quelque chose d'existant par soi, ou de ; absolu dans

sa composition qu'il pût rendre telle ou telle ponctuation obligatoire. C'était une division particulière dans un discours rhythmé, division qui réglait bien une fois pour toutes la nature et le nombre des pieds, mais qui n'influait pas autrement sur le langage, et se prêtait, par conséquent^ comme nos membres ou incises de périodes, à tous les accidents du dialogue ou du discours*.

Les Romains prononçaient donc d'une teneur, et sans s'arrêter, deux ou plusieurs vers dont le sens n'était pas divisé. En d'autres termes, les enjambements, si communs chez eux>

^ Qu'on réfléchisse à cette diCTéreoce , et l'on concevra , ce qui n'a jamais été expliqué d^une manière satisfaisante , comment Virgile a pu laisser dans YEnMdê tant de commencements de vers non terminés. Sans doute le temps lui a manqué pour les compléter ; et en cela il ressemble à tous les poètes oui n'ont pas pu revoir leurs ouvrages. Mais, ce qui nous semble inconcevable , c'est qu'il ait écrit et laissé publier des bouts de vers et non des irers entiers , ce qu'assurément aucun poète ch&tié ne se permettrait chez nous. La raison en est qu'en français, des vers qui ne sont pas complets ne sont rien du tout comme vers ; ce sont des incises qui ne se lient à rien, et qui nous frappent désagréablement par leur chute sans harmo- Die. Ce n'était pas la même chose en latin : ajoutés aux vers précédents , ces reiets continuaient le rhythme total, et donnaient en quelque façon des ycrs de sept, finit, neuf pirds, au lieu de six; ils conservaient toujours, à peu près rbarmonic générale, et n'avaient rien de trop disparate.

348 DES VEBS LATIHS

et qui nous paraissent produire des séparations moins élraftges encore que barbares, n'étaient pas même senâbles pour l'auditeur. Vous le verrez , du reste , vous-ni&me, si vous accentuez convenablement quelques vers latins qui «ijainbent l'un sur l'autre :

Ô ubi câmpi Spercbeosque, et virginibus bacchàta lacaéois Tafgeta! 0 , qui me gélidis in vâliibas Haéml Sfstat, et iogénti raméram protegat limbn *.

Et n'entendez-vous pas de plus , et très-nettement , la fio des vers par cette ebute cadencée : bacchâia laccLéms, valHbus Haémi, prôUgat ûmbra? Les vers se disUnguai^st donc parfaitement les uns des autres y et néanmoins la prononciation se prêtait à ce qu'ils restassent liés entre eux , si les mots l'étaient par le sens.

4^. Mots coupés en deux. — Cette observation nous explique comment des mots se coupaient quelquefois en deux parties, dont l'une finissait un vers et l'autre commençait le suivant ■.

Si non offéadertt unum quémque poetàrum Kmae làbor et môra *,

L'œil voit ici le mot unumquemque partagé en deux : et selon notre manière de prononcer, nous en sommes parfaitemeDi avertis, puisque nous portons l'accent le plus fort, et un repos après lui, sur la syllabe num. Chez les Romains, cette syllabe n'était pas accentuée du tout L'accent portait sur ém, et le mot unumquemque se prononçait là comme il se prononçait partout, de sorte que l'oreille n'en était pas choquée le moins du monde.

Elle ne l'était pas davantage dans des exemples qui nous

• Virg., Georg,, U, v. 486.

^ M. Quicherat, Traité de versif. tof., p. 401, note sur k lers adi>nique.

* Hor.^Arspoet., v. 290 ; Cf. ▼. 42» ; Sar. 11, 3, v. il7ctl70.

PRONONCÉS A LA PRAHCAISE. S40

paraissent plus monstrueux encore que celui-ci . savoir» quand un mot, non pas composé comme unumquemque^ mais simple comme vucorius, ultimo$, se trouve réparti sur deux vers; par exemple, dans Sapho* :

T/y« / auTi rtiôii fit cr»yijvtffffau (piXérara ;

OU dans Horace :

Lâbitur n'pa , Jéve non probante , u xôrius àronis *.

