IM
* Rohaut, PAy«., 11,18.
* Rohaut, Phys,, \y 10.
fis L'B^TBt DB COHBé.
échappe, quoique nous fassions*» il passe tout de svite, avec M. Desoartes, à ses propriéiés appréciables et à sa mesure : l^le mouvemeui une fois imprimé aux corps, ceux-ci persévèrent naturellement dans cet état; c'est une »reiir chez Aristote de croire que tout corps en mouvement tend par lui-même au repos-, il n'y arrive, en effet, que parce que des causes extérieures usent successivemmt et détruisent la force qui l'anime; par lui-même il est indifférent à l'un ou l'autre de ces états'; 2^ tout corps en mouvement tend à marcher en ligne droite; Aristote a eu tort de croire que le mouvraaent circulaire était ce qu'il appelle un mouvement naturel; tout corps mû en md se meut ainsi par contrainte; telle est la pierre dans la fronde: dès que Tc^Mtade qui la retient est supprimé , elle s'échappe par une tangente au cercle'; 3® les corps mus exi rond sont donc soumis à une force qui les éloigne du centre de rotation, et qu'on appelle force centrifuge*; 4"^ cette force, surtout quand die s'exerce dans un fluide, pousse les autres corps, et les dispose à aller vers le centre \ C'est ce que l'on voit dans une trës-bdle expérience due à M. Huyghens : il a jeté dans une eau tournante de la cire d'Espagne réduite en poudre, et a vu que ces particules , emportées d'abord par le torrent de l'eau , finissaient pourtant par se réunir au c^tre , l'eau conservant beaucoup mieux qu'elles son mouvement de rotation*, et les chassant ainsi successivement jusqu'au point où le mouvement est le plus fiûble; 5^ la quantité de mouvement, quelque part que ce soit, s'estime par la vitesse,
* Barliay, t. I, part. 2, De motm, etc.; P. a S. J., Phyt., 1, 8. Vojci issi Bayle, Dictùmn. hist., sortoot à l'article ZAmoh.
* Rohaut, PAy^., I, 10.
* Rohaut, Phys,, \, 13.
* Ibid,
* Ibid.
* Rohaut, PAy5.JI,28.
c'est-à-dire par la longueur de la ligne parcourue dans un même temps et par le poids qui se meut * ; 6® quand deux quantités de mouvement sont égales et opposées , le mouvement est détruit, il y a équilibre : cet équilibre se manifeste dans les solides , comme on le voit dans toutes les machines* et dans les liqueurs elles-mêmes, ainsi que Font fait voir les belles expériences de M. Pascal, achevée, dit-on, dès 1653, et qui n'ont été imprimées que depuis peu, en 1663, un an après la mort à jamais regrettable de l'auteur'-, 7^ en appliquant cela à notre tourbQlon, ne concoit-on pas que, composé, comme il l'est, d'une matière fluide très-subtUe, il repousse vers le centre, c'est-À-dire vers la surface de la terre, les graves qui ne sont pas soutenus, et qui ont bien moins de mouvement que lui^ ? Cette action d'une force extérieure agissant par impulsion n'est-elle pas infiniment plus claire et plus intelligible que cette tendance occulte des corps vers le bas de l'univers? Gomment surtout expliquer ce dou- .ble appétit? Car, enfin, si les graves tendent au centre, les corps légers, dit Aristote (et ses sectateurs pensent comme lui), tendent vers le haut ou la circonférence, propria tn^ praprio nMu. D'où vient cette différence? Pourquoi tous les corps ne se comportent-ils pas de même? Il est difficile de le dire. Nous, au contraire, nous disons : Tous les corps tournants sont animés de la force centrifuge-, cette force est plus grande chez ceux qui tournent plus vite-, tout étant plein, les fluides ne peuvent s'éloigner du centre sans forcer les autres corps à les remplacer, car où se mettraient-ils? Gela étant, la légèreté n'est autre chose que la force qui tend à
■ Rohaat, Phys.,\, 10»~ An lien de pcMs, Rohaul diiqwmHiédê matiêny ee qui est contradictoire atec ce qu'il a dit précédemment, ^u'il y avait toajoors même quantité de matière sous même Tolume.
* Rehaut, PAy«., 1,10.
' Voyes le Discours sur la vk et les ouvrages de Pascal , par Bossut.
^ Rohaut, Phys.y 11,28.
144 l'iiAtBL BB GONDÉ.
éloigner les corps de la surface de la terre; en ce sais, tous les corps sont légers, puisque tous sont animés de Ut fiwce centrifuge. Mais ceux qui le sont le moins sont repousses vers la terre; alors ils nous paraissent lourds, et nous jugeons que la pesanteur est une force réelle , quoique au fond ce ne soit qu'une moindre l^èreté'. Ainsi ils ne pèsent qu'en vertu de la diJBérence des actions de la mati^ subtile poor les rapprocher, et de leur propre action pour s'^igner du centre. De là vient l'inégalité du poids malgré l'égalité de volume; il se passe là quelque chose d'analogue à ce que nous montre la belle expérience d'Ârchimède, dans laquefle un corps plongé dans un liquide ne conserve plus de son poids que ee dont il surpasse un pareil volume de liquide*. On nous a foit voir un jeune homme qui pesait dans l'air 138 livres y et qui ne pesait plus que 18 onces quand il était tout entier dans l'eau'. C'est là-dessus, comme chacun le sait, qu'est fondée la connaissance des pesanteurs spéciales^ des corps dont on fait un grand usage dans les arts. Pour revenir à la pesanteur et à la chute des graves, on voit que cette chute ne dépend pas de la nature des corps ni de leur poids, et qu'elle doit s'accélérer, comme l'a montré M. Galilée, parce qu'elle vient de l'action de la matière subtile, action qui continue, et dont les effets s'accumulent successivement \
— Ce qu'il y a de bien certain, observa M. Glerselier *, c'est qu'au moins toute cette philosophie est parfaitement claire;
* Rohaut, Phyi., U» 28. Voyet dans les MéUinget âê UUérutmn, I. p. 133, l'éloge que fait d'Alemliert de cette mamère de considérer et d'expliquer la pesantenr.
* VitruTe, 0$ areMt., IX, 3.
* Rohant, Phys.,\, 16.
* Anjourd^hui spéciltqu$s, » Rohaut,Pfty<., 11,28.
* Né en 1614, mort en 1684, celai-là même qui, par amour pour les doctrines cartésiennes , maria sa fille à Rohaut.
l'hAtEL de CONDÉ. 145
elle se comprend du premier coup^ dans ses déductions conune dans ses idées générales; c'est pour moi une grande prés<miption qu'dle est vraie.
— D &ut ajouter, continua le jeune Régis, que Texpérience vient à l'appui. J'ai cité les observations que tout le monde fût ou peut fidre tous les jours; il y en a d'autres en assez grand nombre, et qui se multiplieront sans doute par la suite , qui nous permettent d'interroger la nature ellemême et de nous assurer si nos idées sont conformes à la vérité-
Déjà l'on peut observer la température et la mesurer. On a reconnu que si une bulle de verre terminée par un tuyau cylindrique très-mince contient de l'eau forte colorée en vert, comme ce liquide se dilate beaucoup par le chaud et se resserre par le froid, la colonne monte ou descend dans le tube, et indique ainsi l'augmentation ou la diminution de la chaleur '.
On obtient un instrument plus sensible encore en mettant de l'air seulement dans la bulle de verre et lui opposant une gouttelette colorée qu'il pousse *. Dans tous les cas, d'où viennent ces effets, sinon de la matière subtile qui entre dans le liquide ou en sort, et lui fait occuper plus ou moins de volume? car aussitôt l'air extérieur cède, ou sa pression fait céder le liquide.
La pression de l'air, l'introduction de la matière subtile jouent donc un grand rôle dans les phénomènes et expliquent très-naturellement ces merveilles dont nous n'apercevons pas les agents, et qui paraissaient à tout jamais impénétrables à la raison humaine.
Tel est ce fadt remarquable de la raréfaction et de la condensation, qui, dans la théorie d'Aristote, suppose, sous
« Rohant,PAy«.J,23.
• Ihid,
146 l'hôtel de CONDÉ.
quelque nom qu'on cache sa pensée , une véritable transobstantiation, o'est^--dire un ctaang^nenl essentiel d'une nutiëre en une autre. Plus on réfléchit sm cette idée, phis od reconnaît que l'esprit ne peut ni la concevoir ni l'admettre: et M. Descartes a attritmé, avec bien phis de raison, ce phénomène à l'introduction ou à TeiLpulsion d'une matière subtile '. Déjà aussi nous voyons quelques péripatétidais admettre cette exidication. L'un d'eux combat, dans un ouvrage ^rëfr-savant sur la physique d'Aristote*, tout ce qu'oot soutenu autrefois les philosophes de son école. Selon lui , la raréfaction ne s'opère point par des vides disséminés entre les molécules', ni par le gonflement des points matériek qui fonnent le corps \ Il n'y a dans la condensation aucune pénétration des parties ^ ; aucune quantité ne périt ni dans l'une ni dans l'autre opération*; aucune partie de la grandeur ne reçoit d'accroissement' *, il n'y a, non plus, ni acquisition de qualité ' ni plus grande extension locale '* Qoe se pas8e*t-il donc? Précisément ce que nous disons, nous autres cartésiens; il entre ou il sort une matière subtile : Barefactio fU per ifUrmni$sianem earputcidommj condeih salio vero per earum expreaUmem*^. Les vieux péripatéticiens seraient bien scandalisés d'entendre un de leurs élèves &ire une telle déclaration.
La pression de l'air explique de son côté l'ascension de Teau dans les pompes , celle de l'argenV-vif dans le baro-
* Rohant, Pftyx., I, 8.
* Barbay» Comment., etc.
' Rarefactio non fit per vacua disseminata. T. 1» p. 322.
* Rarefactio non fit per inOationem ponctoriim. Ibid.
* In condensatione, nnlla contingit penetratio. T. I, p. 323.
* In rareEictione et condeasatione nulla périt qnantitas. ihid. ' Nnlla producitur pars magnitndinis. T. 1, p. 324.
* Non fit per acquisitionem qnalitatis. T. I, p. 325.
* Non per majorera extensionem localem. T. I, p. 327. •• Barbay, ouvr. cité, p. 328.
mèU*e, la dQatation de Tair épais, quand il n'est plus pressé que par l'air subtil -, car, bien qu'on ne connaisse pas la nature particulière de ce fluide, il faut avouer qu'il y a deux espèces d'air : l'air subtil, qui est, à proprement parler, la matière du second élément; les parties en sont si ténues, qu'elles passent facilement à travers les pores du verre, et que BOUS ne pouvons aucunement sentir leur présence*, et Taîr grossier, c'est celui qui nous entoure ; c^est aussi le seul pesant, et la pesanteur lui vient de la grande quantité de particules aqueuses ou terrestres qu'il contient toujours*.
Maintenant, comme ces deux espèces d'air sont également matérielles et impénétrables, et que, d'ailleurs, l'univers est plein et sans vide, l'une d'elles ne peut être extraite d'un vase que l'autre n'y entre aussitôt : car où pourrait, je vous le demande , se placer l'air grossier extrait si un volume égal d'air subtil ne lui cédait sa place en occupant la sienne?
C'est en ce sens qu'il faut entendre Tborreur de la nature pour le vide , ou le îum datur vaeuum in rerum natura* des péripatéticiens', car l'explication qu'ils en donnent me semble tout à feit inadmissible. Selon eux, hors de la sphère du monde, il existe un espace infini absolument vide , qu'ils appellent $paiia imaginaria; c'est là qu'ils placent, ou que quelques-uns placent le séjour de Dieu'. Mais, en dedans de cette sphère, ils ne veulent aucun vide, se fondant: l^sur ce que Dieu et la nature ne font rien en vain, et que ce serait en vain qu'il y aurait quelque espace vide entre les choses*; 2° sur ce que, s'il y avait, en effet, un vide, les influx célestes n'étant que des accidents, ne pourraient
« Rohaut, Phys.f I, 42.
* Molière, le Mariage forcé, se. 6; P. à S. J., Phys.,\,l, p. 403. ' P. aS. J.,Pfty«., ibid.
* Frostra spaiium aliquod Tacnam in rébus relinqueretur. Ihid.
se transmettre à travers, ce qui causerait sans doute le plus grand dommage aux corps sublunaires M)e là ils concluent que la nature éprouve réellement pour le vide cette répugnance qu'ik appellent horreur; et qu'ainsi le vide ne pourrait se trouver aucune part sans une sorte de renversement des lois générales du monde.
Comprise ainsi , l'absence du vide me parait une grande futiUté*, car eUe est plus obscure, en vérité, que ce qu'elle veut expliquer. Elle est, d'ailleurs, en complet désaccord avec les faits , puisque nous verrons qu'on peut obtenir ce vide que nient les péripatéticiens.
Au contraire, il n'y a rien de plus simple, le plein absolu une fois admis, que les conséquences tirées par H. Descartes et prouvées par l'expérience. Supposons, par exemple, une seringue ordinaire plongée dans l'eau : tirons le piston ; l'eau suit aussitôt. C'est par l'horreur du vide , disent les sectateurs d'Aristote. Non, disons-nous avec Torricelli, et surtout M. Pascal , c'est parce que l'air grossier qui pèse sur l'eau , n'éprouvantdans l'intérieur aucun contre-poids, pousse l'eau et la fait monter dans le corps de l'instrument *. Supposons, en second lieu,* une seringue d'une matière absolument sans pores, et bien boucbée partout, le piston remplissant, d'ailleurs , exactement son canal cylindrique parfiiitement poli : je dis qu'il sera impossible de la Cèdre marcher. C'est l'horreur du vide, nous ditron. Point du tout, c'est que, tout étant plein, vous ne pouvez faire un vide complet quelque part sans repousser, non pas telle ou telle quantité de matière, mais la totalité de la matière qui forme l'univors et qui presse sur ce piston '. Faisons une troisième hypo-
* Magoiim damoum corporibns inferîoribns inferret, si quidem cœlomm influitts, quum sint accidenda, per vacuam trajici non ponant. Ibid.
• Rohaot,PAy«., 1, 4 2.
» 76id.
l'hÔTBL DK CONDé. i49
thèse : supposons une seringue fiiite de métal , et une matière subtile capable de passer parles pores de ce métal; il arrivera alors ce que nous voyons dans certaines expériences. La matière subtile et sans poids passant par les pores, et pouvant occuper le lieu abandonné par le piston, on aura un espace privé de tout corps pesant, et par conséquent ce qu'on appelle le vide dans le langage ordinaire '. Qu'arri* vera-t-il, en quatrième lieu, si, toutes choses restant ainsi , on Iftcbe le piston? Il retombera naturellement-, car, environné de toutes parts d'un air grossier et pesant, il est soumis au poids et à la pression de cet air, qui doit, par conséquent, le chasser devant lui comme il pousserait toute autre chose * 'j et avec quelle puissance , quelle énergie ce piston seni'-t-il poussé? précisément avec une force égale au poids de cet air. Cette grande et importante vérité a été, dans ces derniers temps, mise hors de discussion par la belle expérience de Torricelli, et surtout par celles que M. Pascal a fiûtes après lui.
Vous voyez tout de suite par là quelle dilTérence il y a entre notre philosophie et celle du lycée. Pour nous , les nombres, les proportions , les harmonies, les idées, les formes élémentaires ne sont que des conceptions de notre esprit *. Nous ne leur attribuons jamais aucun de ces changements pour lesquels l'aristotélisme a toujours une forme prête, comme un Dieu dans une machine. Chez nous, la matière seule agit extérieurement sur la matière-, aussi, nous nous y attachons, nous l'enfermons dans des vases transparents, et, la soustrayant à toute influence étrangère, nous examinons, nous faisons voir à ceux qui suivent notre philosophie comment elle se comporte dans ses réactions.
, Rohaut, Phys., I, 12.
* Ibid,
' Bayle , Dictionn. hist,, mot Lbucippb, remarque Z).
18* L'HâtBL BB CONDÉ.
Ce n'est pas dans une conférence qu'on peut refiùre toutes ces expériences; rappeles-vous seulanent celles que M. Descartes a imaginées^ cdles qu'il recommande de fiûre, cdles que son élève et mon maître, M. Rohaut, £ul avee tant de succès dans ses cours, soit sur le yide, quand il y frit périr quelques petits animaux, ou enfler et crevor une messie de pœsson *; smt sur un appareil plus compliqué, où, par une disposition ingteieuse, le vide fiiisant monter le mercure dans un tube, le fût descendre dans un autre, et, sî l'on rend l'air, il descend dans le premier et remonte dans le seeond *. Que vous dicai-je encore de ces observations an moyen desquelles il a déterminé de qucUe nature sont les oodulatioDS de l'air qui nous apportât la sensation du son *? Que vous dirairje des expériences nouvelles par lesquelles il a confirmé la théorie cartésiame de la lumière et de fat vision *? Avec quelle admiration n'a-t-on pas reçu cette heureuse combinaison de trois bulles de verre remi^ies d'ean, et placées de manière à foire avec l'axe de l'œil des angles déterminés : la première nous renvoie de la lumière rouge, la seconde du jaune et la troifflème du bleu-, puis, la même boule, placéeaux trois positions, donne tour à tour ces troiseouleurs , et M. Bobaut conclut que dans l'arc-en-Kâel les rayons qui nous apportent ces couleurs font avec l'axe optiçie pié* dsémei^ les mêmes angles. D poursuit scm dbservation : la nature nous montre presque toujours deux arcs & la fois. M. Rohaut trouve aussi pour ses bullesdeverredes pbcesdifférentes-, il montre que les rayons n'entrent pas de la même manière dans les unes et dans les autres, et par Ut s'expli* que très^bien la diverse apparence de ces deux iris'.
