‹ De quelques points des sciences dans l'antiquitéChapitre 20 sur 39 · LA VOIX · texte numérisé non relu

LA VOIX

II y a toujours une certaine difficulté à expliquer un texte dans lequel 1c sens des mots n'est pas parfaitement défini -, il y en a quelquefois plus encore à expliquer des pensées dont les mots sont parfaitement compris , lorsque ces pensées sont exprimées dans un langage figuré et qu'on ne tient pas complètement le fil des assimilations que les auteurs ont faites pour arriver à leur expression définitive.

Une phrase d'Aristoxëne qui m'a longtemps embarrassé , quoique j'en comprisse tous les termes, en fournira un exemple . ^ccvepov Se ovroç, on SsT xi^v ç>œv^v iv r$ /lle- ^^«ry rotç fjuiy i^irâaeiç rs Kaï ci/strei^ ccfaveTq zoieTcrbûci' ^^^ Si râaeiç aùzv\v qAîyyo/jikvviy ç>av6pAÇ Kûc^iarivai^ .

La traduction littérale, et je puis ajouter exacte, est celle-ci : « Il est donc clair qu'il faut que la voix , dans le

Cette dissertation , écrite en 1853, est composée à la façon de quel- <fQes chapitres de Montaigne , où Ton a dit que Tauteur s^occupait de tout , excepté an sujet indiqué par son titre. Si je n^ai pas laissé la voix entiè* nmeiit de côté, on verra que ce n'est pas non plus le seul objet dont je «n'occupe , ni peut-être le plus important. * Aristoi., Harmon., p. iO, lig. 11 et suiv. de Tédition de Meibom.

chanter, fasse des sariensions et des rémissioiis oecolles . et qu'elle-même résonnant , pose des tensions èmàeolU&, »

On avouera qu'une expression pareille n'a pour noos aucun sens, et que si elle en avait un pour les philosophes grecs qui remployaient, c'est qu'ils se fusaient de la voîi humaine une idée que nous ne nous en bisons pas aujourd'hui. Quelle était cette idée?

Rappelons d'abord celle qu'ont cherdié à s'en faire les modernes, parce que leurs analogies, presque toujours plus précises que celles des anciens, nous permettront de suivre avec plus d'exactitude la pensée qu'il s'agit de comprendre à fond

Nous avons d'abord distingué le son et l'instrument : la voix n'est que le son-, l'instrument, c'est le larynx, h n'eiamine pas ici la question anatomique : quelques-uns ont nié avec grande vraisemblance que la larynx fût seul employé à la production de la voix. La cavité de la bouche y est sans doute pour beaucoup. Peu nous importe. H résulte toujours que nous distinguons dans ce phénom^ie deux parties : le son produit et l'instrument qui le produit Si les anciens ne foisaient pas la même distinction, ils ont pu et dû attribuer au son ce qui ne convient qu'à l'instrument-, et ainsi déjà s'expliquent, quant à la convenance, sinon quant à la signification exacte, ces expressions, tout à fait inintelligibles chez nous, de la voix, qui fiiit des lurtemians, des rimiisions et des ten$Um$. La cause est ici prise pour l'effet; c'est un instrument tendu, plus tendu, ou moins tendu. Cette première partie de la difficulté est la moindre assurément-, toutefois, il convenait de ne pas la laisser de côté.

Revenons aux opinions des modernes. Pour s'expliquer la formation de la voix , ils ont assimilé les lèvres du larynx tantôt à un instrument à vent, tantôt à un instrumenta cordes, quelquefois à une espèce d'appeau. Il est très-pro-

bable que l'appareil vocal est tout cela à la fois. Sans nous embarrasser de cette difficulté, il est visible que les anciens assimilaient la voix à un instrument à cordes y puisqu'il y est question de tension , et que les tensions proprement dites ne se trouvent que dans cette espèce d'instruments.

Mais ici se présente cette autre question : Tous les instruments à cordes sont-ils constitués d'une manière analogue? ou y s'il y en a plusieurs espèces, les anciens les oomiaissaient-ils? et subsidiairement, y assimilaient-ils indifféremment la voix? ou, enfin, à quel genre d'instrument la comparaient-ils?

