‹ De Tartufe à Ces messieursChapitre 3 sur 4 · DB TARTUFE · texte numérisé non relu

DB TARTUFE

tée fervemment et disent qu'entrés dans les ordres pour être les pasteurs du peuple par la vertu et la vérité, ils ne peuvent suffire à ce rôle sans les lumières de la science et la philosophie, et ils rejettent les béquilles de l'Église : tel fut Renan.

Le fond de ses débats de conscience trouve sa forme symbolisée dans. ce beau drame philosophique, dans cette grande rêverie dialoguée, le Prêtre de Nimi,

Dans la littérature la plus récente^ le prêtre a préoccupé Zola^ Anatole France, Mirbeau, Ferdinand Fabre, et, dans la littérature catholique^ Huysmans. Les abbés d'Anatole France se promènent sur le mail, très mêlés à la vie politique de leur province, appuyés sur le général divisionnaire, en bons rapports avec le préfet de la République. Ils se possèdent fort bien, sont d'une haute urbanité et d'une orthodoxie sévère : pourtant ce sont de très souples candidats à la mitre ; ils vont dans les ministères et prennent des leçons de déclamation. C'est tout le prê-

tre moderne. L'abbé Lantaigne et l'abbé Guitrel sont classiques, solidement.

Ferdinand Fabre fut, dans toute sa carrière honorable, le romancier du prêtre ; d'autres y ont touché, lui s'y est attaché ; on ne saurait pourtant le considérer comme un romancier catholique ; sa liberté de touche et de jugement est trop grande. Son idéal du prêtre n'est pas non plus très facile à dégager ; il en a plusieurs ; il dessine des figures de saints^ d'humbles desservants de campagne, vivant d'un maigre traitement, se ruinant en aumônes, en embellissements de leur église^ en constructions corollaires ; l'abbé Courbezon est un intrépide entasseur de pierres ; dans Xavière, le curé est bien embarrassé pour payer le Saint Sulpice qu'en lui promettant tous les tempéraments et tous les crédits une agence religieuse lui a fournir Ferdinand Fabre ne cherche pas d'ailleurs à présenter ses curés de village en marbre blanc et sans qu'aucun défaut

ne les éraille. Tous ses prêtres sont strictement chastes : mais il taxera l'un d'avoir plus de bonté que d'éloquence ; Taulre n'est pourvu que d'une connaissance très restreinte de Tâme humaine; et il ne recule pas à s'égayer des innocentes manies des prêtres qu'il silhouette. L'auteur a même été rarement aussi bien inspiré que lorsque, dans un petit chef-d'œuvre, Barnabe^ écrit avec des souvenirs d'enfance, des visions très printanières de paysages vus dans les années d'impressions fraîches^ encadrant une jolie et claire idylle, il peint les ermites sorte de laïcs adoptés par TËglise dans ce coin cévenol, portant froc et bourdon, au demeurant paillards, gourmands, avares, cupides, brutaux et bornés.

Mais ce qu'a surtout voulu synthétiser Ferdinand Fabre dans de grands romans, Lucifer, F Abbé Tigrane, qui sont, pour son ambition, les pièces essentielles de son œuvre, ce sont des caractères, & son

gré gigantesques, de lutteurs, de prêtres qui n'étaient point faits pour être prêtres, mais chefs de peuples ; non pasteurs d*hommes, mais dompteurs d'hommes, et volontiers il les met aux prises avec les jésuites, que, très religieux^ mais très hostile à cet ordre, il montre insinuants, délateurs, ne reculant pas devant le plus bas espionnage.

Cette œuvre assez abondante de Ferdinand Fabre, presque toute consacrée au prêtre, dispose en somme le clergé en trois fractions : des petits curés de village très bons et sympathiques, si pas toujours intelligents ; des prêtres hautains et volontaires, dompteurs de foules, et de patelins jésuites qui arrivent à leurs fins en grignotant les natures de fer, ou en se les annexant. A l'heure où écrivait Ferdinand Fabre, les débats sur l'organisation du clergé pouvaient s'ouvrir assez largement pour qu'on pût s'occuper du célibat des prêtres et de leur chasteté, dans une œuvre d'art, en

dehors des traités techniques ou du pamphlet. Le prêtre de Ferdinand Fabre est toujours vertueux; toujours il acepte toutes les obligations de son sacerdoce ; sa chasteté lui monte orgueilleusement à la tâte, quand c'est un fort, mais il Tobserve toi^ours. De bons observateurs, qui ont étudié de plus près l'Eglise et se sont mis en mesure d'en parler libre* ment; affirment que ce serait la généralité ; que la rupture du célibat serait rare, que le coup de sang, s'il est attendu, s'il se doit produire immanquablement, au moins n'aurait pas de lendemain et n'est cause que d'une erreur isolée, une rentrée très courte dans la vie physique.