■ Rohixïi, Phys., 1,12.
* Ihid. — Cette expérience est de rinventioii de Robaut. > Rohaut,/>Ayj., 1,26.
* Rohaut, Phys., 1, 27 et suiv.
■ Libes, Histoire de la physique^ Il , p. 91.
L'flâl'EL DE CONDÉ. IM
Mais c'est surtout en ce qui tient à la vision que Tœil Artificiel montré dans ses cours, a fût, l'expression n'est pas trop forte, une révolution parmi les savants.
11. Rolmut ne se contente pas d'exposer la vraie théorie de la lumière, de démontrer la marche des rayons lumineux, de la rendre sensible au moyen des miroirs de toutes sortes, des lunettes concaves , convexes ou à focettes \ Bientôt un oôl artificiel, composé par lui-même, reçut la lumière partie de l'objet visible, et en porta l'image sur une feuille de vélin placée derrière lui. Ainsi , dorénavant, ce ne sera {dus le cristallin, ce sera la rétine qui recevra l'image; le cristallin n'est ipi'une lunette convexe par où passe la lumière pour former l'image un peu {dus loin-, et, comme l'avait prévu M. Rehaut , il fout pour qu'elle soit nette une juste distance : trop près ou trop loin, elle est confuse, et nous ne p(Hivons rien distinguer*. L'expérience de tous les jours ne.confirme-t^elle pas cette heureuse explication?
En vérité, plus j'y réfléchis, et plus je crois que M. Descartes nous a mis dans la bonne voie, par son explication générale des phénomènes du monde, et en recommandant toujours les expériences *, et si plus tard on trouve dans ses idées quelques erreurs qui nous échappent aujourd'hui, lui-* n^me aura d'avance établi à qud caractère on les pourra reconnaître : savoir si elles contraurirat l'expérience et l'observation. Or, ce principe une fois admis, et suivi franchement, ii y a tout lieu d'espérer que la science fera doréna^ vant des progrès que rien ne viendra borner.
Cette explication fut regue avec des marques non équivoques de plaisir et d'assentiment. M. le Prince témoigna à plusieurs reprises au jeune philosophe sa parfoite satisfaction ; les dames vinrent aussi lui faire leurs compliments,
iRoliaut,PAys.,l, 30 à 34.
• Robaut,i>hy«., 1,31.
192 l'bôtbl db goh»é.
que M. Régis reçut avec beaucoup de modeslîe, rapportant toute cette gloire à ses maitres» et déclarant que, pour loi, il n'avait encore rien fût , mais qu'il espérait hi^i plus tard ne se pas écarter de la route qui lui avait été tracée y et qu'il croyait la meilleure. »
On en était là lorsqu'on annonça à M. le Prince l'anivée de l'ecdésiastique qu'il attendait. Le Père Biagloire, professeur de philosophie dans l'Université, y ensdgnait avec ub plein succès la physique scolastique; il avait sous la robe une grâce infinie, et s'énonçait avec autant de facilité que d'élégance, au point de faire souvent trouver claires , surtout lorsqu'il parlait en latin, des choses qu'avec un peu de hûsir et d'examen on aurait bien vu qu'on ne comprenait pas.
Après les politesses d'usage, et quand le silmce fut établi, il commença ainsi :
« Je ne crois pas devoir examiner si le del existe; cette question n'en est une que pour les aveugles *. J'examine donc : 1^ quelle est sa nature , s'il est de la substance de l'un des éléments, ou s'il est un mélange des quatre; et je réponds non, d'abord d'après Aristote, qui prouve dairement qu'il iaut admettre un cinquième corps , différent des quatre premiers : c'est à savoir le ciel * : en second lieu, parce que le del a été établi au-dessus de tou3 les éléments, qu'il les enveloppe, qu'il est emporté d'un mouvement circulaire, qu'il influe sur les éléments et tous les mixtes, qu'il est substantiellement inaltérable et incorruptible, qu'il contient en luimême le soleil, cet astre si éclatant : toutes ces raisons prouvent évidemment, ce me semble, que le del est un corps d'une plus noble nature que le monde sublunaire *
' IdMk phiUosophiœ naturaUt , m9U pkynca , pars tertia toHus pkHosophiœ , auct. D. Petro a Sancto Joseph faliensî , edit. secunda. Paris, 1659. — C'est cette édition que je citerai dorénavant sous le simple titre Physica.
* Arist., De cœlo ,1,2.
» Physica, p. 187.
L*HdT£L DE CONDÉ. 195
El qu'on ne dise pas qu'on trouve dans le ciel les qualités des éléments, la solidité de la terre , la continuité de l'eau, la transparence de l'air, la chaleur ou la lumière du feu, et qu'ainsi il est d'une nature ^émentaire. Je réponds qu'absolument la majeure n'est pas vraie : le ciel est solide , mais U ne l'est pas comme la terre ; car il y joint la transparence que ceDe-ci n'a pas. U est continu et transparent, mais il ne l'est pas à la manière de l'air ou de l'eau, puisqu'il est solide, et que l'air et l'eau sont des fluides. On conclut de même à l'égard de sa lumière, qui n'est pas formellement chaude comme celle du feu*.
Je ne puis dissimuler, au sujet de lasolidilé des cieux, admise par toute l'antiquité, que quelques philosophes modernes, même parmi les péripatéticiens, renoncent à y croire aujourd'hui : j'en vois qui pensent que le ciel où se meuvent les planètes doit être fluide, afin de leur livrer passage**, une raison semblable les fadt croire à la fluidité de l'empyrée. C'est, disent-ils, la demeure des saints et des bienheureux-, or, un espace fluide est pour ces corps glorieux une habitation bien plus convenable qu'une masse solide et partout résistante'; car il se prête bien mieux à tous leurs mouvements et à l'aperception des corps éloignés. Je ne nie pas la force de ces raisons ; je ne pense pas pourtant qu'elles doivent prévaloir sur la croyance unanime des philosophes anciens , sur les témoignages que nous donne l'Écriture de la solidité des cieux, ni sur les preuves que nous en donne leur incorruptibilité, dont j'ai à parler maintenant.
2*. Le ciel est incorruptible : les raisonnements d'Aris-
* Lncemqae cdoris formalis eipertem, qualis non est in igné. P. 188.
* P. Barbaj, Comment., etc., t. II , p. 58.
* Empyreum est floldam.*.. accommodatum est statut beatonim quorum est sedes ; corpus autem fluidum aptius est ad statum cocporum gloriosorum , quum sit aptius ad motum et ad visionem coqiorum aistantium ; ergo, etc. Barbay, ibid., p. 57.
tote à ce sujei sont connus * -, les observations faites depuis son temps par les astronmnes , qoi n'y ont observé aueune trace de corruption, fortifient toutes les conjectare5\ Ea vain voudrait-on voir dans quelques passages des saintes Écritures * la preuve que les deux sont périssables; ces passages peuvent s'entendre de tout auWe cbose que du eid, et appliqués au ciel , ils peuvent signifier autre chose que la ruine et l'anéantissement de sa substance \
On trouve une objection (dus forte dans l'observation &ite de quelques étoiles qui sont nées tout à coup dans le ciel . et se sont ensuite évanouies : telle est celle qui, en 1572, fut aperçue par Tycbo-Brahé dans la constellation de Gasaîopée ; qui brilla, depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril de l'année suivante , d'un éclat assez vif pour surpasser la clarté des fixes de première grandeur et de Jupiter même-, dont la clarté s'affaiblit ensuite , et qui disparut sdze mms après sa découverte ^ J'avoue qu'il est difficile d'expliquer complètement ce phénomène; quelques-uns ont voulu y voir une comète. Cette opinion n'est pas admissible, puisque les comètea sont au<*dessous de la lune*-, d'autres croisât que les étoiles marchent quelquefois dans l'épaisseur de la huitième sphère, qu'elles s'approchent ainsi de nous et deviennent visibles-, qu'ensuite elles remontent par la même vde et disparaissent à nos regards'-, mais cette explication supposerait au ciel la fluidité de l'air, ce qui parait bien difficile à croire -, et qu'ensuite les étoiles s'y meuvent de haut en bas à la façon des oiseaux , ce qui noi» semblera sans doute ab-
« As 00(0,1, 3.
* Phytha^ p. 188.
* Dans les psanmes , et Pétri epirto!., 11, c. 3, ^ 10 « Physica, p. 189.
* Ihid., Laplace, Expos, du syst, du tnandâf Y, 6.
* Phytica, p. 189.
' Physka, p. 189 et 190.
lbAtel de CONOÉ. f55
surde, si nous réfléchissons que leur position invariable, qui les a bit nommer fxeSj prouve la solidité absolue du cid où eUes sont attachées*. J'aime donc mieux, avec beaucoup de physiciens bons catholiques, recourir au miracle, d'autant plus que nous voyons dans l'Écriture une étoile nouvele conduire les mages à Bethléem, le soleil s'obscurcir miraculeusement à la mort du Sauveur, s'arrêter à la voix de Josué, reculer de dix degrés devant le roi A<Aaz-, et ces phéno» mènes, précisément parce qu'ils sont miraculeux, ne prouvent rien contre l'incorruptibilité du dd *. A l'égard des comètes que Ton voit de temps en temps se produire et se détroire dans les cieux, et dont on a fidt un argument contre l'incorruptibiUté du del, au moins en quelqu'une de ses parties, pour peu qu'on les compare aux étdles quant à leur lumière, leur quantité, leur consistance, leur mouvement, leur durée, on se convaincra qu'elles ne peuvent être d'une nature cdeste, et que rien, par conséquent, n'empêche, comme je l'ai dit, qu'elles ne se ferment au-dessous du ciel. Cette opinioD est d'autant plus recevable que personne n'a pu, jusqu'à présent, expliquer la formation des c<miètes dans le ciel; ce que quelquesHins ont supposé, qu'elles se produisaient par les exhalaisons du soleil on la transpiration du corps des planètes, est trop ridicule pour mériter une réfutation en rè- ^e'. L'objection tirée du petit parallaxe ^ que font les comètes serait sans doute très-puissante, et prouverait leur grand éloignement de la terre , si tous les astronomes étaient d'accord sur ce point; mais il y en a beaucoup qui assurent avoir observé le contraire \ Ainsi l'on peut très-lMen n'y pas voir un argument sérieux contoe l'inoorruptibilîté du
* Pkiftica, p« i89 et 490.
* Phffsica, p. i90.
^ PAynca, p. i9i.
* ParaUaxe était masculin sous Louis XI V.
' Plerique.... se oppositum eipertoft esse testantur. Physka, p. 192.
156 LIIOTBL l>£ COUDÉ.
ciel, que nous avons soutenue jusqu*ici et que nous maintenons.
3*. Je ne m'arrête pas à parler de la matière du ciel : Aristote, d'une part, de l'autre, les Pères et les thMogiens, et enfin les (rfiilosophes, au moins la plus grande partie d'entre eux, tiennent que le ciel est matérid , qu'il est formé d'une matière qui lui est propre , et ne peut absolument se transformer en aucune autre. Les objections foites h cette opinion, ou celles qu'on a proposées pour la remplacer, ne méritent pas de nous occuper *.
4*. Quant à la forme du ciel (je prends ce mot dans le sens aristotélique, pour exprimer non pas seul«ient sa figure, mais l'ensemble de ses qualités ou sa nature réelle), la question est plus grave. On peut demander, en effet, si ss forme est l'âme, c'est-à-dire, en d'autres termes, s'il est l'éme du monde*, ce qu'ont soutenu non-seulement des philosophes psJens, mais même des catholiques, entre autres Origène et Auréolus. On repousse justement cette idée par les raisons suivantes : d'abord le ciel, n'étant pas un mixte, ne peut recevoir une âme -, car celle-ci ne peut habiter que dans une matière douée de diverses qualités ou dispositions. En second lieu, il n'y a, comme on le sait, que trois sortes d'âmes : la végétative, la sensitive et la rationnelle. Aucune d'elles ne peut se placer convenablement dans le del : la végétative, parce que le ciel ne se nourrit ni ne s'augmente, et qu'il n'a pas à engendrer un autre ciel; la sensitive, parce qu'il n'a pas d'yeux, ni d'oreilles, ni d'autres sens internes ou externes*, la rationnelle, parce que sans cela le cid , doué d'intelligence et de volonté, serait capable de mérite et de démérite, de bonheur étemel et de châtiments. C'est ce qu'aucun catholique ne croira jamais , et ce qui montre la
* Physica, p. 192.
* An forma coeli ait anima. Physica^ p. 194.
l'hôtel de CONDÉ. 157
grossière erreur d'Orîgëne, d'après lequel les étoiles auraient comme nous des vices et des vertus, et le Christ serait mort pour leurs péchés comme pour les ndtres \
Nous voyons par là qu'il est assez difficile de faire connaiU'e exactement la forme ou la nature propre du ciel -, tout ce que nous savons est qu'il est matériel , qu'il est incorruptible y que sa matière diffère essentiellement des quatre éléments, que ceux-ci ne peuvent agir sur lui en aucune manière-, mais que lui, au conU*aire , exerce sur eux une puissante influence *.
5^. Le nombre et la grandeur des ciels méritent et doivent attirer notre attention : d'abord , combien y a-tr-il de ciels ou de sphères? Les astronomes ne s'accordent guère dans leurs réponses : Eudoxe en comptait vingt-trois, Calippe trente, Aristote quarante-sept, Ptoléméc trente et un, Royaumont trente-trois; beaucoup de philosophes en admettent d'abord dix , et y en ajoutent un onzième : savoir le eahan eœiorwn ou le ciel des deux *. Pour moi, je crois que ces ciels peuvent absolument se réduire à trois : savoir, le ciel empyrée, le ciel étoile ou des fixes, et celui des planètes. Les raisons qui m'y déterminent sont d'abord qu'avec ce nombre de ciels, on peut expliquer tous les phénomènes, et il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité-, c'est ensuite et surtout que les Pères de l'Église n'admettent ordinairement qu'un petit nombre de ciels. Quelques-uns même
* Origenis.... qui docet slellas, esse cnpaces virtntis et vitH , Christumqne etiam pro peccatis illaruro mortaum esse. Physica^ p. i95.
* Physica, p. 194.
* Johnston, Thaumatographia naturalisa classe I, ch. i , art. 2. » Les nombres cités oar Barbay, t. 11 , p. 60 , ne sont pas les mêmes : Ptolemens et Aristoteles octo (cœlos) admisenint , septem planeticos et primam mobile; Clavius duodecim.... Chrysostomus , uiiicum.... S. Thomas , très : empyreum , cristallinam et stdereum , quod complectitur (irmamentum et totam regiooero planetarura ; S. Damascenus , duos tanturo : sidereum et empyreum; Tycno*-Brahe, très : empyreum , firmamentum et planeticum.
159 l'hutel de condé.
pensenl qu'en réalité il n'y en a que trois, se fondani, avant toot, sur oeque saint Paul a été ravi jnaqu'au tnnaîèmeciel, c'est-à-dire jusqu'à Tempyrée *.
Ce q«H fiût qu'on a tant augmenté le nombre des deis, c'est que toutes les fois que les astronomes ont reconno un moQTement particulier et nomreau, ils ont supposé que ce mouvement venait d'une spb^ nouvdle qui enveloppaii les antres et leur commmiiquait son laoavemeot } mais, qmls que soient ces mouvements, il n'est pas nécessaire, pour les expliquer, de recourir à un ciel supérieur. Ils peuvent venir directement de la cause mouvante, je veux diie de Dieu, ou des intelligences qu'il a préposées à cet effet.
6". La grandrar ou la distance des diffkenls ciels est une des choses que l'on voudrait le {dus oonnsitre parintement; malheureusement, la science ne nous apprend jusqu'ici rien de certain à cet égard. Je rapporterai donc, mais sans en af^ Armer aucunement l'exactitude, quelle est ropmion générale. On compte ordinairement, du centre de la terre au cercle de la lune, 33 demi-diamètres terrestres, ou 48 000 lieues géographiques* -, du même centre à Mercure, 64 demi-diamètres ou 91000 lieues^ jusqu'à Vénus , 167 rayons ou 239000 lieues-, jusqu'au soleil, jusqu'à Mars, Jupiter et Sa* tome, respectivement, 1121, 1216, 8853 et 14378 rayons, ou en Ueues, 1600000, 1740000, 12600000, et 90 millions et demi -, enfin la concavité du firmament est à 22612 demi-diamètres, ou 32 millions de lieues, et sa convexité, qui , selon mon sentiment, se confond avec la concavité da ciel empyrée, a une distance double, je veux dire de 64 millions de lieues, ou 45225 demi-diamètres '.
* Phyiica.p. 196.
* Je compte le tour de la terre comme étant de 9000 lieues , et le diamètre de 2864; c'est le nombre établi depuis bien longtemps. Mais Taateur comptait 9540 lieues de tour (Phyiiea^ p. 202). Voyez aussi Barbaj, à la fin du premier volume.
* PAyjfca, p. 20i, 202, 203. Cf. et ci-dessus, p. fi 3.
l'hâtel de CONDÉ. 159
Les moyens pris pour calculer c^ grandeurs sont assez simples-, oo a mesuré sur un méridien la distance de deux points pour lesquels la hauteur du pôle difEfere d'un degré: on a multiplié celte dislance par 360 pour avoir le méridien loul entier.
Les éclipses de lune ont montré que celte planète est beaucoup ]^us petite que la terre, puisqu'elle peut être imm^'gée tout entière dans son ombre, bien que celle-ci s'allonge dans l'espace et s'appointisse en pyramide.
La forme de l'ombre de la terre a fiût juger que le soleil était beaucoup plus grand; ensuite, en comparant les distances de cet astre et de la lune, quand ils sont le plus près et le {dus loin de la terre , en considérant aussi combien de temps met la lune à sortir de l'ombre terrestre, on a pu déduire les distances des autres astres ou l'épaisseur des ciels où ils sont attachés.