Prononcez ces vers avec l'accentuation marquée ici, et vous ne vous apercevrez pas du tout de ces coupures. De sorte que si l'on a fait chez les anciens une règle de terminer les mots en même temps que les vers ', c'est moins par nécessité ou pour augmenter l'harmonie poétique , que pour en faciliter la division graphique , et par une sorte de sentiment de convenance.

Un mot curieux d'Ovide semble même indiquer que cette division était une ressource assez communément employée, quand on voulait foire entrer dans des vers un mot que sa quantité ne permettait pas d'y placer. Le poète écrit à son ami Tulieanus, dans le nom duquel il y avait une brève entre deux longues. Il s'excuse galment de ne lui avoir pas écrit, sur cette quantité prosodique inadmissible dans les distiques. Il cherche de quelle manière il aurait pu introduire ce nom dans un vers en allongeant ou en abrégeant une syllabe , ou en coupant le mot en deux. Il rejette, bien entendu, tous ces moyens, sans quoi

* OdeàVénuSyy. 18.

* Carm., 1 , 2, ▼. 19 ; Cf. Catul,, XI , H .

nSy fiirpov elç reXslav reparoùrat A*'Ç/y. Uéphestioo , ch. 6. — V^t& est vrai en général , mais il y a de nombreuses exceptions : Héphesdon en cite loi-même plusieurs dans la poésie élégiaque et comique.

850 MM TBBS LATO»

son excuse n*aiurml rien Talu, el dit en purUrafier <li dernier:

Nam pudet in geminos ita nomen Gndere versos , Desinat nt prior hoc , încipiatqiie miiior *.

Le refus d'employer ce moyen en prouve l'usage; et nous venons de voir qu'en effet il ne choquait pas r<M«îUe*.

5^ Eïiiiau entré deux ven. — La même observatioa explique parfiôtemoit les ffinoiiB pnliqiiiea d'iio vers sur l'autre. On s'imagine dans nos classes que râîsioo ttsat, comme chez nous» disparaître la voyeUe élidée -, et on a de la peine à concevoir cette mutilation d'un mot articulé fortement à la fin d'un vers ; par exemple, dans Yii^e :

Jamqne , iter emensi» lorres ac tecta Laltooram Arduacernebant*.

Mais les deux idées qu'on se fait ici sont également erronées. Les syllabes élidées ne comptaient pas dans le mètre-, toutefois 9 elles se prononçaient*-, or^ à la fin des vers, ces syllabes étaient toujours très-faibles, et, perce qn'il ny avait pas alors d'intervalle entre ce mot et le suivant» elles glissaient si fiaicilement qu'on ne s'apercevait pas du tout qu'elles fussent de trop : c'est Ut tout le mystère de ces élisions, d'ailleurs assez rares. Nous pouvons reproduire cet effet en accentuant les vers donnés ici et tous autres semblables à la façon des Romains. On verra que la langue subsiste dans toute sa pureté, et que si l'harmonie finale du

' Jfa?Poiito,lV, 12,v. 47.

* Marmontel {Sncydopédiê fnélhodiqtiê ^ mot SnoPHi) iombe à ce sajet dans les erreurs les plus singulières ; il arrive à regarder les vers anciens comme une énigme indéchiffrable dont il ne faut pas se fatiguer i chercher le mot si loin et à travers tant de nuages.

» .«««i», vil, V. 160.

* Vojes Aulu-Gelle, Noci, attic.^yU , 20. — Le passage prouve démonstrativement, quoique la proposition n^y soit pas exprimée en icrnN^ formels , que les syllabes élidées se prononçaient encore dans les Ters.

