CHAPITRE III LA DÉCLARATION DE GUERRE
Sofia, 18 octobre.
Sofia n^a pas présenté en ce jour de déclaration de guerre de physionomie bien différente de celle des autres jours de la semaine. La rue a gardé son animation restreinte. Les gens circulent, allant à leurs affaires comme si rien ne s'était passé, rien n'allait se passer. Cela choque un peu mon romantisme. Quand j'ai mis le nez à la fenêtre ce matin, je m'attendais à quelque chose d'anormal, à des rumeurs guerrières, à une impression d'immense angoisse et de fièvre. C'était évidemment un peu enfantin. La guerre n'est pas ici, elle est à la frontière, et depuis longtemps les régiments ont rejoint leur lieu de concentration. Pourquoi les étudiantes, qui s'en vont par deux ou trois vers la rue Legay, modifieraient-elles leur petit pas trottinant ? Pour-
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quoi les trois ou quatre cochers qui stationnent près du Jardin public prendraient-ils des attitudes belliqueuses et héroïques ? Les Bulgares sont gens froids et pratiques. La guerre est déclarée, oui, mais ce n'est pas une raison de s'affoler. Sur quelques monuments publics, on a collé de grandes affiches blanches que décore en leur sommet l'écusson royal : le lion debout, flanqué de deux autres lions qui tiennent Tétendard aux trois bandes. Les groupes sont peu nombreux devant ces affiches dont voici d'ailleurs la teneur :
Bulgares!
Au cours de mon règne de vingt-cinq ans, j'ai toujours cherché, dans un paisible travail de culture, le progrès, le bonheur et la gloire de la Bulgarie, et c'est dans cette direction que je voulais voir marcher constamment la nation bulgare. Mais la Providence en a jugé autrement. Le moment est venu où la race bulgare est appelée à renoncer aux bienfaits de la paix et à recourir aux armes pour la réalisation d'un grand problème.
Par delà le Rilo et le Rhodope, nos frères de sang et de religion n'ont pas eu le bonheur, jusqu'à ce jour, trente-cinq ans après notre libération, d'acquérir une vie humaine supportable. Tous les efforts faits pour atteindre ce but, aussi bien par les grandes puissances que par les divers gouvernements bulgares, ne réussirent pas à créer des conditions permettant à ces chrétiens de jouir des droits et de la liberté accordés à tous les humains.
Les larmes de l'esclave balkanique, le gémissement des