QUANTITÉ PROSODIQUE
En quoi consistait réellement la quantité prosodique chez les anciens? ou qu'était-ce au fond que ces brèves, ces longues et ces douteuses dont leurs grammairiens nous parlent sans cesse? Il y a sur ce point deux systèmes.
Selon le premier (c'est l'opinion la plus coïnmune, et qui tôt généralement enseignée dans les classes) , la mesure, ou la quantité prosodique des syllabes, c'est-à-dire leur longueur ou leur brièveté, était à la fois quelque chose de réel et d'invariablement réglé. La longue valait deux brèves, ni plus ni moins -, et ce n'était pas là seulement une valeur de compte, c'était un fait de prononciation. Le temps nécessaire pour proférer une, deux, U*ois, quatre longues, suffisait exactement pour deux brèves, pour quatre, pour six, ou pour huit; c'était enfin sur ce rapport constant que reposaient non-seulement les règles, mais l'essence de la versification, celle même de toute harmonie. Nous verrons tout à l'heure où cette définition nous conduit.
' Cette dissertation a été écrite en 1846.
tf6 LA OUAirriTÉ PROSODIQUE CHEZ LES AMCIBie.
SeioD une autre opinion onoins répandue, mais probablement plus vraie, les syllabes longues ou brèves avaient, comme chez nous, des valeurs très-mobiles. Le rapport de leurs durées n'était pas du tout constant La place des mots dans les phrases, et celle des syllabes dans les mois, infloaieiil, comme chez nous, sur la prononcialion lente m rapide des sons-, et la succession ordonnée des longues et des brèves n'étant qu'une affiedre de convention, rharmoniê essentielle devait rester toujours à peu près ^ale dans le vers, si l'on intervertissait les pieds sans changer la phce des accents^
C'est ce qu'exprimait d'une manière frappante , au rapport de Scoppa', l'abbé Caluso de Turin, qui, comme tous les musiciens, se méfiait beaucoup de l'importance qu^c» donne aux quantités prosodiques. « Changez, disait-il, le» mots 4m premier vers de VÊnHd» :
Arnui virumqae cttno Tiôjae qui prîmiis ab ôris,
et mettez à la pteoe
Anna rêgemqae dico, Bhôdi qui n^fui ab âquis,
«ft rharmoniê de ce dernier vers paraStra toujours la même que celle éa vers de Virgile, bien que vous ayez changé, contrairement aux règles de la prosodie, cinq oa six brèves en longues, ou réciproquement n
Je reviendrai tout à l'heure et jinsisterai sur cette seconde hypolhèse, que je crois, pour moi, l'expression de la vérité : j'exaiùine d'abord les conséquences de la première, qu'il importe de bien connaître, si l'on veut se fioûre une idée nette de la question.
Dans la supposition qu'une longue vaut exactement deox brèves, il n'y a dans un discours ni lenteur ni rapidité pos-
* Beautés poéiiqws des langwi, p. i40.
LA WàHTIti PROSOBIOfB CHB2 LES ANCIENS. 817
âUes. Tout doit être prononeé dans des temps rigoureuse ment appréciables et qui seront des multiples exacts de la valeur d'une brève.
Gomne cette conséquence est absurde , comme nous sa* YODS que rbomme passionné parle nécessairement plus vite qae Thomme tranquille , il faut rraoncer à entendre ce principe dttis toute sa rigueur^ et dire que ce rapport de durée n'est exact qu'entre des syllabes très-voisines^ <pie si le parler s'anime ou se précipite, les syllabes se resserrent progressivement et deviennrat plus rapides elles-mêmes, tout en conservant, au mMs à peu près, à l'égard des syllabes environnantes, le rapport normal.
Déjà c^te interprétation donne une furieuse entorse à la règle générale. Les syQabes, quelque éloignées qu'elles soient Tune de l'autre , ne peuvent éprouver un changement dans leur valeur absolue que si le rapport des syllabes voisines a été légèrement altéré; et, si ce rapport n'est pas hiimème invariable, si une longue ne vaut pas exactement deux brèves, qae devient touite la prosodie antique? que devieiil tout ce système dont on admire si complaisamment la belle proportion? C'est alors tout comme chez nous, où les brèves fiM>nt brèves , où les longues sont longues, sans qae celles-ci soient exactement le double de celles-là.
Supposons cependant que cette altération successive de la valeur* des syllabes soit compatible avec les règles données généralement H est sans doute très-facile de se figurer la prononciation d'un vers latin , et d'apjHrécier son exactitude, au moins théoriquement-, il suffit de prendre la brève pour unité de durée ; de déterminer conftbien il doit entrer dans le vers de ces unîtes , ou de ces simiaHê S comme disaient les anciens*, de faire d'ailleurs la somme des valeurs
* Nam fftf^lov tempus est unimi. Quint.» Inst. orat.y IX , 4, n« 51 ; cf. Loogin, Frag., 3, n» 7.
tl8 LA QUANTITÉ PROSODIQOB CHBZ LES AHCIEIIS.
des syllabes^ et de voir si les deux ncHiibres se correspondent.
Mais, dans la pratique, les choses ne vont pas aussi couramment. On se demande pourquoi on n'a pas toute liberté de mettre un anapeste pour un dactyle, un procéleoamatique pour un spondée, la valeur rationnelle en étant la même*.
D'un autre côté, se figure-tpon ce que ce peut ^re qu'un poème entier composé de pieds égaux, ou sensililemeDt égaux, uniformément divisés en deux temps, pendant chacun desquels on entend toujours et sans cesse une longue oa deux brèves? C'est juste le rhythme du tambour qui bat aux champs. Qu'on imagine Taccompagnement de cette marche monotone tandis qu'un Latin nous débiterait un livre àeYÊniide : concevra-tpon rien de plus insupportable?
Enfin, il y a une autre difficulté, et qui tient tout eih tiëre à l'accentuation : c'est un ftdt d'expérience très-bdle à vérifier, comme je le ferai voir plus clairemrat tout à l'heure, que, dans un mot de plusieurs syllabes, cdle qui est accentuée est réeUement la plus longue. La voix s'y arrête quelque temps, et c'est pour cela qu'un granunairien latin, définissant Yar%i$, c'est-à-dire l'accentuation de la syllabe, déclare qu'elle est à la fois une augmentation du temps, du son et de la voix, tandis que la thém (c'est-idire l'abaissement qui suit l'arrô) est un afEùblissanent de la voix et un reiMrrefiMfit de$ »yUabe$*. *
Ainsi, dans la réalité, les seules syllabes vraiment l(ngues sont les syllabes accentuées -, il ne peut pas y en avoir d'autres, au moins habituellement. Or, comme chez les Grecs et les Romains l'accent ne concourait pas toujours avec la longueur prosodique, il s'ensuit qu'une multitude
• Cf. Quint., Inst. orat,, IX, 4, n*- 48, 49.
* Item arsis est elatio temporis, soni, vocis; thesis depositio et <f dam contractio syllabarum. Marius Victorinus, dans PutKb , p. 2482.
LA QUANTITÉ PROSODIQUE CHEZ LES ANCIENS. ^tO
de leurs syllabes longues étaient prononcées brèves , et réciproquement'-, ce qui nous rejette bien loin de Thypothèse ordinairement admise.
Quelques personnes disent à ce sujet qu'il ne fout pas confondre Taccent avec la quantité; que la mesure est une chose y que le rhythme en est une autre*. C'est très-vrai quand il ne s'agit que de notre conception, puisque pour elle la mesure consiste dans une certaine égalité de temps, et le rhythme (ou l'accent qui en est la source) dans un certain rei^ement du son.
Mais , dans la pratique , les deux choses se confondent toujours et se réduisent à une seule' -, non pas qu'on ne puisse, comme en musique, faire tomber le temps fort sur une note brève et le temps foible sur des notes longues-, c'est un moyen mélodique qu'on emploie souvent et qu'on appelle syf%eape. Seulement ce moyen est difficile, éloigné de la nature ; et s'il peut être pratiqué par des musiciens de profession, il ne l'a jamais été certainement, il ne le sera jamais par un peuple entier parlant et foisant sa langue.
Là les pénultièmes ou antépénultièmes accentuées sont toutes longues ^', elles l'étaient chez les anciens comme chez
' Scoppa {Beautés paét, des langues, p. 31 et saW.) a parfaitement établi ces diffârences entre la longueur réelle , qu*il appelle accent grammatical, et la longueur théorique, qu'il nomme accent prosodique. Il ne lui manque que d'aToir dit que son accent prosodique n'était rien pour Toreille. G est toate la Tenté qn*il n*a pas osé énoncer.
* Tum arsin et accentnm multum differre, etc, Duntser, De versu sa^ tumio, II, 2, p. 29; D'01i?et« Pros. franc., art. 6.
* Dam, dans un rapport célèbre fait à l'Académie française, en 1810, B^a pas du tout compris cette difficulté ; il conteste à Scoppa que la syllabe accentuée détienne longue; par exemple, dans tempMbus, caUmitas, mobiUtas (p. d4). Il n'y avait qu'une âiose à lui répondre. C'était de prononcer ces mots avec 1 accent sur les antépénultièmes , où il doit être ; et s'il n'avait pas reconnu que les syllabes proeodiquement brèves po,la, M, étaient longues en réalite, c'est qu'il n'avait pas d'oreille.
