UN ECRIVAIN JUGE PAU UN POLITICIEN
directeur. D'autant que je suis pressé. On m'attend au Sénat. » Ces quelques phrases auraient déchaîné les applaudissements. Mais M. de Freycinet a tenu à l'aire sa harangue. Elle était de dimension moyenne. Elle a semblé interminable. M. de Freycinet lit aussi mai qu'il écrit, d'une voix sans timbre, avec le débit le plus monotone. Si on ne Ta pas sifflé, comme un médiocre acteur de province, c'est que le public de l'Académie a voulu donner une preuve — non de son indulgence, son attitude était assez significative — mais de son extrême politesse.
Il est d'abord des façons de parler niaisement emphatiques, dont il a suffi jadis d'enfiler quelques-unes pour composer le vocabulaire resté fameux de Joseph Prudhomme. Il arrive qu'on les reprenne aujourd'hui pour produire un effet de bouffonnerie. C'est en toute bonne foi, avec sérieux et gravité, que M. de Freycinet emploie ces locutions où sa pensée trouve sa forme naturelle. Le chef-d'œuvre en ce genre est à coup sur la phrase où on nous montre Emile Augier en arrêl comme une bonne bête devant les cinq classes de l'Institut, fasciné par la classe des sciences morales et par celle des inscriptions pareillement : « Emile Augier avait été vivement impressionné en pénétrant dans votre compagnie. Il admirait le rayonnement que l'Institut, avec ses cinq classes, projette sur toutes les branches du savoir humain... » G'esl la perle. <)n ne trouverait pas mieux. Voici Doumic. — Théâtre contemp, o