‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 65 sur 67 · LA DAME DE LA MER · texte numérisé non relu

LA DAME DE LA MER

pas. Son vaisseau a émergé soudainement de la brume. Son nom même est d'un être irréel. Il s'appelle Freeman,ce qui veut dire: l'homme libre. Il est celui qui est en dehors des lois établies et des conventions de la société. Aussitôt qu'il est apparu, Ellida Ta reconnu. Il lui a semble qu'ils étaient tout deux de même nature, qu'ils avaient mêmes instincts et mêmes goûts, et que la pensée de l'un s'achevait chez L'autre. Leur parole se faisait écho. Ils parlaient de la mer, des tempêtes et des temps calmes, des nuits sombres et des jours ensoleilles. « Mais nous parlions surtout des baleines et des phoques, qui se traînent sur les écueils aux rayons du soleil; puis des mouettes, des aigles et. de tous les autres oiseaux de l'Océan. » Il exerçait sur elle un ascendant auquel elle n'essayait pas même de se soustraire. Il disait : il faut. Et elle voulait en effet ce qu'il voulait. 11 lui contait qu'il avait commis un crime,

—une. Et elle ne savait si c'était bien ou mal. mais elle ne doutait pas qu'il n'eût agi comme il devait. Et il voulut qu'il y eût entre eux d'étranges fiançailles : « Il tira de sa poche un amuau d ola de son doigt une bague qu'il portait toujours. Puis il relira également de mon doigl une petite bague que j'avais et enfila (<■> deux bagues, la sienne et la mienne, dans l'anneau, en disant que nous devions maintenant nous marier tous deux avec la mer. Il pril alors l'anneau avec les deux bagues et les lança au loin dans la mer,

Doi mm:. — Théâtre conteinp. 21

L'étranger est parti, voilà des années. Ellida ne l'a pas oublié. Elle n'a pas cessé de subir son influence. On lui a dit qu'il était mort. Mais elle sait bien que cela n'est pas vrai. Elle sent qu'elle est au pouvoir de cet homme, que cette volonté est sur elle. Et c'est bien cela qu'elle trouve horrible. « L'horrible, c'est ce qui effraye et qui attire en même temps.... )> Elle s'est mariée. Elle a fait effort pour aimer son mari. Elle n'a point chassé l'horrible souvenir. Même elle est en proie à des hallucinations. A de certaines minutes, elle revoit l'étranger, tel qu'elle l'a vu au jour de leurs fiançailles. Cela date du temps de sa grossesse. Un enfant lui est né qui est mort depuis. Elle songe avec terreur à un phénomène qui aussi bien n'étonnera nul médecin. « Comment expliquer ces yeux énigmatiques de l'enfant?... Les yeux de l'enfant changeaient de couleur en même temps que la mer, suivant qu'il faisait beau ou mauvais temps... L'enfant avait les veux de l'étranger. »

Les deux premiers actes sont consacrés à nous montrer Ellida dans la maison de son mari. Celui-ci est un médecin, le docteur Vangel. Il a deux filles nées d'un premier lit, Bolette et Hilde. Il est excellent. 11 aime sa femme d'une tendresse apitoyée. Il la voit malade. Il tie de la soigner. Jusqu'ici d'ailleurs il ignorait cette histoire de l'étranger. Mais aujourd'hui Ellida éprouve le besoin de tout lui raconter. Car sans doute un pressentiment l'a

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