* Le mnd principe de l'accentuation grecque, que la finale longue amenait l'accent sur la pénultième , est à lui seul une preuve que tout le système n'avait qu'une valeur de convention et ne représentait rien de
ttO LA iMJANTlTÉ PMtfODiaUg CHEZ LES AMCIf!».
nous S comme elles le sont parUculièrement chez les Itelteus. comme elles le sont enfia chez les animaiix et dans les instruments mêmes où tout est mécanique.
Car tette est la liaison naturelle «itre le renflement et la longueur des sons, malgré la distinction tl)éorM|ue «fue nous en foisoDs, que les oiseaux qui, comme les poules, ks paons, les tourterelles, font entendre un son plus prcrfongé qœ les mitres, y portent toujours la force de son ^ue nous ai^ieloos Becentj et, ce qui est plus fort et phis démonstratif, les facteurs de serinettes et d'orgues de Barbarie n'asplaimt pis d'autre moyen pour rbythmer la musique notée sur les cylindres. Les notes qui doivent porter Taccent au marquer b
pbynque. La longueur d'une sjUabe, « eUe iofliie sur Tacceat , ne féal ane l^amener sur elle-même ; aussi yo^oos-dous que c^est la r^le Latioe : dans les polTsjUabes , dès que la pénultième est lon^ , eMe norte facceot ; ai elle est bière , l'accent rocule sur raotépéaultiàaie. Voilà un ffnaoft aussi rationnel et aussi certain qu'il est naturel , et nous ne pouvons pas prononcer comme il faut un mot latin sans en reconnakre rexactknde. La règle grecque , au contraire, exprime une imfpossibitité phjsique. Le aMrt a^fiara , par exemple, a Taccent sur tj , qu'il fait prononcer long. Passes au génitif ay^fiâray^ Taccent avance sur a. Gela vevt dire , poor eenx qui ont un peu d oreiUe , que jy sera prononeé bref et a long. Quant à la finale rav , c'est une syllabe glissante , ou une thésis ; on la prononcera aoome on Toudra , et plutôt brève que longue : Toreille n'y fera ancone attention. D me parait évident , quand je réfléchis à cette règle bisarre, que certaines habitudes d'écriture s'étapt répandues dans la population grecque, les grammairiens ûrent, plus tard, pour concilier rorthomphe avec i accentuation réelle , des règles artificielles qui pouvaient avoir leur valeur comme moyen mécanique , mais n'avaient aucune vérité phâosophiqne on caosale. C*est ainsi qu'on a quelquefois dit ches nous qu'une consonne doublée rendait brève la voyelle qui la précède, comme dans crasse, bonne, etc. Que cette double consonue soit te signe orthographique de la brièveté, cela se conçoit ; mais qu'elle la produise , tandis qn'en grec et en latin , dit-on, eUe jpiôduisait la longueur, c'est de tout point impossible. De même dies les Grecs , Va ou Vtf de la dernière syllabe pouvait être le signe qne Taccent passait sur la pénultième ; ils n'en étaient assurément pas la cause. C'est bien plntAt cet accent qui , en reculant vers la fin dn mot , dans la prononciation, a déterminé plus tard l'emploi des lettres qui, la règle orthographique une fois posée, eqiliqnaîent son déplacement.
* Nous avons en français des pénultièmes accentuées qoi ne sont pas longues, comme dans dépèace, ooMcAs, etc.; cela tient à œ que la dernière syllabe est tout a fait muette, et qu'alors la pénultième devient réellement syllabe finale pour roreiUc.
LA ODANTITÉ PROSODIOVE CHEZ LIS ANCIENS. 99!
mesure sont faites aux dépens de celles qui les suivent , uil peu plus longues que ne l'exige leur valeur théorique. Gela suffit, l'intensité de toutes étant d'ailleurs égale, pour que noU-e oreille ne s'y trompe pas et y rapporte invariablement le temps fort de la mesure*.
Ainsi, distinguer l'accent, ou l'ami ^ de la longueur des voyelles, dans la pratique d'une langue, c'est se laisser duper aux mots-, c'est regarder comme réelle et sensible une différence qui n'existe que dans notre entendement; c'est enfin donner un corps à des chimères, et vouloir se perdre dans les contradictions.
Nous voilà donc, après un détour, revenus à cette se-* conde hypothèse sur laquelle j'ai dit que je m'arrêterais. Nous avons reconnu qu'il était impossible d'entendre dans le sens étroit et rigoureux le principe de la valeur proportionnelle des brèves et des longues. Nous avons vu qu'il ne suffisait pas même d'altérer ce principe en l'appliquant seulement aux syllabes voisines ; qu'enfin il était incompatible avec Yanii, qui partout fedt allonger la syllabe accentuée. Il ne nous reste donc plus qu'une seule assertion possible, savoir : que ces valeurs prosodiques étaient simplement des valeurs de compte, sans aucune influence immédiate sur la prononciation -, que dans la pratique, au moins à parler en général, les longues étafent longues quand elles portaient laccent, et (ju'alors elles l'étaient précisément au nième titre et de la même manière que les brèves accentuées, celles-ci devenant longues, en effet, quoique brèves en théorie, dès qu'elles étaient la syllabe forte du mot.
On bxi à cette proposition diverses objections graves en apparence : qu'il est impossible de nier la proportionnalité des
* On peut s'assurer de cette Térité en frtppant périodianement sur une ^le« et bien également, trois doigts de la main. Si on laisse après l'un u eux QD silence double de celui des antres , c'est à celui-là que nous rapporterons inTinciblement le temps fort de la mesure , c'est-à-dire l'accent
tii LA OOAMTITÉ PM8ODI0UB CHU LES AHCIENS.
temps dans les syllabes sans mw en même tanps ei ks té* moignages des contemporains et la croyance des sîèdes sdvants; que les grammairiens anciens sont unanimes à soutenir que la longue vaut toujours et exactement deux brèves; que tout le système de versification des anciens est fradé sur ce rapport, et que le contester équivaut à soi^primer toute rhûmonie de leurs vers. Je suis , je l'avoue y peu touché de ces raisons.
Première objeeUon. — D*abord, et en général, quand il s'agit de l'ordre naturel , quel que soit l'accord des témoins, je ne les crois pas quand ce qu'ils m'annoncent est impossible. Or, c'est bien le cas pour ce qu'on leur &it dire ici, conune je l'ai montré tout à l'heure : je pourrais donc ne pas accepter l'argument.
J'aime mieux dire que ce n'est pas assez de citer des témoignages -, il faut apprécier leur valeur. Or, pour ce qui tient aux sciences et à l'exacte analyse de nos idées on de nos sensations, j'ai peu de confiance dans les anciens, qu'il but toujours lire deux fois au moins , une pronière pour les entendre, une seconde pour s'assurer s'ils se sont entendus eux-mêmes et ont bien dit ce qu'ils voulaient dire.
Ce qu'ils rapportent des mètres et du rhythme me semble particulièrement obscur et susceptible de bien des sens. On peut voir dans Quintilien , cet écrivain si net et si précis d'ordinaire, combien il a peine à s'expliquer sur ces deux points \ Après trois pages, Q est obligé d'avouer qu'on a chicané Cicéron sur ses théories, et, pour qu'on ne le chicane pas lui-même, de se restreindre au nombre oratoire, à l'exclusion sans doute du rhythme poétique , qui pourtant doit être au fond la même chose*.
* QuÎDt., Inst. orat., IX, 4, n* 57; cf. Longin, Prag.^ 3, a* 5.
* Sitigitnr hoc cognitum in solutis etiam verbis inesse namerot, eosdemqoe esse oratorios qui sint poetici. Cic, Orat., 56, n* 189.
LA QUANTITÉ PROSODIQUE CHBZ LES ANCIENS. 9tS
Les grammairiens ne sont pas plus clairs. Sergius veut expliquer ce que c'est qu'un pied. Vous croyez qu'il va nous rappeler ce que nous sentons quand on le prononce? Point du tout : ff Le pied y nous dit-il , a été ainsi appelé comme étant la marche du vers* *, en d'autres termes, on l'a nommé VM, parce que nous nous en servons comme d'une règle pour mesurer le vers*. C'est ainsi que nous disons que le vers hexamètre a six pieds et que 4e sophique en a cinq. » Oui, vraiment, il n'y a pas de doute sur le compte que l'on foisait des pieds dans le vers, ni sur la manière dont on les mesurait. La question est de savoir si ces pieds , en tant que composés de longues et de brèves, étaient perceptibles à l'oreille , ou si ce n'était qu'un moyen théorique de juger de la justesse des vers. La définition de Sergius convient beaucoup mieux , il faut l'avouer, à cette seconde interprétatioo.
Ce qu'il ajoute sur la composition des pieds s'entend aussi très-bien d'une appréciation métaphysique, et non d'une iitesure réelle et sensible à l'oreille : « n fout que chaque pied ait en lui, avec les temps, un certain nombre de syllabes*. »
Térentien, qui a traité ce sujet avec plus de détails ^ peut éclairdr ici la pensée de Sergius. Il foit consister le pied pris en lui-même, en une am$ et une (M$xê, c'est-à-dire un frappé et un Uvé, ou plus exactement, une iUvatiùn et ^Q (àmnement de la voix. D nous prévient pourtant qu'il faut au moins deux syllabes brèves pour avoir un pied. Une
* Pes dictas qnod qnasi metroram gressos incedat. Sergias, in DonaU ^t. pHm. De ptdibus, dans Putsch , p. 1831 .