Un excellent écrivain^ Jules Case, dont VAme en peine étudie avec une forte minutie les angoisses d'un jeune prêtre, tout prêt, en sa chair, sinon dans sa volonté, à accepter Tamour, en qui l'amour s'infiltre fatalement par le voisinage d'une fille aimable et pure, conclut dans le même sens : Fabbé Frankel luttera^

conservera sa pureté, refusera Tamour, se drapera de dignité, reconstituera par le raisonnement et la méditation sa force chancelante ; mais, un soir, au détour d'une route, le coup de sang le jettera sur une mendiante, et le corps faillira sans que le cerveau ni la volonté y aient en rien participé. L'Ame en peine est un des plus beaux romans qu'on ait écrits d'une plume impartiale sur les troubles du prêtre, en ce moment où son rôle défaille, où il n'est plus nécessaire ni utile à réducation morale, où son idole se craquelé pour lui-même^ et qu'il en a conscience. £t alors puisqu'on est en marche vers le culte de la Nature^ de la Raison qui détruira la vieille mythologie, pourquoi les observances strictes et les chastetés anti-naturelles ? Des prêtres comme Tabbé Frankel y sont fidèles comme à un serment malencontreusement prêté, et qui engage en eux l'homme, Thomme moral, l'homme total, plus par la majesté ds la parole

donnée, que par le respect des vœux.

Sa promesse c'est le seul lien qui retienne l'abbé FrankelVians les souffrances de sa chair et dans les doutes de son esprit.

Une scène neuve et hardie de VAme en peine nous montre l'abbé Frankel visitant un vieil ami de séminaire, qui a failli dans sa chair et depuis mène une vie assez vagabonde, avec la compagne non tant de son choix que de l'heure ou il trébucha. Frankel, par instinct de solidarité^ par humanité, est allé vers ces parias et les secourt, car ils en ont besoin. Aucun talent, aucune beauté ne les orne, et Frankel, dans un élan de sympathie pour des frères misérables et disgraciés d'ame et de nature, vient leur annoncer qu'il ne croit plus, qu'ils n'ont pas commis de crime à ses yeux, puisqu'il n'y a pas de Dieu, qu'ils doivent être libres de leurs remords et fiers de vivre ; alors le couple le regarde, hagard et malveillant et l'homme vitupère et

lui reproche de ne plus croire. Faillir, c'est possible ; lui qui a failli n'est qu'un malheureux, mais faillir cérébralement, mais ne plus croire, quelle honte ! et le pauvre diable se drape, devant l'abbé Frankel, dans sa supériorité : lui^ au moins, il croit encore I

Tous les écrivains n'ont point, dans les vertus passives ou de convenance du prêtre, la même confiance que Ferdinand Fabre ou Jules Case» ou aussi Emile Zola.

Mirbeau, avec sa fougue outrancière, sa niiéthode de voir la société par les dessous en y projetant de fortes lumières, a déchiré ce voile de vertu légère qu'on laissait flotter sur le prêtre. On perçoit chez beaucoup d'artistes le désir de ne se point appuyer sur de célèbres et retentissantes anecdotes, et depuis Voltaire, qui établissait si clairement les trajets de certaine maladie qui passa d'un compagnon de Colomb à mademoiselle Cunégonde par le canal d'un jésuite qui connut ce compagnon de

Colomb, on a le plus souvent admis la chasteté du prêtre. Zola, dans la Conquête de Plassans, en mettant en lumière le lent détraquement de madame Mouret par Tabbé Faujas, n'attaque point les mœurs de Tabbé ; nous reviendrons làdessus tout à rheure.

Avec Octave Mirbeau, les accusations se précisent. Et voici d'abord ce formidable et joyeux Abbé Jules, ce singulier prêtre^ le moins clérical de toute sa famille, Tefiroi, Topprobre, Tirrégularité de toute une famille casanièrement croyante généralement à tout ce qui est congru et comme il faut. Cette famille croit à la famille et à l'héritage : Tabbé Jules ne croit à rien du tout, et s'il jette sa fortune par testament au premier prêtre qui se défroquera, ce n'est point par prosélytisme, ce n'est pas pour faire accomplir à un autre une démarche décisive qu'il n'a point faite (il s'est contenté de s attirer la disgrâce), mais dans Tespoir, dans la certitude que l'ap-

pât de Tor, de quatre mille francs de rentes, provoquera un faux défroquement, et que son héritier sera doublement, triplement, caricaturalement apostat ; qull viendra vers cet héritage tout en croyant à Dieu, à la prêtrise^ à tout^ mais surtout à Tor, ce en quoi il se confondra dans la religion universelle de son temps.

Le malheur de Sébastien Roch est irrémédiable; il a été violé au collège par un père jésuite tout confit de douceur et de passion exaspérée ; sitôt son innocence arrachée, il a bien vu quil n'était pas le seul dans son cas ; il a lu sur toutes les faces, et comme Siegfried, qui après la victoire entend les oiseaux de la forêt qui lui clament son avenir, lui^ après sa défaite, lit sur les traits des autres leurs joies morbides et leurs lâchetés physiques. Le romancier (on ne peut le taxer de racontar, d'anticléricalisme, de léo-taxilisme^ les gazettes des tribunaux sont là) ne dit pas que tous les

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