CHANT
Lyre
on ClTIARB.
^^-IJr |Jt^^
A -mi, bois, mange^ aime el fo-
^^fi.jpri^fe
* Ici, comme tout à Theure, les clefs n'indiquent pas rintonalion d^one manière absolue ; les stanguetles expriment la note forte et non TégiiUie de la mesure ; les silences sont <id libitum, et répondent seulement i peu près aui phrases de l'autre partie ; les croches, les doubles-croches, n onl aussi qu*une valeur approximative, et dépendent du sentiment du rhaoteur.
DE lA MllSIQUE ANCIENNE.
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toi de ro le», A-vecmoly comme moi
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fais cent et cent fo -li - - - es,
Et com-me
Vni. Exicutùm. — Bien qu'il doive assurémeDl résulter de ce qui a été dit jusqu'ici que la musique n'était presque rien chez les anciens , comme l'opinion contrrâ^ a trop souvent été admise ; et qu'elle a tout à &it offusqué jusqu'ici la vérité 9 seul digne objet des recherches de l'esprit bumaio, je vais revenir sur ce point important, et, avsAt de passer à l'examen de ce qu'a été l'exécution musicale chez les anciens, confirmer par quelques vues générales ce que j'ai dit jusqu'ici.
Je remarque que les arts, quels qu'ils soient, consisteDt avant tout dans l'exécution. Des hommes heureuseaeot doués, et guidés par leur go&t naturel ou te sentime&l de ce qui est agréable, trouvent, sans qu'on sache conuneDt, des formes dont tout le monde est firâppé d'abord, et qui, prises dans leur ensemble, constituent les beaux-«ts ou leurs parties.
Un art n'a pas plutôt produit ses premières œuvres, que les raisonneurs s'en emparent Tant qu'ils travaiBent sur ce qui a été découvert par les artistes , qu'ils le cfa^seot, qu'ils l'expliquent, que même ils le régularisent, leur concours n'est pas inutile *, il aide, au contraire , à mieux voir et à mieux connaître les choses : e'est le service rendu par les bons critiques, on ne sautait le mépriser sans injustice.
Mais jamais ces dissertations n'ont ajouté un iota aux richesses de l'art, c'esl-à-dire aux moyens pratiques ou aux vérités découvertes par les artistes; elles sont, au contraire, devenues des déclamations stériles, ou même n*ont {dus eu du tout le sens commvm> <;^and ces raisonneurs ont examine avec une attention excessive ce que notre sensation n^apercevait pas, ou proposé des améliorations théoriques que les artistes dédaignaient.
Ainsi, comme les progrès et Fhistoire de la peinture consistent dans les œuvres des peintres , et non dans les livres faits à l'occasion de leurs tableaux, cx)mme la poésie est
loul entière dans les ouvrages des poètes » et non dans cetut des grammairiens ou des critiques, la musique est dans les ceuTres des musiciens et non dans les dissertations des mathématiciens ou des philosophes.
On pont assurer d'avance que ceux-ci n'ont dit que des sottises quand ils ont voulu dépasser ce que les artistes avaient trouvé-, ils ne sont done vraiment utiles que quand ils exposent ce qui constitue l'art pour les praticiens. Là est vraiment la partie positive de leurs relations^ c'est la description exacte de ce qu'était la science à leur époque. Au delà commence le fantastique ou l'absurde, qu'il faut leur laisser, et ne pas regarder comme appartenant à l'art.
De ce point de vue, nous avons pu apprécier assez exactement la musique des Grecs et des Romains, considérée eomme art pratique. D nous a suffi de prendre dans les relations des musicographes ce qui se rapporte essentiellement à la musique exécutée, et de rejeter loin de nous les rèva'ies prétentieuses qu'ils y ajoutent sans cesse , et dont il ne sera pourtant pas mutile de reproduire ici un spé-^ ciinen.
J'ouvre l'ouvrage de Boèce. Il examme à la fin de son premier livre* ce que c'est que le musicien-, il remarque que, dans tout art, la théorie qui se rend compte des choses est plus élevée et plus honorable qoe la pratique qui les exécute : Omniê ar$ amniêquê eiiam diseij^ina honarabSiorem fuUuraliter habet rcOhnem quam ariifieium quod fnanu ol^tie cpere artifieis extrcêtur; qu'il vaut beaucoup mieux connaître ce que faut les autres que de le faire soi-même : JUuUo etiam est mcguê seire quod quiêqm faeiai quam ipmrn illud iffieere; que c'est la raison qui doit commander, et que si la main ne se conforme pas en tout à ce que la spéculation lui ordonne, ce qu'elle fait est vain :
* De muticay I, 34.