Eh bien ! je réponds que les instruments à cordes sont pour nous constitués de deux manières. Les uns, qu'on peut nommer polycordes^ comme la harpe, le piano, le tympa- DOD, ont une ou plusieurs cordes pour chaque son*, et chacune de ces cordes est amenée au ton convenable par une tension particulière exercée sur elle à l'aide d'une cheville. Les autres y comme la guitare, le violon et toute sa famille, n'ont qu'un petit nombre de cordes-, ils pourraient même , parla pensée, se réduire à une seule, tondue à très-peu de distance d'une touche solide, et sur laquelle les doigts de la main gauche , prenant toutos les positions convenables, allongent ou raccourcissent la partie vibrante, et produisent ainsi successivement les sons musicaux , sans changer sensiblement la tension.

Personne ne doute que l'idée qu'on se fera de la voix ne doive être fort différente , selon qu'on l'assimilera à l'une ou à l'autre de ces sortes d'instruments *, et déjà l'on conçoit qu'il importe beaucoup de savoir laquelle des deux les anciens prenaient pour type. Si je ne me trompe , c'est la première-, et ma grande raison, c'est qu'ils ne connaissaient pas la seconde.

n est difficile, sans doute, de donner de cette assertion négative une preuve positive et directe, mais on réunit fa-

356 LA VOU SBLON LES AHCIBMS.

cilemeni un cerlain nombre de circonstances qui, prises ensemble, ne laisseronl bésit^ personne.

D'abord on ne trouve rien , ni dans les aoteors ni dans les monuments de sculpture ou d'architecture, qui donne la moindre idée d'un instrument à manche , omime le violon ou la guitare* ^ or, cette disposition est la condition jmw quâ fum d'un instrument pratique où la corde sarait dirkéc par le doigt.

En second lieu, cette forme une fois imaginée, doit mener promptement à l'invention de l'archet ou d'une roue frottante, comme dans la vielle; caries sons étant sout^ias dans la voix et les instrumrats à vent, c'est une infériorité manifeste de n'avoir avec des cordes que des sons pinces ou frappés. Or, il est bien constant que les anciens n'avaient rien qui ressemblât à notre archet; que leur plectre n'était, ainsi que le mot l'indique, qu'une espèce de marteau dont ils frappaient les cordes de la cithare.

Ces preuves sont purement négatives; et, sans contester leur valeur, on peut en désirer d'autres qui mteent plus directement & la conclusion que nous cherchons. On ne peut guère méconnaître celle-ci dans l'énumération que font Aristoxène, Nicomaque et Ptolémée, des diverses sortes d'instruments reconnus des anciens.

Le premier distingue les temibUê, les aUeignables et les vMUffUê^ ceux-ci sont les instruments à vent. Les précé» dents sont ceux qu'on frappe avec une baguette, comme les cariUons ou tympanons-, les iemMe$ sont les cithares « les lyres, les polyphthongues*. Il n'y a pas là jdace pour les instruments à manche.

■ L'abbé de Chàteauneuf , dans son DieUogue sur la munqiêt des a»cienSf suppose que ces instruments se trouTent sor quelques bas-felîeb antiques ; mais rien n'est moins établi.

* Aristox., Fragm,y 61, t. II, p. 286 des Frag. kUtor, griBC,, éditioii Didot.

Nîeomaque cnumère les espèces d'instruments connus de Pyihagore, c'estrà-dire, bien entendu, de ce qu'on appelait son école. « Ce philosophe, dit-il , étendit la même expérience à tous les autres instruments ^ savoir : aux timbres, ou petits vases firappés avec le pleclre (comme nos carillons*), aux flûtes, aux syringes (flûtes de Pan), aux triangles' el autres analogues. »

Certes , si les anciens eussent eu des instruments à corde doigtée , il serait bien étonnant que ces auteurs n'en eussent fait ici aucune mention.

Ptolémée , à son tour, examinant quels instruments peuvent être canoniques*, c'est-à-dire propres à établir les nombres représentatife des sons, nomme les lyres, les cithares, les flûtes et les syringes. Les lyres et les cithares, si les cordes sont de même qualité , de même grosseur, de même tension, conduisent, en effet, quoique d'une manière inexacte , à cette connaissance. Il en est de même de la syringe, par ses tuyaux de diverses longueurs-, il en est de même pour les flûtes, par les distances où les trous sont percés de l'embouchure. Mais qui ne voit que, si les instruments à manche eussent été connus, ce seraient eux que Ptolémée eût nommés avant tous les autres?

Les descriptions qui nous sont restées du monocorde et de son emploi confirmeront tout ce que nous venons de dire.

Le monocorde est un instrument d'observation encore usité chez nous , et qui sert à faire une expérience bien connue sur le rapport arithmétique des sons musicaux. Une

' OJby àyt^MroT^rtp yvùfMvt eîç roixiXa 6pyava Xoixèv r^v rstpay ^^éretve, Nicom., dans rédition de lieiiK>iD., p. 13^ lig. 13.