* Aliter dictas est pes, qnod hoc quasi regala ad yersam utimar men-
' Igitor necesse est pedem unamqaemqae in se habere certum cum t6ifr> poribns numernm syllabarom. Ibid.
* Dans son poème De litteris, iyUalHs , peéUfms et metris, Voyei Putsch ,
Mk LA ODAIITITÉ PMMMÛVB Cm LIS ANCIKIS.
longue, quoique équivdenle à ces deux trêves, ne pourrait fedre un pied^ parce qu'il faut iHen deux eovps, et nm pas seutosienl un temps double*. Celte restriction indique déjà que les temps dont il sera question dorénavant n'auranl jamais qu'une ^alité ou une propwtion fictive-» cir, si les rapports exprimés ici étaient réels, on ferait assurénent un pied avec une longue ou deux brèves indifiéremmenl, comme une mesure à deux-quatre se remplit avec une blanche oo deux noires; et Ton marque aussi bien les deux temps sur ceUe-là que sur ces deux-ci.
Un passage intéressant dn grammairien Serviœ nom édifiera mieux encore sur ce que nous devons penser de U quantité bline. D enseigne sur un mot fDrt long, et par conséquent fort avantageux , sur le génitif omîdmMorm*. comment on peut déterminer la quantité des syllabes. Si Ton nous demandait aujourd'hui comment les Romains faisaient pour cela, nous répondrions : Us soitaient parfaitement les longues et les brèves, et formaient leurs pieds d'après leur sensation. Servius, Romain lui-même, et qui savait parler sa langue, ne va pas si vite. La sensation n'apparaît pas chez lui pour une seule des six syllabes du mot donné. La première est brève, dit-il; car âous Usons dans un vers précédenun^t connu nimium dUexii amicum : c est parce que a termine un dactyle, et non parce qu'il se prononce de telle ou telle manière , qu'il doit être fait bref.
La seconde est longue , parce que quand nous disons tm- «tu^ la pénultième porte l'accent qu'elle n'aurait pas si elle était brève. En effet, c'est la règle dans les trisyllabes latins dont la pénultième est brève, que l'accent recule sur Vantépénultième. On dirait donc âmicu$ si mi était bref; et la
* Vojei CM Ters dans Putsch, p. 2412.
Una longa non valebit edere ei sese pedem Ictibos qaia fit duobos, non g^mello lamporc.
* Dans Putsch , p. 1812.
LA QUANTITÉ PROSODiOUfi CHBZ LES ANCIENS. 3i5
ègle de Senrius est bonne. Elle est surtout importante pour \ théorie qui nous occupe*, en effet, une pénultième accenuée est inévitablement longue à Toreille, comme on le voit lans les mots italiens et dans les dissyllabes latins virumj cano, TrojCB^ om. Serviusle sait si bien, que, malgré la longueur vidente de mi dans amicus , il n'ose pas en appeler à la senation, parce que celle-ci serait exactement la même pour loe brève accentuée de la même manière, rasa, fldes, lum\ n a donc recours à une règle tout artificielle.
La troisième syllabe, continue-t-il , est longue par posiion. En effet, elle est suivie de deux $s. La quatrième est )rèye par une raison de même ordre, et aussi péremptoire [ue celle qui a déterminé la longueur de mi : c'est que quand lous prononçons amidssimuSj l'accent porto sur cis : il seait sur $i, pour peu que celui-ci fut long. La cinquième ma ^t longue, parce que quand nous disons amieissimôrum , )'est elle qui porto l'accent, ce qu'elle ne pourrait pas feire n'avant-dernière place si elle était brève. Enfin, la derûëre est brève de sa nature, comme l'a fait voir M. Quiîherat, pour toutes les finales en m".
Il est tout à foit remarquable que dans cet examen si dé- •^lé, la sensation des brèves ou des longues ne soit pas nvoquée une seule fois, et qu'au contraire l'accent soit indiqué deux ou trois fois comme détorminant cetto quantité. ^ela confirme singulièrement ce que j'ai dit tout à l'heure, '^ me parait emportor la conséquence qu'en effet la quantité prosodique n'était qu'une règle de compte, et non un fait le prononciation rcconnaissable par lui-même à la simple iudilion.
Enfin, et quelque étrange que ce résultat puisse paraître, A me semble solidement établi par saint Augustin, dans son
* Scoppa , Beau^^ poét, des languis, p. 34.
• Prosodie latine, p. 104, et Thésaurus poeL, dans la préface. Voyez IwUcurs Serriu» lui-même, dans Putsch, p. 1805 et 1806.
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Irailé de la Muiiqm. Cet aaleor y ducule aases longMmeiit sur la valeur dee syllabes ^ el partout e'esl l'autorilè ei non la sensation qu'il met en avant» eooune si ode-d uV vait pas du tout à se prommcer làrdessus. D va ymp!k sipposer que son disdide fait long l'a de cêmo, que r<m eiUii toujours comme un a bref, attendu que ee mot se tnravf dans le premier vers de VÊméidê : « Lé masideD, 9)oiile> , t-il, n'aura rien à y reprendre; mais le grammairien te kn effacer ce mot, et mettre à la i^ace un autre qui ait sa pre mière syllabe longue, $ekm femêorilé de ms m^tUm, (Mil emuerw ImieriU*. »
U ajoute de jim un eiempie. D change une lettre dassk vers de Yiigiie , en disant :
Arma Tiniiiiqae caoo Tro)« qui primis tb orb,
et demande à son disciple si rharmonie du vers lui psnit altérée : l'autre lui répond que non ; et saint Augastin Iuj explique d'où cela vient : c'est qu'il a prononcé frimk sa» allonger la syllabe mi$; mais que s'il lui donne la valeur indiquée par les grammairiens (c'est-à-^e s'il soutient le son de la voyelle pendant deux t^nps pleins), le vers ne loi paraîtra plus avoir la cadence connue des vers hexamètiesV
Ce passage et les précédents méritent assurémeot toile l'attention de ceux qui veulent savoir à quoi s'en temr m la véritable valeur de la quantité diez les anciens.
Deuûrième objeetkm. — On parle de l'unanimité des t^ moignages; mais les anciens sont-ils aussi oomplétaneBl d'accord qu'on nous le dit sur ladurée réelle de leurs syllabes? Je ne parle pas, bien entendu, de la durée théorique, celle qui mesure la longueur des vers grecs ou latins : ceBe-là o'e$t
* Grammaticus jubet emendari , et illud ta verbam ponere cujas pniu syllaba prodacenda sit, secandiuD muorum anctoritatem , ouonmi scripa custodit. De mutica , II , 1 , ii« 1, p. 50 de Tédit. in-12 , Pans, 1836.
* D0 immca, II, 2, a« 2, p. 51.
LA QOAIITITÉ PIIOSODIQDB CHBZ LBS A1ICIB1I8. f t7
AS en question. Je parle de la quantité, en tant qu'elle est )erçue par l'oreille, et qu'il y a entre les longues et les htèyts «tte proportion sous-double que reconnaissent les musiciens mtre une blanche el une noire. Eh bien, je trouve partout les preuves du dissentiment des auteurs à cet égard.
Combien d'abord les anciens n'onWils pas de syllabes douteuses, longues ou brèves à volonté? et à qui persuaderat-on qu'il y a dans une langue faite tant de syllabes dont la durée de prononciation puisse varier du simple au double?
Les syllabes douteuses, toutefois, ne sont pas ce qu'il y a de plus prodigieux. Ce qui confond la raison et bouleverse toutes les idées , ce sont ces longues comptées pour des brèves et ces brèves comptées pour des longues , et cela chez tous les poètes , à toutes les époques, et si fréquemment qu'on ne sait, en vérité, pour qui ont été &ites des règles si souTent violées'.
0 n'est pas nécessaire de citer des exemples d'Homère : c'est l'habitude de sa versification', et ses libertés, à cet ^M) se résument dans les divers emplois du mot 'iojç pris tautdt oemme Ïambe, tantôt comme une seule syllabe longue', tantdt comme un trochée S tantôt comme un spondée 80U8 la fimne iJWç ^ M. Egger, qui a réuni ces divers exemples, explique tout cela par l'ancienne orthographe, et «noDtre qu'en effet, dans le principe, toutes les voyelles des Grecs étaient à volonté brèves ou longues, à moins qu'elles ue fussent suivies de deux consonnes dans le môme mot; auquel cas elles étaient longues par position.
' Vojei dut le Traêié âe verHIUatkn latine de M. Qaîcherat , le cha- 1"^ des licences.
* Voyes hd article de M. Egger, dans le Journal général de VInsirw:' ,*«Jn»Wigii,^ 48 novembre 1846.
î '«<a«.XVni,45.