Ralio vero quasi dowiina imperat et nisi manus $eemiim id quod ratio ioneit efj^ciai, firuUra e$i. Il condat de là que la musique esi bien mieux sue de celui qui se rend com{ite des rapports des sons que de celui qui excelle à chanter ou à jouer d'un instrument : PrcBekariar e$t sàeniia nmskœ ûi cognUùme raiioni$ quam m opère effkùndi alqae acte. D prononce enfin , qu'à considérer la pratique , on peut avoir des citharèdes, des flûtistes, etc., mais que le véritable musicien est celui qui, ayant bien examiné les rapports des choses , connaît la science du chant, non pas par la servitude de la pratique , mais par le commandement de la spéculation : h vero eU tnmieui qui, rcUione perpensa^ canenâi $eierUiam non iervitio operis^ $ed imperio ipeadationis assumpiU\
Trouverait-on aujourd'hui un seul écrivain pour écrire et signer de telles énormités? Non, sans doute-, et pourquoi cela? Parce que l'art est devenu quelque chose-, que la connaissance seule des éléments qui y entrent demande un temps considérable-, que le succès dans l'exécution est l'étude de toute la vie ; que la perfection même n'appartient qu'à un U*ës-petit nombre d'hommes , et qu'on se moquerait impitoyablement de celui qui, ne sachant pas jouer du violon , prétendrait que ses remarques sur les distances respectives des doigts sont, comme art^ au-dessus de la pratique des violonistes les plus célèbres.
C'est donc une preuve manifeste de la presque nullité de l'art chez les anciens, que leurs musicographes se p^eut ainsi dans des considérations tout à fait étrangères et ne fassent presque pas autre chose.
Que conclure, par exemple, de ce qu'ils insistent sur les
* De musicùf I, 34. — On ne saurait trop considérer que ces idées bisarres, absurdes même, selon notre manière de juger, ne sont pas fisrtientières à Boèce , mais sont celles de tous les anciens qui ont écrit sur la musique. Voyez en particulier les premiers chapitres de Ptolémée.
rapports qu'il y a entre les cordes de la lyre et les planètes; de ce que les uns rapportent l'hypate à Saturne, la parbypate à Jupiter, et la lichanos à Mars, tandis que d'autres, corn* mençant à partir de la terre, renversent cet ordre, et donnent la proslambanomëne à la lune, l'hypate et la parhypâte à Mercure et à Vénus, la lichanos au soleil, etc.*, sinon que ces gens-là ne savaient rien de positif, et que, n'ayant à établir aucune règle sérieuse sur la musique ellemême , ils se perdaient dans les nuages des allégories?
Ils disent aussi, et pour cela ils y reviennent sans cesse, que, bien que la musique dépende dans son principe du sens de l'ouïe, ce n'est pas l'oreille, c'est la raison qui doit en juger : Quibua inter se distantiU camonantiœ différant^ id jam non auribm quarum sunt abtusa judida, sed regulis rationique permittunl (pyîhagoriei) ut qtiasi obediens quidem famuhaque sit $ensus, judex vero cUque imperans raiio*. Ds prononcent à priori ce qui doit faire les consonnances, quels rapports seront, indépendanunent de l'expérience, agréables ou désagréables à l'oreille. Il &ut absolument que les sons aient entre eux des rapports cornmensurables : Ha$ consonantia$ necesse est inveniri quœ sibi eommensuratœ sint, id est, quœ notant possint communem habere mensuram \
Ils établissent, en conséquence, comme inattaquables, des princii)es dont le contraire est aujourd'hui démontré : par exemple, que les tons sont tous égaux dans une gamme; que les demi-tons, dans cette gamme, sont plus petits que la moitié d'un ton-, qu'il n'y a pas, dans une octave, la valeur de six tons; que la quarte est bien une consonnance, parce qu'étant représentée par 4/3 , elle n'a au numérateur
• Boeth., De musica, 1, 27. Cf. Ptoléniéc, cilé ci-dessus, n. 375.
* Boeth., De musica, \, 9.
