LE MAITRE. 20 I
maître, ils courbent à nouveau la tète, et reprennent tout naturellement leur attitude d'animaux soumis et peureux. S'ils essaient de l'influencer, c'est sournoisement et en dessous, par un système d'insinuations et de calomnies. Ni véritable respect, ni affection, ni rébellion, mais de l'habitude et de la crainte.
Très fouillé, le caractère du vieux Fleutiaut a presque la valeur d'un type. C'est le paysan âpre au gain, rusé, madré et processif, et qui. ajoutant un lopin de terre à un autre et une pièce de Luzerne à un champ de blé, est arrivé à devenir le plus gros propriétaire de l'endroit. Jaloux de son autorité, il est chez lui « le maître plus encore qu'il n'est le père. C une caboche solide, et c'est aussi un cerveau étroit, accessible à peu d'idées, mais où germe comme sur son terrain naturel ce sentiment habitue] aux gens de la campagne : la méfiance. — Et peut-être n'est-ce pas la première fois qu'on représente le paysan sous ces traits. et tout.- c- -s remarques ne sont-elles pas très neuves; qu'importe, si elles sont justes, et si le personnage qu'on nous montre a l'aide de pi océdés est bien vivant !
In point encore est très digne d'être remarqué. Vous savez que, d'après la poétique moderne, <'ii ne doit plus mettre d'action dans les piè( es de théâtre. M. Jullien s'est conformé à cette règle nouvelle, aussi absolue que put être jadis la règle des trois unités. Il n'y a dans le Maître que des croquis de mœurs; ce