* ««Vw, XI , 342 ; Odyss,, XU , 327,
Ce n'était pas assez ; et avec toutes ces libertés, ks Greo rouvaient encore le moyen de fiiire des vers faux. Le premier vers de l'Iliade en donne la preuve » comme le remarque Eustathe dans son commentaire. On voit, en effi^, dans ce vers, les syllabes ha^ix^, de TLeXsïai^a *AxiAjf9ç, former le dactyle du cinquième pied. C'est un dactyle de quatre syllabes-, ce qui ne laisse pas d'être embarrassant dans la théorie ordinaire. Aussi Etstathe a-t-il recours aux synizèses, aux synecphonëses, aux crases, sur lesquelles il donne tous les détails désirables ^ Malgré ses efforts, il ne peut convaincre l'annotateur Salvinus, qui s'écrie doulonreosemeot sur ces mots : tÀç Svo Zpcex^iaç àyrï fj^iaq votïa^Ai , iViMquam mihi persuadere possum duos brèves iituiiiibrei7€m ef^eere : videiur enm lex metrica repugnare '! Mais Politus, dans une note qui suit la sienne, lui répond victorieusement que c«la se fait par syniiè$e *, c'est-à-dire par contraction. Vous avouerez qu'une raison de cette force est plus que suffisante pour lever tous les scrupules.
Les Romains, qui ne s'étaient pas aperçus, jusqu'à Ennius, que leur langue eût, comme celle des Grecs, des brèves et des longues dont ils pouvaient tirer parti pour construire leurs vers, mais qui les reconnurent immédiatement, dès que le poète de Rudium eut introduit chez eux la métrique des Grecs et le vers hexamètre , se sont bieo gardés de laisser à leurs devanciers les licences dont ils fusaient un si constant usage. On voit repardtre chez eux, quoique beaucoup moins fréquentes, toutes celles d'Homme et
* p. 26, 27 et 28 de rédition in-folio de Florence, 1730.
* /btd., p. 28. — Salvinns est, da reste, beaucoup trop tinooré. Vojei le Manuel d'Héphestion , ch. 4. La contraction de deux brères en une seule est pour ce métricien le quatrième cas de la sjnecplionëse, et n'a rien de plus extraordinaire <{ue les antres. L^exemple donné est le mot xMa , compté comme deux brèves.
» /6id., p. 29.
de Pindare. Ce qui ne fait pas pourtant que tous les critiques les acceptent sans sourciller.
Ce qui est particulièrement curieux et intéressant, c'est de voir comment les métriciens, grammairiens ou rhéteurs expliquent soit les règles primordiales de la quantité, soit les dérogations à ces règles. Jamais ils n'en appellent à la sensation*, mais toujours au raisonnement abstrait
Denys d'Halicamasse * s'épuise en vains efforts pour montrer qu'une voyelle, suivie de deux ou trois consonnes, devient longue à cause du temps qu'exige la prononciation de ces consonnes. Quoique les anciens, en général, partageassent cette façon de voir', Denys a justement rencontré le contraire de ce qui se passe en réalité, comme je vais le dire. Quand on mesure des syllabes, la division s'en fait à l'oreille au moment où la voix sonore est entendue. Prononcez en temps égaux, et, s'il le faut, auprès d'un métronome ou d'un balancier, un mot factice comme celui-ci : abarta$pra, où les voyelles sont séparées d'abord par une, puis par deux , puis par trois consonnes , vous remarquerez que les quatre syllabes sont déterminées par le son a entendu quatre fois, et au moment où il est perçu par l'oreille ; et ainsi le temps employé pour les articulations est pris non sur la voyelle qui les suit, mais sur la précédente, qu'elles raccourcissent d'autant , bien loin d'dlonger la syllabe conmie le croit Denys.
Les grammairiens latins ne raisonnent pas mieux, quand ils expliquent qu'une voyelle brève finale, placée devant un mot commençant par une consonne précédée d'une s, devient longue par position : par exemple, dans date tela, scandile muros '. Que telle soit la valeur prosodique de ces syllabes,
* De compoi. twr&orwm, c. 15. Yoyei la traduction de Battenx.
* Quint., /lut. oraL, IX, 4, n«86; Marias Yîclorin » dans Putsch^ p. USi et 2482.
» Virg., iBiwi*,IX,37.
fso LA ouiirrrt pios^dioub eus lis amcidis^
qu'on les regarde, eo effet, et qu'on les compte comma longues dans les vers, c'est ce dont il ne s'agit pas id; mais que ces ycmx s'allongeassent règlement par les deux consonnes qui les suivent; qu'en conséquence on mit {dus de temps i les proférer, c'est ce que ne croira jamais un grammairien, pour peu qu'il ait attentivement examiné les bits de t^ononciatîon.
Quintilien, qui a voulu rendre compte de l'aUongemeot des voyelles par une exfdication de la même nature, n'y est pas plua heureux. Il dit que, dans agreÊiem, gre , quoique bref, rend a Irag, en lui donnant un peu de son temps. Dai igitur iUi aliquid ex tw tempore '• Si son explication est juste, et si les mots ont la valeur qu'on leur accorde partout, Quintilien aurait dik dire que gr$ dranait toat sod temps; car a bref, d'après l'opinion commune et les règles de la méirique, double sa valeur en devenant long; il gagne donc la valeur d'une brève. Gre, qui est bref aussi , se donne donc tout enti^, si c'est sur lui qu'est pris TaDoiigement de a, et il devrait disparaître. Loin de là, fl puise sur |l«m, qui est bref aussi de sa nature, tout ce qu*il lui &ut pour devenir long; et ainsi trois syllabes, en se donnant l'une à l'autre tout ce qu'elles possèdent , se trouvent, en définitive, avoir gagné ce qu'on leur donnait sans pondre ce qu'elles ont donné* ; touchant exemple du bien que produit la concorde pour l'augmentation des capitaux 1
Si Quintilien n'avait jamais rien dit de plus sensé que cette phrase , il n'aurait pas sans doute la réputation d'un rhéteur savant et habile; on ne verrait guère en lui qu'un homme qui parie sans se comprendre. Laissons donc de côté ses soustracticms impossibles, et disons simplement que si a et gre deviennent longs dans la ivononciation , c'est
• Quint» /fwl. arat., IX , 4, n« 86.
* Nonc anam tempns accommodât priori et imam aedml t seqaeiile. Ita du» oatura bref es , poeitione simt tempormn qiutaor. Onnt., Md.
LA OUANTITÉ KOSOBIQCB CflBZ LES AliaBNS. §31
qu'on les prononce plus lentement \ que s'ib sont longs dans les versy c'est qu'on les compte pour deux temps au liea d'un seul. C'est une afiUre d'habitade ou de convention, et rieo n'a moUis besoin d'être expliqué. Seulement, la ques* tion que nous avons posée d'abord , si l'allongement prosodique était un allongement réel ou une simple fictton, reste tout entière , et il font avouer que l'explication alambiquée deQuintilien se rapporte bien mieux à une pure convention qu'à une réalité.
Diomède explique la difficulté autrement. Il soutient que les longues valent deux temps et les brèves un seul Jus^ qu'ici, c'est le sentiment conmmn; puis il ajoute qu'une consonne vaut un demi-temps , et que deux consonnes en valent un entier *. Ce compte singulier et contraire à l'expérienee peut bien montrer comment une brève suivie de deux consonnes vaut une longue \ mais elle donnerait pour les syllabes où n'entre qu'une consonne les valeurs d'un lemps et demi ou deux temps et demi , dont personne n'a amais entendu parler. Et si , au lieu d'une consonne , il y m a trois, comme dans constare, eofUrartuê^ s'il y en a piatre, comme dans mHruere, ab$trahêr$, h qudle proso* lie extraordinaire n'arrivera-lron pas avec la règle de Dionède?
Cette singulière théorie, du reste, n'appartient pas à ce ;ranuneirien seul; elle est exposée par Aristide Quintilien ■ans son TraiU de la nmmquê, avec des détails qu'il peut 'tre utile d'examiner, parce qu'ils nous montreront claire- Dent comment les anciens, toujours préoccupés de rapports nirement imaginaires , les transportaient de vive force parout, et construisaient sur eux des théories où nous cherihons vainement une réalité qui n'y était pas.
Aristide Quintilien commence par établir une parfaite ana-
* Dans Putsch, p. 485.
S9S LA QUANTITÉ PROSODIQOB GHIZ LB8 ARCIBIIS.
logie entre la quantité prosodique des lettres, ou ce qu^B nomme leurs grcmdiun \ et les intervalles de la voix (ton, demi-ton , et dièsis ou quart de ton) dont il a parlé plus haut* ^ comme un peu j^us loin, parlant du rhythme et du mètre, il fera ressortir l'égalité du nombre des sànions dans rhexamètre et des quarts de ton dans l'oc^Te*. Ne Yoii-oo pas déjà ici un pur jeu d'esprit? et n'esl-il pas insensé d'attacher quelque réalité à ces imaginations?