PRONONCÉS A LA FRANÇAISE. SSf

vers est un peu moins comi^ëte que dans les fins régu* lières, elle est encore fort satisfaisante.

6*. Ven trop Umg$ au trop courts. — Il y avait des vers qui, sans élision aucune , avaient quelque syllabe de plus ou de moins que leur compte juste' : on les appelait dans le premier cas hypercatalectiques ^ dans le second eatakctiqueê, ou brachycaiakcHques. L'accentuation n'en était pas plus altérée qu'eQe ne l'est en italien, dans les vers sdruecioli, ou ironehi, par rapport aux vers pianî; et en espagnol, dans les Vers agudos, ou esdrujutos, par rapport aux Ua* no$. Gela ne ressemble pas du tout à ce que nous aurions si nous tronquions un mot final, ou si nous y ajoutions une syllabe.

7**. Changement de quantité. — Les licences les plus comqmnes étaient celles qui consistaient à changer la quantité d'un mot. Dans ce cas, les poëtes s'étaient avisés d'un expédient singulier : avaient-ils besoin d'une longue, ils doublaient la consonne après la voyelle; leur fallait-il une brève, ils la dédoublaient. Le premier vers de Y Iliade nous donne Vexemjie de ce dédoublement-, on y lit *A;^<Ai}oç , parce que Homère a besoin que le mot commence par deux brèves-, mais au septième vers les deux lambda reparaissent dans *Âx<AAet;c, parce que la seconde syllabe doit être longue-, au contraire, dans religio, re est naturellement bref-, mais en écrivant reHi^io, il devient long, et le mot peut ainsi entrer dans un vera hexamètre.

Considérée ainsi, cette licence parait avoir quelque chose d'exorbitant. Que dirait-on si, chez nous, un poète ayant besoin d'une syllabe de plus pour faire son vers, l'ajoutait de sa grâce, et écrivait, par exemple :

L'an des euqueoetseurê du grand CkareUmagne,

* Diomède , dans Putsch , p. 501; Servins, ibid.f p. 1817.

3S2 DES VERS LATIHS PROMONCÉS A LA FRANÇAISE.

au lieu de tuece$$eiÊn et de Charkmagne? Ne riraîl-on pts avec raison de celui qui se permeUrait d'estroiûer ainâ la langue? Soyons persuadés qu'il en eût été de même chez les Romains, si ces licences avaient altéré le langage. Puisqu'ils les acceptaient, c'est que la prononciation n'en était pas sensiblement gâtée.

En effet, les syllabes les plus rraiarquaUes sont les syllabes accentuées-, nous savons qu'elles sont toujours longues par le fait, bien que brèves peut-être par leur valeur prosodique, quand elles sont pénultièmes ou antépénultièmes. Ainsi, dans religio, ou reUigio^ c'était réeUement la syllabe U qui se prononçait longue, quoique prosodiquement brève i re, ou rel, était toujours prononcé bref, parce que c'était une syllabe glissante. Le doublement de la consonne n'était donc qu'un signe orthographique pour avertir le lecteur, et non pour lui faire prononcer un barbarisme \

En résume, l'harmonie des vers anciens et des nôtres, bien que dépendant en général du rhythme, diffère pourtant par l'unité ou, si on l'aime mieux, par la mesure qu'on y applique. Cette mesure une fois posée , toutes les règles générales ou particulières des deux systèmes de versification ont dû en venir, et s'y rapportent en effet Mais ces mêmes règles, si bonnes dans chacun d'eux, deviennent inadmissibles et même absurdes , si on les transporte dans le système opposé-, de sorte qu'on ne saurait, sous une telle confusion, avoir une prononciation correcte, ni même se faire une idée raisonnable de l'harmonie des vers prononcés ainsi en dépit de toutes les règles.

* Nous avoQS dans notre versification des règles ou licences analogues. Par eUes Torthographe seule est un peu changée ; on respecte la prononciation» comme la respectaient certainement les Romains et les Grecs.

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