CHEZ LBS ANCIENS ET CHEZ NOUS
El M. Duméril , dans une savante note bite précisément à propos de ce vers, exprime l'opinion , très-probable à mon sens, que si l'on trouve dans l'antiquité classique quelques exemples de cette forme mélodique, c'est assurément aux habitudes de l'Église chrétienne qu'elle doit sa popularité, parce que les laïques cherchaient à s'associer au culte par des reprises et des refirains\ Il cite même des chansons curieuses où se retrouve nettement ce retour des mémos mots à la fin de couplets égaux. L'un est un noël du XI* siècle, l'autre un chant de la sainte Vierge pour endormir l'enfant Jésus.
Quelle que soit, au reste, l'origine précise du refrain, il a dû s'adapter tout naturellement aux chansons de nos troubadours*, et, en effet, on le rencontre dès la première moitié du xa' siècle dans la poésie provençale*. Dès la fin du même siècle, les Provençaux avaient transporté leurs chansons et leurs formes mélodiques dans les châteaux du nord de la France , et les trouvères ne tardèrent pas à les imiter. «Car, dit M. Leroux de Lincy', sans prétendre, comme ont cherché à le prouver difierents écrivains , que les troubadours aient été les maîtres en poésie d'une partie de l'Europe , et de la France en particulier, il est certain que leurs chansons variées et nombreuses ont servi de modèles aux trouvères. »
Depuis cette époque, on a perfectionné, peut-être même quelquefois singularisé , l'emploi des refrains dans diverses pièces soumises à des règles particulières et difficiles, comme les rondeaux simples ou redoublés, triolets, virelais et ballades.
Mais , dans la chanson , le refrain revenant sans aucune
* M. Duméril , ouvrage cité , p. 121, note 1 .
* RajDoutrd, les Poésies originales des troubadours ^ article de Pierre Rogiers, qui florissait avant 1150.
* Recueil de chants historiques français, introduction, t. I, p. liij.
recherche au bout de chaque couplet , a relié naiurdlaDoii ensemble, et d'une manière on ne peut |dus agréable, Ifô quatre , cinq ou six stances qui composent la pièce entière. Quand il est bien amenée et c'est un talent extrèmonent conunun chez nos chansonniers, au moins depuis le dernier siècle, il représente l'idée dominante et pour ainsi dire exclusive du poète , idée sous laquelle il s^ea conçoit d'autres qui tendent toutes à mettre la première en rebef. Aussi trouverait-on chez nous des centaines de chansons où la pensée marche et se développe aussi r^ulièrement que dans un discours en prose.
On a même abusé du moyen lorsque l'on a fiiit, comme cela a lieu dans presque toutes les réunions chantantes , des couplets sur un mot donné. L'auteur produit alors une suite indéfinie de stances qui ne tiennent les unes aux autres que par le mot qui les termine, et qui s'y trouve, autant que possible , employé dans ses diverses significations.
C'est une sorte de débauche d'esprit qu'on ne doit pas plus approuva que ces anciennes rimes concatenées, imitées d'ailleurs des Grecs et des Romains', où le mot qui finissait un vers commençait le suivant , et dispensait ainsi le poète de toute liaison dans les idées par un maussade redoublement du son. Du moins, l'abus prouve l'usage*, et c'est parce qu'on a compris la puissance du refrain pour établir et faire bien sentir l'unité d'une pièce, qu'on l'a depuis employé pour unir et conjoindre ce qui par sa nature était disjoint et multiple.
Sous les refrains sont compris aussi les firedons, ou /loiu fions. On appelle ainsi les paroles insignifiantes, ou les simples sons exclamatifs, comme ira la la, biribi, landerir relUj destinés à être chantés en chœur à la fin d'un couplet
Les Grecs ont connu ce moyen. Il nous reste d'eux un
■ Ausone, EdylL, n» 12, Technopéguie.