L'auteur reconnaît donc trois valeurs : la plus petite est moitié de la moyenne, et celle-ci moitié de la plus grande*. Cette plus grande est une syllabe longue-, la moyenne est b syllabe brève, et la moitié de cette syllabe brève, c'est b simple consonne*. Ce qui le prouve, a|oute-t-il, c'est qu'une voyelle contractée avec une autre voyelle, ou suivie dedeui consonnes, devient longue *. C'est bien là un raisonnemoit abstrait, raisonnement qui même ne peut supporter l'examen, puisque, comme nous le disions tout à l'heure, il nous mène à ces valeurs d'un temps et demi, deux temps et demi, qui n'ont jamais été admises par personne. Du mom, il prouve clairement qu'U n'y a pas là de vérité physique, mais seulement une recherche tout inteUectuelle , d'où ne pouvaient dépendre ni l'harmonie du langage,, ni celle da vers.
La suite, où Aristide Quintilien veut expliquer les syllabes douteuses ou communes, c'el^t^-dire qui sont à volonté tongues ou brèves , est plus frappante encore, d'autant plus
* Ta fuyé&tf rav vtoixiIqv^ p. 45, ligne iO et i< de TéditiMi de
* P. 33, ligne 13.
* P. 50, ligne 42.
« P. 45, ligne 14.
* T4f< fièv yâp (taxpS^; iffiiana y CpaxsU ' rijç êè Cpa%e/4i«, èr)i£v7 cùfiJCpo¥oy, Ibid., hgne 16.
* IM., A la suite.
LA QUANTITÉ PROSODIQUE CHEZ LES ANCIENS. t35
que les r^es qu'il explique ne sont vraies qu'en grecj en latîDy elles seraient absolument fausses, et ainsi son raisonnement, bien qu'il semble général, comme tout raisonne* meuiàpriohy n'a pourtant d'autre valeur que celle du &it à l'occasion duquel on l'a imaginé.
Ces syllabes douteuses , dit Aristide Quintilien *, viennent des longues de nature ou des brèves de nature, des longues par position ou des brèves par position : i"* Des longues de nature ', si une syllabe finit par une voyeUe longue et que le mot suivant commence par une voyelle. D explique alors comment, par le défout de consonne intermédiaire, on peut passer plus rapidement sur la première voyelle , ou la prononcer exactement selon sa valeur : donc cette syllabe peut être commune. Tout cela est fontastique , et l'on sait qu'en latin la première voyelle était nécessairement élidée*, mais le raisonnement est foit , ne demandez rien de plus. 2* Des brèves de nature ', si la syllabe brève dont il s'agit termine une partie du discours -, parce que l'intervalle qu'on met entre la fin de ce mot et le commencement du suiv^mt augmente un peu la longueur de la syllabe. Voilà une raison très-positîve, assurément-, mais la conséquence ûnmédiate est que toutes les syllabes finales peuvent être longues, puisqu'il n'y a pas de mot après lequel on ne puisse s'arrêter un peu. 3"* Des longues par position S lorsqu'une des deux consonnes est liquide. 4® Des brèves par position ^ lorsqu'une syllabe, terminant une partie du discours, souffre une contraction de voyelles et prend une longueur plus forte que celle d'une commune ordinaire, et qu'il arrive que la lettre initiale du mot suivant est a^'^'^^*.
* Ibid., p. 45, aa bas, et 46.
* ibiiL, p. 45, ligne 4, en remontant.
* im,, p. 46, ligne 9.
* /&f(t.,p.46JigneI3.
' Ibid.j p. 46, ligne 7, en remontant.
nA LA QCAHTITÉ PROSODIQOB CHBZ LES AliCIBIIS*
Aristide QuiDidien cite encore quelques cas \ malheureiisemeol U ne donne jamais d'exemples , de sorte^qu'il fiut absolument avoir présentes à la mu^moire les règles de h Tersification grecque pour comprendre les faits auxquels ses propositions s'appliquent
Quant aux raisonnements, j'ai d^ dit ce qu'il en bllait penser. Ce sont des raisons spécukitives dierchées à des règles établies par la coutume y et respectables comme règles, mais dont il est absurde de Touloir rradre compte par des principes naturels.
Que dirait-on d'un prosodiste qui voudrait, chez nous, établir que la syllabe deau est longue dans rideau de Ui, parce qu'il y a une consonne après elle , tandis qu'elle peut devenir brève dans fidêoa à franges , parce que c'est une voyelle qui la suit? Tel est pourtant le raisonnaient de notre auteur.
De même il serait ridicule de dire que rideau à firatkgu ne peut être admis dans un vers firançais à cause de la du* reté de l'hiatus, tandis que rideau de lit peut l'être i cause de la douceur des syllabes. Les deux expressions sont aua§i douces l'une que l'autre-, et ce qu'il y a de vrai, c'est que l'une est admise dans nos vers*, l'autre en est rejetée par suite de la règle établie, et non par une qualité naturelle ou inhérente à ces sons.
De même , en grec et en latin , telles syllabes sont ccmiptées pour brèves , pour longues ou pour douteuses d'après des règles, non d'après une certaine nécessité naturelle, dépendante de raisonnements, de considérations métaphy*
C'a été là l'erreur de tous les anciens-, ils ont raisonné sur des mots en attribuant toujours aux objets les qualités que les mots indiquaient -, et les modernes qui les ont suivis dans cette voie sont tombés dans le même bourbier-, tandis que, s'ils s'étaient toujours éclairés de l'analyse, s'ils avaient cher-
U Q9AinnTÉ PftOSODIQOIE CHEZ LES AHCIgHS. tU
cfaé à comprendre à fond ce qui leur était rapporté, et n'avaient admis que ce que la raison leur montrait comme poa« sible, ils se seraient préservés de ces chutes fteheuses.
Suivons notre examen dans cet esprit de sage critique, et, pour peu que nous attachions aux brèves et aux longues anciennes l'idée de quelque chose de sensible, de distinct et surtout d'immuable, nous verrons naître à tout moment des difficultés insolubles.
Rien n'est plus curieux que la préférence donnée par quelques rhéteurs à certains pieds, ou l'exclusion dont ils frappent les autres ' -, les raisons qu'ils apportent de leurs choix', et celles qu'y opposent les rhéteurs rivaux*, jusqu'à ce qu'il en vienne un plus raisonnable qui ne comprend pas pourquoi ces exclusions , lorsqu'on peut prendre tous les pieds et les employer selon la circonstance. Jfiror m hae opmme dacti$simo$ hùmine$ fuUêe ut alios pedes ita elige^ rmt, aUas damnarent, quati uUui e$Mtquem non $ii neees$$ w waiioM deprehendi *.
VoQà Éphore qui, charmé du dactyle et du péon inventé, ditH)n, par Thrasymaque, ne veut recevoir que ces pieds, parce que leurs brèves mettent beaucoup de rapidité dans le discours. Il rejette, en conséquence, le spondée, parce qu'a est trop lent, et, ce qu'il y a de bizarre, le trochée , P&rce qu'il est trop rapide*-, d'autres préfèrent l'ïambe et le recommandent sans cesse, parce qu'il se trouve naturellement dans le langage , et qu'ainsi l'oraison parait plus na« turelle*. Pour Aristote, suivi en cela par Théodecte, Théo-
• CSc, Ora«., 57, nM 94.
' ibid. Voyei les raisons d'Ëphore en fafeur du pëon.
• Quint., Inst. orat,, IX , 4, n* 87.
• Cic, Ueu cité.
• Arist., Poet., 4, n» 6; Cic, Orat,, 57, n« 191 ; Quint., /fw«., orat ^ »X, 4,ii«88.
SSe LA QUANTITÉ PROSODIOUB CHEZ LES ANCIBRS.
phraste et Denys d'Halicarnasse \ il juge le daclyle trop héroïque , l'ïambe trop familier, le trochée trop sautîUant \ d revient alors au péon, composé, on se le rappelle, d'une longue et de trois brèves, et en exalte beaucoup les avantages \
Gicéron opine à son tour : il donne tort à tout le monde, veut qu'on évite seulement les ïambes et les dactyles consé^ cutiCs, parce qu'ils nous feraient faire des vers dans de la prose, et qu'il n'y a rien de plus honteux'; il explique eo même temps comment Éphore, dont il a tout à l'heare vanté la science et le jugement, s'est trompé en admettant le dactyle et rejetant le spondée, qui lui est équivalent. C'est, ditil, qu'il croit qu'on doit mesurer les pieds par- les syllabes et non par les temps ^.
Mais, 6 grand orateur! si je n'étais convaincu, par votre désaccord sur des questions si simples et si pratiques, que vos jugements ne sont que des fantaisies n^ à l'occasion des noms de longues et de brèves , sur lesquels vous bâtissez à plaisir des arguments sans application , n'en aurais-je pas une preuve sans réplique dans ce que vous nous apprenez d'Éphore? Quoi! c'est un rhéteur, et un rhéteur habile (vous l'avouez vous-même) qui a pu se tromper sur le caractère physique du dactyle et du spondée , parce qu'il n'a pas pensé que leur évaluation arithmétique était équivalente! Qu'était-ce donc que cette harmonie qu'on ne sentait pas et qu'on était réduit à calculer?
Ce que c'était? Un autre auteur va nous le dire expressément et nous montrer que c'était une affaire de compte, un arrangement de rapports abstraits , et non quelque chose que l'on sentit ou que l'oreille appréciât Écoutez Aristide
' Gîc. et Quint., lieux dtés à la page précédente,
* Aritt., AAer,ni,8,n«2.