7^. Des distances des astres et de ce qu'ils décrivent leur cercle autour de nous en vingt-quatre heures, on conclut im-* médialement leur vitesse : le soleil parcourt 420000 lieues en une heure, ou 7000 par minute *, il va donc 5000 fois aussi vite qu'un boulet de canon '. Une étoile placée à l'équateur traverse un espace 20 fois aussi considérable, ou de 8400000 lieues-, c'esWi-dire qu'elle va aussi vite qu'un oi* seau qui ferait dans le même temps 1900 fois le tour de la terre; c'est-à-dire encore qu'une flèche, animée de la même vitesse , ferait plus de 7 fois le tour de la terre avant que vous n'eussiez achevé un Ave Maria*.
8"*. La grandeur absolue des astres n'est pas moins curieuse que leurs distances*, je ne répète point ce que tout le monde sait de leur division en étoiles fixes et planètes.
* Phystca^ p. 208. — La vitesse du boulet n^avait pas encore été mesurée; on 1 estimait à 55 toises environ par seconde. On sait aujourd'hui qu'elle est à peu près quadruple.
' Physica, p. 208.
160 L*iidTEL DE CONDÉ.
Celles-ci sont au nombre de sept : la lune , Mercure, Vénus, le soleil, Mars, Jupiter et Saturne. Les fixes sont sans doute innombrables, puisque, selon le dire des astronomes, laToie lactée, qui ne nous apparaît que comme une bande blancbàtre, se compose d'une multitude d'étoilettcs qu'on distingue à l'aide du télescope; mais celles qu'on reconnaît à la simple vue ne sont en tout que 1022, que l'on a rangées, pour les reconnaître plus facUement, en 48 constellations. On les a aussi divisées , d'après leur édat, en divers ordres de grandeurs-, il y en a quinze primaires, c'estrè-dire de première grandeur : ce sont les plus brillantes du ciel. Chacune d'elles est 108 fois * aussi grosse que la terre; il y en a 46 secondaires, 208 tertiaires, 474 quartaires , 217 quinaires , 49 sextaires. On y ajoute 5 nébuleuses et 9 obscures. Les étoiles de seconde, troisième, quatrième, cinquième et sixième grandeur sont respectivement 90, 72, 54* 36 et 18 fois aussi grosses que la terre '.
Comparées aussi à la terre, les planètes donnent les ncnnbres suivants : Saturne vaut 91 fois son volume; Jupiter, 95; Mars, 1 ; le soleil, 166; Vénus n'est que 1/37, Mercure 1/21952, la lune 1/39*.
9^ Il reste à faire sur les corps célestes quelques questions importantes , et auxquelles on ne peut répondre absolument aujourd'hui. Quelle est la force qui meut toutes ces sphères? est-elle propre aux ciels et intérieure? Il semble plutôt qu'elle leur est extrinsèque, bien qu'Aristote ait cru que le mouvement des cieux leur était naturel^ parce qu'il dure éternellement. Mais Âristote s'est trompé en cela; car après le jugement dernier, les cieux resteront certainement
* Il y a i07 dans le texte, p. 205; mais c^est sans doate nne faute d'impression : les nombres donnés sont visiblement les multiples de i8. La même faute se trouve dans Barbay.
• Physica, p. 205.
» !bid.
L*HdTEL DE CONDÉ. 161
en repos pendant toute l'éternité % le repos est donc leur état naturel.
Mais alors, quelle est précisément cette cause mouvante? est-ce Dieu Iiii-mème? est-ce un ange? Il est plus probable que c'est Dieu; car à peine conçoit-on qu'un ange pût remuer si longtemps et si également des corps doués de dimensions et de vitesse si extraordinaires; d'un autre cdté, peut-on admettre qu'un ange , un esprit bienheureux soit attaché à son ciel pendant tant de siècles , sans un seul petit moment pour descendre sur la terre, monter dans l'empyrée, ou quitter la roue qu'il est chargé de faire tourner *?
L'observation a fait reconnaître des taches sur la surface du soleil : que sont ces taches? Quelques-uns veulent que cet astre soit toujours en ébullition, et que ces taches soient des amas d'écume ou de scories ; mais il faudrait, pour recevoir cette explication , regarder le soleil comme corruptible, et portant en lui-même la cause de sa corruption*, ce qui est contraire à tout ce que nous savons de la nature des corps célestes. D'autres pensent que ces taches ne sont pas dans le soleil, qu'elles sont dans l'air, et qu'en s'interposant elles apparaissent à l'observateur comme si elles étaient sur la surfiice solaire. Cette explication n'est pas admissible-, car les taches n'apparaîtraient pas au même point à des observateurs diOérents : d'ailleurs, elles obscurciraient la lune et les autres astres , ce qui n'a jamais lieu. D'autres enfin disent que ce sont des astres errants, des planètes d'un genre particulier, peu éloignés du soleil, intermédiaires entre lui et Vénus. Cette explication, meilleure que les autres, n'est pourtant pas entièrement satisfaisante, et ce qu'il y a de plus
' Post diem judicii, cœlom per totam sternitatem quîescet. Phy^ ^ica, p. 209.
* Phyiica, p. 209.
' PftV«ca, p. 212.
169 ' l'hotbl de condé.
assuré sur les taches du soleil, c'est que nous ne savons pas très-bien ce que c'est '.
On voudrait savoir encore si les qualités primaires ou Hhmentairesy le chaud, le froid, le sec et l'humide, et les secondaires, c'estràrdire celles qui naissent immédial^nenl des précédentes, comme les couleurs, les saveurs, les odeivs,elc., sont en substance dans le ciel. Je réponds qu'aucune de ces qualités n'y peut être formellement constituée*; el il ne &ut pas objecter que le soleil produit la chaleur, Saturne le froid, la lune l'humidité, et Mars la sécheresse, n suffit, en effet, que ces qualités y soient contenues causativement et de loin'; de même il importe peu que les astres soient diversement colorés. La couleur n'est pas en eux pour cela; elle résulte de la diverse proportion de la lumière, de la transparence ou de l'opacité des astres, de la distance de notre vue *.
On demande aussi si le ciel exerce une action sur notre globe, comment et quand il l'exerce; la réponse n'est pas douteuse. Assurément il agit sur nous non pas seulement par sa lumière, mais par des influences occultes. Il y agit par les astres qui l'embeUissent, qui sont comme le canal indispensable de ses influences, et c'est pourquoi le firmament qui ne contient pas d'étoiles n'exerce aussi sur nous aucune action *. On doit rapporter à des influences occultes du ciel la production de l'or, de l'argent et des autres métaux que la lumière du soleil ne peut atteindre dans les entrailles de la terre, et sur lesquds, par conséquent, l'action mystéri^ise du ciel ne saurait être mise en doute V Cette dernière asser-
* P^ynca, p. 213,214.
• Physica^^. 214.
* PAyfica» p. 215.
* im.
• Physiea, p. 216.
• Ibid.
L*ËdTEL DE CONDÉ. 163
lion répond à la question que l'on pourrait fiiire savoir i^ si les cieux produisent quelques choses substantielles et inanimées; V s'ils concourent à la production des èlres vi^ vants : très-certainement ils exercent cette double action.
D'abord, puisqu'il est évident que de la masse des cieux proflaentsans cesse les qualités élémentaires qui y sont virtuellement contenues : savoir la chaleur, la froideur, l'humidité et la sécheresse, on peut certainement conclure qu'il en résulte la naissance de certaines substances, puisqu'il y a des corps auxquels ces qualités sont connaturelles*. L'ex«* périence, d'ailleurs, le démontre*, les rayons du soleO, rassmnblés au foyer d'un miroir concave, n'embrasent-Os pas des étoupes, du bois, etc., et, puisque le feu est plus parfiiit que les autres éléments, il n'y a pas de raison pour que le ciel ne puisse pas concourir eflectivement à leur formation *. n en est de même des mixtes , et surtout de ceux pour lesquels on ne peut assigner aucune cause prochaine suffisante : tels sont les métaux, les diamants, les autres pierres précieuses; car le ciel étant, de toutes les substances inanimées, sans contredit la plus parfiidte, et influant, oomme il a été dit, sur ce bas monde, et par sa lumière et par ses formes occultes, il n'y a pas lieu de douter qu'il ne concoure effectivement à la production des choses inanimées*.
En ce qui tient à la production des êtres animés, il est certain qu'il y influe beaucoup en disposant la matière à la réception de la forme*. Toutefois, cette influence n'est que
' Qaum constat a cœlis profluere qualitates elemeotares in iis virtualitcT contentas , nempe calorem, frimas, homiditatem et siccitatero, hinc Mitis coUigitnr ex iis prodire aliquamm substantiamm generationes , quam ejosmodi qnalitates sint connatorales nonnulUs corporibns. Physica, p. 220.
* Ibid.
' md.
* Illod certnm videtor ccelum inflaere ad generationem vÎTentiaro.... disponendo materiam ad receptionem forme. Physica, p. 22i.
164 l'hôtel de condé.
matérielle et dispositive-, car tous les êtres vivants ayant en eux une force suflfisanle et adéquate pour produire des formes semblables, il n'est pas nécessaire que le cid y concoure par soi, et comme cause principale. Il suffit qu'il prédispose la matière comme je l'ai dit '.
n y a plus de difficultés sur les animaux qui ne sont pas engendra par leurs semblables, mais qui tirent leur origine de la matière en pourriture, comme les grenouilles, les moucbes, les vers, etc.*. Quelques philosophes pensent qu'ils sont produits à la ressemblance d'autres êtres, qui Irar ser^ vent de causes principales. Ainsi les vers naîtraient d'une certaine forme de ver, vague et indéterminée pour nous, quoique déterminée pour Dieu '. Cette opinion se rapproche essentiellement des idées de Platon; rien ne l'appuie, rien ne la doit faire adopter.
D'autres les supposent formés par des animaux absents-, mais cette opinion est inadmissible; car si les choses inanimées peuvent être produites par une cause fort Soignée d'elles, il n'en est pas ainsi des êtres animés, eu égard à leurs producteurs semblables; car ils ne peuvent être produits que par l'action vitale, laquelle n'a pas lieu à distance *.
D y en a qui prétendent que le ciel peut être cause principale de la génération de ces animaux, c'est-à-dire se comporter comme un être animé , parce qu'il est tellement parbit qu'on peut le regarder comme plus noble qu'eux; mais cette raison ne peut non plus être admise, car elle intervertirait Tordre de perfection reconnu par tous les philoso-
* Physica, p. 221.
* A simili non generantor, sed fiant ex pntri materia, nt mut, mnsce, vernies, et cetera. Physka^ p. 221.
* Ut vermem a qnodam vernie vago nobisque indeterminato , fai (amen a Deo sit determinatus. !bid,
* Physica, p. 222.
l'hôtel de CONDé. 165
phes, d'après lequel on place au dernier échelon les tnammé$^ au-dessus de ceux-ci les vivanU; au-dessus des vivants les sensibles , et aa-dessus des sensibles les mtolitgenU. Le ciel, étant inanimé , ne peut donc être la cause principale de ces aniniaux à la fois vivants et sensibles : cela est évident-, car les opérations de la vie et des sens sont bien plus nobles que les opérations mortes et insensibles. Les causes de celles^i sont donc de beaucoup au-des«sous des principes des autres '.
D'autres ont imaginé que le ciel pouvait bien produire ces animaux comme instrument de l'intelligence qui le meut, de l'ange , par exemple , qui préside à son mouvement Cette supposition sera rejetée comme les autres. D'abord, il n'est pas sûr que les ciels soient mus par des intelligences créées ; j'ai même montré précédemment que cela ne pouvait pas être. Mais en supposant même qu'un ange fit tourner le ciel, il ne lui pourrait communiquer aucune influence sur ce bas monde , et le ciel ne pourrait agir sur nous conome l'instrument de son moteur. En effet, du consentement de tous les théologiens, les anges ne peuvent produire aucun effet naturel qu'en appliquant les agents aux patients : par exemple, le feu au bois, pour produire la combustion. Or, un ange approchant le feu d'une matière combustible n'est pas regardé comme la cause principale et par soi d'une telle combustion-, à égale raison, ne devrait-il pas être regardé comme la cause principale et par soi delà production de ces animaux imparfaits, quand bien même il mouvrait le ciel, et que la génération de ces animaux résulterait de ce mouvement *.
Que conclure de tant de suppositions exclues aussitôt qu'elles se présentent? D'abord, sans doute que la question
' Phytiea, p. 222.
* Pfcynea,p.223.
166 L*HdTBL M COfll^.
est difikâle et obscure, je l'avais dîl en l'exposani) mais aussi que de toutes les explications qu'on en peut donner, la suivante est la jim naturelle ^ la plus oomptèle : La production des animaux imparfaits qui viennent de la matière putréfiée doit remonter au ciel comme cause instrumentale, et à Dieu comme cause principale et spéciale. Rien, en ^Ed, ne s'oppose à cette douUe cmidosion, puisqu'il est bien certain que ces animaux se produisent par l'influx du cid', que, d'un autre côté, bien qu'ils soient fort impar&îts, nous ne trouvons aucune cause créée capable de les produire, et qu'il fiitut alors de toute nécessité aller jusqu'à la cause première, et qu'enfin bien que le ciel ne puisse en être la cause principale et par soi, il peut parftdtement en être la cause instrumentale, ou au moins la cause dispositive et matérieUe, comme il l'est pour les animaux supérieurs '.
Voilà, je crois, ce qu'il y a de plus important à connaître sur le ciel et les c<^ps célestes. On peut pourtant demandcf encore si le del a quelque influence sur rbomme, sur ses actions, sur ses volontés. On répond qu'il n'exerce pas d'influence directe, et que c'est avec raison que VÈ^àge condamne les tireurs d'horoscope qui veulent soumettre la libre volonté de l'homme à l'influmce des astres*.
Mais si ledel n'influe pas directement sur nous, il ne s'ensuit pas qu'il n'exerce indirectement aucune influence; car il influe assurément sur le corps humain. D y produit différentes dispositions : il donne à l'un tel tempérament, à l'autre tel autre, et de là des inclinations diverses qui toutes prouvent la puissance de cet agent % quoique pourtant il laisse toujours à l'homme la liberté dont il a besoin pour mériter ou démériter. Mais déjà ceci tient à peine à la physique, et
■ Pftyitca.p. 223, 224.
* Physica,^. 224,225.
^ Ibid.
L*BdTEL DE CONDÉ. 167
je puis taminer ici ce que j'avais à dire sur cette première partie de mon sujet »
Quand le Père Magloire eut achevé son exposition, Régis prit la parole, et après avoir rendu justice à la clarté continue de l'exposition du Père, et à l'élégance soutenue de son l^uagage : « Je tâcherai , dit-il, de répondre en peu de mots aux diverses doctrines émises tout à l'heure; je me fonderai, pour quelques-unes, sur ces beaux principes de M. Descartes, le maître de M. Rehaut et le mien , qu'il ne faut jamais recevoir aucune chose pour vraiequ'on ne la connaisse évidemment être vraie*; et qu'en ce qui tient à la connaissance des choses physiques, les expériences sont d'autant plus nécessaires qu'on est plus avancé dans la science *. Ainsi, où défoudra l'évidence et l'expérimentation, il ne restera plus qu'à invoquer la plus ou moins grande vraisemblance sur le jugement de quoi chacun est assurément fort libre, mais ne peut aussi forcer le consentement de son voisin.
n a, par exemple, été dit tout à l'heure que les aveugles seuls pouvaient mettre en question l'existence du ciel. Entendons-nous bien: y a-t-U autour de nous l'apparence d'une sorte de sphère azurée que le vulgaire appelle le ciel? Oui, sans doute, personne ne le conteste; seulement, ce n'est pas là ce dont nous sommes en peine. Il s'agit de savoir si cette apparence est produite par une sphère réelle, solide, tournant autour de nous. Or, c'est ce que personne n'a pu expérimenter, et ce dont nous n'avons d'autre évidence que celle qui nous vient de la vue; mais, pour ceux qui savent combien nos yeux nous trompent souvent, cette raison n'en est pas une, et, ainsi, il ne reste pour la nature des cieuxque des croyances plus ou moins invétérées chez nous , dont la
* De la méthode ^i^Ti.t,n*l.
* Delà méthode, part. 6, n» 3.
468 l'hôtel de condé.
valeur philosophique dépendra essentielleinent des considératioQs ultérieures.
L'incorruptibilité du ciel n'est pas plus caiaine que sod existence; sur quoi est-elle fondée, je vous prie? sur la convenance d'une opinion , et rien de plus : l'expérience nous manque absolument Vous dites bien que les astronomes anciens et modernes n'y ont jamais aperçu aucun changement-, combien de changements très-considérables peuvent avoir eu lieu, qui ont échappé à nos regards, ou que nosobservations n'ont pu atteindre!
Déjà, bien évidemment, plusieurs phénomènes, ceux qui ont été dtés tout à l'heure des comètes et des fixes survenues et disparues à certaines époques, prouvent, au pr^ooier aspect, qu'il se forme et se détruit quelque chose dans le ciel. Ces exemples ne sont pas rares-, beaucoup de comètes ont été remarquées en diJBêrents temps par les astronomes^ et quant aux étoiles nouvelles, outre celle de 1572, nen vit-on pas une pardtre tout à coup auprès de l'Aigle, en 389, qui fut plusieurs semaines aussi brillante que Vénus * ? N'en parut-il pas une autre en 1577, depuis novembre jusqu'à la fin du mois de janvier suivant? N'a-i-on pas vu, en 1604, une primaire briller tout à coup au pied droit d'Ophiucus, et subsister pendant un an*? La septième pléiade, vue et célébrée par les anciens, n'est-elle pas perdue pour nous, comme eUe l'était dès le temps d'Auguste'. On invoque le miracle pour expliquer ces phénomènes, c^ je le concevrais, si la foi était le moins du monde intéressée dans la question. Or, ce n'est pas le cas ici*, la solidité, la sphéricité , la corruptibilité des cieux ne sont que des opinions philosophiques, et si l'observation montre qu'elles sont
* Francœur, Uranographie.
