Ô2 JEAN JULLIEN
n'est qu'une étude de paysans. L'auteur peut affronter sans rougir le jugement des plus intransigeants parmi ses amis. — Mais si vous voulez y regarder d'un peu plus près, vous verrez qu'à défaut d'une intrigue savamment ménagée, nouée, embrouillée et dénouée enfin, il y a du moins dans le Maître ce qui est essentiel et ce que nous réclamons comme une condition nécessaire de l'art, c'est un lien moral, c'est l'unité provenant du développement d'un caractère qui se crée à lui-même son milieu et engendre les faits. Le père Fleutiaut pense qu'il s'en va mourir; et alors voici que la pitié, pour la première fois sans doute, entre dans son cœur; il s'adoucit, et, lui qui a la haine du vagabond, il accueille un passant sous son toit. Convalescent, tout h la joie de revivre et d être encore le maître de son domaine, mais encore remué par la secousse de la maladie récente, il s'attendrit, il est bonhomme, facile à vivre, reconnaissant, et il veut que tout le monde autour de lui soit heureux. Enfin quand il a entièrement recouvré la santé, et qu'il se sent hors des atteintes du mal, il revient tout à fait à sa vraie nature ; le voici de nouveau égoïste, avare, brutal, et il jette à la porte l'étranger, qui aussi bien, n'étant ni de la famille ni du pays, ne peut, à quelque titre qu'on l'ait accueilli, être qu'un intrus. — Ne trouvez-vous pas qu'il y a dans tout cela bien de la suite, et une logique bien sen <
HENRY GEARD
Il y a clans la pièce de M. Henry Géard une étude de mœurs d'une justesse de ton et dune finesse de nuances tout à lait rares. H y a une analyse de sentiments à la fois très délicats et très simples. Il y a encore, se dégageant des faits, une philosophie douloureuse et qui s'interdit tout de même les déclamations et les éclats de voix. C'est ce qui fait de cette comédie une œuvre si attachante. Les gens de métier y pourront sans doute signaler des défauts de construction. J'en aime les allures monotones et Lentes et la marche assourdie. Et je goûte fort (<•( arl avec lequel l'écrivain a choisi des teintes <l<- grisaille pour rendre la grisaille d'existences modestes, de sentiments discrets, et de drames communs.
I ii familier de Balzac pouvait seul nous in-
i Tii '.'iir • Libre, jam ier 1889