‹ De Sophocle à MistralChapitre 2 sur 8 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

milliers dans ces solennelles enceintes îuie élite intellectuelle et ces fermes paysans, granit de la France, noits étions jyliis heureux que d'avoir publié quelque livre éphémère. Cultiver les pures semences de Sophocle ou de Corneille, aider à la bonne volonté de nos nouveaux poètes cela ne valait-il pas mieux qu^ balbutier trop tôt des phrases incertaines f

Lorsque nous applaudissions aux écrivains qui restaurent (sans offenser en rien les libertés bien définies du citoyen) les disci^ylines intellectuelles et sociales nous songions à forger une âme à la fois plus souple et plus mâle à la France. Lorsque nous recherchions le sens et les origines réelles de sa civilisation sur la Méditerranée, nous éloignant ainsi des tendances vers Vesprit germanique^ nous préparions des armes, des armes spirituelles, mères de toutes les \iutres.

Lorsque la gazette « Montjoie ! » de notre ami Canudo, à la fondation de laquelle nous, collaborions, inscrivait cet exergue : ii organe de V impérialisme artistique français » ne combattionsnous point déjà pour la prééminence de V intelligence et du goût français, sans, d''ailleurs, rêver d^aucune oppression politique ou militaire ?

^T'y avait'il pas enfin certaine lucidité et je ne sais quel frisson précurseur dans cette page que le Feu publiait à propos de la commémoration de Bouvines en avril 19î3 :

« Nous voulons célébrer Bouvines parceque nous sommes à riieure périlleuse où il convient d'exalter nos victoires. Celleci est entre toutes, sinon la plus belle, la plus significative.

C'est à Bouvines que s'affirma nettement le patriotisme

français déjà tâtonnant sous Louis VI ; c'est à Bouvines que les milices populaires de France collaborant avec les clievaliers furent pour la première fois victorieuses des traditionnels envahisseurs allemands et septentrionaux ; c'est après Bouvines qu'un grand frisson de fierté et de joie, né d'une même <:ause, parcourut toute la terre des Gaules devenue, par ce spasme, la France ; et c'est après Bouvines que l'on vit un saint, Saint-Germain d'Amiens, apparaissant aux fidèles qui lui reprochaient de n'avoir pas protégé contre les flammes la cathédrale placée sous son invocation, leur répondre par ces simples mots : « J'étais à Bouvines ! ». Magnifique témoignage qui montre combien, dès lors, le souci national l'emportait sur toute autre préoccupation.

Aussi devons-nous chercher dans les anciennes victoires qui nous constituèrent le secret des victoires qui nous maintiendront. Aujourd'hui, comme en d'autres temps, ceux qui parlent cle décadence se trompent ou ne savent pas distinguer. Jamais la France ne fut plus prospère, plus généreuse, plus ardente, jamais elle ne fut plus digne de commander aux nations, plus impartialement digne de l'hégémonie dans la recherche de la civilisation.

Mais parallèlement à cette activité aussi géniale que dispersée, (ouvrage incohérent des éléments dissociés de la nation), jamais elle ne fut aussi divisée. Sa puissance d'action et d'initiative individuelle est formidable ; sa puissance d'action et d'initiative nationale (c'est à dire collective) n'est qu'un vague sentiment inorganique impuissant devanfria putréfaction parlementaire. La France n'a ni chef qui l'exprime, ni ordre qui la rende consciente et redoutable. Elle est la proie des partis, et les partis préparent la défaite du plus merveilleux faisceau de forces qui ait jamais demandé un licteur.

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