* Cic, Orat,, 57, n« 194; Quint, InsL ora^, IX, 4, n« 72.
* Cic.,/Wd.
LA QUANTITÉ PROSODIQUE CHEZ LES ANCIENS. m
Quiotilien : il traite du rhythme et du mètre * , et remarque que plusieurs s'occupent des deux choses ensemble, tandis que d'autres les séparent*. Il vient d'exposer la première doctrine, voici la seconde. Ce passage est aussi curieux qu'important: «c Ceux qui séparent ces deux parties , dit-il, font autrement'*, ils commencent par la mesure de deux brèves, puis composent des nombres jusqu'à la valeur des rhythmes les plus étendus \ les figurant toujours selon les rapports indiqués plus haut, le rapport égal (de 1 à i), le double (de 2 à 1), le sescuple (dç 3 à 2), et le surtiers (de 4 à 3). Pour les uns, ils débutent par la thésis; pour les autres, par l'arsis. Ils les forment quelquefois par les longues, d'autres fois par les brèves-, ou encore ici de toutes les brèves, là d'un mélange de brèves et de longues, en complétant les longues par des brèves^ ou bien ils opposent lesarsis aux thésis, tantôt par des temps égaux, tantôt par des temps inégaux , de manière pourtant à les retarouver entiers. Pour cela, ils ont recours aux Umtna et aux proithi- ^y sous lesquels ils comprennent les temp$ vides. Le temp$ ^ est un temps sans aucun son^ et qui sert à compléter un rhythme. Le limma est le temps vide le plus court -, la P^^hè$e est un temps vide plus long, double du linuna. Cela compris , voilà comment ils forment les rhythmes composés : ils posent le nombre dans son entier et le divisent en figures rhythmiques\ Si ces divisions ont entre elles un de ces rapports que conservent les temps des rhythmes simple, ils déclarent que la figure en est satisfiaisante. Si, au
^ Édition de Meibom, p. 31 à 40.
^' 40, lignes 13 et suif.
07 iè xcipKovreç êrépaç iroioùaty^ etc., ligne 14 et suiv. Ceux qu'il nomme des rhythme$ compotes, aetypî rÙv vuvèirav
^l^avra rèv àûtôfjL^v èxrlôeyrai^ xaî irepi^ouffi roùroy eiç axh fi^ra puéfuxây p. 41, ligne 5. N'oublions pas que ces figures rhythmiquês ^nt lesnipportsi à 1, 2à 1, 3 à 2 et 4 à 3.
SS8 LA ftOAlTTIT* VËÊÊÙMlViE OBK LIS ANCttm.
contraire, leur première ditîiioii ne va pu bien, ikeliai^ gent la figure jusqu'à œ que la dtrision rbythmique rencontre un des rapports donnés '. Prenons, par exemide, le nonbre dia, et considérons-en les divisions quant à la générsIioD du rhythme. Ce rhytfame ne naîtra pas de la dîvisioa en i et 8; car le rapport quadruple n'est pas un rapport rb^tbmique. Ainsi , le rbylbme total iO ne peut se diviser de celte manière» Si nous divisons la section 8 en 5 et 3, œ ae seia pas encore un rapport rhythmique. Mais partageons 5 en 3 et S; il est visible que 3 comparé à 2 donne le rappmt sescapie ; de sorte que le nombre total 10 peut se composer de rapports sembhbles. Supposons pareiUement que nous ayoD5 divisé ce nombre 10 en 7 et 3*, il n'y a pas entre ces deux nombres de rapport rhytfamîqiie. Mais partageons de nooveau 7 en 3 et 4; nous avons ici le rapport sortîers, dont je dis que le nombre 10 est un composé. Divison&-4e encore en 4 et 6 ^ nous aurons immédiatement le rapport sescuple, qui est rbythmique. Divisons-le autrement , en deux rbythmes de cinq temps ; s'ils sont simples l'un et l'autre , ib ont le même rapport sescuple, qui est tout à fiât convenable. S'ils sont composés , j'en suivrai la division comme j'ai dit tout i l'beure, et j'arriverai enfin au rhythme de dix temps. ■ Tout cela, je l'avoue, est un filtras métaphysique auquel nous avons peine à concevoir qu'on se soit quelquefois laissé séduire-, mais le sens en est parfiiitement clair pour qui sait se rendre compte des idées des hommes. Il est évident que les vrais élémrats de l'harmonie du langage échappaient entièrement aux anciens , et que , ne pouvant s'en rendre compte, ils cherchaient dans des rapports abstraits et imaginaires la cause d'une sensation agréable qu'ils analysaient mal.
puôfjcixov ^lalpsffiç xtfravrifoif, p. 41, ligne iO et sai^.
LA QUANTlTti PIIO8ODIQ0B CHEZ LES ANCIENS. SS9
De là , sans aucun doute , ce» contradictiims que nous avons signalées plus haut, et qui viennent toutes de ce que^ partant d'un principefiaux, comme le rapport constantet absolu des longues aux brèves, quelques-uns voyaient bien enfin qu'il ne pouvait pas être réel dans tous les cas. Us cherchaient des raisons plus composées , si Ton peut employer ce terme, c'est^ à-dire où la simplicité du principe n'en montrât pas aussi évidemment la fausseté. Ainsi se sont successivement produits tous ces pieds simples ou doubles , tous ces rhythmes courts ou étendus, en si grande quantité qu'ils send>laieilt pouvoir toujours s'ap{rfiquer d'une manière ou d'une autre aux passages des poètes ou des orateurs que l'on voulait étudier ; mais l'expérience montrait bientôt que c'était un bux espoir , et qu'il fallait chercher dans de nouvelles ima* giuations l'exidication que ne pouvaient donner les précé* dentés.
Au reste, si ces dissentiments inexplicables sur ce qu'il devait y avoir de mieux connu des anciens ont ébranlé notre foi dans les assertions de nos professeurs , quelques témoignages très-précis ne nous laisseront guère douter que ces règles entendues de la longueur réelle des prolations ne soient, en efiTet, de pures chimères.
J'ai rappelé l'erreur de Denys d'Halicamasse dans son explication de la longueur des syllabes. Le fiait qu'il ex-> prime ne subûste pas moins : c'est qu'il y a des longues plus longues et des brèves plus brèves que d'autares '. Quintilien est tout aussi formel à cet égard : il ajoute que, bien qu'on ne compte dans les vers que des syllabes qui font juste un ou deux temps , il y a autre chose dans la prononciation '. C'est exactement ce que j'ai dit
' Db coffifKW. iw5orum, c. 15, p. 85 et 85 de l'édition de Reiske. . ' Qaamyis neqae plos daobus temporibiu , neque ano minus habere Vioeantar....lateat tamen nescio quid quod superait autdesit. Qaint., /fM^ o^aMX,4,no84.
i40 LA OUANTITÉ PROSODIQUE CHBZ LBS ANCUHS.
Les mêmes auteurs vont plus loin. Os affinneui que la prose peut observer les temps des noms et des v«rbes , tandis que la poésie et la musique les changent souvait en leon contraires*. Longin dit, de même, que le rhythme (c'estràdire la prononciation réelle et accentuée comme elle devait l'être) emporte tous ces temps comme il lui plaît , allongeazit très-souvent un temps bref ou raccourcissant un tanpsloog'.
n dit ailleurs, et ce passage sera d'un grand poids pour ceux qui sont habitués aux formes de langage de l'écoie d'Âristote , que, quand il s'agit de poésie , toutes les brères sont égales entre elles, de même que les longues, celles-d valant toujours deux temps, celles-là n'en valant qu'on-, qu'ainsi le dactyle vaut quatre temps , et que le pyrrfaique n'en vaut que deux , et qu'on ne mesure pas les temps dans leur quantité, mais dans la virtualité de cette qwmtUé'. Peut-on exprimer plus clairement que ces syllabes n'ont pas telle valeur invariablement perçue par l'oreille, mais bien qu'on les compte pour telle quantité, en supposant qu'elles entrent dans le vers?
Par là s'expliquent ces déclarations singulières de quelques auteurs, que certaines syUabes comptées pour longues sont brèves en réalité , ou réciproquement On trouve ainsi dans Gicéron que la première syllabe est brève dans «dy- Ittf^ dans compoeuit, AeiïsconerepuU*'^ Aulu-Gelle*, Festus*, Donat, Servius ' fournissent des exemples semUar blés. C'est cependant une règle fondamentale de la prosodie
* Dionys. Halic, De compos. verborum, c. 41 , p. 64.
* Longin, Frag.^ 3, n» 5.
* Où&è èv iroaéTHTi xarofurpoùvrat roù^ %ptfy9yç, àkXà iy fw^ fjLti rijç irofféniroç. Longia, Frag., 3, n» 14.
* Cic, Or»*,, 48, no 159.
■ Noct, atUc.,U, 17.
* Moi InUx.
' Voyei la Méthode latme de Port-Royal, p. 742.
iA QUANTITÉ PROSODIQUE CHEZ LES ANCIENS. 141
atine que ces syllabes comptent pour deux temps. Gomnent, en ftit, se réduisaient^lles à un seul? Quel chaos > luelles contradictions, si la règle prosodique devait être entendue d'un allongement réel dans la prononciation, et non i'une simple convention au moyen de laquelle on nommait et on appréciait les pieds !
