ET CHEZ NOUS
La chanson , dans sa définition la plus large , est un poëme lyrique de petite dimension et d'un caractère léger, badin y ou peu élevé.
Il y a pourtant des pièces qui satisfont à ces conditions, auxquelles le nom de chanson ne nous semble pas s'appliquer exactement : telles sont les odes légères d'Horace et des autres poètes de l'antiquité; telles sont, en particulier, les petites pièces qui nous sont parvenues sous le nom d'Anacréon, où nous voyons des huitains , des dizains, des douzains , etc., mais qui ne nous paraissent pas plus propres à être chantées que le joli conte de V Amour mofuiUé, que La Fontaine a imité de l'une d'elles.
C'est qu'en effet la chanson consiste essentiellement, pour nous, ou dans une succession de couplets, ou dans une série de vers foits sur un air connu assez long pour que la pensée de l'auteur s'y développe commodément.
' Mémoire lu à rAcadémie des inscriptions et belles-lettres, le 16 juillet 1847.
484 l.A CHANSON
Les Grecs et les Romains avaient certainement des chansons qui y conmie les nôtres , se chantaient sur des airs connus de tout le monde. Leurs chants de méUers, leurs chanis de nourrices, leurs chants d'amour, la chanson de Thiroih deUe y de la corneille , et tant d'autres , ressemblaient exactement à celles que nous entendons dans les m&nes drcoostances. On peut assurer, d'après ce qui noœ en resie, et qui se trouve réuni dans les recueils intéressants de MM. Koster * et Duméril% qu'elles ne valent ni plus ni moins que les nôtres.
Au-dessus de ces chansons toutes populaires et sans art. les Grecs avaient leurs $eolie%^, petites pièces de quatre « six, huit vers, où l'on exprimait une pensée plaisante, morale, erotique; les Romains, s'ils n'ont pas conservé le mot de Kolie, ont eu la chose. Il nous reste d'eux, souvent sous le titre d'èpt^ramtnes^ un certain nombre de petits poèmes d'un caractère tout semblable, et qui ont pu, comme les scolies des Grecs, être chantés, soit dans les repas, soit dans les réunions de plaisir.
Nous avons nous-mêmes, dans nos stances détachées, des morceaux du même genre \ nous les appelons dfô épigrammes, des madrigaux ou des pensées, sdon le trait qui les termine : et c'était ce que, sous Louis XIV, et même dans le siècle dernier, on noounait encore assez souvent des chansons, mais que nous ne regardons guère, aujoard'hui , que comme des couplets isolés.
La chanson, telle que nous la concevons maintenant, est quelque chose de plus grand, de plus développé, de plu> complet : une chanson bien faite est une œuvre littéraire à
^ De caniiknù ^pofuUtrihm wtwrum Gracùrum, Berlio, 1831.
* PùésIiM TpofuUùrts latines antérieures au dùuxième sièek, ia-ê, Paris, 1843.
* Elles ont été recueillies par David ligen, en 1798, à léna, 1 volume in-8*.