470 1>B LA VUSIQIJB ANCIEHHB.
qu'une unité de plus qu'au dénominatettr-, mais que l'oetave de cette même quarte » ou la oniième, est nécessairaneot dissonante, parce qu'étant représentée par 8/3, elle a, dod pas une seule unité, mais deux de {dus que le multipie 6 de son dénominateur *.
On croit rêver quand on lit de pareilles folies; c'est pourtant là tout ce que les anciens prenaient jpour la véritable science musicale : tant il est vrai que l'art existait à peine, et que la théorie de cet art ne pouvait founiir à une étude sérieuse.
En vain Axistoxëne et les philosofdies i)ositi{5 de Yècole d'Aristote disaieut-ils, comme nous, que la gamme comprend cinq tons et deux demi-tons; que les demi-tons étaient i)Our l'oreille la moitié du ton ; que l'octave valait six tons, ou douze demi-tons. Boèce, en cela Técbo de toute l'école pythagoricienne, faisait de longs raisonnements pour prouver ce que nous savons parfaitement aujourd'hui, et ce qui est fort indifférent à l'art musical, que la fnction 9/8 n'a pas de racine carrée commensurable, et qu'elle n'est pas exactement la racine sixième de 2\
Il est bien inutile, assurément, d'insister sur les contradictions perpétuelles de ces raisonneurs ' -, nous savons trop bien qu'il n'en pouvait être autrement dans ce gâchis d'opinions abstraites qui divisaient les sectes philosophiques.
Mais, enfin, malgré tout ce fatras métaphysique, les Grecs et les Romains avaient des musiciens exécutants, qui leur faisaient plaisir sans s'inquiéter de toutes ces théories. Qu'étaient-ils, ces musiciens? Quelle idée devons-nous nous en faire par comparaison aux nôtres? C'est là, pour les lecteurs sensés, le seul point important U me parait évi-
* Voyez ci-dessus, p. 379, 380.
• De musica, If, 24 à 30; 111, i à 8.
» Voyez ci-dessus, p. 369, etc.; 380, 393, 428.
DE LA MUSIQUB ANCIBNNB. 471
dent qu'ils ont toujours été fort médiocres; qu'oD général l'exécution n'était pas beaucoup au-dessus de la théorie; en d'autres termes, que les anciens n'ont jamais eu un artiste qui nous eût semblé digne de ce nom.
Laissons d'abord de côté ces fables que nous rapportent les historiens sur la puissance extraordinaire de la musique, sur ces passions excitées et calmées au gré du musicien , selon les modes qu'il emploie '; tous ces contes sont aussi vrais que fat guérison de la sciatique ou de l'éiûlepsie que Théophrasto prétendait opérer soit avec le mode phry* gien*, soit avec un air de flûte'. Nous avons des récits pareils chez nos modernes. La guérison de la piqûre de la tarentule avec un air qui faisait danser le malade , suffit pour nous indiquer le cas que nous devons faire de ces billevesées antiques *.
Ces contes fussent-ils d'ailleurs aussi vrais qu'ils sont absurdes, ce serait une nouvelle preuve de la faiblesse de la musique ancienne. Les beaux-arts n'exercent pas du tout sur nous cette action violente quand ils sont poussés à leur p^fection. Us nous attachent et nous absorbent dans la contemplation de leurs produits, et ne nous font pas plus courir aux armes qu'ils ne nous les arrachent des mains. Quand, par hasard, ils surexcitent une passion violente et physique, c'est que cette passion existe déjà par d'autres causes-, et alors ce n'est ni la belle musique, ni la belle poésie qui produisent cet effet -, ce sont, la plupart du temps, des paroles aussi médiocres que celles de la ManHUaUe ou de la Pati^ êietmej avec un chant bon ou mauvais, mais très-court et
* Martian. Gapella, De nuptiispkilologiœ, 1., IX, p, 177 à 179, coUéct. de Heibom. Vojez aussi dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions , la dissertation Je Burette Sîêr les effets de la musique ancienne, t. V.
* Athen., Deipnos., XIV, 18, p. 624, A, B.
* Aristos., Fragm.f 76.
* Voyez Rousseau, Dictionnaire de mmique, mol Musique,
479 M LA imSlQUB ANGIENIIB.
assez fortcineDi rhythmé pour devenir promptaneiil popi»laire.
