‹ De San Francisco au Canada, avec un index analytique de l'ouvrageChapitre 29 sur 59 · DE SAN FRANXISCO AU CANADA · texte numérisé non relu

DE SAN FRANXISCO AU CANADA

(l'apôtre qui monte jusqu'à ses yeux, petits, perçants^ fasciiiateurs, où se lisent son instinct de domination et une roublardise de paysan madré. Sa voix est forte et claire, sa parole colorée, toute parsemée de métaphores et d'images bibliques, souvent aussi, à l'imitation des prophètes, d'injures et de grossièretés. Sa force physique et son activité mentale sont également extraordinaires. Il travaille vingt ou vingtquatre heures de suite et se compare volontiers à un nouveau saint Paul.

Dowie n'est connu en Amérique que depuis 1888. Né à Edimbourg en 1847, il y vécut jusqu'à l'âge de treize ans. En 1860 ses parents quittèrent l'Ecosse pour se fixer en Australie, ù Adélaïde, où pendant sept ans le jeune homme fut employé dans une maison de commerce. Sa remarquable aptitude pour les affaires et le grand intérêt qu'il portait aux questions religieuses se révélèrent alors. « Dès l'âge de seize ans, dit textuellement Dowie à ses disciples, le Sauveur était déjà pour moi un ami intime et, depuis mon enfance, nous avons continué de nous entretenir et de discourir sur toutes choses. » A vingt ans, en 1867, Dowie revint à Edimbourg, où pendant cinq ans, il suivit les cours de l'Université de théologie.

Sorti de l'Université avec le grade de docteur en théologie, il retourna à Adélaïde en 1872. La même année, il recevait l'ordination et commençait à se mêler avec passion à toutes les polémiques religieuses. Déjà aussi il avait affaire avec la justice. Dowie n'aime pas à se souvenir de cette période de sa vie, et quand on lui en parle, il répond : « On raconte que je n'ai jamais rien fait de bien en Australie, Eh bienl sir Henry Parks, alors premier mi-

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nistre de la Nouvelle-Galles du Sud, m'a offert le portefeuille de l'instruction publique ».

Dowie ne fut pas ministre..., et, en 1878, déjà connu dans toute l'Australie, il annonçait son intention de se consacrer pour son propre compte à l'œuvre d'évangélisation commencée par lui. Un jour que Dowie avait prêché avec enthousiasme sur la nécessité de réédifier le royaume de Dieu, l'un de ses fervents admirateurs lui dit : t Ne serait-ce pas vous, Élie le Réformateur? > Dowie, surpris, protesta d'abord énergiquement, mais l'idée fit son chemin dans sa cervelle, et peu à peu il se persuada que Dieu l'avait envoyé sur la terre pour préparer la seconde venue du Christ.

Lui-même prit soin d'expliquer plus tard l'origine de sa mission dans une déclaration fameuse faite, en 4901, à l'Auditorium de Chicago. Ce jour-là, Dowie se présenta à son peuple comme une troisième incarnation du prophète Élie. Le premier prophète, celui qui était monté au ciel dans un char de feu et qu'il appelle Elijah the Destroyer (Elie le destructeur) avait réapparu sur la terre une seconde fois en la personne de saint Jean-Baptiste, Elijah the Precursor (Elie le précurseur). Quant à lui, Dowie, il est la troisième incarnation d'Élie : Élie le restaurateur {Elijah the Restorer).

Une telle affirmation devait-elle suffire à frapper les imaginations naïves et crédules? Dowie eut des craintes et chercha dans les Évangiles un texte qui, bien interprété, favoriserait ses vues ambitieuses. Il le trouva dans un passage du chapitre 16 de l'Évangile de saint Marc •

« Enfin il (Jésus) se montra aux onze apôtres^

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comme ils étaient à table, et il leur dit : Allez-vousen par tout le monde et prêchez l'Evangile à toute créature humaine.

« Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

« Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui l'auront cru : Ils chasseront les démons en mon nom; ils parleront de nouvelles langues; ils chasseseront les serpents; quand iU auront bu quelque breuvage mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades et ils seront guéris. *

Dowie avait trouvé sa voie. Très renseigné sur les phénomènes de psycho-physiologie, doué d'une grande force de suggestion, soutenu d'autre part par l'autorité du Nouveau Testament, il entreprit de « guérir par la foi ». Il réunit dans sa bibliothèque tous les livres qui attaquaient la médecine et les médecins, se mit en rapport avec des croyants fervents à cette influence divine et créa a l'Association de la guérison par la Foi ». Dowie avait commencé par guérir sa femme de la migraine, mais bientôt les cures devinrent merveilleuses, et il prouvait Fefficacité de l'intervention divine par la guérison rapide des tumeurs et de l'hydropisie, des névralgies, de la goutte, des rhumatismes, etc.

L'affaire, admirablement lancée, donna le branle à un mouvement religieux qui se répandit sur toute l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Puis, Dowie décida de visiter l'Angleterre, et résolut de faire de Londres le centre d'une église qui rayonnerait sur toutes les colonies anglaises. Mais il découvrit, dans un voyage en Amérique, le peuple désigné pour comprendre la « nouvelle parole ».

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Donc, en 1889, Dowie débarquait à San Francisco, en compagnie de sa femme et de ses deux enfants. C'est ici qu'il faut le suivre pour juger de ses audacieuses initiatives et de la folle crédulité de ses adeptes. Tout d'abord ses efforts furent infructueux. San Francisco resta impassible aux prédications enflammées du prophète, Diego, Oakland, Los Angeles et Porlland ne lui firent pas davantage l'honneur de l'écouter. La ville élue fut Chicago, où le prophète et sa famille arrivèrent en 1890.

C'est dans un faubourg, à Western Spring, que Dowie commença à « lutter contre le péché de Chicago » {to fight sin). Il n'était connu alors que d'une poignée de fidèles et de quelques reporters. Mais les récits de ses foudroyantes allocutions furent pour lui la meilleure des réclames, et Dowie sut l'exploiler d'une façon merveilleuse.

Le nombre des adeptes grandit bien vite, et le premier souci du prophète fut de les convaincre de l'obligatici d'obéir aux ordres de Dieu en lui payant la dîme, c'est-à-dire, comme chez les Mormons, la dixième partie de leurs revenus et de leurs gains. L'année suivante, il s'installait à Evanston, dans la banlieue nord, et y restait jusqu'au printemps de l'Exposition. AJors le prophète loua une maison près de Midway (c'était la rue du Caire de l'Exposition de Chicago), et il construisit son premier temple, le Sion Tabernacle n° 1 . Ce fut, bien entendu, une des attractions secondaires de l'Exposition. Mais le nom de Dowie commençait à se répandre, les journaux l'attaquaient, et lui répondait par des sermons semés d'injures et d'invectives pittoresques. Les conversions augmentèrent pourtant, et l'on bâtit deux autres

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