* Aixifav Kpoù<ny. Ibid.

* Les triangles dont il s'agit ici ne sont pas rinstrumenl n)é(alli(]ue et mono*toDe que nous nommons ainsi, mais un triangle, ou au moins un wgle sur les côtes duquel étaient tendues des cordes de longueurs diverses. On en trouve la ligure dans plusieurs sculptures antiques.

* KavoviKèv opyavov, qu'il oppose à xptfiTTtK^y. Uarmon.y 11, 12.

longue corde esl tendue aonlessus d'une table sonore au moyen de deux chevalets de même hauteur. On en promène un troisième entre ces deux prraiiers , en ayant soin de l'arrêter aux points où la partie de la corde qu'il détermine donne les sons justes de la gamme : et coimme les nombres des vibrations des cordes sont en rapport inverse de leurs longueurs, c'est un moyen aussi exact que Cidle d'avoir les nombres correspondants aux difierents intenriaUes.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que dans les instruiaeots à corde doigtée, les« doigts font précisément l'office de ce chevalet mobile *, ils prennent la corde en dessus au lieu de la prendre en dessous, voilà toute la différence. Dans la guitare même, toutes les touches, ou petites barres saillantes qui garnissent la face supérieure du manche, sont de véritables chevalets sur lesquels les doigts ne font qu'appuyer la corde. Il y a donc une analogie manifeste entre le monocorde et les instruments à manche dont nous parlons id.

Voici maintenant ce que rapporte A. Quintiiien sur la détermination des sons : « On a, ditp>il, pris d^x cordes*, ^, commençant par les unités, on en a comparé les nombres : i l'une on a suspendu un poids simple , & l'autre un poids double*', on les a frappées toutes deux , et l'on a trouvé l'accord d'octave , qu'on a déclaré être en rapport double. De nouveau on a suspendu à une autre corde un poids triple', l'ayant frappée, on a vu qu'elle sonnait la quinte de la seconde , ou la douzième de la première. Cet accord était donc en raison triple de la première , en raison sescuple de son octave. De nouveau, ayant pris une quatrième corde, et l'ayant tendue avec quatre poidsS on a reconnu qu'elle

' Il faudrait dire parfaitement égales.

* U faudrait un poids quadruple. Les nombres de vibrations augmeAtent comme les racmes carrées des poids tendants.

* U faudrait un poids nonupie,

* C\*st seize poids qu'il faudrait dire.

sonnaîl la quarte avec la troisième , roctave avec la seconde > la double octave avec la première. On a ainsi déterminé que la quarte est en rapport surtiers, la quinte en rapport seseuple, et roctave en rapport double'. »

Cette expérience, quoique rapportée d'une manière fautive ^ est assurément très-ingénieuse , et la méthode mérite d'être remarquée, malgré son inexactitude*. Mais on avouera, d'une part, que celui qui la cite dans un ouvrage de musique ne parait pas connaître la méthode beaucoup plus facile et plus exacte des modernes-, de l'autre, qu'au lieu de nous rapprocher des instruments à corde doigtée , elle nous en éloigne, au contraire, beaucoup, et prouve que lauteur n'avait pas même l'idée nette de la division d'une corde et des sons divers produits par cette division.

La description faite par Ptolémée, qui vivait à la fin du second siècle de notre ère, probablement à la même é[)oque qu Aristide Quintilien, se rapporte beaucoup mieux à ce que nous faisons nous-mêmes, et, si je ne m'abuse, prouve plus évidenunent encore que les instruments à manche étaient absolument inconnus aux Grecs et aux Romains. L'auteur, en effet , expose un procédé tout à fait semblable au nàice , et conclut que si le monocorde est un instrument excellent pour la théorie, c'est, pour le jeu ou l'exécution, le dernier et le plus faible de tous : Tl^ç xP*i^^^^ ^è inxsvj iaxccTov av iifi iFavrcoy zo opyayov roZro xai àa6««

Que signifie cette remarque? et qui, chez nous, pensenul jamais à faire une comparaison semblable? Âh! c'est que chez les anciens il y avait des musiciens qui jouaient

' Arist. Quint., De musical 111, p. il2, lîg. 22 et suif.

^ Nicomaque, dans son Mantêel d'harmonique, $ 6, p. 10 à 14, expose la même expérience , et lui donne pour origine le conte des Marteaux ^s forgerons j que rapporte aussi Boèce, De mustca^ 1, iO.