Nous avons, au reste, d'autres moyens plus certains de juger la question posée ici. H suffit de se rendre compte de ce qu'on trouve partout où la musique est cultivée avec sucées, et de voir si , et jusqu'à quel point, cela existait chez les anciens.
D'abord la vogue des chanteurs ou des instrumentistes. Dès qu'il y a dans une ville un artiste vraiment habile, un virtuose, comme on dit, dès qu'on sait qu'il doit domm^uo concert, les places sont immédiatement retenues, on parle partout de ce qu'on a enlendu, des mérites qui distinguent l'artiste , du plaisir qu'on a éprouvé. Les anciens ont pu avoir cela , noter ces qualités : du moins ce que rapporte Athénée' d'après Aristias, qup « toutes les fois qu'Amœbée sortait pour chantar, il gagnait un talent*, prouve, quoique fort exagéré sans doute, qu'en effet les anciens appréciaient les belles voix et le talent des chanteurs.
Mais notaient-ils le diapason des voix et des instruments ? C'est un foit que toutes les voix ne sont pas égales. Nonseulement la voix des deux sexes diffère d'une octave, maïs dans le même sexe il y a des différences de diapason qui frappent tout le monde. Il n'y a pas un de ceux qui fréquentent le théâtre ou les concerts qui ne sache que Rubini e4 Duprez sont des ténors, ce qu'on nommait autrefois des taHles^ que Lablache et Levasseur sont des basses-tailles. Ces différences nous sont surtout utiles eu égard à rharmooie ou musique à plusieurs parties ; mais pour les voix entendues seules, elles donnent aux chants des différences telles qu il n'est pas possible que celui qui entend avec intelligence n'en soit pas frappé , et qu'on ne le dise pas. Où y a-t-il
* Deipnos., XIV, 47. p. 623. D.
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DB LA HUSIQUE ANCIBNNB. 473
chez les anciens un seul mot induisant à penser qu'ils ont senti ces différences ? Quel est le chanteur qu'ils nomment comme ayant eu précisément une voix aiguè, par rapport a un autre dont la voix serait grave?
Le timbre des voix et leurs diverses qualités sont encore au nombre de ces différences qui ne peuvent échapper aux auditeurs quand la musique est étudiée avec quelque intelligence : celui-là excelle dans les airs guerriers y celui-<;i chante avec plus de succès les prières ou les chants d'amour. Tout le monde sait en France quel est le caractère de la voix de nos chanteurs célèbres. Peut-on nous citer une ligne des historiens y des polygraphes ou des auteurs anciens qui ont écrit sur la musique qui fasse quelque allusion à ces différences ?
Ce n'est pas tout. Au point où la musique est portée chez les modernes, on ne l'apprend pas en s'amusant. Il y a nonseulement des maîtres qui vous serinent quelques airs, mais des ouvrages classiques universellement coonus, d'abord pour les éléments, puis pour les parties les plus élevées de la science-, des méthodes et des concertos pour les instruments \ pour la voix, des solfèges et des vocalises : et c'est sur ces ouvrages que tous les artistes sont obligés de s'exercer pendant des années entières, s'ils veulent arriver à se faire entendre. Y avait-il chez les anciens un ouvrage pratique de ce genre? En peut-on citer un seul indiqué par les auteurs de musique ? Non , sans doute -, et je dis que si les chanteurs et les instrumentistes n'avaient pas ce moyen indispensable , ils ne pouvaient pas arriver à cette habileté pratique qui distingue aujourd'hui les moindres des nôtres.
J'ai déjà indiqué ce résultat quand j'ai dit que les anciens ne savaient pas écrire la musique : il est évident que les maîtres faisaient solfier d'oreille , ou sur quelques signes écrits , mais qu'il n'y avait pas de chants à difficultés sur \csquels les élèves pussent s'exercer tout seuls, s'ils noies
474 DB LA VUSIQDB A1IC1BII5B.
savaient pas par oo^ir. De là une infériorité manifeste, qui se traduisait ou par la pauvreté et la monotonie des dumls produits, ou par des fautes d'exécution presque incoBoevabies chez nous, dont pourtant nous ne pouvons douter.
Ainsi Horace compare le mauvais poète au coiNste qui fait sans cesse les mêmes fautes, et au citharède dont on se moque avec raison s'il se trompe toujours sur la même corde.
Et citliarœdus Ridetar chorda qui semper oberrat eadem *.
