‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 49 sur 67 · b HENRY CKARD · texte numérisé non relu

b HENRY CKARD

goûts, dans ses façons de voir et de juger, ils retrouvent les traces de leur influence. Il leur semble que la séduction de la jeune fille est un peu leur œuvre. Ce sont peu à peu des liens qui se forment, très subtils et très doux.

De quelle nature d'ailleurs sont ces liens? Cette intimité n'est-elle pas un peu trop tendre? Et n'y a-t-il pas lieu de craindre que, par une pente insensible, cette intimité ne mène à l'amour? — Mme Harquenier connaît trop la vie pour ne pas apercevoir ce danger. Pourquoi donc a-t-elle laissé ces jeunes gens prendre dans la maison une place qui maintenant est trop grande? C'est d'abord qu'elle n'avait pas beaucoup le choix et que les deux femmes étaient reconnaissantes de cette sympathie qui venait à elles. Mais voici en outre ce qui rend la conduite de la vie si difficile et fait la vie du cœur si pleine de surprises. Les commencements des choses nous échappent. Nos sentiments ne nous apparaissent que lorsqu'ils sont formés. Mais alors il est trop tard. Nous ne sommes plus libres. Nous sommes déterminés par ce travail qui s'est fait en nous, sans nous et à notre insu. Nous sommes liés par des engagements que nous avons pris sans vouloir les prendre.

Le fait est que Bernaud aime Henriette et qu'il en est aimé. C'est pourquoi celle-ci, loyale et franche, et qui, à la manière des femmes, ne comprend guère les compromis, demande à Bernaud comment il se fait qu'il laisse s'accom-

plir un mariage qui devrait lui sembler odieux. La réponse n'est que trop aisée. Quand on a deux mille francs pour vivre, onpeutbienaimer, mais on n'a pas le droit d'épouser celle qu'on aime et qui vous réserve peut-être une nombreuse lignée d'enfants. Au cours de l'entretien, Bernaud est amené à avouer qu'il a une maîtresse. C'est une toute petite maîtresse, pas encombrante et pas exigeante, et dont une fiancée ne doit guère prendre d'ombrage. Et Bernaud trouve pour expliquer cette faiblesse où son cœur a si peu de part un peu mieux qu'une excuse. C'est par mesure de prudence qu'il a pris cette maîtresse, et pour se mettre en garde contre lui-même. « Je ne voulais plus vous parler, de peur de vous parler autrement ([lie je n'aurais dû. Mais nous avons tous au fond du cœur je ne sais quoi de tendre que, bon gré, mal gré, il nous faut exprimer, n'importe à qui... » Mais, excuse ou prétexte, ce sont raisonnements qu'une jeune fille ne peut et qu'elle ne doit pas comprendre. Elle ne sait pas combien «le choses si différentes on désigne sous ce même nom d'amour. Et quand elle apprend que Bernaud aime ailleurs elle sent se Paire en elle un écroulement.

Le mariage avec Piétrequin a manqué. Car 1! se trouve que le Piétrequin n'est pas l'honnête homme el !<• commerçant solide qu'on croyait. Il a fait une faillite qui le déshonore... Congédié par Henriette, Bernaud a été très malade. Il revient, ou Henriette le rappelle. Elle l'épou-

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