‹ De Sophocle à MistralChapitre 4 sur 8 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

De ces dlîectionsj méandres de la pensée ou s"* épanche une société heureuse^ on retrouvera des aperçus dans ces pages un peu hâtives pour de si complexes problèmes. Pages qui témoignent j fy insiste, bien plus dhuie activité personnelle continue qu^ elles ne constituent des méditations satisfaites. On voudra bien les lire dans cet esprit.

Entre les essais relatifs aux spectacles de plein-air (î) ou à Vart tragique et ceux consacrés à Frédéric Mistral on a placé une étudej au premier regard disparate, sur un salon d^arts p>l(istiques afin de vérifier une fois de plus ce principe qu^un£ esthétique doit satisfaire à tous les arts.

Le lecteur attentif trouvera des harmoniques entre ces diverses études, écrites cependant à de longs intervalles . Non pas que ces correspondances aient été concertées, mais elles decoident naturellement d'une certaine continuité dans la façon de considérer ou d^ analyser les idées, les hommes et les choses. Elles dépendent plus fortement encore des harmonies évidentes qui lient les aspects de tout ce qui naît ou croît sous Vinfluence de la Méditerranée.

Le Français cultivé n'' ignore pas que, si la France est sa patrie, c'' est-à-dire, pour lui, le support de toute action et de toute notion, sa culture ouvre à d^autres étendues son cœur et son cerveau. Ceux'-ci plongent dans Vespace ou dans le temps plus avant que laFrance même et s^alimentent au foyer d'une civilisation, qu^on

(i) L'essai intitulé « La Dramaturgie d'Orange » est le seul qui ait naguère paru sous la forme d'un petit volun?ein-i2 et sous ce même titre.

appela jadis liumanisme, qn^on a prétendu nommer la « civilisation européenne », mais qui est proprement la civilisation méditerranéenne.

Ge sont les flots de la Méditerranée — cet Océan tempéré — qui ont lié et relié (i) les peuples dont chacun incarne Vun des éléments premiers de notre culture. Ce sont les mêmes eaux, illuminées de la même lumière, chauffées du même soleil qui ont, par les analogies du climat , des paysages et des aliments, inspiré à des peuples de génie divers la même notion des limites où V activité et V esprit humains doivent se tenir pour réaliser avec santé et avec plénitude.

Sur ces seules rives, sont nés, comme fleurs naturelles, le sentiment des nuances, V horreur des funestes excès, en un mot ce sens de la mesure, de cette Mesure fille de la Némésis athénienne, qui maîtrise les débordements de V esprit ou des choses, qui s^ appelle tantôt Harmonie, tantôt Justice, et qui s'' appelle Droit dans le conflit actuel.

Limite et mesure voilà les deux « clefs > de cette « musique » méditerranéenne, que déjà Flaton invoquait, et qui, aujourd'hui encore, orchestre de si complexes et si différents génies. Ces deux

(i) On lira plus loin la strophe de Mistral ;

« Aquelo mar ioujour risènio Dieu l'escampé de soun cîarun Coume la cencho trelusènto Que deii liga H pople brun . »

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