* Johntton, Thaumatograpkia naturaUs^ classe 1, di. 7. » Otidc,Faife«,lV, 170.
iocompalibles avec les phénomènes , il fout y renoncer sans regret, et ne pas appeler du premier coup Dieu à leur secours. Non e$t phiioêopM reeurrere ad Deum, dit-on en commun proverbe , et on a bien raison quand il ne s'agit que des fidts physiques.
Pour nous, qui suivons la doctrine de M. Descartes, rien de plus simple, de plus clair et de moins exceptionnel que ces phénomènes, crus miraculeux par nos adversaires. Le ciel, disons-nous, n'existe pas en substance; la voûte azurée que nous voyons autour de nous n'est qu'une apparence produite par la lumitee de notre tourbillon * -, l'espace universel est rempli de matière dont les parties, extrêmement petites , sont de trois ordres de grandeur *. Nous supposons que Dieu ayant au commencement créé la matière qui remplissait l'espace, l'ayant, par conséquent, composée de particules cubiques ou pyramidales, ou de tout autre corps su^ ceptible de boucher exactement tous les vides, a imprimé simultanément à toutes ces parties un mouvement de rotatioQ sur elles-mêmes , de manière à briser leurs angles et leurs arêtes-, de là sont nés trois éléments. Le premier, poussière subtile et anguleuse enlevée des extrémités des corps tournants, est celui dont les parties sont de beaucoup les plus petites-, c'est ce que M. Descartes appelle la matière mbiik. Les molécules du deuxième élément sont moins petites-, elles sont sphériques ou arrondies, et formées par les centres de rotation dont nous avons parlé. Le troisième élément se compose des molécules irrégulières qui peuvent s'être formées ou par elles-mêmes ou par leur agrégation avec d'autres. Ces trois éléments nous suffisent pour rendre compte de tous les phénomènes ; ils ne diffèrent que par la forme et les dimensions de leurs molécules, et par
' Descartes, De la méthode, part. 5, ii»2. * Rohaut,i>^y«.,I,21.
170 LIIOTEL DE CONDÉ.
les qualilés qui en dépendent essentiellement. Ainsi le premier jouit d'une grande vitesse; il est animé d'un mouvement rapide, le sien propre s'augmentant toujours de oefaii des autres corps qu'il rencontre, et qui le heurtent et te chassent; le second, moins mobile que le premier, l'est beaucoup plus que le troisitaie , et déjà vous voyez que nous pourrions au lieu de premier, second et troisième élément dire, selon l'appellation commune, feu, air et terre. Si nous ne le fiiisons pas, c'est de crainte d'équivoque'; car nous voulons avant tout être bien compris. Nous tâchons de représenter ces matières tdles qu'il n'y ait rien au monde de plob clair et de plus intelligible; nous écartons toutes ces formes et qualités abstraites dont on dispute dans les écoles; nous montrons quelles sont les lois de la nature, et que quand Dieu aurait créé plusieurs mondes, il n'y en aurait aucun où elles manquassent d'être observées; nous fiaisons voir comment la plus grande partie de la matière créée doit s'ar* ranger en tourbillons qui la rendent semblable à nos deux; comment quelques-unes de ces parties devaient composer une terre, quelques->unes, des planètes et des comètes, quelques autres, un soleil et des étoiles fixes*.
Maintenant, rien ne nous oblige à supposer les deux incorruptibles ; ils admettent tous les changonents que les divers mouvements peuvent produire en eux. Ces astres, qui ont brillé quelque temps et ont ensuite disparu, peuvent s'être couverts de taches ou de croûtes, si bien qu'i la Ion* gue ils n'auront plus envoyé de lumière \ On conçoit que ceux qui nous envoient de la lumière ne le peuvent fiiire que par une émission de matitee subtile. Ce que l'on sait de h force centrifuge et de la rotation des astres sur eux-mènes
* Rohaut, Phys., l, 24.
* Descartes, De la méthode.
^ Rohaut, Phys.,U, 26.
prouve clairement que cette émission ne doit avoir lieu que par leurs équateuis* ; c'est donc par leurs équateurs que le soleil et les étoiles lancent ces torrents de lumière qui s'étendent beaucoup au delà de notre tourbillon. Cependant celte émission de matière ne peut pas durer toujours , le réservoir s'épuiserait à la fin , si les astres , en général, n'avaient pas moyen de réparer leurs pertes. Ce moyen existe en effet : il suffit que la matière subtile échappée d'un soleil soit rempbcée par celle qui lui vient des autres*, cette restitution peut entoetenir l'équilibre. Une seule condition est nécessaire : c'est que la matière affluente se présente aux pôles du soleil , car la force centrifuge l'empêcherait d'entrer par les régions équatoriales. Ainsi ces conditions générales, pour que les astres fournissent éternellement aux effluves lumineuses qui les font apercevoir, c'est que les pôles des uns soient tournés vers les équateurs des autres, et réciproquement.
Si ces conditions manquent d'être remplies , l'émission devient moins riche , l'astre s'obscurcit ou se couvre de taches*, c'est ce que les observations ont déjà montré dans le soleil. La lumière peut s'aflhiblir, et même disparaître tout à fait-, c'est le cas de toutes ces étoiles qu'on a perdues de vue. Par une raison contraire, une masse longtemps éteinte ou obscurcie peut redevenir brillante, si les mouvements des astres, dans leurs tourbillons, tournent leurs écliptiques vers ses pôles-, c'est là le cas de ces étoiles qu'on a vu naître tout à coup d^ins l'Aigle, dans Gassiopée, dans Ophiuchus. Enfin , un astre épuisé par des émissions continuelles sans réparation, peut être entraîné hors de son tourbillon, et jeté dans celui du soleil bien au delà du cercle de Saturne^ il forme alors une comète dont la queue ou la chevelure, n'est due ni à une matière aérienne qui les ac-
171 l'hôtel de coxdé.
compagne, ni au clignement des yeux, comme on l'a dit quelquefois, mais à la réfiraction des rayons luminem à travers la matière subtile *. Comparez cette ex[dicatîoii avec celle de Tancienne physique, et dites si elle n'est pas de tout point satisfaisante.
Ajoutez que nous n'avons rien à dire de la matière particuliëre, ni de la nature intime du ciel, ni du nonriire, ni des dimensions des sphères. Ces dels ne sont pour nous que des apparences; ce qui existe vraiment ce sont les tourbillons de matière subtile, dans lesquels sont empestées les jdanètes autour de leur soleil. Or, ces tourbillons sont matériels, comme tous les corps que nous voyons ^ leur matière ne diffère de la nôtre que par la finesse de ses particules et la rapidité de leur mouvement. On désire savoir quelle est l'étendue des tourbillons et quel en est le nombre. Il est impossible aujourd'hui de répondre à cette question. Nous croyons que les étoiles fixes sont autant de soleils, et qu'autour d'elles circulent des planètes plus ou moins nombreuses-, mais il est impossible d'assigner les limites au delà desquelles il n'y a plus rien. Notre opinion est que les astres et leurs tourbillons s'étendent à l'infini , aussi loin que s'étend la puissance créatrice de Dieu; et c'est encore, » je ne m'abuse, un grand avantage sur le système d'après lequel, au delà d'une boule solide que vous appelez le /iniMiineiil, il n'y a plus rien qu'un vide absolu, et par conséquent le néant, au moins quant à la matière; car saint Thomas y place les esprits *.
Notre tourbillon ne nous est pas encore parfiBÛtement connu; il l'est mieux, cependant, que les autres, et déjà Ton y a fait des observations bien précieuses, et qui don-
• R<rfiant, Phys., II, 25 , 26.
* Ibid. NihQ prohiberet et>e extra cœlam, ticut sabstintie spiritnalet. 0. ThonuB Aquinatis, in ArisLt Ihcœlo, Ih mundo, l, leçon 20, note 6. §
l'hAtel DB CONDÉ. 173
nenl un fort appui à la nouvelle physique. La grandeur comparative des astres et de leurs distances, si gênante dans I hypothèse des ciels concentriques, est, au contraire, ce qui confirme le mieux les explications de Copernic et de M. De»cartes. La terre, par exemple, est une boule de 9000 lieues de circuit , dont le diamètre et le demi-diamètre sont bien connus maintenant. Ce qu'on appdle le parallaxe d'une planète , c'est l'angle sous lequel l'observateur placé dans un astre voit le demi-diamètre de la terre ^ il est certain, par la gcimiétrie, que, dès que ce parallaxe est connu, nous connaissons la distance de l'astre, après quoi la mesure de son diamètre apparent nous suffit pour déterminer son volume. Eh bien, l'on a pu, sur quelques-uns, faire ces observations et ces calculs *, on a reconnu que la lune est distante de la terre de 51 à 66 fois notre rayon -, que son diamètre est plus grand que le quart de celui de la terre ^ que son volume est environ 4& fois plus petit*, que le soleil est éloigné de la terre de 1450 à 1500 rayons terrestres-, qu'il a un diamètre 7 fois et demi aussi grand que celui de la terre, qu*ainsi il a un volume 434 fois aussi grand environ. Déjà il est peu vraisemblable qu'un si gros corps tourne autour d'un autre aussi petit que la terre-, il est bien plus naturel que le petit tourne autour du gros.
Ce n'est pas tout : Mercure et Vénus, qui n'abandonnent jamais le soleil, qui, au lieu de tourner autour de nous, ne font qu'osciller autour de lui, sont un terrible embarras dans rhypothèse de Ptolémée. Ils s'expliquent de la manière la plus satisfaisante dans le système de Copernic-, c'est là qu'on se rend parfaitement compte de leurs phases; qu'on voit quelle partie de leur surface nous peut apparaître -, comment elles sont tantôt plus, tantôt moins brillantes-, comment, enfin , elles ne sont jamais en opposition avec le soleil.
II y a plus : M. Galilée, observant les astres avec le télescope qu'il a inventé , a non-seulement apprécié les diverses
apparences de Mars, de Jupiter ei de Saturne, nMîs ii a reconnu les gardes de Jupiler, au nombre de quatre. KeAce pas un embarras dans votre ciel solide que ces corps nouveaux qui tournent autour de la plan^? et ocnamait celle-«i peut-elle être attachée à son ciel, d'autres astres, et par conséquent d'autres ciels, l'enveloppant déji de toutes parts? Saturne aussi a offert diverses apparences : tantôt plus obscur, tantôt plus brillant, tout rond ou allongé, il vous force bien d'avouer que les substances dites célestes ne sont pas aussi ûnmuables qu'on l'a cru jusqu'k»; et une petite étoile qui tourne autour de lui dans le sens de la plus grande dimension de son ovale, semble prouver qu'il a comme nous une lune qui l'édaire pendant ses nuits. C'est du moins ce qu'a dit M. Huyghens, gentilhcmmie hollandes et habile astroncooe, qui a aussi annoncé que les diverses phases de Saturne lui venaient d'un grand anneau tournant autour de lui, et qui se présente à nous dans des positions différentes.
Les observations de M. Gassini sont aussi fort importantes ; il a déterminé les distances et les t^nps de révolutions des gardes de Jupiter. Une tache qu'il a observée sur cette planète a prouvé qu'elle tournait sur son axe; une tadie sanblable a montré qu'il en était de m^e de Mars. Par analogie, nous devons conclure la même chose des autres corps célestes. N'est-il pas bizarre que la terre seule reste immobile, lorsque son mouvement expliquerait si bien et si complètement toutes les apparences?
Cette conséquence est si pressante , si forte en même temps, qu'aucun bon esprit ne peut y refuser son assentiment; et, pour moi, je vais vous foire une déclaration qui vous étonnera peut-être : c'est que la plus forte preuve morale en faveur du système de Copernic, c'est la création nouvelle d'un système qui le combat, celui de Tycho-Brahé. Comment cela? me demanderez-vous; comment un système
L HÔTEL DE CONDÉ. t75
contraire, fait par un habile astronome , et rendant compte de tous les phénomènes plus et mieux que le système de Ptolémée , peut-il être moralement si favorable aux opinions de Copernic? C'est que le système de Tycho , à proprement parler, n'est pas et ne sera jamais sérieusement en cause : c'est un moyen de transition, ou, pour parler plus juste, ce n'est pas du tout un système , c'est une hypothèse , hypothèse faite par Copernic lui-même, pour nous conduire à Tintelligence de la véritable position des astres, et à laquelle Tycho a essayé maladroitement de se rattacher, comme si elle pouvait avoir quelque réalité dans la nature. Voici, en effet, ce que dit Copernic, après avoir exposé les idées des anciens sur Tordre et les mouvements des astres , et bit remarquer les difficultés que présentaient , dans leur opinion, Vénus et Mercure, lesquelles ne s'écartent jamais beaucoup du soleil. Il rappelle que Martianus Capella, et d'autres savants italiens , disaient circuler ces deux pla* oètes, non pas autour de la terre, mais autour du soleil*, et il ajoute ces paroles : a Si, de même, l'on rapporte à ce centre Mars, Jupiter et Saturne, et que, donnant à leurs orbites une grandeur suffisante pour embrasser et circuir la terre supposée même immobile, assurément on ne se trompera pas, comme le (ait voir l'ordre et la règle de leurs mouvements. Il est, en effet, constant que ces astres sont plus voisins de la terre lorsqu'ils sont opposés au soleil , la terre se trouvant entre eux et cet astre; ils sont, au contraire, le plus loin de nous, lorsqu'ils se cachent derrière le soleil. Celui-ci est alors entre eux et nous ; et il en résulte évidemment que leur centre de rotation est le soleil, pour eux comme pour Mercure et Vénus *. »
N'est-ce pas là exactement ce que Tycho-Brahé a répété plus tard -, le débat est donc véritablement entre Ptolémée et
De revoiutiùnibus orbium ccejextmm, lib. I, c. 10.
176 l'hôtel de CONDÉ.
Copernic : ou la lerre est UninobUe au milieu du naonde, ei alors tout tourne autour d'elle; ou c'est le soleil qui occupe le centre du sysUme, et tout tourne autour de luL Hab conserver la terre inunobile, fiiire mouvoir le soleil autoor d'elle, et toutes les autres jdanètes autour du soleil, c'^t une combinaison si puérile qu'elle n'obtiendra jamais la faveur d'un esprit philosophique.
Sans entrer ici dans le détail des objections qu'on lui pourrait iaire, sans examiner en quoi même les phénomènes lui sont contraires, il me sufiBra de citer un passage curieux d'un de ses partisans, d'ailleurs aristot^icien dévoué, ei qui jouit dans l'Université de Paris d'une juste célébrité. Après avoir exposé et rejeté le système de Ptolémée, M. P. Barbay expose et compare les syst&oies de Copernic et de Tycho-Brahé; il termine son parallèle par ces mots remarquables : « Enfin, les tychonidens, conune s'ils avaient la conscience de la fidblesse de leurs raisons , recourent à quelques passages des livres sacrés, où l'on dit que la terre est immobile...*, que le soleil se meut...*, qu'il s'est queiqu^ fois arrêté. Ils en concluent qu'en effet la terre est en repos, et que le soleil tourne autour d'eUe. Les copemidens ré^ pondent que, dans ces passages, l'Écriture s'accommodant à la faiblesse humaine, a pris le langage qui répondait le mieux aux opinions alors reçues.... Néanmoins, comme tous les théologiens enseignent, d'après saint Augustin, que les saintes Écritures doivent être entendues dans le sens littéral, tant qu'il ne contient rien de contraire à la foi ou aui bonnes mœurs -, comme les textes cités par les partisans de Tycho contre ceux de Copernic , entendus à la lettre , ne répugnent ni à l'honnêteté des mœurs ni à la foi crhétienne; à cause de cela, et quoique la raison naturelle ne nous le prouve en aucune manière , mais seulement par respect pour Tautorité des saintes Écritures, nous préférons au système de Copernic celui de Tyeho-Brahé, réduisant ainsi en capli-
l*hAtel de GONDÉ. 177
vite notre intelligence , afin de foire honneur à Jésus^hrist, à qui nous dédions cet ouvrage '. »
n faut distinguer dans cette déclaration deux choses : rhumilité chrétienne de l'auteur, que j'admire très-sincëremenl, et le moyen qu'il prend pour la prouver, que je n'estime pas, à beaucoup près, autant. Je pourrais dire d'abord qu'au point de vue phÛosophique, c'est une pauvre manière d'honorer Dieu que d'adopter de galté de cœur des idées qu'on croit absurdes ou mal fondées. Mais en laissant même cette objection de côté, car je n'ai pas envie de taquiner qui que ce soit sur sa façon d'adorer Dieu, M. Barbay est-il bien sûr du sens qu'il donne aux paroles de l'Écriture? Je respecte comme lui le. texte sacré-, je crois comme lui, puisque la Bible le dit, que la terre est en repos, et que le soleil se meut. Mais s'ensuitril que le soleil tourne autour de nous, et que la terré reste toujours au même point de l'espace universel? Oui, dit-il. Moi, je dis non, et je crois entendre le texte sacré mieux et d'une manière plus honorable qu'il ne le fiût
Qu'est-ce, en effet, que le mouvement? C'est un changement de place, cela est vrai*, mais ce changement ne se peut estimer que relativement aux corps qui nous environnent. Si donc la terre , enveloppée de toutes parts dans son touri)Lllon, est emportée comme une noix dans le courant d'un fleuve, elle y est étroitement en repos, bien quelle avance autour du soleil et corresponde dans son cercle anfiuel aux différents points du zodiaque, conune un honoune dormant sur un navire, passe successivement devant les arbres et les maisons placés sur la berge, et n'est pas moins en repos pendant ce temps-là; de même la terre, doucement soutenue dans le torrent qui l'emporte, ne s'y meut pas, bien qu'elle soit mue-, elle y dort et s'y repose à sa
* Barbay, Comment, m Arist, Pl^., i. ! , p. 502 et 503.
