‹ De Sophocle à MistralChapitre 3 sur 8 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

Car telle est la vérité absolue : la France mérite la suprématie et peut être victorieuse. Le nombre, apanage de ses rivales, pas plus dans les conflits armés que dans la politique n'est l'arbitre. Aussi la France, qui fut la première, se doit de reprendre cette place qu'une défaite et deux générations honteuses et craintives lui ont à demi ravie .

Bouvines, première victoire où la conscience française se matérialisa dans un éclair glorieux, Bouvines où pour la prc mière fois la Patrie se sanctifia daiis Icsacrifice collectif du sang, Bouvines nous aidera, par une commémoration brillante, à rappeler parmi nous l'idée et surtout la réalité de l'unité. Ainsi aux heures périlleuses toutes les fausses ou petites doctrines, toutes les nuances, sections ou embryons de sentiment et de solutions politiques^ se résolvent au bûcher qui ranime la suprême flamme, la patrie.

Désormais nous savons, après toutes les rêveries si peu scientifiques, que la limite sociale de Phumanité est la nation. L'indéfini humanitaire n'a pas de réalité objective et la vie des sociétés, que conditionnent les mœurs et le climat, se définit par la nation. Nous savons aussi, et il convient de le répéter à toute occasion^ que les propositions .retentissantes sur le «droit», sur «la force du droit» ne sont qu'hypocrisie ou illusion. La force du droit est prétention extrahumaine ou hypocrite parure. Il n^ y a que la force de la force. Puissent ceux qui ont le droit être forts î

D ^ailleurs n'est-ce pas la beauté, la purification de la vie que cet état de perpétuelle épreuve?...

Dans la/orce, certes, il est des catégories et nulle ne saurait être repoussée. Ni la force de l'esprit, ni celle du sentiment, — et les atténuations qui en découlent, — ne doivent abdiquer

devant la force physique ; mais ni les unes ni les autres ne peuvent — isolées, divisées^ ennemies ou réciproquement indifférentes, — assurer le salut et la grandeur. Le Héros, comme l'Empire, ne surgissent que par 'la coopération. Et celui qui n'est pas fort sera opprimé ; et celui qui même fort n'aura pas l'audace de l'instinct ou de la pensée, celui-là sera vaincu. La paix est une bonne chose mais le goût de la paix est un goût mortel.

Puisse la célébration He Bouvines galvaniser en nous la volonté de vaincre puisque la victoire est la seule rançon de notre existence. »

Aujourd'hui, — et depuis combien de mois!... la bataille a passé des jardins de V intelligence dans les boues infernales de notre sol : Poésie et réalité, dirait, de son haut, le satanique Gœthe. Les combats ont succédé aux disputes et notre jierté sera d^ avoir participé aux uns, comme aux autres^. Ce petit livre ii'a point d'ambition, sauf de prendre acte d'un passé bien révolu. Trop heureux serions-noîis si le sort nous permet, plus tard, de reprendre la même lutte d'une âme plus âpre sinon plus résolue, d'une pensée confirmée en cela, transformée en ceci f

Car, à la paix, les pensées comme les actes aborderont d' abruptes pentes . Corps et matières, torturés par Veffroyahle subversion, conserveront-ils ce surcroit de sève dont s' alimentaient les plus hauts états de V intelligence ou de la sensibilité et ne faudra-t-il pas désormais négliger les dilections de jadis afin de satisfaire aux moins subtils mais primordiaux appels de la vie sociale 9

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