' Ptolémée, Harmon.f 11, 12, Or incommodo monochordi canoni» usu.

960 LA VOa SELON LES AHCIBNS.

da monocorde. Et comment en jouaient^? comme nous istisons nos expériences d'acousiique, en promenaDt d'one main le chevalet mobile sous la corde qu'ils ptnçaiepl de l'autre. Est-41 possible de supposer qu'on eût eu recours à un moyea aussi maussade, aussi gênant et aussi pauvre, si l'on avait su, par le simple abaissement des doigts, se £ûre quatre chevalets au lieu d'un, en se débarrassant du morceau de bois qu'on Imnait ridiculement de place en place? J'avoue que cette considération me semble sans réplique.

Je trouve un détail dans Boëce * qui ne me parait pas moins péremptoire : il s'agit des différences des sons d'après Ptolémée. U faut savoir que les anciens s'attachaient beaucoup & la distinction de la voix procédant par intervalles rationnels, qu'ils appelaient ^{wj} S^tmxt^fjLartit>i*, en latin vox disereta, vox dUgregata*, ^ la simple parole, qui procède par des intervalles tels qu'on ne peut pas distinguer, quant à l'acuité ou à la gravité, un son du suivant. Cette voix, ils l'appelaient ^cnyj} crvvexiiç** en latin vax eomibma, tonui eoniinuiis*. Peut-on maintenant produire les smis aigus ou graves par cette continuité? Sans contredit Nous le faisons à tout moment sur les instruments à archet-, c'est ce qu'on appelle porter le $on. Le doigt glisse sur la corde, de l'til^ par exemple, jusqu'au mi, et fait entendre dans l'intervalle une suite de sons irrationnels très-peu distants Tus de l'autre, et qui vont ainsi par dc^és insensibles du premier ton au dernier. Or, ce n'est pas là du tout l'expérimee que nous indique Boèce; il ne la connaissait pas. Mais, comme tous ceux qui ne sont pas musiciens, ou, si on l'aime mieux , comme les enfants qui tendent un fil d'ar-

* De muHca , V, 4.

* Aristox., p. 8, lig. 17 ; Gaiideutios, ffamum., m^rotf., p. 8, lig. IS.

* BoeUi., De musica , V, 4. Genus diviswn, selon M. Gapella.

* Voyez les musiciens grecs, lieux cités.

* Boelb., De mtMtca, V, 4. Genus canlinuum. M. Ca^ieUa.

chai sur une table y pour le faire résonner, il ne change le son qu'en changeant la tension , il tourne plus ou moins la cheville : Si qviê percuiiai mtvuim, ewnque dtim percutiî torqueatj evenU uî in prineipio pukus gravior $U$ dum toTquetwr vero vox ienuetur cantinuique fiant grmii voces tontft» ei aeuiœ\ Les anciens, même du temps de Boëce, c'est-à-dire au sixième siècle de notre ère, ne connaissaient donc pas les instruments à corde doigtée, puisque, pour Êdre ce que nous appelons parier U »an^ ils ne savaient pas glisser le doigt , ou étaient obligés de tourner une cheville.

On tire la même conséquence , d'une manière plus détournée , de ce que les anciens nous disent des quarts de ton, que plusieurs rejetaient à cause de la difficulté qu'ils trouvaient à les faire*. En effet, comme l'oreille ne nous indique pas du tout cet intervalle, on ne pouvait facilement le donner ni par la voix, ni par des cordes tendues suc* cessivement^ ni par des poids suspendus, selon la fausse théorie des anciens. Mais avec des instruments à corde doigtée, U n'y a rien de plus aisé : il suffit, sur le violon et sur la basse, de rapprocher les doigts à la moitié du demi-ton; sur la guitare, il suffirait de placer entre deux touches consécutives une touche intermédiaire. Ainsi, la raison donnée par Aristide Quintilien serait impossible chez des gens qui connaîtraient les instruments à corde divisée : les anciens ne les connaissaient donc pas.

On tire une dernière preuve d'une circonstance à laquelle les modernes qui ont écrit sur la musique ancienne n'ont pas donné l'attention qu'elle mérite : c'est que les anciens établissaient leur gamme de l'aigu au grave. Pour la voix , pour les instruments à vent, pour les instruments poly-

" BoeUi., Demusica, V, 4.

* Arist. Quint., De musica, I, p. i9.