Mais le témoignage de Marins Victorinus ne nous laissera heureusement aucun doute ^ il est assez exi^icite, d'une part, pour établir solid^nent les opinions contradictoires des anciens à cet égard; de l'autre, pour nous en fiiire bien comprendre la cause, qu'on trouve tout entière, soit dans leurs définitions inexactes, soit dans leur analyse incomplète des difficultés à expliquer. « Il y a, dit notre auteur, un grand dissentiment entre les métriciens et les musiciens, relativement aux espaces de temps compris dans les syllabes; car les musiciens disent que les longues, d'un cdté, de l'autre, les brèves, ne sont pas d'une mesure égale, puisqu'une brève peut devenir plus brève qu'une autre « et une longue plus longue qu'une seconde longue. Les métriciens, au contraire, croient que le» temps sont définis par la longueur ou la brièveté de chaque syllabe, et ils nient qu'on puisse trouver de brève plus brève , ni de longue plus longue que ce que la nature exige dans renonciation de chacune \... Les musiciens, en outre, apportent des exemples de pieds de vers qui militent pour eux; ils prouvent, par le rapprochement des sons analogues , que les moments de temps peuvent s'accroître. Ainsi , dans le mot Thenandrus, les deux
* hter metricos et masicot propter spatia temporum qua sjllabii comprehendantar non panrt disseiuio est. Nam mosici non omnei inter ^ longas ant breres pari mensnra conûttere, siquidem et bre^i bretio- ^f et lonffa longtorem dicant posse syllabam fieri. Metrici antam pront coJQsqoe syllabe longitndo ac breTÎtaa fuerit , ita temponim spatia défi- ^iri, neijiie brevi bretiorera, ant lonn longiorem ^am natnra in sjllautrom enuntiatione protulit, posse atiqu^m reperiri, VojeB dans Pntscb , p. 248«.
premières voyelles sont longues par position , et pourtant il est manifeste que la voyelle du commencement est brève . puisque si vous TaDongez , conune font quelquefois les mé triciens, au lieu de Ve vous entendez Y^ des Grecs V >
Marins Yictorinus continue Texposé de ce dissentiment, et conclut ainsi : « Mais laissons ces recherches minutieuse; aux musiciens et aux rhythmiciens-, et pour ce qui nous regarde (nous métriciens), notons que la plupart des syllabes sont égales pour le calcul , et qu'elles sont inégales par le son réel ou par l'espace*. Et comme nous disons quf tous les Germains sont grands, bien qu'ils ne soient pi}> exactement de la même taille , nous dirons que les syllabes sont dans le genre des longues ou des brèves , et non daD> leur durée *. Ainsi donc, puisqu'un calcul de ce genre ne foit ni plus ni moins aux mètres , et que l'augmentatioD de durée d'un son consonnant (comme d'un t long à un ebrer ne fait pas excéder la mesure du temps qui a été défini (prosodiquement), nous disons que c'est aux musiciens plutôt qu'aux métriciens de s'occuper de cette difficulté \ »
On ne croira pas, sans doute, après une telle déclaratioD, qu'il soit nécessaire de chercher d'autre preuve de riosta* , bilité des durées dans la prononciation des syllabes chez b Grecs et les Romains
Trcinème otjeclton. — Passons donc à la dernière objec-
* ThersandruB.... hajiis primam posîdonem longam correpla # lilen este manifestnm est; quam si produxeris, ut interdom eUam metrici lidant, ut pro 0 iy graeca lîtera audiatur. Daas Putsch, p. 2481 .
* Sed hsc scrupolositas mnsicis et rfaythmicis relinquatnr. Nam qno<i ad DOS attinet , notemus plerasque sjUabas ratione pares esse, spalio titem sen soao impares, ibtd., p. 2482.
' Ut dicimus omnes Germanos longos esse, qaaniTis non siat omnes ejnsdem statnne, sic dicemus etiam bas syllabas in génère , non in spatio, longarum sen brevium syllabamm. /Md.
* I^tur ^nnm metris nihil majns minusTe aflerat bajosmodi rabo, s^ pnefimti sibi temporis modum adjectio consonantis eioedat, mnsicis po(i0 quam metricis id auscultandnm esse dicemos. Ibid.
lion, à celle qu'on tire de ce que tout le système de la versification ancienne est fondé sur la différente quantité des syllabes.
Remarquons qu'il ne s'agit pas du tout ici de déterminer ce qu'était au fond l'harmonie des vers anciens \ mais seulement d'examiner le rôle qu'y jouaient les pieds en tant que mesurant la durée des syllabes* \ nous allons voir que ce rôle était fort secondaire.
Les pieds, disent les grammairiens, étaient une règle pour les vers • -, qui dit règle dit précepte j ordonnance, à quoi il faut se conformer. Les pieds n'étaient pas autre chose.
On a souvent pensé que c'étaient ces pieds qui faisaient l'harmonie des vers grecs ou latins. C'est une erreur. Les pieds ne servaient qu'à les mesurer, et Tharmonie venait d'ailleurs, des césures, par exemple, ou du choix. des mots placés à la fin, et surtout des places où tombait l'accent; si bien que les anciens ont été obligés de faire de ces coupes exclusivement avantageuses l'objet de règles particulières tout à fait étrangères à la quantité proprement dite.
n en a été chez eux comme chez nous, où il ne suffit pas d'écrire douze syllabes de suite pour faire un vers alexandrin-, il faut de plus que ces syllabes soient coupées d'une certaine façon par des repos qui y déterminent le rhythme connu-, de même, chez les anciens, les pieds déterminaient une certaine longueur dans le vers, et cette longueur, jointe
' Ce sera Tobjet d*iiii autre eiamen.
* Je Drte le lecteur de faire une grande attention à la restriction exprimée dans ces mots, qui réduit le pied prosodique à ce qu'il est dans nos prosodies ou traités de Tersification latine , un assemblage de brèves et de longues dans Un certain ordre. Nous verrons dans la dissertation suivante sur Varsiê et la thésiSf qu'il y avait autre chose dans Mes pieds de vers, et qu'à cet égard Us influaient très-réellement sur l'harmonie , puisqu'ils composaient le rhythme.
' Sergius, dans Putsch, p. 4831. Cf. le fragment de Varron sur le i-uythme et le mètre , dans Putsch , p. 512.
244 LA QUANTITÉ PIOSOIMQDB CHBZ LES ANCIENS.
aux autres prescriptions dont je viens de parler, ooDtritNiaii à parfoire le rfaythme; mais c'était le rfaythme qû ^ chez eux comme partout» £adsait la véritable harmonie da vers'.
Je l'ai d^ donné à entendre quand j'ai rappelé le changement introduit par Ennius dans la métrique latine *. Od sait qu'il fit adopter les pieds et les vers grecs à on peuple qui ne connaissait auparavant rien de semblable. A qui ierst-on croire que la langue encore grossière des RomaÎDS se soit trouvée tout à point partagée, comme celle des Grecs, en syllabes d'un ou de deux temps, tandis qu*on n'aurait plus retrouvé ce prodige ailleurs, surtout chez les nalîoDs modernes? D est évident que si, chez les Grecs, ces valeun eussent été réelles, on n'aurait pas pu les transpcMter dans une langue où elles n'étaient pas ; c'est parce qu'eDes étaient purement conventionnelles chez un de ces peuf^es qu'on â pu introduire chez l'autre des conventions pareilles, et lui créer immédiatement un système prosodique.
Ce qu'Ennius avait fait à Rome au temps des Sdjmns, Ovide le fit sous Tibère, sur les bords de la mer Noire. Ce poète, exilé à Tomes, vers l'embouchure du Danube, soupirant sans cesse après le beau ciel de l'Italie qu'il ne devait plus revoir, endormait ses chagrins ^i frisant des vers qu'il envoyait à ses amis. Ces vers étaient reçus à Rome avec un empressement et une admiration que les regrets universels augmentaient encore. Mais qu'est-ce pour un poMe que la gloire absente? la gloire à quatre cents lieues? D lui fallait des transports présents, une satisfoction qu'il pût voir, des appkudissements qu'il pût ouïr. Gomment obtenir tout cela, environné qu'il était de Scythes grossiers, ignorants du grec et du latin? D ne pouvait leur parler qu'en leur langue. C'est ce qu'il fit : c'est en langue gétique qu'il com-
> Cette Térité denendra plus claire dus Teiamen spécial de cette karmonie.
* Cî-dessas, p. 228.
posa des vers, a Ne t'étonne pas, écritril à Carus, si mes chants aujourd'hui sont pleins de fautes : que peut-on attendre de mieux d'un poète presque Gète? car j'ai £ût, j'ai honte de le dire y des vers en langue gétique. »
Âh! padet, et getico scripsi $ermone libeUam *.
Et dans quel système, s'il vous plaît, étaient écrits ces vers? Dans le système latin, avec ses brèves et ses longues :
Structaque sunt nostris barbant irerba modis *.
