‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 6 sur 67 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

qui ne nous induit pas à réfléchir. Un roman ou une comédie, ce n'est qu'une déposition de témoin sur la vie. Tout écrivain est tenu, d'après l'épreuve qu'il a faite des choses et d'après les dons qu'il a reçus, d'apporter son tribut à ce trésor d'expérience que les hommes se lèguent et qu'ils confient justement à la littérature.

J'emprunte des exemples à quelques œuvres récentes. Une jeune fille d'esprit distingué, de sentiments délicats, se résout, parce qu'elle est pauvre, à épouser un homme qui lui apportera le bien-être matériel. Le mariage ayant manqué, elle va épouser l'homme qu'elle aime ; elle découvre qu'il a une maîtresse; elle le congédie, puis elle le rappelle. Par quels sentiments a-t-elle passé? Tel est le sujet des Résignés de M. Henry Céard. La conclusion est que cette vie n'étant ni tout à fait bonne ni tout à fait mauvaise, la sagesse consiste à se résigner, et à savoir que le bonheur n'est fait que d'à peu près. — Un blasé, pour se rattacher à la vie, imagine de se dévouer au bonheur d'autrui. Quels sentiments l'y amènent? Il ne réussit d'ailleurs, avec ses velléités généreuses, qu'à faire souffrir. Car c'est une science que de faire le bien et il n'y suffit pas du caprice d'un scep-

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