178 l'hôtel de condb.
place, comme dit rÉcriture : c'est sa place qui change ei qui 9e meut seule autour du soleil \ Et maintenani que la terre est immobile , quoiqu'emportée autour du soleil; maintenant que, selon cette interprétation, le texte de FÉailuie restant intact, la raison humaine , de son côté, demeure bbre de choisir, qui peut, je vous prie, arrêter le célèbre professeur que je cite, et lui foire préférer encore le système si incomplet et si bizarre de Tycho?
Ajoutez que ce foux-fuyant ne le garantira pas. Il aura beau se sauver de l'hypothèse de Ptolémée dans celle de Tycho-Brahé, les observations l'y poursuivront; les calculs astronomiques, plus certains que jamais, le presseront dans sa fuite et ne lui laisseront ni paix ni trêve. Ce n'est pas assez, en effet, de dire que des astres tournent les uns autour des autres; une force quelconque les maintient sans doute à une certaine distance. Et quelle est cette force, s 3 vous plaît? On a pensé d'abord que les cieux étant une boule parfoite dont la terre occupait le centre , leur surfoce solide pouvait très-bien soutenir les étoiles , la lune et le soleil, dût-elle s'appuyer elle-même sur l'axe de la terre proloi^é jusqu'à leurs pâles. C'était fort bien; mais, un peu plus tard, on a vu que la terre n'occupait certainement pas le centre du cercle décrit par les astres ; on a alors imaginé ces excentriques si célèbres dans l'ancienne astronomie, qui représentaient, en effet, les phénomènes; seulement ik ne satisfoisaient guère la raison ; car, sur quoi s'appuyaîentrjls^ ces cieux solides et matériels, pour tourner ainsi autour d'un centre imaginaire? Aujourd'hui Tycho-Brahé brise, bon gré malgré, toutes ces sphères de cristal : celle du soleil tournant autour de nous, selon lui, est coupée par celles de Mercure et de Venus, conmie celles des planètes {dus él<ûgnées de nous sont coupées par la nôtre. Quelle force > main-
^ Rohaat , Phys,, U , 24 ; DescarU^i , les Princip9s d$ la pMUmphk.
l'hôtel de CONDÉ. 179
tenant 9 peut soutenir tout ce système? comment ces diverses parties ne tombent-elles pas les unes sur les autres? Il n'en est pas de mème^ on l'avouera ^ dans le système des tourbillons : ils se soutiennent réciproquement-, il n'y a pas de vide dans l'univers; ils ne peuvent donc tomber, ni eux , ni les corps qu'ils entraînent; chacun n'a pour s'écouler que la plac^ laissée Ubre par les autres; et ainsi se maintient l'ordre que nous admirons dans le monde.
Mais, dira-t-on, est-il possible que ces tourbillons ainsi conçus suivent une marche tellement parfiiite qu'ils ne s'approchent ni ne s'éloignent jamais de leurs centres? Non, sans doute ; aussi voyons-nous , et c'est une conséquence bien naturelle, que les astres ne décrivent pas des cercles , mais des ellipses les uns autour des autres : ainsi s'expliquent ces apparences inégales du même astre ; l'inégalité de la distance en est la cause évidente.
D'autres considérations appuient encore ces conjectures , déjà si vraisemblables ; les vents qui régnent constamment entre les tropiques, et que l'on nomme ali%i$, prouvent assurément, comme on l'a dit depuis longtemps , la vérité du système de Copernic'; ils prouvent mieux encore celle du système des tourbillons, qui les explique seul complètement. En effet, ces vents viennent de ce que le tourbillon de matière subtile qui anporte la terre faisant son tour d'autant plus vite que le cercle est plus petit, circule autour de l'équateur bien plus lentement qu'autour des cercles polaires, par exemple ; et la terre étant entraînée et roulée par ces divers tourbillons avec une vitesse moyenne, doit retarder sur les plus vife et avancer sur les plus lents ; c'est ce qui arrive à l'équateur, où le vent retarde sur le mouvement de la terre , et semble aller d'orient en occident*.
* Barbay, Comment, m Àri$t. Phys.^ 1. 1, p. 502, 503.
* RohAut,Pftyf.,lIl,41.
180 L'ildTBL m CONDé.
Un autre phénomèoe [dus remarquable encore, et au» avéré aujourd'hui qu'il avait été inexi^icable jusqu'à M. Descartes, confirme absolument son système : je veux parier du flux et du reflux. On sait que la mer s'élève éi s'abaisse alternativement toutes les six heures , avec un rcterd de 50 minutes environ par jour. Ces osdUations colncîde&t à parfiiitement avec la marche de la lune qu'on avait, depuis bien longtemps, reconnu la liaison intime des deux phéoomtees*. Mais comment les expliquer? conmient, surtoat, rendre compte des irrégularités qu'ils paraissent présenter? d'où vient que ces marées, si sensibles dans l'Océan, n'existent ni dans la Méditerranée, ni dans les lacs? oommeot sont-elles plus fortes aux syzygies qu'aux quadratures? pourquoi, toutes choses égales, diminuent-elles vers le temps des solstices et sont-elles les plus fortes possible aux équinoxes ? Voilà de belles questions, sans doute, et nombreuses; l'ancienne physique n'y a jamais rien répondu. Un philosophe ancien se jette dans TEuripe, de désespoir de ne le pouvoir comprendre, et l'un des plus habiles astronomes de notre siècle, M. Kepler, était réduit à regarder la terre conune un grand animal dont le flux et le reflux étaient la respiration* Aujourd'hui, Dieu merci , ce n'est plus cela. La terre étant au centre de son tourbillon et hi lune dans le sien , celui-ci ne peut passer sur l'autre sans lui fidre éprouver une pression qui se communique, de couche en couche, jusqu'à la terre-, cette pression exercée sur la mer se manifeste par l'ascension de l'eau sur nos cdtes; c'est un efTet tout mécanique, dont vous reproduirez les principales circonstances en soufOant sur le centre d'une assiette remplie d'eau ; la pression que
* Arist, De fiMMido, 4, p. 608; Pliniiit, Bist.nai., U, 99; Senecs, QwBst. Mat., 111,3,6.
* Euler, Uttr$9 à %Me jpWnotfxe d'AUnnagtie,
L'fidTBL DE GONDÉ. 181
votre souffle exercera suffira, pour chasser le liquide et le &ire monter sur les bords.
Mais, dit-on, vous n'expliquez pas l'augmentation des marées à l'époque des pldnes et des nouvelles lunes. Pardon , c'est là précisément que triomphe la nouvelle doctrine : aux syzygies, le soleil et la lune sont dans le même plan que nous-, leurs centres et celui de la terre sont donc en ligne droite-, alors, évidemment, leurs tourbillons sont extrêmement serrés, et la pression dont j'ai parlé s'augmentant d'aur tant , les marées doivent être plus fortes.
Aux syzygies équinoxiales , c'est bien mieux encore : nonseulement le soleil et la lune sont à la fois dans le même parallèle; ils sont, de plus, dans le plan de l'équateur, c'està-dire que les trois tourbillons, se mouvant dans un même plan, sont dans la situation la plus contrainte, et exercent Fun sur l'autre la pression la plus intense *, l'effet suit naturdlement, la mer monte ou descend plus qu'à aucune autre époque ^
On insiste : mais les lacs, mais la Méditerranée, d'où vient qu'ils n'ont ni flux ni reflux? De ce qu'ils sont trop peu étendus -, la pression s'exerce alors à la fois sur toute leur surface , et aucun effet ne se produit*.
Ainsi, vous le voyez, la lune n'exerce sur nous qu'un effet purement mécanique-, nous ne la faisons plus descendre du ciel, comme dans les enchantements de la Thessalie-, nous ne lui attribuons pas d'influences occultes ; nous ne croyons pas qu'elle] mange le bois ni les pierres, les vitres ni les couleurs-, nous ne pensons pas que les animaux aient plus de moelle dans les os pendant le cours de la lune que pendant le décours, ni que les huîtres ou les écrevisses soiest plus grasses aux syzygies qu'aux quadratures ' -, tou^
*Rol]aut,Pfcy«.,ll,29.
* Rohaut, Pfcy<.,ll,27.
181 L*BdTBL DE GOIOI^
tes ces opinions, poétiques si on le veut, et propres à intéresser àâns les contes foits, le soir, au coin du feu , ne doivent pas séduire le physicien, qui n'a jamais à s'occuper que des &its bien constatés et à en trouver l'explicalion la plus naturelle, ou qui s'accorde le mieux avec les idées formées chez nous par une longue expérience.
Par ces raisons , ne soyez pas étonnés que nous n'admettions, non plus, aucune influence céleste-, le ciel ne nous est sensible que par les astres qui s'y trouvât; eeux-d n'ont d'autre action sur nous que celle qu'ils exercent sor l'œil par la très*fiiible lumière qu'ils nous envment : taute autre influence est une pure hypothèse, fondée, la plupart du temps, sur une conformité de nom, ou une allusion mythologique. Parce que la planète de Jupiter est très-brillante , tandis que Saturne est fort pâle, on a imaginé qoe ceux qui naissaient sous l'influence de la première devaient être gais et briUants, et ceux qui naissaient sous la seconde, tristes et moroses ; on a même créé les mots jotûU et $aiia'' nien pour représenter ce double état de l'âme, conmie on a fait des guerriers de tous ceux qu'avait vus naître la planète de Mars, et d'heureux amants de ceux que regardait l'astre de Vénus. Que signifient, je vous le demande, tous ces rapprochements puérils ? J'aime encore mieux ceux des alcÛmistes qui, trouvant une espèce d'analogie entre l'éckt comparatif des astres et celui des métaux , ont nommé l'or ApoUon, l'argent Diane, le cuivre Yinui, l'étain Jupiter, le vif-argent Mercure, le fer Mon, et le plomb Sahmu. Hais ne rirait-on pas aujourd'hui si , de cette coincidenee des noms, on concluait une influence quelconque de la planète sur le métal homonyme? Cela s'est dit, pourtant, cela s'est écrit , cela s'est soutenu dans les livres et dans les leçons des alchimistes', mais nous rions avec raison, dans le siècle de Louis le Grand, de ces enfantillages. Ne les imitons donc pas en imaginant je ne sais quelle action de je ne
l'hôtel de CONDÉ. 185
sais quoi sur je ne sais qui. Déjà on y a renoncé en ce qui tient aux horoscopes et aux prédictions astrologiques que rÉglise a formellement et sagement condamnées -; foisons un pas encore^ et nous n'admettrons comme réel en physique et indubitable que ce que Texpérience nous aura démontré. »
Après cette première partie de la conférence , et pour donner un peu de relâche aux auditeurs , autant que pour laisser respirer les exposants, M. le Prince avait fait pré* parer des rafralcbissements qui furent servis, à la clarté des flambeaux, sur la pelouse, au milieu de vases fleuris et sous de vcffts ombrages. Pendant une demi-heure environ, les conversations particulières s'établirent de tous côtés, à la faveur desquelles chacun put venir complimenter les deux héros de la fête, et leur inspirer, selon son sentiment, un nouveau courage pour la partie qui devait suivre.
On rentra bientôt, on reprit ses places. M. le Prince annonça que le Père Magloire allait faire cotxnaltre les opinions de son école sur le monde sublunaire; et ce Père, prenant la parole, s'exprima à peu près ainsi : « C'est, une opinion bien ancienne et qui n'a pas été jusqu'ici contestée sérieusement, si ce n'est par Copernic et ceux qui l'ont suivi, et qui ont eu en cela peu de succès, que les quatre éléments, la terre, l'eau, l'air et le feu occupent, selon l'ordre de leur pesanteur, le milieu de l'univers, autour duquel ils sont distribués en sphères concentriques et contiguês. C'est aussi cette opinion que je défends et que je vais tâcher d'exposer avec toute la clarté possible.
Je remarque d'abord qu'on entend par éléments les corps simples qui entrent dans la composition des mixtes, ou dans lesquels les mixtes se résolvent' ; dans ce sens, il est évident qu'il y a des éléments dans la nature, et l'on sait sinon avec une parfaite certitude, au moins avec une
* PftVMca, p. 228 et 230.
184 l'hAtbl db GONDÉ.
grande probabilité*, que ces éléments, au nomlnre de quatre, sont ceux que j*ai nonunés tout à l'heure : la terre, l'eau , l'air et le feu.
Ces éléments ont des qualités semblables et des qualités contraires : le feu est chaud et sec, l'air chaud et humide; l'eau froide et humide, la terre frmde et sèche.
Pris deux à deux et comparés relativement à ces qualités, les éléments sont $ymhole$ ou diuymboki, sdon qu'ils oot ou n'ont pas de quaUtés communes. Ainsi le feu et Taîr» qui sont chauds l'un et l'autre-, le feu et la terre, qui sont secs tous les deux, sont des éléments symboles^ tandis que le feu et l'eau sont dissymboles, puisque l'un est chaud et sec, et l'autre froid et humide*.
Les éléments symboles se changent évidenmient l'un eu l'autre dès que la qualité particulière à l'un est vaincue par la contraire : ainsi, le feu étant chaud et sec , si le sec est remplacé par l'humide , au lieu du feu on obtient de l'air, qui est humide et chaud , comme je l'ai dit ^ c'est la définition. Si c'était le chaud qui eût été chassé par le froid, on aurait eu de la terre, c'est-à-dire l'élément froid et sec Cette théorie est ancienne et reçue partout -, cependant on ne peut se dissimuler qu'elle est sujette à de puissantes objections. Et, d'abord, je crois que la transmutation ne saurait être immédiate, quoi qu'en ait pu penser Aristote', au sentiment duquel je préférerai toujours la vérité * : car, si l'air se pouvait convertir immédiatement en feu, un brasier allumé en plein air devrait brûl^ toujours et sans ay(Mr besoin d'autre aliment * -, à plus forte raison les éléments
* Probatnr.... rationibus non evidenter conclodentîbus , sed TaUe fvobabifibns. Phyika, p. 229.
* Phy$ica,^, 236. Voyez aussi Barbay.
' ProbabiHas fidetor ea non transmutari immédiate. (Phytka, p. 268.) Cf. Arist. ci-dessus, p. 23 et 24.
* Pfty«fca,p.270.
" i>Ay«tca,p.269.
dissymboles ne peuvent-ils pas se changer immédiat^nent l'un en l'autre. L'expérience le prouve : on n'a jamais vu qu'un vase de terre exposé à tous les courants d'air augmentât ni diminuât de poids ou de volume \ et^ de même, les mèches des veilleuses q[ui arrivent à l'eau après avoir consumé leur huile s'y éteignent aussitôt-, l'eau ne se change donc pas en feu , pas plus que le feu ne se change en eau quand on éteint dans ce liquide des torches allumées ou des tisons; loin de s'augmenter, en effet, l'eau diminue plutôt dans cette opération ' \ et ainsi le changement des éléments soit symboles, soit dissymboles, ne peut être immédiat. Cette observation est importante : elle prouve qu'il y a, pour que la transmutation s'effectue, des conditions plus compliquées que ne l'avait pensé le philosophe de Stagire.
L'ùtive des éléments à partir du centre est, on peut le juger à jm'on^ celui que j'indiquais tout à l'heure-, les poids respectifs des éléments montrent qu'il en doit être ainsi, et ce que nous pouvons observer de leur mouvement lorsqu'ils se séparent les uns des autres , confirme entièrement cette conjecture*.
Toutefois cette vérité ne s'établit pas sans débat : on objecte que nous ne voyons pas cette sphère du feu qui doit environner celle de l'air, et qu'ainsi elle parait bien n'exister que dans notre imagination. D'un autre câté, comment ce feu se conservera-t-il au-dessus de l'air et sans aucun aliment? On répond au prenùer chef que si nous ne voyons pas.la sphère du feu , c'est à cause de la rarité de l'élément et de sa grande distance -, et, au second, que le feu placé au-dessus de l'air et dans le lieu qui lui est naturel*, n'a pas, comme ici-bas, besoin d'aliment, parce qu'il n'a pas,
* Physîca, p. 269.
* Phy<ico,p. 271.
* Physka, p. 271 et 272.
189 L*b6tBL Dg CONDÉ*
eraune sous nos yeux, un ennemi qui l'enydoppe el le consume'*} il doit donc rester toujours tel qu'il est, sans g'affiiiblir ni s'éteindre.
Pour la sphère de l'air, personne ne conteste son existence -, je dois seulement dire qu'elle se divise en trois régions : la région infime, qui s'étend en hauteur aussi loin que peuvent porter les rayons solaires réfléchis à la surface de la terre ^ la seconde r^on , qu'on appelle aussi Moyenne^ comprend tout cet espace où se forment les nuages, les pluies 9 les neiges, la grêle et les autres météores-, ta région 9upérieure, enfin, s'étend de cette limite à la concavité de la sphère du feu*. Il convient d'ajouter que ces régions, considérées en elles-mêmes , affectent plutôt la forme ovale ou allongée que celle d'une boule exacte; car les rayons réfléchis s'élèvent beaucoup plus haut auprès de l'équateur que sous les pôles -, par là, d'après la définition, la région infime doit y être bien plus élevée -, au contraire, comme le froid est beaucoup plus intense aux pôles que dans les r^ns équatoriales , la moyenne région de l'air doit y avoir aussi une bien plus grande épaisseur '.