Tel fut pourtant son succès, qu'à la fin de sa lecture, ses grossiers auditeurs, secouant la tète, agitant leurs carquois remplis de flèches, poussèrent pendant longtemps des cris d'approbation', firent des vœux pour le retour de Texilé, et mirent malgré lui sur son iront une couronne consacrée, éclatant témoignage de la faveur publique*.
Quoi donc! y avait-il dans cette Ifi^gue, qui peut-être n'avait jamais été écrite, des syllabes en valant juste deux autres, comme on nous dit qu'il y en avait dans le grec et dans le latin? Non, sans doute : mais il y avait là, comme à Rome, des voyelles accentuées et des voyelles glissantes ; des articulations simples et des articulations doubles, en un mot, des sons analogues à ceux de son pays. Ovide y ajouta cette appréciation arithmétique des valeurs prosodiques qui réglait seulement et ne constituait pas Tharmonie du langage; et ces gens, oyant pour la première fois un rhythme régulier, recevant sous des expressions figurées, des images brillantes et poétiques, furent charmés conmie ils devaient l'être, sans qu'aucun d'eux songeât assurément aux règles factices de la prosodie grecque ou latine.
* Oiià,, Sx Pùntà, \y,i3,i.i9.
" Ovid., Ex Ponto, IV, 13, v. 20.
* ÛTid., Ex Ponto, IV, 13, T. 33 et suif.
* Ibid.
246 LA QUANTITÉ PROSODIQi^E CHfiZ LES ANCIENS.
n y a plus : on n'y pensait pas même à Rome lorsqu'on écoutait et qu'on jugeait les vers prononcés au théâtre ou dans les lectures publiques. J'ai rappelé le grand nombre de licences que les Romains avaient conservées. D y eo avait d'autres qui avaient passé en règles générales , dL qui montrent combien ces prétendues r^es étaient peu de chose pour l'harmonie sensible.
Nous admirons beaucoup la facture de rhexamëtre avec son spondée à la fin. Or, les Grecs et les Romains avaient un hexamèUre particulier nommé miuruij c'estr-à-dire icaurU, parce qu'au lieu du spondée on mettait un !ambe, dont b valeur prosodique est moindre d'un temps. Ces vers n'étaient pas réguliers 9 sans doute , mais l'harmonie sensible en était à bien peu près la mëme^ car Terentien qui les définit, et qui en donne des exemples de lui-même ou du vieux poète Lœvius *, ne remarque pas du tout qu'ils fussent moins agréables que les vers ordinaires.
Si le vers hexamètre et le pentamètre, d'ailleurs, étaient soumis à une mesure exacte , combien n'y en avait-il pas d'autres où Ton pouvait remplacer le pied qui s'y trouvait naturellement par des valeurs théoriquement fort différentes! L'îambique est curieux à ce point de vue-, rigoureusement, il n'aurait dû contenir que des ïambes, des trochées ou des tribraques*, c'est-à-dire que des mesures à trois temps, des pieds à trois semions, si ceux-rd avaient eu réellement une valeur sensible à l'oreille. Or, dans les vers lambiques les moins libres, on acceptait sans façon aux pieds impairs des spondées ou des dactyles, c'est-à-dire dc?s mesures de quatre brèves.
On alla plus loin : on oublia tout à fait les ïambes. Ennios et Attius n'y tenaient pas, même dans les pieds pairs *
* Dans Putsch, p. 2425. Voyez M. Quicberat, Traité de vtrsif. lat , ch. 34.
* S. Augudi., De musica, IV, 4, n" o, p. Ii7.
LA QUANTITÉ PROSODIQUE CHEZ LES ANCIENS. i47
Hic (tambus) et in Atti Nobilibus tritnetris apparet rarus et Enni * ;
et c'est cet excès seulement qui excite les plaintes d'Horace, et lui fiiit dire que des vers ïambiques écrits presque tous en spondées accusent ou l'ignorance ou la paresse de Fauteur \ Hais ces vers composés ainsi en dépit des règles prosodiques , avaient-ils perdu pour cela l'harmonie qui les constituait vers y comme cela aurait été sans doute si le compte des syUabes eût eu cette valeur sensible que nous lui supposons? Mon Dieu y non-, Horace nous affirme que la plupart des spectateurs ne s'apercevaient pas de cette violation de la prosodie :
Mon quivis videt immodukUa poemata/udesD*;
et il recommande pourtant de ne pas fouler la règle entièrement aux pieds, quoiqu'on fût sûr d'être applaudi sans elle * -, exactement comme nous reprochons à un poète négligé d'assembler des rimes douteuses ou illégitimes , quoique la consonnance y puisse être par&ite.
le sais qu'on oppose à cela les passages de Cicéron sur les applaudissements ou les huées de la multitude à Rome, passages d'autant plus connus que le sujet plaisait à cet ora- •leur, qui y est revenu plusieurs fois. « In venu quidem^ dit-il, tota theaira exclamant $i fuit una $yllaba aut bremar out longior*. » Et là-dessus^ nos érudits d'admirer, en dépit d'Horace' et de l'histoire, la délicatesse d'oreille de tous
■ Hor., Jri. jwt., ▼. 258.
• Hor.,i4«po«(.,v.260.
* Hor., Jr*po«(.,T.263.
* Hor., Ars poet,^ t. 265. — Scoppa (Beautés poét. des lang., p. 143) cite avec raison ce passage important.
• Cic. Ora<.,5i,n«173.
' Hor., Ars poet.j v. 247 et suiv.
148 LA QOAIITITÉ PROSOMOUB CHBZ LES AHCURS.
ces spectateurs sans éducation \ brutaux et souvent ivres*, qui faisaient un bruit d'enfer*, et préf&aient aux plus beDes pièces des meilleurs poètes la vue de brillantes ét<rfks *, ks pantomimes* et les combats de ^diateurs.
Cette perfection d'organes serait d'autant (dus admirable qu'il s'agit ici des vers scéniques, où Cicéron avoue qu'oo ne trouvait souvent rien qui les fit distinguer de la prose ' : et c'est là dedans que la populace romaine aurait saisi et sifflé ces nuances de lenteur ou de rapidité dont les hymnes les (dus exercés ne s'apercevaient pas toujours, même dans la poésie héroïque , et qu'ils étaient obligés de mesurer nooseulement à l'oreille, mais par le mouvement des doigts M
Quand on arrive à ces conclusions, il faut s'arrêter court, et se dire que l'auteur n'a pas le sens commun, ou qu'on ne l'a pas compris.
Id le sens de Cicéron est très-vrai et trèfr-exact Seule» ment il a employé des mots mal définis, et qui format un &UX sens chez la plupart de ses lecteurs. Ce qu'il appette des syllabes brèves ou langue$, ce sont plutôt des voix o»verUi ou fermées, comme l'a dans plat e^ tes; l'e dans iticces et rnei*. Nous voyons, en effet, sur nos théâtres des acteurs apporter à Paris l'accent de leurs provinces, substituer un son à un autre, dire effacer pour effacer, méthode pour méUiode, kdreux pour heureux, etc.; alors tout le monde se met à rire; alors, suivant l'expression latine , loto theaira excUmant. Mais une modification dans la vitesse ou
• lIor.,ir«po0|.,T. 224,
• Hor.,J?pii«., Il, 1,200.
« Hor., Bpist., 11, 1, T. 205, 206.
» LiT.,fiift.,Vll,2.
• Or/rf., 55, n» 184.
' Legitimum lODum digiio callemus et anre. Hor., Ars poeL^ v. 272. ' Vojei notre Cours tupériêur de grammaire, t. I, liv. 1, c. 3.
ia lenteur des syllabes s'aperçoit à peine dans un morceau de masique; on ne Ta jamais remarquée si elle n'était exagérée exprès dans une pièce déclamée : et ainsi ce que dit Cicéron, très-naturel et très-ordinaire quand il s'agit du son ou de l'acc^t des voyelles, qu'on appelle souvent , comme il le fiiit lui-même ici, leur longueur et leur briiteté, devient totalement impossible, et on pourrait dire absurde, dans le sens de longueur pu brièveté prosodique, que les traducteurs donnent, pour la plupart, au passage que j'ai cité.
Coneluiion. — Telles sont les réponses aux objections que j'ai indiquées plus haut. Ces objections sont ici examinées au fond , comme toute la question des longues et des brèves -, et c'est ce qui donne quelque intérêt à mon travail *, car si i'avais voulu m'en tenir à la forme, cette discussion était superflue. J'accepte et je maintiens toutes les assertions des grammairiens anciens sur la quantité.
La seule différence entre mes adversaires et moi , c'est qu'ils prennent les mots dans le sens propre, et que je les crois figurés; qu'ils les appliquent au son produit dans la prononciation et perçu par l'oreille , tandis que je les restreins à une valeur de compte pour l'appréciation des vers-, qu'ils leur attribuent une influence directe sur rharmonie du langage et de la poésie ancienne , tandis que je suis persuadé que cette harmonie venait du rhythme , que les pieds contribuaient seulement à la régler, à la maintenir dans des limites et des conditions reconnues favorables.
On voit comment sous les mêmes termes peuvent se dissimuler des opinions diamétralement contraires. Le devoir des philosophes est assurément de dissiper autant qu'ils le peuvent toutes ces obscurités de langage, et c'est ce que j'ai tâché de faire sur ce point capital de la prononciation des langues anciennes.