‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 21 sur 67 · J2 EMILE AUGIER · texte numérisé non relu

J2 EMILE AUGIER

Néanmoins ce discours restera fameux dans les annales académiques. Car, s'il était malaisé de s'exprimer dans une forme plus misérable et en plus méchant style, d'autre part on ne pouvait tracer du précédent académicien un portrait moins ressemblant.

Je sais bien que M. de Freycinet n'a pas été élu à titre d'écrivain. Son élection a été une affaire d'ordre purement politique, et, par suite, qui ne relève plus de l'appréciation de nous autres simples littérateurs. On a donné un fauteuil d'académicien au ministre en exercice, comme on donne une perception ou un bureau de tabac aux ministres hors d'emploi. Le ministre de la guerre actuel n'est pas même un orateur. C'est un orateur d'affaires et un ingénieur. On comprend qu'il fût mal préparé pour apprécier un écrivain de théâtre. Il doit aller rarement au théâtre, et, en admettant qu'il y prenne du plaisir, il doit s'intéresser assez peu aux progrès de Fart dramatique... Mais comme il y avait pour lui un moyen bien simple de sortir d'embarras ! Supposez qu'il eût dit en quelques petites phrases courtes, nettes et sèches : « Messieurs, je ne me fais pas plus d'illusions que vous-mêmes sur les droits que j'avais à être de l'Académie. Je dirais que ma place n'est pas ici, si la présence de quelquesuns de mes nouveaux confrères n'était pour me rassurer. L'éloge que je pourrais faire d'Emile Augier manquerait probablement d'autorité. Souffrez donc que je laisse la parole à votre

Page 1