Sur l'élément de l'eau, il se présente une difficulté : Mil avec la terre, et par sa nature , une seule sphère, ou en &it-il deux distinctes, comme on le dit le plus souvent? Je réponds qu'il n'en fait qu'une. En effet, puisque l'eau est plus légère que la terre, si elle constituait un globe distinct, elle s'élèverait beaucoup au-dessus de nous, ce qui n'est pas. En second lieu, les voyageurs par terre ou par mer voient se lever et se coucher les mêmes astres de la même manière, dans le même ordre, et, proportion gardée, au même instant, ce qui ne serait pas si le globe aqueux
* Ptbalo non indiget, qunm non habeat hostem drcomstantem a qno consnmator. Physica^ p. 271, 272.
• PAyitca,p.272.
> f^yfica, p. 272 et 273.
l'hAtel de CONDÉ. 187
étail plus élevé que celui de la terre, le soleil et les autres astres devant alors se lever plus tât et se coucher plus tard pour lui que pour nous. Enfin , si la terre et l'eau ne formaient pas la même sphère, elles n'auraient pas le même centre ; mais nous voyons que l'eau et la terre , tombant du même endroit, arrivent au même lieu-, elles tendent donc au même point, et, par conséquent, ont le même centre ".
Le globe terrestre veut aussi quelques explications-, d'abord son centre, comment est-il placé relativement à celui de l'univers ? Cette question exige que nous distinguions trois centres : 1"* le centre du monde ; c'est le point mathématique d'où toutes les lignes menées à la surface de la sphère céleste sont rigoureusement égales *, 2* le eenire de graoUi; c'est le point milieu de la ligne qui coupe un corps en deux parties également pesantes, quelle que soit leur grandeur apparente -, 3* le centre de grandeur f c'est le point milieu de la ligne qui coupe un corps en deux parties également grandes , quel que soit le poids de chacune. U est évident que si une sphère parfaite est partout composée de la même matière, le centre de grandeur et le centre de gravité se confondent en un seul. U n'en est pas de même si les deux hémisphères sont de substances différentes, de bois et de plomb, par exemple*.
Gela posé, on doit admettre l'un et l'autre centre dans le globe terrestre-, car, bien qu'on ne les connaisse pas , on ne doute pas que Dieu ne pût partager la terre d'abord en deux parties également pesantes, puis en deux parties de volume égal.
0 en est de même, toute proportion gardée, du globe
* Phyièca^ p. 273. — Ces réponses sont surtout importantes par les objections qui les appellent ; elles montrent où il avait fallu en venir pour maintenir les idées d'Aristote.
» Physica, p. 274.
188 l'bôtel de gondé.
terraqué, qui a aussi son centre de grandeur et son centre de gravité^ lesquels ne coïncident pas nécessairement avec ceux du globe terrestre.
Maintenant, je dis qu'il est probable qu'à l'instant de la création le centre de gravité de la terre était juste au centre de l'univers. La raison en est que Dieu a dû créer la terre dans la situation qui lui était la plus connaturelle. Par une raison semblable , lorsque toute l'eau fut répandue sur b terre y conune elle le fut sans doute également , le centre de gravité du globe terraqué et celui de l'univers se confondirent probablement en un seul point \
De ce que je viens de dire il ne résulte pas que le centre de gravité de notre globe soit au centre du monde \ car, comme la terre n'est pas exactement spbérique» qu'elle contient d'ailleurs des parties inégalement pesantes , les deox centres ne sont pas au même point -, mais nous ne pouvons déterminer la distance qui les sépare.
Au reste, dans tout ce que je dis ici , je suis les seules indications de la philosophie naturelle ; car, si , à l'époque de la création , Dieu a laissé dans le centre de la terre cette immense cavité que la foi catholique nous enseigne être réservée aux tourments des damnés, alors, évidenmient, le centre de gravité de la terre ne pourrait plus concourir avec celui du monde*.
Dans tous les cas, et quels que soient les centres de la terre, ils sont immobiles l'un et l'autre, ainsi que le globe entier, comme je l'ai dit précédemment. Je ne reviens pas sur cette discussion , qui a trouvé sa place quand on a parlé du ciel. J'avoue, du reste que les paroles de la sainte
* PhyiUsa, p. 275.
* Physica , p. 276. — La raison donnée ici ne Tant rien do toot Le centre de' gravité d^un corps est un point imaginaire , aui peut être hors de la substance matérielle de ce corps , tel est celui d un anneau , qui se trouve au centre du cercle vide compris dans cet anneau.
l'hôtel de CONDÉ. 189
Écriture peuvent s'entendre d'une inunobilité physique et sensible, comme l'ont avancé les copemiciens, conune l'a répété M. Descartes ; je crois cependant qu'il vaut mieux entendre le texte sacré dans le sens qui se présente le plus naturellement à l'esprit , celui d'une immobilité rigoureuse et absolue '.
A présent que j'ai foit connaître la place naturelle des éléments ; il convient de parler de leur action réciproque. De cette action dépend la ginératiim et la corrupiUm des êtres. La génération , que quelques-uns définissent le poisage à la nature s d'autres, le changetnent de non être en être; d'autres encore, le changement de la wbetance tnrtueUe en $ub$tance actuelle; d'autres, enfin, le changement du tout en tout $an$ qu'il demeure aucun sujet $eniible*y est pour moi la production étun composé substantiel dépendam" ment d^un sujets faite par un agent naturel. Je dis un cornposé substantiel pour distinguer la génération de toute autre action qui produirait autre chose, conune un mélange, une séparation mécanique, etc. Cette production est Adte dépendœnment iun sujets pour la distinguer de la création, où les êtres se sont foits de rien*, enfin, elle est faite par un agent naturel, et cette condition exclut les cieux, qui ont été produits de la matière, comme tout le reste-, mais ils Font été par Dieu et ne pouvaient l'être que par lui '.
La corruption est la destruction du composé naturel, le même sujet demeurant toujours; Je dis la destruction, pour la distinguer de la génération et de toute production -, je dis le sujet demeurant le même, pour la distinguer de VannikUar
* Phyjtca,p.276.
* VU ad naturam ; matatio de non ente ad ens ; matatio a substantia in potentia ad nibstantiam in actn ; matatio totias in totum, nnllo sobjecto sensibili rémanente. Phyika , p. 283 , 284.
* Phytka, p. 284.
190 l'hAtbl de cordé.
Hon ou nmiammemmi dans lequel la forme ne péril pis seule, mais avec elle le sujet ou la matière*.
D faut remanpier en quoi consiste la différence entre b génération et la corruption ; la première est fonneUoneDt considérée comme une action po^tive ; la seconde consiste formellement dans la négation de l'influx qui conservait la chose dans son être actuel*. Au point de vue formel , et par rapport à la même chose» la génération et la comiptioD sont donc les deux contraires ; mais , au point de vue causal et relativement à l'ensemble de l'univers , la génération et la corruption sont une seule et même chose : car^ en même temps qu'un corps se détruit, un autre corps se forme; h cause qui détruit le premi^ est la même qui forme immédiatement l'autre ; comme, quand du bois devient feu y la cause qui forme le feu détruit assurément le bois-, et, partant, s'il y a corruption du bois, il y a génération du feu*; et c'est ce que signifie cet adage si célèbre dans nos écoles : La corruption d'une chose est la génération d'une autre-, corrupUo untui est generalio alterius.
Cette théorie , restreinte à ces termes , n'est pas trèsdifficile -, elle le devient quand on veut la creuser davantage. On y feit des objections difficiles à résoudre : par exemple, s'il se produit par la génération quelque chose qui n'était pas auparavant, il y a là un véritable entissemeni, c'estrèdire un passage du néant à l'être par la corruption -, ce qui était tout à l'heure n'est plus maintenant : il s'est donc anéanti; or, rien ne se crée et rien ne périt dans la nature; donc, la génération et la corruption ne peuvent être admises. On répond que ce qui se fait par la génération vient du néant de soi-même , et non du néant du sujet , puisque la
* Physica,^, 286.
* Corraptio conststit fonnaliter îa neptione infloxos quo ves coasenrtbatnr in sao esse. Ihid.
* /Wd.
l'hôtel de CONDÉ. 191
matière existe toujours; et, pareillement, ce qui se détaruit par la corruption retourne au néant de soi , non pas au néant du sujet, puisqu'une forme seulement a été détruite et a cédé la place à une autre'.
Une objection plus forte encore est celle-ci : on ne comr prend pas facilement comment se lient entre elles la corruption d'une chose et la génération d'une autre chose , car la double action se fait ou dans le même instant ou dans des instants différents. Ce n'est pas dans le même instant -, sans cela, la même matière aurait à la fois deux formes contradictoires, ce qui est impossible. Ce n'est pas, non plus, dans des instants divers-, car, comme, selon l'opinion commune , l'instant n'est qu'une limite, et qu'il y a toujours un temps entre deux instants successifs, il faudrait que la matière fCkt, pendant ce temps, absolument dépouillée de toute forme, ce qui est tout aussi inconcevable. Je ne vois pour moi qu'un moyen de sortir d'embarras : c'est de reconnaître que le temps est composé d'une infinité d'instants; de cette façon, la forme du bois sera dans le sujet pour un instant donné, et la forme du feu la remplacera dans l'instant suivant '.
n y a encore d'autres questions assez épineuses, la génération n'est-elle qu'une action? en contient-elle plusieurs? est-eUe une véritable conversion? dans la génération et dans la corruption, la résolution va-t-elle jusqu'à la matière première? doit-on suivre sur ce point l'opinion des thomistes ou celle de la plupart des philosophes'? Je laisse de côté ces difficultés qui n'intéressent que la théorie, et je passe tout de suite aux mixtes imparfaits, c'est à dire aux météores ^ et aux mixtes parfaits inanimés, c'est à dire aux pierres précieuses*.
* Phynca, p. 2S2.
* /%y«ica,p.287.
' i>Av»cii,p.28Sà297.
* i>ftVjica,p. 297.
» Pfcyiica, p. 328.
192 l'hôtbl de coudé.
Je ne m'arrête pas à la classification des météores y ià aiu explicatioDs qui ont été données depuis longtemps ; je me borne à les énumérer. Je signalerai seulement ceux qui ont donné lieu à quelques observations ou à des théories noaveUes.
Les nuées, les pluies, les averses, sont connues ; mais il pleut quelquefois des grenouilles et autres reptiles ; ces animani peuvent niutre dans l'air et se produire par la combinaison des vapeurs et des exhalaisons , comme nous voyons que ceb a souvent lieu sur terre '.
Les pluies sont aussi quelquefois blanches, quelquefois rouges \ c'est ce qu'on nomme des pluies de lait ou des pluies de sang; quelques-uns disent que cela vient de ce que le lieu d'où les vapeurs se sont élevées était blanc ou rouge; d'autres croient qu'il en est de la pluie comme de l'urine, qui est blanche quand elle est crue, etroogeètre quand elle est plus cuite '.
La neige, la grêle, la glace, le givre, le brouillard, la rosée, etc., sont des météores aqueux ou formés de rélément de l'eau ; ils sont bien connus, et je ne m'y arrête pas-, je remarque seulement que la glace, qui ne diflère de la grêle que par sa forme et le mode de sa formation , n'est que de l'eau congelée par le froid , et que la chaleur liquéfie promptement. Cependant il ne faut pas entendre que le froid tout seul ait causé cette congélation; car Teaa étant de sa nature très-froide et très-fluide , il est visible que l'augmentation de la première qualité ne peut détruire la seconde, puisque ce n'est pas sa contraire'; l'eau coq-
* PAynca,p. 307.
> Ibid.
* Pour cette théorie , voyei la Thisê sur la Physique ^AristoU, p. 22, 23; U Curé de Varmgévitte, p. TO, 78, 91 ; et ci-dessus, p. 184, la Distinction des déments symbaiss et dissymboles.
l'hAtel de condé. in
Lient donc quelques exhala^ns terreuses , et c'est par là seulement que le froid peut la réduire eu glace*.
Le cristal, qui ressemble si fort à de la glace, est, en effet, selon qudques savants, une glace formée de l'eau , mais parvenue à un tel poids et une teDe dureté , qu'elle ne peut se tenir sur l'eau ni se fondre à la chaleur. Toutefois , comme le cristal a des qualités fort éloignées de celles de la glace , qu'il se produit dans les souterrains et sur les rochers, il y a des auteurs qui en font une espèce à part et le regardent comme un mixte parfiedt*.
Je ne ferai qu'une courte observation sur le brouillard , la rosée, le givre -, c'est que ces trois météores ne sont que des variétés du même : ils proviennent de la même cause, et ne différent que par les circonstances de condensation ou de température -, la rosée s'appelle aussi le serein, parce qu'elle se forme surtout par un temps serein -, le serein est fort insalubre, parce qu'étant composé de particules très-petites, il entre dans les pores de la tète et nous cause des rhumes et des catarrhes'.
Le miel, la manne, et, selon quelques-uns, le sucre, sont les eflTets et le produit de la rosée : le miel provient d'une vapeur de rosée très-fine , visqueuse, bien tempérée et trèsdouce, qui s'attache aux herbes , aux fleurs, aux feuilles des arbres -, amsi les abeilles ne font pas le miel , elles le recueillent tout fiùt et l'emportent dans leurs ruches \
La manne se forme aussi d'une vapeur de rosée mêlée aux parties les plus subtiles de l'élément terrestre -, le mélange étant d'ailleurs assez bien cuit pour être à la fois blanc et doux. Plusieurs philosophes croient que cette manne ne diffère pas substantiellement de celle que les Hébreux recueil-
' Physka, ^.3ié.
* Physiea, p. 309.
* Physiea, p. 310.
194 L*BdTBL DE GORDÉ.
\ireaX dans le désert j que le mode de production est seul différent; d'autres ne sont pas de oet avû; il est dîfBcik de décider cette question \
Le sucre, selon quelques savants, est une rosée qui se congèle dans quelques roseaux-, on n'a phis alors qa*à Teo extraire et le cuire jusqu'à lui d<HUier la consistance ^ la blancheur que nous lui voyons \ selon d'autres, ce n'est pas une rosée, c'est la moeUe mèmade ces roseaux qu'on en tire et que l'on dessèche '.
Les gouffires ou gueules, les couronnes, les vocges, les parhélies, les parasélènes, les arcs-en-ciel, et d'autres oéléores de ce genre, qu'on appelle lumimux parce qu'ils consistent dana les apparences de la lunùère, ne doivent pas nous arrêter '.
Les météores ignés sont, outre les comètes, les torches, les poutres, les pyramides , les boucliers ardents , les dragons volants, les pmtan ou trombes de ieu , les étoiles tombantes, les éclairs, les foudres, le tonnerre, les feux follets, les feux Saint-Elme et Saint-Antoine*. On peut dire que toœ ces météores sont produits par l'inflammation de matières bitumineuses ou sulfureuses, comme on en voit de tonps en temps s'allumer dans ces montagnes qu'on appdle vdeQM\ Il dut ajouter que la partie la plus grossière de Feifaalaison qui forme la foudre se resserre souvent et se coucrétionne en une sorte de tuile qu'on appelle eamau ou fitrre d$ foudre^ c'est là ce qui tue ceux qui sont firappés du tonnerre *.
On a remarqué aussi, à propos des feux Saint-Ehne, que,
* Ph^^ica.ip. 3i0.
* Ibid.
* Physica^ p. 311 et nâv. ^ Physka y i^.2i9 et snn.
* Physica, p. 324.
* Physica f p. 322 ; Toy. ci-desras la aote 7, p. 37.
l'hAtel de CONDÉ. 198
quand il eo parait deox^ c'est un beureux présage, et qa» c'est y ao eontraîre, mauvais augure quand on n'en voit qu'un -y cela vient probablement de ce que, quand abondent les exbalaisons visqueuses qui les forment, la matière des vents est diminuée d'autant > et il y a moins de moyens d'eiciter les tempêtes ou de soulever les vagues V
Les météores aériens sont les vents de tonte sorte , dont on attribue l'origine à l'exbalaison chaude et sèche qui , parvenue à la moyenne région de l'air, est vivement repoiMsée par une nuée froide, si bien que, retournant en arrière et tendant vers le haut par sa légèreté , die se roulo oblique-* ment dans l'atmosphère*. Cette explieation est celle d'Arl«* stote *, elle est assez difficile à comprendre , et, pour vous dire ce que j'en pense, le vent ne me. semble être que de l'air en mouvement, au moins dans certaines <»rconfilances. Que l'exhalaison chaude et sèche soit quelquefois la cause du vent, je ne le nie pas-, mais il y a sans doute autre chose, car je ne puis lui attribuer la formation des vents froids ou humides '.
Je n'ai plus à citer, parmi les météores, que les tremble* ments de terre , les sources, les fleuves et les marées, qui reçoiveat à peine ce nom aujourd'hui. Les tremblements de terre sont dus soit à l'effort des exhalaisons formées dans le sein de la terre , comme le voulait Aristote, soit à l'existence de feux souterrains qui s'augmentent quelquefois dans une proportion énorme \ Pour les fleuves et les fontaines, dont l'origine est assurément fort obscure, quelques-uns croient qu'ils viennent des eaux pluviales rassemblées dans des r^ servoirs naturels*, plunenrs soutiennent que de l'eau se forme dans le sein de la terre , par la condensation de l'air et
* Phuiica, p. 324.
* Physka, p. 325.
* PAynca, p. 327.
«96 l'hAtel »e condé.
des vapeurs*. Rien ne prouve la vérité de cette dernière opmon, la première est évidente pour les torroits et tous ces ruisseaux qui, s'étant formés ausâtdt après les pluies, se dessèchent parles chaleurs. Mais Topimon la plus commime chez les catholiques^ est que les fleuves viennent de la mer, comme le dit l'Ecdésiaste \ On objecte bien 1« que l'eau de mer est salée, tandis que celle des fleuves est douces on conçoit que cette eau peut avoir déposé sa salure dans les terres qu'elle traverse ; 2* que les fleuves et les sources soni tous plus élevés que la mer-, cela est vrai -, mais l'eau, passant par les canaux souterrains et pressée par le choc d'une mer agitée, peut fort bien être élevée au-dessus de son niveau*.
