‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 64 sur 67 · LA DAME DE LA MER · texte numérisé non relu

LA DAME DE LA MER

lique. On parle aujourd'hui beaucoup du symbole : on en parle à tort et à travers ; on en use avec indiscrétion; on arrivera à le discréditer pour un temps. Ce sera dommage. Le symbole est une traduction de la vérité plus large et plus compréhensive que n'en serait l'expression dépouillée, toute sèche et toute nue. Ce qu'il conserve d'inexpliqué et d'indéterminé et de vague et de flottant est justement ce qui en fait la valeur, et qui lui donne sa portée. Car la vérité dépasse toujours ce qu'il nous est permis d'en apercevoir avec netteté. Nous La diminuons et nous la rétrécissons pour la faire entrer dans nos formules précises. Elle retrouve dans le svmbole sa largeur. Le svmbolisme, c'est l'imagination s'ajoutant à la raison; et l'imagination elle aussi est une faculté de découverte. Les grands savants sont en même temps de grands poètes. Le symbolisme met en œuvre certaines analogies qui relient le monde intérieur avec le monde extérieur. Il ne nous considère pas comme des êtres isolés. Et il rétablit ainsi l'harmonie qui unit tous 1rs éléments de la multiple Nature, vl toutes les parties du grand ensemble...

L'idée qu'Ibsen a voulu traduire est la suivante. lin- jeune ûlle porte en elle un rêve d'amour. Elle fait un mariage de raison. Le désir <le je ne sais quel bonheur, qui lui ésl resté inconnu, grandit en elle. Toutes les contraintes ne sauront qu'exaspérer ce désir-. Tous les remèdes et tous les soutiens ne l'ai-

deront qu'à se perdre. Mais si elle regarde en face le danger, si elle comprend qu'elle est libre et qu'elle est responsable, elle peut être sauvée... On voit assez bien dans quelle forme un maître de notre scène aurait pu traduire cette idée. Voici la traduction tout à la fois symbolique et réaliste qu'en a donnée Ibsen.

Ellida est une malade. On nous renseigne sur son tempérament. On nous dit quels éléments obscurs s'agitent en elle et sont comme le fond de sa nature. Sa mère est morte folle. Elle est d'une race de marins. « Les gens qui demeurent près de la grande mer forment comme un peuple spécial. C'est presque comme s'ils vivaient de la vie même de la mer. Il y a une ondulation, une sorte de flux et de reflux, aussi bien dans leurs pensées que dans leurs sentiments. » La fille du gardien du phare de Skjoldviken est née auprès de la mer et a vécu longuement devant elle. Elle l'aime d'une étrange sympathie. Elle se baigne chaque jour dans l'eau du fjord et elle éprouve à de certains jours que l'eau du fjord est malade. La mer fait pour ainsi dire partie de son être. C'est pourquoi on l'appelle la Dame de la Mer.

Etant jeune fille, elle a pu éprouver de l'affection pour quelqu'un des jeunes gens qui l'entouraient, et par exemple, pour le doux professeur Arnholm. Ce n'était pas l'amour, l'amour irrésistible aux violences de tyran. Or, un jour un étranger est venu. D'où venait-il et qui était-il? On ne sait et cela n'importe

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