309 LA VOa SELON LSS ANaENS.

cordesy comme b harpe, le piano, cette diq[N»îtîoQ est aussi nalurelle que la disposition coniraire universelleflieiil adopièe chez nous. Mais celle-ci est la seule praticable quand l'usage est devenu commun des instrumœis à corde doigtée. Là la corde à vide est néessairement le point de dqwrt; les doigts, en se posant sur elle, ne peuvent que la raccourcir, et par conséquent former une gamme ascendante. Eussions-nous eu prinutivanent l'habitude de commencer par la gamme descendante, dès que. le violon ou la guitare seraient devenus des instruments communément âsi(4oyés pour apprendre à chanter, on aurait changé la coutume, et commencé en montant pour redescendre ensuite.

On ne saurait trop faire attention à cette vérité que, dans les arts , il y a certaines considérations ou nécessités qui s'enchaînent entre elles de telle façon que l'une étant donnée, les autres s'ensuivent inlaiUiblement. Dès que les anciens ont établi leur échelle en descendant de l'aigu au grave, on peut être assuré que jamais ils n'ont eu dans la pratique, au moins d'une manière un peu générale, les intruments à corde doigtée, car ceux-là commencent absolument par la note la plus grave.

Je me suis arrêté fort longtemps sur l'ignorance où étaient les Grecs et les Romains des instruments à manche, parce que ce point domine, comme on va le voir, toute la question qui nous occupe.

En effet, quand nous parlons des sons dans un instrument à cordes, comme nous n'avons pas besoin d'y considérer la tension d'une manière spéciale, attendu qu'elle ne change pas pour nous et que ce sont les doigts qui allongent ou raccourcissent le corps sonore, jamais, non plus, quand nous y avons comparé le larynx, nous n'avons £aât entrer dans nos comparaisons l'idée d'une tension plus ou moins forte qu'on fût obligé d'y appliquer.

Au contraire 9 pour les anciens, la même corde ne pou-

vait qu'èire tendue par plus ou moins de poids, ou par des chevilies dont la torsion représentait des poids.

Pour eux , Tart de chanter juste était donc tout h fait semblable à celui d'un accordeur de piano , pinçant la corde qu'il veut mettre à son point, qui, guidé par sa résonnance, tourne la cheville dans un sens ou dans l'autre, et la fait arriver tout de suite où elle doit être.

Dans ce cas seulement, la surtension ou la rémission (l'élévation ou rabaissement) est sensible, puisque c'est par le son «itendu que l'accordeur se guide. Mais dans la voix rien de semblable : entre Yut^ le ré, le mi, etc., nous n'entendons rien du tout-, le larynx, ou, comme disaient les anciens , la voix opère ainsi des épitases et des anëses occultes : iwirdifjeiq re zcci ûcyeaeiç a(paviTç zoieT'^ et en produisant le son , elle établit des tensions sensibles : r^^ Se

La phrase grecque est donc maintenant bien expliquée, et, à son tour, elle en explique d'autres qui seraient peut-être plus inintelligibles encore. Telle est, par exemple, celle-ci du même auteur : 'H qxavii Kimroci ivvqi Siiirvi/Jii xi iroteTv^ hrarai J^'^V T$(p8oV7'^'* La voix se meut dans l'acte de ^re un intervalle -, elle demeure immobile dans le son.

Selon nos idées , la voix n'existe pas du tout dans le parcours de l'intervalle *, c'est dans l'émission du son que nous dirions volontiers qu'elle se meut. Pour les anciens, la voix, c'est-à-dire le larynx , se tendait ou se détendait silencieusement pour aller d'un ton à un autre. Cette tension ou cette détension était pour eux son mouvement; arrivée là, elle produisait le son sur lequel elle demeurait : c'était là son repos ou son immobilité.

Et ainsi , dans la langue grecque et dans la langue française, les mêmes circonstances du même phénomène sont

* Aristox.,!». *2Jig. 20.

sel LA VOU SELON LES auciens.

représentées par des mots qa'oa peut dire ^itièremeni o^ pc^és; non pas que les honunes aient en à ce suj^ des idées différentes, mais seulement parce que les ol)!^ de comparaison n'étaient pas les mêmes*

Je ne crois pas m'abuser en disant que cette diS&rence, dans ce qui fiiit la matière des figures emi^yées et le fimdément de la métaphore, constitue une des plus grandes difficultés des auteurs anciens, surtout quand il s'agtt de notions abstraites, pour lesquelles le mot propre manquant presque toujours, ils ont été obligés de recourir à ces termes allégoriques qui demandent presque tous une def particulière.

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