Les marées sont dues, comme Ta dit M. Régis tant i l'heure, à l'action de la lune , et j'avoue que l'explication qu'il en donne est fort satisfaisante -, mais qu'il me permette de croire, jusqu'à preuve du contraire, que les huîtres et les coquillages suivent, comme l'ont dit les anciens, les variations de cet astre; qu'ils croissent et décroissent, engraissent ou maigrissent, suivant que la lune croit elle-même ou diminue *.
Je serai très-bref sur lés mixtes parfiiits, dont l'étude ne comporte gutee de théories générales et exige que l'on s'occupe de chaque corps en particulier, ce qui permet à peine de les prendre pour sujet d'une exposition publique amune celle-ci.
Les mixtes parfidts sont ceux qui, ayant les qualités élémentaires tempérées entre elles d'une certaine façon , manquent pourtant de la forme substantielle des éléments, et ont une forme propre et spéciale. Ils diffèrent des mixtes
' FhyHca, p. 315.
* Scd$$., ch. 1 , ^ B.
* PAytica, p. 314.
* Phytica, p. 317.
l'wVtbl de GONDÉ. 197
ùnparfiiits ou météores par ces derniers caractères ; les météores, en effet, représentent toujours la forme substantidie de l'élément qui les produit : la foudre est du feu , la neige est de l'eau , et ainsi de suite. Mais comment reconnaître dans l'or, dans le fer, dans le soufre, celui ou ceux des quatre éléments dont ils sont formés' ?
On divise de diverses manières les mixtes parfaits. Aristote distingue les métaux et les fossiles; d'autres reconnaissent les terres, les pierres et les métaux; d'autres , les métaux , les pierres et les moyens minéraux ; ils entendent par ces mots divers composés, comme le sel, le nitre, l'alunûne, qui se broient et se pulvérisent à la manière des pierres, et se fondent comme les métaux ; quelques-uns aiment mieux diviser les mixtes en quatre classes : les terres , les sucs concrets, les pierres et les métaux*.
La cause formelle des minéraux n'est pas, comme on l'a dit quelquefois , une àme végétative qui les ferait se nourrir et croître comme les plantes ou les animaux ; c'est une augmentation tout extérieure par la juxtaposition de la matière qui leur est propre*.
Le lieu de leur formation est surtout le sein de la terre; mais ce n'est pas le seul, puisque nous savons très-certainement que ces mixtes se produisent aussi soit dans l'eau, soit dans l'air : la pierre de foudre, par exemple, prend naissance au-dessus de nos tètes; et s'il est vrai, comme on l'atteste, qu'il ait quelquefois plu du fer et des pierres, on lie peut douter que ces corps ne se soient formés dans l'atmosphère, comme les animaux dont nous avons parlé précédemment D'un autre côté, les perles se forment non-seulement dans la mer, mais dans quelques fleuves et quelques ^\ le corail pousse comme une plante dans l'Oc^; il y
' %Jica,p.328. • PhyHca, p. 329.
^/^Ayiica, p. 330.
ttl L*aihBL K CttRitf.
a des eaux qui forment trte-firmnptaiient des d'autres du sein desquelles s'âère du l»tame; d'antres eà Fou trouve des. paillettes d'or'. Nesoni-cepaslàdes preuves convaincantes que ces minéraux ne se prodniaent pas senkment dans le sein delà terre?
Telles sont à peu près les vérités générales et snaeeptibles d'àtre exposées ici; quant aux recheidies spéciales sur chaque corps pris en luî^me -, quant aux questions qu'on peut fiûre sur la matière originaire des métaux, ci les trois opinions principales que Ton soutient à ce sujet; quant à FinSuence des askres sur les métaux et les pierres prédeuses, je le répète, il &ut m faire une étude particnlière à propos de chaque corps, et c'est une raison suffisante pour que je borne ici l'exposé que je voulais faire de nos doctrines sur les éléments et leurs composés, ce qui furme ordinairement la seconde partie d'un cours de physique. »
Le Père Magloire s'arrêta après avoir dit ces mots-, M. le Prince le remercia vivement an nom de toute l'assemblée, et M. Régis, à son tour, prit la parole; il commença par louer l'exposition de son prédécesseur, surtout parce qii'3 avait fort bien fait voir qu'elle devait se borner aux vérités générales , sans descendre, ce qui deviendrait infini , aux qualités particulières des corps. «C'est d'aflleurs, ajouta-t-il, la partie la moins avancée de la i^ysique, ceUe pour laquelle l'avenir réserve à nos descendants le plus de progrès et de découvertes. Aussi verra^4-on entre nos do4^riDes et celles d'Aristote des difiérences moins profondes que tout k rheure.
C'est une raison pour que je ne passe pas sous silence on des points philosophiques par où nous nous éloigmms le plus de l'école de saint Thomas : c'est l'usage ou l'abus des textes sacrés. Nos adversaires les invoquent volontiers à Fap*
^ Pfcy^ca,p. 331.
l'hôtel de GONBé. 199
pui de leurs asserUons; nous ne nous en servons pas : d'abord parce que nous ne croyons pas que le Saini-Esprit, qui 1 inspiré les Écritures » se soit jamais proposé d'enseigner lax hommes les sdences jriiysiques. H s'est donc presque toujours exprimé selon le langage et les préjugés du moment, . sans quoi il n'eût pas été compris; ensuite et surtout parce que d'une même donnée théologique on tire souvent, pour la philoso^e naturelle , des conséquences toutes contraires. Vous l'avez vu en ce qui tient au repos de la terre, que samt Thonuis et M. Descaries entendent tout différemment-, il en smit de même du gouffre que le Père Magloire se croit au» torisé à placer au centre de ce globe. Cyrano de Bergerac (j'ai presque honte de citer dans une discussion sérieuse l'opinion de ce badin , mais je le fais pour montrer seulement quelles conséquences l'on peut tirer d'une donnée théolo^ que), Cyrano de Bergerac, dis-je, admettait cette idée, que l'enfer était physiquement au centre de la terre, les damnés y étant tous réunis et en proie aux tourments étemels -, et il concluait de là, c'est ce qu'il y a de plus bizarre, le tournoiement de la terre. Comment cela? me dira-t-on. Selon lui, les damnés, pour fuir les atteintes du feu, se jetaient sur les parois de l'encante sphérique où ils étaient renfermés. Ds s'élevaient le plus haut possible^ mais ils ne pouvaient le faire que leur poids, porté tout entier d'un cété« o'aglt sur la masse de hi terre, qu'elle faisait marcher à peu près comme un écureuil meut sa cage tournante '. Cette conclusion ridicule, mais que ce fou admettait 'de très-bonne foi) prouve chez lui, sans aucun doute , Tignorance absolue des lois du mouvement-, et je ne la rappelle pas ici conome ayant la moindre valeur, mais pour montrer seulement combien il faut hésiter à s'appuyer sur des croyances religieuses. pour arriver à la connaissance des faits physiques.
* Bistom comique des Étals de la lune et du soleiL
S0« l'hÔTBL DB CÙfXBÉ.
Par cette nùflon , j'éviterai de chercher si b Htaone qœ nous recaeilloDs qadquefois aujourd'hui est de la mêoie obture que celle que les Hébreux mangèrent dans le désert', et je n'examinerai pas, non plus , si les plaies d'Egypte forent le résultat de quelques météores % û les saut^eUes, les yers et les grenouilles s'étaient formés dans l'air par la réunion fortuite des éléments '-, si la mer Rouge mise à sec Je fut par une marée beaucoup plus forte que toutes les «h tres\ Je laisse dans les Uvres sacrés les questions qui touchent à la foi : simple physicien, c'est par des consîdé»- Ûons toutes physiques que je veux arriver à la connaissance des phénomènes naturels.
Je reviens maintenant à mon sujet, aux météores et aiu êtres terrestres. Quant aux éléments , nous en admettons trois , comme vous le savez : la matière subtile ou le feu, l'air pur ou le second élément, et la matière grosàère, qoi forme la terre et toutes les substances solides ou liquides. Nous différons donc d'Âristote en ce que nous ne faisons pas de l'eau un élément particulier-, nous nous éloignons encore plus de son école par la manière même dont nous considérons les éléments et hi matière. Pour Aristote et ses sectar teurs , un corps se change en un autre par le âmirie transport de la former le feu devient air, l'air devient eau, Teau devient terre, et réciproquement Nous n'admettons pas ces changements que l'expérience ne nous a jamais prouvés^ loin de là, M. Rohaut a tenu, pendant bien des années, de l'eau dans une bouteille pour voir si die se chang^uit soit en air, soit en terre : jamais le plus petit changement ne s'est fait apercevoir *.
■ £aHMi0»ch. 16, i^4et5.
* Sxbde, ch. 8 et 9.
» Ihid.
« Sasode^A. 14,^21 à 25.
> Rohaut, PA^«.,U1, 3.
l'bAtel de condé. toi
Les éléments sont donc, pour nous, fixes et immuables; les qualités des corps leur viennent de la figure et de la disposition de leurs particules; ils sont durs et solides si ces parties sont fermement attachées les unes aux autres; liquides, si dles sont rondes et assez lisses pour glisser les unes sur les autres, ou s'il y a entre elles assez de matière subtile pour les soulever et adoucir leurs firottements '. Les diverses figures des parties élémentaires sont encore la cause des saveurs et des odeurs : l'acide doit être produit par de petites pointes trës-aiguês; le doux, au contraire, par des pointes mousses ou arrondies *.
C'est par des raisons de même ordre que nous expliquons certaines propriétés des corps , inconcevables dans tout autre système ; telle est l'élasticité : dans une lame d'acier que l'on ploie , les pores se rapetissent évidemment du cdté de la concavité; la matière subtile peut néanmoins y- passer. L'effort qu'elle foit alors est la cause du ressort, c'est-^dire de la force avec laquelle la lame reprend sa forme primitive'.
On explique de même le ressort de l'air; on sait qu'on en a &it une application bien curieuse dans la canne à vent, cette arquebuse qu'on charge en la remplissant d'air comprimé au moyen d'une seringue ; ensuite , en ouvrant une soupape, l'air sort rapidement et pousse avec lui une balle de plomb qui peut tuer à une grande distance. M. Rohaut pense même que cette poudre blanche dont on raconte tant de merveilles, et qui lance, dit-on, une balle sans explosion, n'est autre chose que l'arquebuse à vent Eh bien, d'où vient, je vous prie, ce ressort de l'air comprimé , sinon de la matière subtile, qui, resserrée entre ses particules, réagit
* Rohaut, PAy<., 1,22.
• Rohaut, Pftyi., 1,24.
» Rohaut, P;iy»., 1,22.
sot . l'hôtel de condé.
âOBire elles, les pousse, les diasse en avant, et leur fût eih traîner dans leur petit tourbillon les corps qu'dles renoontrant'?
Ces principes posés, on comprend que ce n'est rien expliquer que d'attribuer la formation de tel météore à ce qu'un élément se change en un autre*, il faut nous dire d'où yieni cet autre ; quelle est la cause mécanique qui ramènev où il repousse le premier. C'est ce que les thomistes n'ex* pliqurat pas; leurs transmutations d'éléments sont conunodes sans doute, mais n'éclairent pas beaucoup l'e^t: voyons si je serai plus heureux.
Je remarque d'abord qu'il y a dans la terre des feux trèsconsidérables; ce qui se voit dans les volcans et dans quelques tremblements de terre ne permet pas d'en douter. Qudle est la nature de ce feu? sans doute il est composé de particules terrestres assez massives nageant dans la matière du premier élément, et l'on conçoit qu'alors il peut agir avec assez de force sur la croûte terrestre pour la bris^, et produire soit les tremblements , soit les éruptions vdcaniques*.
On dispute sur Torigine des fleuves et des fontaines; h chose, en effet, n'est pas bien claire. Il parait pourtant qu'ils viennent de la mer; mais comment en viennentr-ils? comment montent-ils plus haut que le niveau de celle-cî? comment surtout les eaux se dessalent-elles? Ces questions ne peuvent pas être résolues par des hypothèses : ce qu'il y a de certain, c'est que l'eau peut se glisser de la mer dans les fentes et interstices de la terre ; mais elle y reste constamment salée, et ne monte pas par elle-même où nous la voyons^ au haut des montagnes ou aux sources des fleuves. Heureusement, les feux souterrains sont là; ils mettent cette eau
* Rohaat, PAys.JU, 2.
. « Robaut,p;iy«., 111,0.
L'BdTBL M CONBÉ. t05
(D vap^ir, et ainsi s'opère dans le sein de la terre , ou plutôt dans les cavités des montagnes, une immense distillation m moyen de laquelle , comme dans toutes les opérations de 36 genre y l'eau se dessale d'abord, et se porte surtout au haut du (diapiteau ou des filons qui en tiennent lieu , pour s'écouler en flots purs et limpides dans ces serpentins natn* rels que nous nommons ruiiêeaua ou rivières \
h&& eaux des puits ont la même origine; les eaux minérales, les eaux pétrifiantes s'expliquent facilement ; les sources d'huiles que l'on a quelquefois observées sont aussi sans doute un résultat de l'action des feux souterrains V
Les vents ne peuvent-ils pas être attribués à la même cause, au moins médiatement? Je ne crois pas du tout que l'exhalaison sèdie dont parle Aristote soit la cause des vents-, je ne suis pas même bien convaincu que cette exfaa* laisoQ sèche existe-, ce qu'il y a de certain, c'est que l'instrument appelé éolipyle nous donne le moyen de produire on vent très-réel , et ce vent est produit par la vapeur de Teau-, il me parait donc très-vraisrâiblable que l'eau, mise en vapeur par les feux souterrains , et s'échappant par des orifices encore inconnus, est la véritable cause des vents '. Ou objecte à cela que le vent dessèche, et que des vapeurs devraient madéfier les corps-, ces deux propositions, heureusement, ne sont ni l'une ni l'autre absolument vraies. Les vapeurs madéfient sans doute-, mais, mêlées à beaucoup d'air, elles peuvent dessécher, comme cela se voit, par certains vents qui sont assurément humides, et qui pourtant sèchent le linge-, en second lieu, la dessiccation qu'on attribue au vent n'est jamais complète, comme on peut s'en convaincre en exposant au feu un linge agité pendant longtemps par le vent le plus violent et le plus sec -, on le verra tou^
' Rohaiit,Pfti^«.,llI,fO.
t04 l'bAtbl de cordé.
jours fum^. Sa siccité n'esIdoDC pas parfaite, et c'est à tort qu'on se fondrait là-dessus pour en écarts toute hmiidilé'.
Les brouillards, les nuages, les pluies , la bruine, le serein, la rosée, sont, à ce que nous croyons , des résultats des différents vents. U y a dans l'air des particules aqueuses et des particules glacées. Les vents, dans de certaines circonstances, peuvent accumuler les premières si bien qu'elles ne puissent {dus se soutenir et tombent sous forme de brouillard, de serein, de rosée. Un vent chaud doit surtout pro* duire cet effet, car il fond les particules glacées qui nagent dans l'air, et l'eau qui se produit , s'ajoutant aux vapeurs déjà rassemblées , augmente d'autant la quantité de pluie. La grosseur ou la finesse des gouttes parait dépendre de ce que le vent chaud prend le nuage par-dessus ou parnlessous: par-dessous, en effet, les gouttes tombent dès qu'elles sont formées, et encore toutes petites-, mais si la fuskm des particules glacées commence par en haut, les gouttelettes se grossissent dans leur chute de tout ce qu'elles ramassent de vapeurs, et ainsi nous arrivent des averses effiroyaUes *.
Les neiges, les grêles, les frimas dépendent évidemment des particules glacées , rencontrées et amoncelées ensemble par des vents froids*. Le miellat, la manne, les pluies extraordinaires , encore peu étudiés , seront sans doute complètement expliqués plus tard ^ ; quant aux éclairs , aux foudres, au tonnerre, les plus beaux météores, assurément, que l'on puisse voir, il est incontestable qu'ils sont dus à un feu particulier. Les effets en sont bizarres-, cependant, on s'en rend fiicilement compte. On remarque, entre autres choses, que la foudre frappe particulièrement les corps éle-
« Rohaut, Phys., 111, 11.
* Rohaut, Phys., Ul, 12 et 13.
* Rohaut, PAy<. ,111,14.
« Rohaut, PAy«., 111,16.
L'flâTBL DE COW^. 2*05
rés; cela vient de ce que se mouTant de travers, elle les ranasse dans sa course, et parce que l'air se fend natureOe- DCDlsous les corps qui s'élèvent On a reconnu que le son les cloches écartait le tonnerre ; cela se comprend. Le mouvement de l'air exerce nécessairement un effet sur les corps pii sont dans son sein*, il les transporte et «les écarte, et )eut devenir ainsi un préservatif contre les météores qui nous neoacent.
Quant au carreau dont on fait Tinstrument matériel à l'aide duquel la foudre opère ses actes, et tue, brise ou détruit ce qu'elle touche, comme on ne l'a jamais trouvé jusqu'ici, nous ne croyons pas à son existence. Nous pensons qu'elle n'a pas besoin, pour fracasser quelques corps, de cet amas solide qu'on imagine. Une très-grande vitesse produit une force très-suffisante dans le choc, et explique très-naturellement les efiets de la foudre sans qu'on soit obligé de recourir à une supposition que rien ne confirme \
Voilà ce que nous savons sur les météores; je ne répète pas ce que j'ai dit précédemment de l'arc-en-ciel, ni de la belle expérience imaginée à ce sujet par M. Rohaut*, expérience qu'il faudra prendre dorénavant pour point de dé« part quand on voudra traiter de ce phénomène.
le n'ajoute plus qu'un mot sur les mixtes parfidts : le sel, les huiles minmdes, les métaux, les minéraux sont pour nous des composés de nos trois éléments. La manière dont 1^ particules de ces éléments s'agrègent entre elles suffit pour donner à ces mixtes le poids, la couleur, la ductilité, la n^éabilité des métaux, la dureté, l'éclat, les formes géométriques du cristal, le brillant des gemmes, l'apparence ^nie de quelques pitres , la friabilité et la blancheur des ^^Tes,' etc. *.
