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CHAPITRE IV LA PRISE DE MUSTAPHA-PACHA

Le lendemain matin, 19 octobre, nous apprenions la prise de Mustapha-Pacha. Les opérations avaient donc bien commencé sans nous, malgré les pro^ messes qu'on nous avait faites. On nous avait même laissé entrevoir la possibilité d'un train spécial qui nous conduirait à la frontière pour assister à son passage par Tavant-garde de Parmée. Chimère ! Ce n'est que le 28 octobre que je devais arriver à ce même Mustapha-Pacha, en avance d^ailleurs de quelques heures seulement sur mes confrères. Sur cette première partie de la guerre, je ne puis que m'en rapporter à ce qu'on m'en a dit et je me bornerai à ce récit que me fit M. Franghia, revenu le dimanche soir 20 à Sofia.

« Le général Eirkof qui dirigeait la manœuvre avait réparti ses troupes en trois groupes pour

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cerner Mustapha-Pacha. Les deux premiers suivaient les deux rives de la Maritza, le troisième, agissant à Touest par Eftrem et Gradiste, devait prendre Mustapha -Pacha à revers par le sudouest. Les opérations des deux premiers groupes furent faciles ; ils ne rencontrèrent rien devant eux, Mustapha-Pacha ayant été évacué par les troupes turques^ suivies des musulmans et des juifs de la ville. Seul, le troisième groupe, qui opérait le mouvement tournant, essuya le feu de la petite garnison du fortin de Eourt-Ealé qui, sur la crête des monts Bestepedag, à 703 mètres d'altitude, défend la frontière. L^assaut du fortin fut fait à la baïonnette ; les cinquante Turcs et Tofficier qui les commandait furent tués ou blessés ; il y eut quatorze blessés du côté bulgare.

« Après le Te Deum à Téglise de la Sainte-Vierge où il avait lu lui-même la proclamation à Tarmée :

Les souffrances inouïes de nos conationaux dans l'empire ottoman, qui depuis longtemps tourmentaient nos cœurs, ont provoqué une juste indignation dans notre nation.

Tous les moyens pacifiques pour améliorer dans la mesure du possible la vie de ces martyrs, nos frères par le sang et par la religion, étant épuisés, nous, interprète fidèle des aspirations nationales, nous ne pouvions pas rester indifférent à leurs gémissements, et appuyé par notre nation bienaimée, nous avons ordonné à notre brave armée de passer la

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frontière et d'engager la lutte contre Tennemi séculaire.

Notre œuvre est sainte et humanitaire. Dans ces moments

décisifs pour le sort de notre patrie bien-aimée, nous sommes

sûr que les hommes de tous grades de l'armée se pénétreront

de l'importance de leur mission et justifieront les espoirs

r que la nation fonde sur eux.

En avant, avec Taide de la Croix et de nos armes ! Que le Dieu de justice soutienne notre main et notre droit !

le roi avait quitté dans la matinée, en automobile, Stara-Zagora, se rendant à la frontière. Il était accompagné d'une quinzaine de personnes, ^ dont les princes Boris et Cyrille, le président de la Chambre, M. Danef, le général en chef Savof, M. Dobrovitch, chef du cabinet ; le général Markof, aide de camp ; les généraux Ivanof et Ratcho Petrof; M. Tchapratchikof, secrétaire particulier; le capitaine Nicolof ; M. de Bourboulon, maître de la cour, et moi.

« Ferdinand P' arriva à Tirnovo-Seymen à midi et entendit le rapport du général Ivanof ; à une heure, il repartait pour Harmanly et Belitza, petit village à douze kilomètres de la frontière; là il quitta son automobile, et pendant deux heures regarda de la hauteur voisine de Karaoulat. On distinguait très bien à la jumelle la gare frontière de Mustapha et les bâtiments blancs des caserne-

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ments turcs. Sur la droite^ au delà de la frontière, on pouvait apercevoir, derrière un groupe de maisons du village de Mezek, des masses sombres d'infanterie qui se dirigeaient vers Mustapha : c'étaient les bataillons qui avaient pris part à rengagement de Kourt-Kalé (la Redoute des Loups). Par instants, une lame de sabre brillait au soleil, et puis derrière la troupe, un petit nuage de poussière soulignait la marche en avant. Gomme le roi discutait avec les généraux ou expliquait à ses fils la manœuvre, on vit déboucher à travers champs trois charrettes qui, venant du village de Lozen, cherchaient à gagner la grand'route. Le roi, après avoir regardé avec sa jumelle, se tourna vers le petit groupe qui Tentourait :

« — Messieurs, dit-il avec émotion, je vous félicite \ voici le premier sang versé pour nos frères chrétiens de Macédoine !

« Et il s'avança à la rencontre des blessés qui appartenaient à la T compagnie du 3® régiment de Chipka (IP corps d'armée, général Ivanof). Ils avaient des blessures au côté, au bras ou à la bouche ; on s'empressa autour d'eux ; le roi Içur

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