‹ De Scribe à Ibsen: causeries sur le théâtre contemporainChapitre 42 sur 48 · TOBIE · texte numérisé non relu

TOBIE

qu'il exècre pour « ses yeux de vierge et sa face ébaubie » :

Je souperais fort bien de ce petit Tpbîe.

Il viendra, je le flaire ! et d'ailleurs le brochet

De service a crie qu'un blanc-bec approchait.

Un homme est avec lui. Quel homme ? Je l'ignore.

Allons fendre gaîment l'onde fraîche et sonore !

Sans doute pour mieux voir le Tigre aux vastes eaux

Rouler en paix le long des fleurs et des roseaux,

Nos voyageurs viendront s'asseoir dans l'herbe verte,

Et je m'avancerai vers eux, la gueule ouverte...

Quand j'ouvre cette gueule horrible aux dents de fer,

On croirait voir le puits ténébreux de l'enfer.

Tenez, mesdames... Hein ? n'est-ce pas effroyable?...

Mais je suis bien bavard pour un poisson. Que diable !

Il faut être concis. Jeune homme, je t'attends.

Seulement il avait compté sans Raphaël- Azarias qui Toccit d'un coup de sa lance. Mort en tant que poisson, Asmodée émigré vers la Médie, où il va tendre de nouveaux pièges au petit Tobie.

Le jardin de Ragouël. — Il faut dire qu'Asmodée est amoureux de Sara, fille de Ragouël et cousine de Tobie. Sept fois Sara a été mariée, et sept fois, le soir même des noces, Asmodée s'est jeté sur Tépoux et Ta mis à mort. Ce qui fait que maintenant Sara est beaucoup moins demandée. Néanmoins Tobie tentera Fépreuve et grâce, aux conseils d'Azarias, il en sortira vainqueur. Il faut que pendant la nuit qui précédera les fiançailles il reste en prière avec Sara. Mais qu'il évite surtout de s'approcher de la jeune fille; qu'il résiste à la

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tentation et qu'il prouve par là qu'il comprend la sainteté du mariage.

Si l'Eternel a mis Dans l'àme et dans le corps des vierges tant de grâce, Ce n'est pas seulement pour un plaisir qui passe. Vous devez — et l'amour rend bien doux ce devoir — Perpétuer la race élue, afin de voir Vos filles et vos fils conçus parmi la joie Grandir pour le Seigneur et marcher dans sa voie. Il faut que sur la bouche en fleur des épousés La prière du soir chante avant les baisers.

Enfant, le mariage est une sainte chose.

Afin que le regard de l'Eternel se pose Avec tranquillité sur l'épouse et l'époux, Gardez bien la pudeur comme un voile entre vous.

Le quatrième tableau nous montre cette veillée des fiançailles. Placé entre les jeunes gens, et invisible pour eux, Asmodée essaie pour les tenter de tous les moyens : musique enivrante, parfums suaves qui emplissent l'air, éclairages mystiques. Mais Raphaël détruit à mesure l'effet des charmes infernaux. — Et nous pouvons voir au dernier tableau Tobie et Sara, revenant chez le vieux Tobie qui va les unir et les bénir. Puis c'est le vieillard qui recouvre la vue. Et sur le seuil de la maison que le Seigneur a regardée, parait Azarias transfiguré. Tous se prosternent, ou pour mieux dire, ils se prosterneraient s'ils n'étaient pas en bois, et ils entonnent un hymne en l'honneur du Tout-Puissant.

La partie burlesque est de beaucoup la mieux venue dans le drame de M. Bouchor. Je pour-

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raîs néanmoins vous citer des strophes lyriques qui ne manquent pas d'éclat. L'œuvre est, en somme, très curieuse, en sa naïveté cherchée. C'est l'œuvre d'un lettré, qui a peut-être pratiqué Banville plus que la Bible, mais qui est capable pourtant de comprendre le charme poétique qui se dégage des livres saints. C'est par là que le Tohie de M. Bouchor est bien dans le courant de la littérature la plus actuelle. Il y a aujourd'hui un retour très marqué vers l'inspiration idéaliste et mystique ; et à défaut de la piété et de la foi, dont il ne saurait ici être question, l'âme moderne se colore au moins des teintes vagues et douces d'une religiosité renaissante.

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