‹ De quelques points des sciences dans l'antiquitéChapitre 27 sur 39 · CHEZ LBS ANCIENS ET CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

CHEZ LBS ANCIENS ET CHEZ NOUS

nous une règle invariable que les stances doivent former un sens complet et bien terminé : ce n'est que par excep^ tion , et parce que l'on veut prolonger l'harmonie dans toute la stance suivante, qu'on se contente quelquefois d'un sens suspendu à la fin de la première.

Chez les anciens, rien de semblable^ ils avaient bien des strophes rigoureusement égales à d'autres quant au nombre des syUabes et à leur durée conventionnelle^ souvent à chaque strophe répondait une antistrophe, où les longues et les brèves étaient en pareil nombre et pareillement disposées'-, et quand la strophe changeait de dimension, Tantistrophe éprouvait un changement analogue, et les deux parties du chant restaient toujours équivalentes \

Tout cela, cependant, ne répondait à rien de ce qui nous parait constituer des repos harmonieux à des distances égales. Les strophes enjambaient continuellement sur les strophes suivantes', ou sur les antistrophes -, les antistrophes sur les épodes, ou complets terminatifs -, et, ce qui parait plus inconcevable encore, les épodes elles-mêmes enjambaient sur les strophes qui venaient après elles' -, et ces enjambements ne se foisaient pas seulement par des mots rejetés d'un vers sur l'autre, mais par des mots coupés en deux , dont la première partie appartenait au premier couplet, tandis que la fin commençait le couplet suivant \

Les Romains furent, à cet égard, plus réservés que les Grecs : la langue, comme le peuple, était plus sage, moins frivole, moins dissolue. On sentait que de pareilles licences dépassaient tout ce que la raison peut admettre-, on se les permit beaucoup moins souvent.

' Vojez les Odes de Piudare.

* Voyex les chœurs des tragédies grecques. » Hor., Carm., 1, 2, ?. 36 et 48. etc.

♦ Pind.,0/ymp.,l,v. 32, 64,1l2,i28. ib8, Ho, etc. « PiDd.,(M£^mp., m, V. 45.

Les enjambemeots furent aussi moins monstruein. Noos avons vu des mots se couper en deux d'un vers à Taiitre, surtout parmi les composés. Je n'en ai pas rencontré qui se partageassent ainsi d'une strophe à la suivante^ et, ipioiqu'il n'y eût aucune suspension de sens entre dies, éL que la prononciation même n'en fàt pas bouleversée*, cependant les Romains paraissent avoir respecté la divisîoQ d'une pièce de vers en parties égales-, ils n'ont pas fiût, dn moins que je sache, un pont entre deux strophes avec on mot partagé.

Ici, comme tout à l'heure, je ne cherche pas qud est le système le plus harmonieux ou le plus fovorable à la poésie-, mais personne, assurément, ne niera que le nôtre, c'estràdire celui des stances, ou couplets égaux et bien terminés, est le seul d'après lequel la chanson , telle que nous la con* cevons avec nos airs mesurés et nettement arrêtés, puisse se développer. Celui des Grecs et des Romains en serait la ruine infaillible.

3^. Ce que j'ai tout à l'heure appelé la figure mmkaU du eoupkt comprend plusieurs conditions : Yitodmmùme des mesurée j la division mélodique du chani, la Umalité et Yharmonie.

Visochranisme de nos mesures musicales consisfe en ce que, lorsqu'un chant est bien exécuté, les temps marqués par des frappés successifs déterminent des intervalles parfeitement égaux. Cette égalilé des mesures n'était peutêtre pas absolument inconnue aux anciens, puisqu'ils dansaient au son de la voix, qu'ils marchaient au son des instruments. Mais le sentiment devait en ètte peu développé et bien confus, puisque, d'une part, on ne la trouve pas diT tout dans le plain-chant ancien^ que, d'ailleurs, il n'en est aucunement question dans ce qui nous reste des musi-

* Ci-dessu5, p. 3I^^» 352.

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