COMEDIES ET PROVERBES
dévenir la maitresse d'Octave. Mais lui : « Je ne vous aime pas, Marianne, c'est Gœlio qui vous aimait. »
Aussi qui a mieux dit ce qu'il peut tenir clans un cœur de femme d'inconsciente perversité ? On nous a montré maintes fois, et c'est un des lieux communs du théâtre d'aujourd'hui. la femme dépourvue de sens moral, jouant sans remords avec toutes les ruines qu'elle fait. Ces Parisiennes fin de siècle ne sont que de pauvres écolières auprès des Marianne et des Jacqueline. Marianne a vingt ans. Elle est mariée à un vieux juge imbécile. Elle apprend qu'un jeune homme se meurt d'amour pour elle. Mais il se trouve que celui qui s'est chargé de lui transmettre cet aveu de la passion d'un autre est un libertin, qui ne l'aime pas. C'est donc pour celui-ci que tout d'un coup son caprice se déclare, et la froide, l'insouciante, la fière Marianne est tout près de se livrer à qui n'a pas voulu d'elle.
Jacqueline a passé la trentaine. C'est la provinciale qui s'ennuie. Ses rêves ne vont pas tics haut. Elle est contente d'avoir pour amant cet imbécile de Clavaroche. Pour la sécurité de ce militaire, elle expose gaiement un enfant à souifrir et peut-être à mourir. Puis, son caprice ayant changé, elle va tromper Clavaroche avec Fortunio. Après quoi, probablement, elle reviendra à Clavaroche, à moins que le régiment n'ait changé de garnison, anquel cas elle retrouvera un autre Clavaroche
l8 ALFRED DE MUSSET.
qui aura même large encolure, même rire épais, mêmes moustaches cirées. Elle est d'ailleurs fourbe, menteuse, comédienne achevée. En vérité, il n'est point de pire créature que cette Jacqueline ensorcelante. — Et c'est pourquoi Musset est l'un des plus admirables peintres de la femme, l'ayant su montrer à la fois si charmante et si haïssable.