‹ De quelques points des sciences dans l'antiquitéChapitre 28 sur 39 · CHEZ LFS ANCIENS ET CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

CHEZ LFS ANCIENS ET CHEZ NOUS

eiens grecs ' -, qu'enfin , quand on a voulu rhythmer les rares fragments de musique grecque qu'on a rencontrés , on a été obligé de déterminer la longueur des notes par des syllabes correspondantes', au mépris des témoignages anciens , qui nous apprennent que c'était tout le contraire qui arrivait, que le chant allongeait souvent les brèves et d)régeait les longues*.

La divisUm mélodique du ehant est encore une invention moderne, devenue tellement nécessaire pour notre oreille, que nous sentons à peine et goûtons mal celui qui n'y est pas soumis. Elle consiste en ce que la période musicale se divise en membres, ou portions de quatre, huit, douze, seize mesures-, c'est ce qu'on appelle, en termes de musique, des phrases carrées. Tous les airs simples et populaires se divisent naturellement ainsi , ce qui rend bien plus sensibles les imitations et les retours mélodiques que l'oreille affectionne, et qu'elle est charmée de voir s'accorder avec les divisions des vers \

La tonalité j absolument inconnue aux anciens, et qui De parait guère s'être révélée que dans le xvi^ siècle, est cette foculté qu'a l'oreille, de nos jours et dans nos pays, de vouloir au commencement, et surtout à la fin des airs, une note exclusivement à toute autre. Cette note, qu'on appelle à cause de cela la tonique, est donc celle qui donne le ton au morceau -, le sentiment de la tonalité nous fait regarder comme suspendue et non terminée toute phrase musicale à la fin de laquelle on n'entend pas la tonique. De là, pour le musicien, le moyen tout naturel de construire des

' Ci-dessus, p. 381.

* Rousseau, Dictionnaire de musique, mot Valeur des notes. — M. Vincent n'a pu faire autrement lui-même, quand, dans sa Dissertation iur le rhythme des anciens, il a voulu noter la quantité des syllabes dans les vers de Virgile et d*Horace.

* Ci-dessus, p. 240.

* Ci-dessus, p. 400.

périodes mélodiques qui suivent, dans leur developpemeoly la marche de la période poétique , ou du couplet; ei ainsi nait entre ces deux expressions parallèles de la pensée cette parfaite correspondance que les anciens ne pouvaient soupçonner, et sans laquelle la chanson nous sembl^ait insignifiante.

J'ai cité, pour mémoire seulement, Vhannanie, ou Fart de faire chanter à la fois pinceurs parties*, cet art tout moderne a pour effet, non-seulement d'embellir et de varier singulièronent la mélodie, mais surtout de renforcer et de mettre en relief les trois parties signalées précédemment , et à ce titre j'ai dû l'indiquer.

De l'isochronisme des mesures, de la division mélodique du chant, du sentiment de la tonalité et de l'accompagnement harmonique, nait un ensemble facilement reconnussable, aussi frappant pour l'esprit qu'agréable à l'oreille, qui, se moulant exactement sur les vers, produit ce qu'on appelle le plus souvent l'air du couplet, et que pour plus de précision j'ai nommé sa figure musicak.

Les caractères en sont si distincts, qu'entre des milliers d'airs nous reconnaissons, dès les premières mesures, celui précisément qu'on nous chante-, nous le suivons, ou par la pensée, ou de la voix, sans indécision , sans erreur. Si nous chantons en chœur, telle est la précision dans la mesure et dans l'intonation, que tous les mots, toutes les syllabes, quelque vite qu'on les prononce , arrivent toujours ensemble, et que la phrase musicale vient se clore en même temps que ta période poétique. Par là s'explique et se comprend le goût des peuples modernes, et surtout des Français, pour la chanson-, le succès tout populaire que ces petites créations ont souvent obtenu ; enfin , le grand nombre de pièces de ce genre que cette vogue a dû faire naître.

i**. Ce n'est pas tout • les rcfraivs ont beaucoup conti'ibuc

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