Qu'est-ce à dire ? U y avait donc , même du temps d'Auguste, des artistes exécutants qui manquaient toujours au même endroit et de la même manière? Avons-nous la moindre idée d'une chose pareille? et tirerions-nous jamais une comparaison semblable de nos violonistes, de nos flûtistes, de nos pianistes? Non, assurément : car ce dont parle Horace, et qui n'était pas rare à ce qu'il parait, n'arrive jamais chez nous , et ne peut, à vrai dire , arriver qu'à des commençants, non à des artistes.
Quant à la faiblesse des produits de l'art, c'est-à-dire des pièces exécutées en public, écoutez ce que dit Euclide des trois genres anciens-, ce passage doit être répété ici, quoique nous en ayons déjà donné la substance ou les équivalents ailleurs *-, en voici la traduction littérale : « Il y a trois genres : le diatonique, le chromatique, l'enharmonique. Le diatonique se chante vers le grave, par un ton, un ton et un demi-ton-, vers l'aigu, au contraire, par un demi-ton, un ton et un ton (mi, ré, tUj si; si, ut, ré, mt)-, le chromatique se chante vers le grave par un ton et demi, un demiton, et un demi-ton ^ vers l'aigu, au contraire, par un demiton, un demi-ton et un ton et demi (mt/ ré bémol, ut, $i ;
• Ars poet,j v. 355.
* Ci-dessus, p. '412.
OB LA MUSIQUB ANCIKNIIB. 475
si, ui, ré bémol, m»)*, renharmonique se chante vers le grave, par deux tons, un quart de ton et un quart de ton ) vers l'aigu, au contraire, par un quart de ton, un quart de ton et deux tons ' (mi, ui, %U baissé d'un quart de ton, sî; si, ui moins un quart de ton, ut naturel, mi). »
Ne fallait-il pas , pour que des règles fussent données d'une manière aussi étroite , que l'exécution musicale fût encore dans l'enfance? Quels que soient les demi-tons, les quarts de tons, les tons entiers, un praticien habile doit les foire où ils sont marqués par le compositeur*, les mettre toujours à la même place et de la même manière , ce n'est pas autre chose que chanter toujours le même air. Tant il est vrai, d'une part, que le chromatique et l'enharmonique n'étaient pour les anciens que des exceptions ou des difficultés vaincues * -, de l'autre , que leurs plus habiles exécutants ne seraient à nos yeux que de faibles éo^ers.
Un autre témoignage plus péremptoire encore, c'est celui qu'Athénée nous a conservé dans un passage bien curieux d'Aristoxène. Ce philosophe distingue quelque part trois sortes d'instruments : les temibUs *, c'est-à-dire les in struments à corde tendues comme nos luths ou nos harpes \ les aiieig9iable$ *, c'est-à-dire ceux où il y a un grand nom-
' Euclide, Introd. karm., p. 3 , édit. Meibom. On Toit par ce passage que les deux échelles figurées p« 4i2 et 4i3, ne sont là que pour donner une idée approximatÎTe de la mélodie que pouvaient entendre les Grecs. Lee demi-tons ou les quarts de ton ont été disposés de la manière qui nous semble la plus naturelle, et qui blessera le moins nos oreilles. Pour l'idée exacte, c^est ici qu'elle se trouve.
* Ci-dessus, p. 416.
* là èvrarâ.
* là KoJbairrà, — On eiplique souvent ce mot par instrummt à clavier, c'est-À-dire semblable à nos clavecins , à nos pianos. Je ne crois pas que rien , chei les anciens , nous autorise à penser qu'ils aient appliqué le mécanisme compliqué d*un clavier à une musique sans parties; il s'agit ici , certainement , d'instrumeuts de percussion où les cordes teuducs étaient frappées par un ou deux plectres tenus à la niaiu.
bre de cordes ou de timides qu'il foui précisémeDt toucher avec un pleclre ou un marteau, comme nos iympanons, nos harmonicas > et les instruments insufflés ou à vent *. A ceuxci il jiréfère les deux autres -, et la raison de sa préférence ne se devinerait pas chez nous en dix ans : « c'est, dit-3 , que les instruments à vent s'apprennent souvent tout seuls ou sans maître , comme nous le prouvent les bei^ers dans nos campagnes \ »
Cette observation d'Aristoxène est sans doute ingénieuse et vraie ; mais il s'ensuit pour Thomme intelligent de tembles conséquences. Les l^srgers dont il s'agit étaient donc des artistes pour les anciens. Les flûtistes célèbres des villes ne se distinguaient d'eux que par quelque petite supériorité dans l'exécution. C'était le même art, et le même jeu! et dans les autres genres d'instruments , ce n'était pas non plus par l'excellence ou la perfection qu'on se distinguait des flûtistes, mais seulement parce qu'on avait été obligé d'apprendre à tendre ses cordes, ou à faire tomber exactement le plectre! Certes il est impossible à qui saisit et comprend cet ensemble de circonstances de conserver sur la musique ancienne la moindre illusion.
