‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 51 sur 67 · LES JOBARDS · texte numérisé non relu

LES JOBARDS

sans devenir les complices d'une indélicatesse. A combien se monte la somme dont mon père serait aujourd'hui redevable? — A sept ou huit cent mille francs environ. — Nous vous prions donc, monsieur, de faire prévenir les héritiers Fauchart que cette somme leur sera restituée intégralement. Nous paierons jusqu'au dernier sou. — Comme il vous plaira. » En sortant, l'homme de loi ne peut réprimer un : « Ma parole! ils sont fous. » C'est sur ce mot que se termine une scène excellente, menée avec une sûreté, dessinée avec un relief et une précision des plus remarquables.

Vainement M. Gallois, qui connaissait de longue date l'histoire du procès, s'efforce à ramener les Bonnardel à une plus juste appréciation des choses. Vainement il essaie de faire taire les scrupules de leur conscience, en leur donnant pour garantie l'autorité de sa propre conscience à lui, Gallois. Vainement il supplie et il s'emporte, représentant à Henri, que dans ces conditions, le mariage ne saurait plus tenir, et que, par ce bel élan de niaiserie chevaleresque, c'esl donc son bonheur et celui d'Aline qu'il sacrifie. Henri ne veut rien entendre : il ne sait rien que son devoir, si nettement écrit... Mais voici Aline elle-même. Elle a été informée du sacrifice de Henri: elle l'en approuve, et elle l'en admire. — « Ah! mon Aline chérie, je savais bien! — Pouviez-vous douter de moi un seul instant? Nous ferons des économies, voila tout. Ce sera même très amusant. Vous verrez.

o-() A. GUINON ET M. DENIER.

Au lieu de deux dîners par semaine, nous n'en donnerons qu'un. Je connais une couturière qui, pour trois cents francs, tout au plus, fait des robes très convenables, une modiste qui donne à quatre-vingts francs des chapeaux très suffisants. Nous nous contenterons d'une voiture au mois... — Mais, mademoiselle, vous n'avez pas compris. Ce dont vous me parlez, c'est l'aisance. Ce que je vous apporte, c'est la misère. Je suis ruiné. Votre père refuse de vous donner aucune dot. Nous n'avons rien! » L'effet est immédiat. C'est une douche d'eau froide sur les velléités de sacrifice d'Aline. « Ah! dit-elle en partant, s'il vous était resté vingt mille livres de rente! »

Et il se pourrait que cette dernière scène fût la plus mal venue de tout l'ouvrage. Les auteurs l'ont développée avec une insistance, traitée avec une lourdeur pour le moins inutile et qui surprend.

Que si les Jobards étaient terminés ici, voui voyez bien ce que serait cette comédie : uni comédie non sans valeur, exécutée suivant 1; formule du moderne théâtre réaliste, une variation suffisamment ingénieuse sur le thème de l'égoïsme et de la lâche férocité du monde. Le procédé y est visible, et cela diminue d'autant la portée de l'œuvre. Les personnages sont vrais, mais d'une vérité trop complète el trop continue, trop tranchée aussi et sam nuances. D'un côté les habiles, c'est-à-dire les coquins : Gallois, manière de forban cynique

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