‹ De quelques points des sciences dans l'antiquitéChapitre 29 sur 39 · CHEZ LES ANCIENS VT CHEZ NOUS · texte numérisé non relu

CHEZ LES ANCIENS VT CHEZ NOUS

à répandre et à perfectionner nos chansons*, et nos refrains sont une invention moderne ^ au moins dans le sens où nous prenons ordinairement ce mot, pour signifier un retour régulier dans un ordre et à une place déterminés.

Les anciens ont bien eu quelque chose qui y ressemblait : on trouve dans plusieurs de leurs poésies des répétitions de mots ou de vers auxquelles rien n'empêche de donner ce nom. La première ode, ou chanson d'Anacréon, répète trois fois sur douze vers cette pensée : que sa lyre chante les amours et ne chante pas autre chose. Il faut remarquer, cependant, que les mots n'y sont pas exactement les mêmes, ce qui déjà nous éloigne de l'idée précise que nous nous ftiîsons du refrain.

C'est dans la poésie bucolique que les Grecs ont souvent ramené des vers exactement pareils à d'autres. Théocrite a employé cette forme dans son Thyrsis et dans sa Pharma^ êeutrie; Bion et Moschus l'ont imité, l'un dans son Chant funèbre d'Adonis, l'autre dans les vers qu'il a consacrés à chanter la mort de Bion , son maître et son ami.

Virgile a aussi ramené les mêmes vers dans sa huitième églogue, qu'il avait d'ailleurs imitée de Théocrite; et le poète Galpumius a, dans la pièce intitulée Eros, fait réciter à ses deux bergers une suite de stances de six vers , terminées toutes i>ar le même refrain.

Ce dernier exemple est le seul où nous voyions le même vers revenir à des places déterminées précisément. Comme, d'ailleurs , le poème où il se trouve n'a jamais été chanté , on peut dire avec assurance que ces refrains ne sont pas encore ceux de nos chansons.

Le passage antique qui satisferait le. pi us étroitement à l'idée que nous en avons est peut-être celui qu'on trouve dans un chœur de VAgamemnon d'Eschyle , où une strophe et une antistrophe, c'est-à-dire ce que nous appellerions deux couplets égaux, et de plus Tépode, c'est-à-dire un

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cùupUt eampUmemaire, se termiiieDt toutes les trois par le même vers*; mais ce modèle est peut*ètre unique.

D fout citer aussi deux épithalames de GatuUe : le premier, sur les noces de Julia et de Maultus*, est coupé en strophes de cinq petits vers y dont le dernier est de temps en temps seulement l'exclamatioD

Hymen! 0 Hymense!

Le second est une pièce de poésie dialoguée entre les jeunes gens et les jeunes filles', qui récitent successivement des couplets inégaux en vers hexamètres; et ces couplets se terminent par l'exclamation précédente redoublée, et allongée jusqu'à faire les six pieds du vers hexamètre :

Hymen! Obymense! Hymen ades! OHymeose!

On peut rappeler encore le Pervigilium Veneris^ où se trouve ce vers répété à divers intervalles :

Gras amet qui nonquam amavit ; qaique amaTÎt cras amet !

Dès les premiers temps du christianisme , les chants d'é* glise, ramenant à la fin des psaumes la même doxologie, purent conduire aux refrains modernes, parce qu'ils disaient sentir tout l'agrément de ce retour des mêmes sons pour clore le discours poétique.

Aussi attribue-t-on à saint Augustin un diant contre les donatistes, où tous les vers terminés par la lettre e sont de plus coupés en stances inégales couronnées par cette répétition :

Omnes qui gaadetls de pace, modo verum judicate^

' Agamemnon, v. 121, 139, 159.

•CaluHe,61.

* Catulle , 62.

* M. Duiuci'il, Poésies populaires latines, p. 120.

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