Il est donc parfaitement clair qu'elle était, dans toutes ses parties , un rudiment d'art plutôt qu'un art véritable. La nature seule , avec quelque pratique, dirigée sans méthode, en avait fait tous les frais. Quelques chants gracieux ou énergiques , doux ou forts, avaient été produits comme il s'en trouve encore aujourd'hui dans nos campagnes ' Ces chants se transmettaient par tradition puisqu'on ne savait pas les écrire, et les artistes les plus agréables étaient ceux
• là èfjLXvtvirrà,
• UoXXoùq tyàp /xif ^i^axôévrai aùXilv rè kaî aupi^eiv^ ôçrsp reù^ xoifjiévcLq. Aristoi., Fragm,, 61.
' J'en ai moi-mctne note olii-s'oiîrc li\«^c/iiio r^nhî»-»»* rïan< la VeniLëe ou dans le Poitou.
qui eo avaient retenu un plus grand nombre ou les disaient mieux que les autres.
Tout cela nous montre une science musicale encore dans l'en&nce-, et c'est à ce point, en effet, qu'elle resta toujours chez les anciens.
Par là même se comprennent et s'expliquent certains faits rapportés par les historiens et qui sans cela devraient être rejetés comme de tout point impossibles.
Tel est, en particulier, le jugement sévère des Grecs, qui, au rapport de Gicéron ', regardèrent Thémistocle comme un ignorant parce qu'il n'avait pas accepté la lyre qu'on lui présentait. Il ne s'agissait évidemment que de chanter un couplet, après s'être donné le ton, et il n'en savait pas un seul -, car s'il avait fallu savoir réellement la musique , ou s'accompagner comme on le fait aujourd'hui de la guitare, y aurait-il eu du bon sens aux Grecs de demander ce talent à leurs généraux ? et n'était-ce pas le cas d'appliquer ce que disait un joueur de lyre au roi Philippe qui voulait le reprendre : « A Dieu ne plaise, ô roi, que tu saches ces choses-là aussi bien que moi * I »
Ainsi donc, rien, chez les anciens, ne ressemble à ce que nous avons aujourd'hui : il ne fout pas chercher parmi eux des artistes comme ceux que nous entendons tous les jours. Pour nous feire une idée exacte des leurs, il faut revenir à ce (jue nous trouvons soit chez les enfants, soit chez les ouvriers qui s'arrêtent auprès d'un joueur d'orgue de barbarie, afin d'apprendre l'air de la chanson qu'ils ont achetée.
On les voit suivre des lèvres sur le cahier qui contient cette chanson, et essayer même à demi-voix les intonations du chanteur des rues-, quand ils en ont suffisamment répété
* Tu9cul., I, 2. Cf. Quint., InstH. orat., I, 10, n» 10; S. Augustin, JÉpIt. 56.
* Plat., Apophth,f mot Philippb, & la fin.
les couplets pour savoir Tair ou à peu près, ils relounient à l'atelier ou chez eux, et là ils s'amusent eux-mêmes, ils amusent leurs compagnons ou leurs enfants par ces airs nouveaux qu'ils viennent d'apprendre; ilslescommimiqucDt plus ou moins exactement à ceux qui ont de la voix, et les chants vraiment agréables ou originaux se transiiietlent ainsi et se répandent dans toute une population.
