‹ De San Francisco au Canada, avec un index analytique de l'ouvrageChapitre 20 sur 59 · PUEBLO — IL^NSAS-CITY — SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

PUEBLO — IL^NSAS-CITY — SAINT-LOUIS

Comparez l'allure et le langage de cet homme avec celui de son collègue français. L'un, qui ne se sent là que provisoirement, en attendant Vopporlunily de se lancer dans les affaires et de faire fortune; l'autre, i' content de son sort, ou du moins résigné, et dont le »^seul rêve est d'atteindre le moment de la retraite, une retraite misérable !

Multipliez cet échantillon par des millions de cas pareils, et vous aurez le type général de l'Américain.

De Pueblo à Kansas-City, c'est le désert qui continue, un désert d'alcali, sans une maison à travers les immenses plaines, sans un arbre, sans une herbe. L'État de Kansas a voté des sommes colossales pour amener l'eau des rivières dans ces régions désolées et les fertiliser, comme ont fait les Mormons dans rUtah.

On m'avait prévenu que je ne verrais rien à Kansas- City. Mais ma curiosité est inguérissable. Avoir visité déjà trente villes américaines, constaté qu'en effet elles se ressemblent toutes, et quand même, m'entêter à le vérifier encore par souci de ne rien dire que d'exact, voilà mon cas. Je n'ai, en effet, rien vu à Kansas-City, rien autre que des tramways sans nombre, des maisons comme partout, avec cette différence qu'on y entend, dès neuf heures du matin, par les fenêtres ouvertes, jouer du piano mécanique; une foule plus « ordinaire » que dans les grandes villes d'égale importance de l'Est, une foule plus paysanne et, pour dire le mot, plus vulgaire.

J'ai cherché en vain des monuments dignes d'être regardés, et je me suis finalement contenté d'un étalage de tailleur. Vous ai-je déjà dit que les étalages offraient à retrancher l'une de ses rares distraclions? Celui-là était assez amusant. Des guirlandes de feuilles vertes artificielles couraient d'un complet à l'autre, s'enroulaient autour des cannes, contournaient les chapeaux, s'étendaient sur les plastrons de chemises. Les complets affichés au prix de 15 dollars, arboraient à leurs boutonnières des camélias rouges en papier. J'admirai, sur les têtes de cire des mannequins, des mâchoires debouledogue. Etvoilàqui est caractéristique : on ne conçoit pas dans ce pays une tête humaine, homme ou femme d'ailleurs, qui n'ait des maxillaires de carnassier et un menton de Spartiate.

Je vis encore à un étalage de bijoutier une photographie du président Roosevelt au bas de laquelle on lisait :

< Cette photographie est évaluée à 2,000 dollars ».

Le bijoutier avait piqué sur la cravate de M. Roosevelt un énorme diamant monté en épingle.

A partir de Denver les nègres réapparaissent; on en voit très peu dans le Far West. Nous approchons de la région des grands fleuves, et voici, de nouveau, de la verdure, des arbres, des champs de maïs, des pommiers en fleur. Je rejoins le printemps que j'avais laissé dans la molle Louisiane, abandonné dans les

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