‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 55 sur 67 · MARJOLAINE · texte numérisé non relu

MARJOLAINE

Va. je suis bien heureuse; et je perdrai la tète Lorsque les violons, jouant des airs de fête, Viendront me réveiller à l'aube du grand jour; Mais je rêve à Jésus qui près d'ici repose, Et tout au fond de moi je ressens quelque chose De plus doux que l'amour.

NOËL. 3o5

Les bergers s'en vont adorer l'enfant divin, non sans avoir préparc pour le retour un copieux réveillon. Les détails sur la mangeaille forment la partie comique du Mystère.

Jusqu'ici nous n'avons guère vu que des tableaux d'idylle charmants par la simplicité et la familiarité. Mais il faut que nous partions sur une forte impression religieuse et tout pénétres de la grandeur de cette vérité que le Sauveur est venu apporter au monde. C'est pourquoi dans la dernière partie de Noël le sentiment s'élève, la poésie prend plus haut son vol, le vers devient plus éclatant et plus vigoureux. Au troisième tableau, on nous montre les rois mages anxieux parce que l'étoile qui jusqu'ici les guidait a disparu. Mais quoi!

Celui qui, de ses mains, dès le commencement, Enchâssa dans le pur cristal du firmament

Aldébaran et Bételgeuse, Lui par qui votre Etoile éblouissante a lui N'avait-il pas le droit de rappeler à lui

Cette immortelle voyageuse?

C'est à coup sur une épreuve à laquelle Dieu a voulu les soumettre. Et parce qu'ils n'ont pas douté, ils sont récompensés. Car l'étoile, la vivante étoile luit de nouveau sur le lac bleu du ciel. — Au dernier tableau, l'Adoration. La crèche apparaît toute resplendissante de lumière. La Sainte Vierge est assise serrant dans ses bras Jésus endormi. Saint Joseph, debout auprès d'elle, tient un lis

3o6 LES MARIONNETTES.

à la main. Les bergers et les mages, agenouillés, offrent leurs présents. Et tous ils ont la funèbre vision de l'avenir : auprès de Jésus naissant, ils songent à Jésus crucifié. — Afin de rendre plus poétiques encore les gracieux rêves qui prenaient forme devant nous, M. Bouchor a voulu joindre au charme des vers celui de la musique. On chante beaucoup dans le Mystère de la Nativité. On chante de doux airs très simples : un Noël à la fin du second tableau, au dernier tableau une berceuse qui accompagne en les rythmant toutes les paroles de la Vierge. On a beaucoup goûté les mélodies d'un tour archaïque de M. Paul Vidal. Même, dans la salle, il est arrivé qu'on les reprît en chœur. Et c'est là ce résultat que j'admire: avoir réussi à assembler l'élite du Tout-Paris blagueur pour lui montrer le petit Jésus et pour lui faire chanter des cantiques, comme en chantent les enfants dans les catéchismes...

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