Les airs appris par cœur de cette feçon ne sauraieDi jamais être fort nombreux-, aussi leur donne-t-on des noms particuliers , l'air des Fraùêê, des Trembleun, des Portraiis à la mode, etc. Il en était de même chez les Grecs, cmnme nous l'avons vu \ et, en effet, les mêmes moyens doivent partout produire des résultats analogues^
Les accompagn^okents poussés m^ne à leur perfection , étaient ceux de tous les hommes qui ne savent pas Tharmonie. Ds alternaient avec le chant, ou le doublaient pour soutenir le ton, et variaient ainsi le plaisir de l'auditeuTy mais pour l'usage commun, ce n'était pas même cela: c'était ce que nous montrent ces chanteurs inhabiles qui vont de ville en ville mendier avec un violon ou une guitare. Us chantent sans s'accompagner -, mais à la fin du couplet, ou même après chaque phrase muâcale, ils frappent un accord ou font entendre une petite ritournelle qui les maintient dans le ton. Tout cela ne suppose aucune étude spéciale de la musique, mais seulement cette disposition imitative que la nature a donnée à divers degrés au plus grand nombre des hommes.
n est facile de dire maintenant quelle était chez les anciens la plus belle exécution musicale. C'était celle de nos chanteurs de village, qui ont reçu de la nature une belle voix, qui ont appris par cœur quelques airs plus ou moins développés, qui même y ajoutent selon leur goût quelques broderies ou fioritures faciles. Dans leur endroit, dans des réunions de campagne , ils font plaisir , on les admire , on donnerait volontiers un prix au plus hat^le d'entre eux ♦,
mais ik ne savent pas la musique \ ils ne connaifiseni même m le timbre, ni le registre, ni la portée; ni les ressources de leurs voi:x. On ne pense pas à demander pour eux si ce sont des basses-tailles, des barytons ou des ténors : comme ils n'ont januùs à chanter de partie écrite, ni même à être accompagnés par un instrument exactement diapasonné, ces distinctions ne leur importent pas plus qu'elles n'imp(Mrtaientaux anciens. Pcarsonne aussi ne s'en occupe, cmnme les anciens ne s'en occupaient pas.
IX. Canehtiion. — Nous voici à la fin de cette longue étude sur la musique ancienne. Les résultats en sont tout autres que ceux qu'avaient obtenus nos devanciers ; et Ton ne doit pas s'en étonner, si la méthode qui nous y a conduit est toute différente de la leur.
A entendre les érudits qui nom ont précédé dans cotte carrière , il semblerait que la musique a été chez les Grecs quelque chose de mystérieux, d'incompréhensible, dont nous De saurions aujourd'hui nous faire aucune idée raisonnable. Elle aurait atteint dès les premiers essais l'excellence et la perfection, puis aurait perdu successivement toutes ces qualités qui la distinguaient autrefois, si bien qu'aujourd'hui rien ne saurait plus nous rendre ni sa beauté, ni ses prodiges, ni ses œuvres merveilleuses, ensevelies sans retour dans le {dus {nrofond oubli.
Nous n'avons pu voir dans toutes ces idées que ce qu^eltes sont véritablement, de pauvres imaginations, créées dans le désœuvrement du cabinet, par des esiNrits chimériques auxquels manquait la plupart du temps la connaissaDce pratique, et surtout la philosophie de l'art dont ib voulaient parler.
Ce n'est pas tout de lire et de citer des textes -, il £aut les comprendre*, et l'expérience prouve que les mêmes lignes interprétées par celui qui connsdt et par celui qui ne connut pas la matière, donnent des sens tout différents. Il se-
4eD DE LA MUSIOi'E ANCIENNE.
rail facile d'en citer bien des exemples relatifs au sujet même qui nous occupe. Passons plutôt k des considératioDs générales.
Les arts , nous l'avons déjà dit , ne commencent pas par la perfection , mais par leurs rudiments. Nous avons donc supposé la musique à son début ce qu'elle y a été nécessairement la simple observation et la production de quelques sons agréables à l'oreille. C'est moins poétique sans doute, mais c'est plus vrai que d'en faire l'œuvre d'Apollon ou la trouvaille de Mercure.
Les arts 9 quand ils sont pratiqués^ ajoutent constamment à leurs moyens : ils ne rejettent quelque chose que quand l'usage a prouvé que cette chose n'était pas bonne. Ainsi l'art musical a toujours été en s'augmentant depuis I^ temps héroïques jusqu'à nous *, et l'on peut être convaincu que rien ne s'est perdu des formes générales de la musique des Grecs, que ce qui ne méritait pas d'être conserve- Quelles sont, par comparaison, les formes générales usitées dans la nôtre? Nous les avons énumérées , et cherchant dans les auteurs anciens celles dont ils faisaient mention, nous avons immédiatement indiqué les limites où l'art était circonscrit pour eux. C'est là, j'ose le dire, la marche indiquée par l'étude de la musique comme par la raison. Hypothèse» non fingOj disait l'auteur des Principes; et ce doit être la devise de tous ceux qui veulent porter la lumière dans l'étude du passé, aussi bien que de ceux qui veulent expliquer la nature.