'R«haiit,Pfcy,.,Ul. 16.
'CMie88H8,pM50.
*Hohaui,Phy,.,IlI,6,7.
Entre tous le5 mioérsax, le pim remaïquaUe est doute l'aimanl, dont les qualités merveilleiiseg e%igeiaiesA un long discours. Je rappellerai ici les primâpaks : raîmant attire le fer, le fer attire l'aimant*, librement suspoidv, raîmant se tourne Ters le nord et le sud ; le fer reçoîl , par communication, la même vertu; ainsi se font ces aîgoilles aimantées employées dans les boussoles, et de là vient le nom de pôles donné aux deux extrémités des aiguilles et aimants naturels. Mais ce qui est remarquable, c'est que Taiguille, frottée sur un aimant, prend le pAk opposé à celui de la pierre qu'elle a touché. Je dirai tout à l'heure à quoi est dû ce phénomène. Je r^narque ici que Ton s'est imaginé à tort que l'aiguille aimantée devait ses mouvements à une influrace céleste, et se dirigeait, en conséquence, vers rétoile polaire*. Si cela était, «ne aiguille suspendue sur un axe horizontal , de manière à pouvoir osciller dans un cercle vertical, devrait s'élever d'autant plus qae nous approcherions du p61e; pour la hititude de Paris, le cAté nord devrait foire au-dessus de l'horizon un an^e de 48 degrés environ. C'est tout le conteaire qui a lieu : cette pointe s'incline au-dessous du diamètre horizontal de 70 degrés à peu près-, et cette inclinaison, comme l'ont prouvé les belles expériences imaginées il y a près d'un siècle% diminae à mesure qu'on recule vers l'équateur. La cause qui attire l'aimant réside donc essentiellemeht dans la torre -, et quelles tentatives n'a-t-on pas foites pour l'expliquer? Les uns oot placé des montagnes d'aimant sous les pèles; les autres oat dit qu'il y avait dans les pierres deux points merveilleux et opposés se dirigeant proprio molu, l'un vers le nord, l'antre vers le sud ; ceux-là soutiennent que l'aimant se tourne seulement vers le midi, que le nord n'y est pour rien,
* Johnston, Thaumat., d. IV, c. 45; Rohaut, Phps., Dl, 8.
* En 1576 , par Robert Norman; ingénieur mécanicien de Londres.
l'hATBL de GONDé. 9«7
parce que c'est du côté du midi que vieai l'influence 61 Topération des planètes; ceux-Jà pensent qu'il y a union et connexion entre les choses célestes et eelles qui sont à la surface de la terre-, et, sans se prononcer sur le mode d'action, ils reconnaissent l'influence réciproque des êtres les plus éloignés les uns des autres. Quelques-uns, imaginant un partage tout à fiedt symétrique de la force magnétique , croient qu'il y en a une part égale dans les quatre parties du monde; ils se fondent sans doute sur ce que la direction de l'aiguille aimantée n'est pas exactement du nord au sud, mais qu'il y a une déclinaison, tantôt plus grande, tantôt plus petite, à l'est ou h l'ouest, observée au commencement de ce siècle par un habile professeur anglais'.
Ne nous arrêtons pas à rappeler ici toutes les hypothèses vraiment risibles imaginées à l'occasion de cette pierre; disons tout de suite que ce qu'on admire tant dans l'aimant n'est qu'un mouvement local. Les philosophes reconnaissent deux causes générales du mouvement : l'une est l'atUttctioD, cause obscure , mystérieuse et inconcevable ; l'autre est Timpolsion, aussi claire, aussi évidente que la première est ténébreuse*, puisque, dans presque tous les cas, nous voyons distinctement l'agent et le patient, le moyen d'action et l'effet produit. De ces deux causes, on a tout naturellement choisi la plus inintelligible; il le fallait bien, puis- ^'on ne comprenait pas du tout comment le phénomène pouvait se produire. M. Descartes, le premier, a ramené ^^ explication à celle qu'il donne du mouvement du monde. Une matière très-subtile produit, selon lui, les propriétés de l'aimant; elle se meut du sud au nord ou du nord au sud, et forme ainsi autour de la terre un petit tourbillon capable d'entraîner les corps disposés à recevoir son action.
* Johnston, Thaumat.f cl. IV, c. i5.
• Rohaut,Pfty*., 111,8.
f 08 l'hôtel db coudé.
Mais, dira-l-on, d'où vient ce lourbillon? Quelle roule 8uii-il dans son cours? De queUe nature est son rnooTe^ ment? Ces questions sont épineuses sans doute. M. Descaries y répond pourtant d'une manière salisfiûsante et par des considérations fort élevées. La matière subtile lancée par les étoiles entre dans la terre par les pôles, comme je l'ai dit lout à l'heure. Obligée de passer à travers la matière du second élément , dont les molécules sont sphoiques, et qui laissent, par conséquent, entre elles un espace triangulaire sphérique, la matière subtile prend la fE>nne d'une vis à trois cannelures^ elle devient alors maHire ccmneUe\ De plus, celle matière est tordue dans un sens par l'un des pôles, et par l'autre pôle dans l'aulre sois-, de telle sorte que ces deux vis étant en sens contraires , ne peuvent entrer l'une dans les passages de l'autre. Or, les pores de l'aimant sont tout préparés pour que la matière cannelée entre d'un côté et sorte de l'autre*, elle doit donc atlirer celui qui se présente bien dans son sens et repousser celui qui ne peut la recevoir*. La même explication nous montre pourquoi les pôles de même nom se repoussent, landis que les pôles de nom contraire s'aHirent Supposes une malière cannelée qui, dans une suite d'aiguilles, entre par les pôles boréaux-, elle sortira nécessairement par les pôles austraux. Ici, chaque pôle d'une aiguiUe correspond, comme cela doit être, à un pôle de nom contraire. Changez la disposition de l'une d'elles , tournez son pôle austral vers le pôle homonyme de l'aiguille qui la précède , la matière cannelée qui sort de celle-ci se présente à elle et ne peut entrer dans des pores mal disposés ; elle la repousse donc jusqu'à ce que s'ofiBre à elle le chemin convenable à sa forme '. Étudiez successivement tous les phénomènes que
^ Robaut,/>fty<.JlI,i et 8.
* Rohaut.PAy^., 111,8.
» Ibid.
l'b6tEL de GONDt. fOf
l'aimant nous pféaente, tous s'eipKquent aussi ftuûiement, atussi nalureUànent que ceux-ci , ^ }a ocdnmunication du magnétisiQey et k destruction des p^âes dans le iér doux, st le redresoemenl d'une petite aiguÛle sur une carte quand on promène an^^essou» un fort aimant y et la dispeslticoi de la [imure de fer autour des pôles d'une pi^e» et l'acquisition, en apparenoe spontanée, des vertus magnétiques par les t^es de fer placées perpendiculairement, comme cela s'est vu dans la croix de l'élise d'Aix , en Provence , rompue par une tempête; et la jolie expérience de la pirouette soutenue par un aimant, et la destruction des propriétés magnétiques par les causes qui changent la constitution des corps, comme le feu, la rouille, la pulvérisation.
Ce sont là des vérités prouvées par l'observation^ et non pas des contes de vieilles , comme les prétendus obstacles mis per l'ail, l'oignon, le diamant, aux propriétés magnétiques, ni des chimères comme ces emidfltres de poudre d'aimant à l'aide desquels on espère dissiper toutes sortes de maladies.- Il serait ridicule de s'occupar aujourd'hui de ces absurdités; il est, au contraire, très-philosophique d'étudier, il sera très-glorieux de trouver, et fort utile plus tard de bien connaître ces phénomènes que nous présentent avec l'aimant , l'ambre, le jayet, le soufre, le verre frottés, qui tous attirent et repoussent des corps légers, par une force analogue sans doute à celle dont j'ai tout à l'heure donné rex[^cation. Heureuse l'époque où tous ces pbénomtoes, après avoir été suffisamment étudiés et compara, seront définitivement clas* ses, et augmenteront peut-être la puissance de l'homme sur la nature. Nous entrons à peine dans cette immense et belle carrière; réjouissons-nous du moins d'y avoir mis les pieds sur les pas d'un de nos compatriotes, et suivons avec ardeur et persévérance la ligne qu'il nous a tracée. »
M. Régis termina par ces mots sa brillante exposition; de vifs applaudissements, partis de tous les coins de la salle, lui
ttO L*BdTBL DE COMDÉ.
prouvèrent avec quel intérêt on l'avait suivi. Le fin Ma- ^oire applaudit lui-même-, cependant, il ne renonça pas au tour de parole que lui avait réservé le prince de Ck>ndé : « M. Régis, dit-il, lorsque le alence fut un peu rétaUi, noos a exposé avec beaucoup de chaleur et de netteté les principales idées de ses maîtres-, 0 appuie beaucoup et avec raison/ je le pense, sur la nécessité des observations, sur le danger des hypothèses et des systèmes. Que nous a-t-il offert, cependant, que des systèmes et des hypothèses, bâtis quelquefois sur une simple oi»nion , sans qu'aucune expérience soit venue les confirmer? Il admet trois êlémaits : pourquoi ce nombre plutôt que tout autre? et qui lui dit qu'ils ne se réduisent pas à deux? qu'ils ne s'étendent pas à douze? n veut que l'eau de la m^ soit distillée dans des alambics naturels que forment les montagnes, par le feu interne de la terre : qui lui dit que ce feu existe, et qu'il e^ placé tout juste sous la cucurbite où l'eau de la mer va se réunir? II retranche à la foudre son carreau, sous préteite qu'on ne l'a jamais trouvé-, mais un feu qui firappe et tue par son choc n'est-il pas plus inconcevable encore qu'une piefre qui échappe à nos yeux? Les métaux sont pour lui desagré^ gâtions de ces trois matières ; pour nous, ce sont des combi* naisons des quatre éléments. Au point de vue philosophique, ce n'est qu'un mot changé, et il n'y a pas assez de différence entre nous pour que je le chicane à ce propos.
Je connaissais déjà, j'ai écouté attentivement et je ax)is avoir bien compris son explication de l'aimant : j'accorde volontiers que son tourbillon autour de la pierre est une idée ingénieuse et séduisante, quoiqu'elle ne repose sur aucune observation -, mais je ne saurais lui passer sa matière cannelée. Sur quoi fonde-t-il son existence, je vous le demande, sinon sur la fantaisie de M. Descartes? Cette matière subtile se moule, à ce qu'il prétend , dans les interstices des molécules sphériques du second âément^ mais ce second élément est
l'hôtel DB CONDÉ. tll
donc immobile? C'est une qualité qu'on ne supposerait pas a priori dans une matière dont les atoines sont parfûtement lisses et par&itement ronds. Ce n'est pas tout; cette matière qui s'est figée, il fout le croire , et a perdu sa fluidité première, puisqu'elle sort de ce moule sous la forme d'une vis à trois cannelures, cette matière subtile, entrée par les pdles de la terre, a été tordue par le tournoiement de notre globe, le le Yeux bien *, mais notre globe, pour ceux qui le supposent mobfle, ne foit qu'un tour en vingtHiuatre beures. U n'y a donc, dans tout ce temps, qu'un seul pas de vis d'achevé; c'est une pauvre vitesse pour une matière subtile dont on conte tant de merveilles. D'un autre cdté, et c'est là. Je le crois bien, le point le plus embarrassant pour les partisans des nouvelles doctrines, la matière subtile entre dans les régions polaires par des milliasses de pores à la fois; or, lorsque le tournoiement du globe la convertit en vis à trois cannelures, ces vis ne peuvent être égales qu'à la condition d'entrer par des pores également distants du centre de rotation; toutes les autres doivent être inégales. Placez maintenant un aimant, quel qu'il soit, dans le tourbillon magnétique , il devra toujours être repoussé; car pour une vis qui pourra coïncider avec une autre , il y en aura des millions qui ne coïncideront pas avec leurs écrous, et ainsi votre explication , tout agréable qu'elle est , toçibe devant Texamen.
Je pourrais critiquer ainsi plusieurs des assertions de M Régis; je pourrais dire, en particulier, que ce passage qu'il suppose à la matière subtile , entre des sphères contiguês, est contradictoire et impossible; il exigerait non-seulement que les sphères fussent disposées l'une devant l'autre, afin que le canal triangulaire fût à peu près droit, mais surtout qu'il n'y eût en lui ni renflements, ni hauteurs, ni cavités; car ce seraient autant de coudes et de pattes où sa 'f'aatière irait d'abord se loger, et serait invinciblement re-
tft L*HâTBL DE COUDÉ.
tenue; et comme des sphères en contact hisseront toujours entre dles des entonnons de ce genre , il est radicaAemei^ impossible d'y bire moavoir nne matière capaJble de se figer.
Bien plus, ces cavités s'opposeront invincibiement an mouvement de cette matière subtile ^ quand même die conserverait sa fluidité, si H. R^is, comme il Ta fait jusqu'à présent , et comme nous le fiiisons nous-mème , soutient le plein absolu. Il est impossible de concevoir une figure d'atomes qui se prête à qodque mouvement que ce soit, s'il n*y a pas de vide-, c'est même pour cela, si je ne m'abuse, qu'Aristote a cherché et trouvé, dans la théorie des formes élémentaires qui se remplacent , un moyen d'expliquer le mouvement apparent, sans aucun mouvement local, par une transformation plus ou moins rapide des matières. Vous n'éviterez pas cette nécessité; vous arriverez peut-être un jour à dire qu'un corps parait se mouvoir quand Dieu l'anéantit dans un lieu et le recrée dans celui qui le suit immédiatement; qu'ainsi le mouvement conûste en une suite infiniment rapide d'anéantissements et de recréations d'un corps. Vous aurez, en efiet, supprimé la transsubstantiation arbtotélique ; mais vous y aurez substitué le miracle perpétuel et inconcevable d'une divinité occupée sans cesse et partout à détruire et à refaire, au gré des volontés de tous les ètrea, tout ce qu'elle a créé dans l'univers.
Je ne m'arrête pas plus longtemps à ces difficultés; M. Régis a exposé ses idées avec entraînement et succès. J'ai applaudi moi-même à sa leçon ; mais je n'ai pas été convaincu. Pour le moment , je me contente de faire observer que nous partons l'un et l'autre de principes opposés; je respecte avant tout l'autorité. Je ne puis croire qu'Aristote, saint Thomas et tant de grands philosophes se soient trompés ; j'accepte donc leurs sentiments et je les défends de toutes mes forces. M. Régis appelle et proclame le libre examen ; il foule aux pieds les anciennes idées : il ne reconnaît.
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dit-ii , <}ue ce que l'ei^^içnce hii démuaire. Saiiis pa^ger ces principes, qiû seraîent peu compatibles nvec mt pn>fession, je recoanais pwitant que, par rapport k la aeiepc^, rnoodaÎBe et pratique , eotejMLons-nous bien , la poaitioQ est bonne; mais il fitul s'y tenir. D ne faul rien suppo^r, fim absolument. Tout imi 4ire rigoureusemeol étabU et appiuyé sur des laits incontestebies ; sinon, le pien^ier de yos disoi* pies qiâ n'aura pas foi en vous pourra vous dire ce que je vous dis «a œ moment même, et qui terminera toute cette discussion. Vous nous promettiez Tbistoire de U nature; vous ne nous en faites que le roman. »
C'est ici, mon cher élève, que s'arrête notre manuscrit-, il est permis de croire que ces dernières paroles produisirent quelque effet sur l'illustre compagnie qu'avait réunie le prince de Condé , et ramenèrent au défenseur d'Aristote quelquesuns des applaudissements dont on avait favorisé son rival.
Quoi qu'il en soit, vous voyez qu'alors les défauts de la philosophie cartésienne n'échappaient pas & ses ennemis*, et pourtant, il me parait que, dans son ensemble, elle introduisait assez de principes rationnels, elle mettait sur la voie de vérités nouvelles assez nombreuses; elle montrait surtout dans un avenir peu éloigné un état de science assez florissant pour avoir ému profondément les esprits et entraîné les phi-
Je neveux pas dissimuler que, dès le temps de Descartes, et même avant lui , des hommes du plus grand génie , les Galilée, les Gassendi, les Bacon avaient tracé la véritable voie de la science, faisant des expériences et non des hypothèses, et que leurs découvertes ou leurs règles étant restées vraies comme elles l'étaient alors, ils ont, aux yeux des philosophes austères, une gloire plus pure, si vous voulez, moins éclatante toutefois , parce que ces vérités ne forcent pas un de ces ensembles qui peuvent séduire et renouer le monde.
UA l'bôtbl db gondé.
Si donc, comme je le crois , l'homme en loot g»re n'arrive à la vérité qu'en passant par de nombreuses erreois el les corrigeant petit à petit; si c'est la condition de notre nature qu'il se passionne successivement pour les bossetés qui le rapprochent du but , cet engouement pour le cartésianisme qui vous étonne aujourd'hui aurait Mé à son haireel en son lieu le résultat et l'expression de cette loi générale, et marquerait, aujourd'hui encore, une de nos étapes ks plus mémorables dans ce voyage sans fin de l'humanité ? m la connaissance de ce qui est.
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