‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 32 sur 67 · HENRI LAVEDAN · texte numérisé non relu

HENRI LAVEDAN

LE PRLXCE DAUREC.

La nouvelle pièce que vient de nous donner M. Henri Lavedan est très supérieure à celle qu'il lit représenter il y a deux ans à la Comédie-Française : Une famille. Elle témoigne de plus de sûreté de main, et d'une plus grande connaissance du métier dramatique. Elle donne d'ailleurs à penser, à réfléchir, à discuter. Le Prince d! I urec (i) a soulevé de vives polémiques, ce <|iii prouve à tout le moins que la pièce n'esl pas dépourvue de signification et de portée. Une véritable question de droit littéraire se pose et s'impose à son sujet. Mais commençons par en donner l'analyse aussi précise et serrée qu'il nous sera possible.

C'est chez l<i prince d'Aurec, au milieu des préparatifs d'une grande l'été, un bal costumé, qui doit avoir lieu le soir même. La toile se

iderille, fui]

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lève sur les réclamations d'un fournisseur qui semble tenir beaucoup à se faire payer, et trouver surtout qu'on lui fait attendre depuis trop longtemps son argent. Une fois encore on l'éconduit avec de bonnes paroles ; et les domestiques étant restés seuls, leurs ricanements sonnent le glas de cette antique maison qui craque de toutes parts. — Un bout de dialogue entre la princesse et un reporter venu aux renseignements. — Puis c'est l'entrée du prince. Il a la mine singulièrement longue. C'est que la nuit a été dure. Il a perdu au jeu la bagatelle de quatre cent mille francs. Il n'a d'ailleurs pas le premier sou pour payer. Le crédit fait défaut sur toute la ligne. Il y a bien les expédients, comme celui qui consisterait à vendre l'épée du connétable d'Aurec, un meuble de famille joliment coté chez les brocanteurs : mais cela serait tout à fait insuffisant. Et il faudra bien que le prince ait recours au moyen qui lui a déjà plusieurs fois servi, et qui est de s'adresser à sa mère, la richissisme duchesse de Talais. Celle-ci, qui est née Piédoux et donc issue de la roture la plus roturière, est d'autant plus entichée de noblesse, et capable de tous les sacrifices pour sauver l'honneur de la caste où elle est entrée. Cependant les familiers de la maison commencent à arriver. Un petit cousin de province, le vicomte de Montrejau, venu tout exprès pour régler un divertissement sensationnel : une pavane, dont on parlera. Il est très affairé et grandement inquiet. C'est un

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type d'imbécile inoffensif, la tète cruellement vide, mais tout de même qui a bien de l'esprit quand il danse. — Un homme de lettres, Montade, romancier psychologue, ainsi que tous les hommes de lettres qui fréquentent les salons. — Un banquier juif, le baron de Horn. Avec ce dernier, la princesse a un court entretien, mais qui est plein de signification. De Horn remet à la princesse un chèque de deux cent mille francs, représentant la somme dont elle a besoin pour acquitter des dettes criardes.

Ici se place une grande scène, la conversation-conférence où l'auteur a pris soin d'exposer sa théorie et de dégager la leçon de son œuvre. Montade et de Horn, dans un tète-à-tète où les confidences appellent les confidences, s'expriment d'autant plus librement sur le compte de cette haute société où on les reçoit, qif ils ont conscience d'y être tolérés plutôt encore que reçus. Ce qu'ils reprochent d'abord à l'aristocratie, c'est d'être une classe d'inutiles : m A quoi servent-ils à présent? Les lettres, les arts, les sciences n<- les dérangent guère ; en dehors de la race chevaline, ils n'encouragent pas ; et >i on les laissait faire, ils arrêteraient tout. Inutiles, vains, frivoles et aigris, ce n'est plus qu'une classe artificielle et isolée dans la société, une classe <l<i luxe, toute craquelée, qui Be décompose brillamment sous ses harnais et qui va tomber demain en poussière. » Les gens d'honneur et de valeur s'y font de plus en plus rares. C'esl l'exception. « Pour un duc brillant

Duumic. — Théâtre conteinp. 11

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