Nous n'avons donc fait d'hypothèses ni sur le grand développement de l'art, ni sur l'excellence des produits; nous avons, quant à celui-là, constaté d'après les textes ce qui manquait aux anciens-, nous avons, quanta ceux-ci, montré qu'ils s'étaient tous perdus parce qu'on ne savait pas les représenter par des caractères suffisants-, et ainsi cette perte universelle des chants grecs, inexplicable dans l'hypothèse
ordinaire, est devenue la chose du monde la plus naturelle, comme ce roman merveilleux et incroyable de Tart lui-même est redevenu Thistoire toute simple de ce qui se passe jour* nellement sous nos yeux '.
Par suite de ce parti pris d*érudits, et de cet amour insensé de l'antiquité, qui voulait retrouver dans un art à son début, ou les qualités ou les ressources que la pratique et le génie fécondé par le travail chez les hommes le plus heureusement doués ne devaient lui donner qu'en deux mille ans, on en était venu & dire que Toreille ancienne était constituée autrement que la nôtre. Toutes ces chimères se sont évanouies devant un examen philosophique -, et il est resté clair, comme le jour, que, pour la musique comme pour tout autre art, les Grecs et les Romains jugeaient comme nous, avec les mêmes sens, et, eu égard aux modèles qu'ils avaient devant eux, avec l'esprit critique que l'étude de ces modèles avait pu leur donner.
Ainsi cette matière que le préjugé nous représentait comme extrêmement obscure, l'analyse philosophique appuyée d'ailleurs sur les textes précis et entendus dans leur véritable sens, nous la montre d'une clarté telle qu'on s'étonnera peut-être un jour d'avoir pu si longtemps n'y rien distinguer.
Est-ce à dire qu'il n'y ait plus rien de difficile dans la
* Remarquei , de surplas , qu'ea saivant ceUe marche, toute sévère qa^elle semble, nous arrivons pourtant à des résultats bien supérieurs & ceui que nous ont offerts des érudits sans critique. 11 nous est, en fait, resté un ou deui airs écrits en notes grecques (ci-dessus, p. 398. Voyez aussi Rousseau, Dict, de musique). Qu'est-ce que cette érudition admirative eu a tiré en vertu de ses formules étroites? une mnsicrue tellement maussade, qu'on a vainement cherché à expliquer comment le peuple grec avait pu la supporter. Nous, au contraire, en rejetant toutes ces hypothèses gratuites, en suivant les règles données par la nature, nous y avons lu (p. 404) un chant non pas beau, mais raisonnable, qui, tel qu'il est, ne nous déplairait pas du tout, et qui devait plaire à un peuple moins avancé que nous ne le sommes : grande leçon, qui montre que la première condition pour parler sensément des arts, c'est de les connaître et surtout de les sentir !
481 bE LA MUSIQUE ANCIENNE*
muâque ancienne? Non, sans doute: dans tous les genres, il y a, outre les parties essentielles et dominantes de la matiëre, une multitude de petits détails qui n'ont qu'une existence éphémère et peuvent à un moment donné disparaître dans un oubli absolu.
Ces divers détails oflRrent à la curiosité des érudits un champ presque illimité et un sujet d'occupation sans terme. Du moins l'erreur n'y a que de médiocres inconvénientSy tandis que sur les parties fondamentales des arts et des sciences , elle nous entrsdne aux conséquences les plus tristes et, selon mon sentiment, les plus honteuses : à supprimer ce que l'expérience nous montre régulièrement*, à créer en quelque façon une nature particulière pour chaque difficulté nouvelle*, en d'autres termes, à renverser à tout propos les principes de la raison humaine.
C'est cet excès déplorable que nous avons voulu combattre en ce qui tient à la musique : si nous n'avons pas levé toutes les difficultés, nous croyons du moins nous être tenu dans la bonne voie , et nous espérons que ceux qui nous y suivront, ne diront jamais rien que la raison n'avoue, et que l'esprit ne puisse parfaitement comprendre.