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L'Église exige également que les fidèles coopèrent à toutes les aftaires financières. Et Dowie le premier donne l'exemple à son peuple! « Je fais de mon ministère une affaire commerciale, car Dieu lui-même se retrouve dans tous les genres d'affaires. 11 participe au commerce des grains puisqu'il fournit le blé; à l'horticulture, puisqu'il fournit des fleurs magnifiques. Il s'occupe du commerce des poissons et son marché merveilleux est le vaste Océan; de celui des volailles et de la viande puisqu'il crée les oiseaux et toutes sortes de bêtes. Il dirige même l'industrie électrique et, quand les éclairs traversent le ciel, quelle merveilleuse expérience de pyrotechnie pour les mortels ! >
L'Église est gouvernée par l'administrateur général Dowie, assisté de 4 administrateurs; par 46 aînés ayant à leur tête 2 présidents, 18 évangélistes, 39 diacres, 12 diaconesses et un bataillon de septantes qui, deux par deux, vont de maison en maison prêcher et recruter des adeptes.
En 1895, le nombre de ces adeptes à Chicago se montait à 5,000 environ. L'Église était en pleine prospérité. Dowie créait coup sur coup dès collèges et des institutions charitables, des journaux et des revues périodiques, telles que le Soleil du matin, VÊtoile du soir et surtout les Feuilles de guérison, son grand organe de propagande. Des maisons de publicité furent installées à Londres et en Australie. La Banque de Sion fut créée et Dowie en devint le directeur et le propriétaire.
Elle avait bien ses actionnaires, mais des actionnaires qui ne s'occupaient pas de l'administration, et quand Dowie voulait de l'argent, il pouvait vendre autant d'actions qu'il trouvait d'acheteurs. En 1896,
UN HOMilE EXTRAORDINAIRE 319
grâce aux capitaux amassés, il fondait la « Maison de Sien », sorte d'immense hôtel situé sur le plus beau des boulevards de Chicago, au coin de Michigan Avenue et de la 12' Rue, que je vois tous les jours en sortant de l'hôtel. Des prospectus furent lancés dans toute l'Amérique qui vantaient le confort de la « Maison chrétienne de Tempérance et de Guérison divine » : hôtel de premier ordre, à l'épreuve du feu, eau chaude et froide, bains de porcelaine dans presque toutes les chambres, ascenseurs, assemblées spéciales pour les guérisons trois fois par semaine; défense de boire de l'alcool et de fumer, défense d'introduire dans l'hôtel les poisons des médecins, excellente table, cuisine de premier ordre, service parfait I
La maison de Sion renfermait également les locaux de l'administration générale. Les bureaux de correspondance, finances, dîmes, audience, etc., y étaient installés. Les Aînés, les Évangélistes et leur famille y habitaient, ainsi que le Prophète.
En même temps que Dowie fondait cette vaste institution, il travaillait à la propagation de sa doctrine. Oakland, Melbourne, Tokio, Shanghaï étaient ses principaux objectifs, mais les évangélistes se répandaient aussi dans les États de l'Amérique, dans la Chine, le Japon, la Corée, l'IIindoustan. Il envoyait des représentants en Afrique, au Caire, dans le Transvaal, le Natal et l'Étal d'Orange. L'Europe fut à son tour évangélisée.
Le succès de Dovi^ie n'était pas exempt de troubles et d'incidents.
Il y a trois ans, sa fille mourut. Agée de vingtdeux ans, elle suivait les cours de l'Université de Chicago. Tous les matins, elle se frisait en se servant d'une
lampe à alcool. Un jour, un coup de vent lança son peignoir sur la lampe; ses habits prirent feu, elle eut plus de la moitié du corps brûlé. Dowie, pour la première fois, dit-on, laissa entrer des drogues chez lui. La jeune fille mourut deux jours après.
Les ennemis de Dowie et même ses disciples s'étonnèrent qu'il n'eût pas pu sauver sa fille. Il leur répondit qu'il lui avait toujours défendu de se servir d'alcool, et que sa désobéissance l'avait perdue. Il prouva, d'ailleurs, que son enfant, avant de mourir, avait témoigné de sa faute et s'en était repentie.
Comme on le verra, les dévots du fallacieux charlatan ne furent point découragés par cette billevesée.
Un jour qu'il devait faire, à Chicago, une conférence sur « les Docteurs, les Démons et les Drogues », trois cents étudiants en médecine envahirent la salle, munis de produits chimiques d'odeur nauséabonde, de pierres et de chats morts. Dowie dut se retirer, escorté par la police. Pour se défendre, il créa un corps de solides gaillards, « les gardes de Sion », qui l'escortaient partout où il allait. Mais les troubles continuèrent.
Chassé du faubourg Sud de Chicago, injurié, lapidé, arrêté, Dowie réussit toujours à se disculper et à confondre même ceux qui l'attaquaient. On le considérait alors non seulement comme une curiosité, mais comme un danger public. Les Églises, la police, le bureau d'hygiène, à la suite de ses campagnes contre la vaccine, les médecins syndiqués, tous essayèrent de le supprimer et ne réussirent qu'à le faire connaître davantage. C'était un mal qu'il fallait tolérer. En 1895, l'année de la grande persécution,
Dowie avait été arrêté plus de cent fois 1 Pendant les années suivantes, il ne le fut que rarement.
Pourtant, il songeait à quitter Chicago et méditait te plan le plus hardi qu'un spéculateur puisse rêver.
Ici commença la deuxième partie de son audacieuse odyssée. De nouveau il fit appel à la générosité des fidèles et réunit assez d'argent pour acheter 7,628 acres, environ 3,086 hectares, d'excellentes terres, sur les bords du lac Michigan, à 67 kilomètres de Chicago. Le terrain lui coûta plus de 7 millions de francs. Il le divisa en lots qu'il afferma. Ces lois furent loués pour mille ans, Dowie se réservant ie droit de résilier le bail à n'importe quel moment et de payer au locataire expulsé, sans que celui-ci ait aucun recours, la somme qu'il lui plairait. Le locataire s'engageait, en plus, à obéir à Dowie et à tous les règlements de Sion. Cinq mille de ses adeptes acceptèrent ce contrat paradoxal, le suivirent, et l'on se mit à l'œuvre pour créer la nouvelle ville. Le plan en fut tracé suivant des formes géométriques régulières. Les rues larges de 18 à 45 mètres, les boulevards, de 90 mètres, aboutissaient au centre de ;a ville où s'élevait le temple. Les rues, dirigées de TEst à l'Ouest, furent désignées par des numéros d'ordre. Celles du Sud au Nord reçurent des appellations bibliques et, partant d'Aaron Street, on arrivait à Zabulon Avenue, en passant par Abraham, Tacob et Moïse Street.
En juillet 1901, les portes de Sion furent ouvertes. En mars 1902, la cité organisée était incorporée à l'État de rillinois.
On se demandait à Chicago comment les habitants de Sion City pourraient vivre, puisqu'il ne s'y trouvait